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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 20:41

 

Alors heureux ?


L

es français affichent un pessimisme que l’on pourrait presque qualifier d’historique. Les derniers sondages - dont celui réalisé par TNS Sofres pour le journal La Croix - sont édifiants. Aucun des sujets traités par ce sondage - que ce soit le chômage, l’emploi, le pouvoir d’achat, le financement des retraites, l’économie et même le système de santé pourtant fleuron de la fierté nationale – n’échappe au jugement négatif de nos concitoyens déprimés ou désabusés. Bien sûr, il y a une forte tentation à la lecture de ces résultats de saluer la clairvoyance des français, leur maturité face à la crise puisque l’analyse détaillée du sondage ne marque pas de différence sensible en fonction de l’étiquette politique du sondé. Il a aussi quelque chose d’inquiétant dans le peu de crédit qu’ils accordent à l’efficacité du plan de relance du gouvernement. J’ai d’ailleurs la conviction  que ce sentiment d’impuissance de la politique pour changer les choses, ce fatalisme  n’est pas de droite ou de gauche à part peut-être pour les partisans du facteur Besancenot rêvant d’un hypothétique grand soir. Mais on peut aussi s’étonner de ce tsunami de pessimisme dans un pays qui fait rêver tant d’immigrés à la recherche d’un eldorado, dans un pays qui peut s’enorgueillir d’être un des champion de la longévité, dans un pays où la protection sociale est l’une des meilleures au monde, dans un pays au taux de natalité record et dans un pays où la réglementation des crédits immobiliers a protégé les français d’une catastrophe comme celle que vivent certains foyers américains ruinés et jetés dehors de chez eux. Et puis il y a aussi sûrement l’effet malsain du matraquage de la presse et en particulier de la télévision qui s’attarde avec complaisance sur les mauvaises nouvelles (il est vrai qu’il n’en manque pas!). Si vous n’êtes pas des "addicts" de l’écran cathodique (devenu plat et plus du tout cathodique) et que vous n’allumez la télévision qu’au moment des informations, vous ne pourrez que constater le lot de mauvaises nouvelles concernant l’état de notre pays que nous égrènent des présentateurs souriants béatement de toutes ces misères. On pourrait presque croire que le dessein machiavélique des ces icones télévisuelles soit de nous anesthésier avant de nous relater presque sur un ton léger quelques uns des grands désordres mondiaux que sont la guerre, la faim dans le monde, les épidémies et autres calamités qui font des victimes par millions. Certes il ne s’agit pas de minimiser la dureté des temps qui est réel, ni de nier la remontée probable du chômage en 2009. Certes il ne s’agit pas de banaliser la mort toujours tragique d’enfants victimes d’erreurs médicales. Certes la libération par négligence de dangereux psychopathes n’est pas acceptable. Certes le système de retraite par répartition, bien qu’à l’abri du vent de folie boursier, devra s’adapter coute que coute face à l’évolution de la démographie. Je pourrais probablement continuer cette litanie des adaptations plus ou moins douloureuses et plus ou moins conjoncturelles qui devront être entreprises. Mais comment oublier que nous restons tout de même dans des conditions de santé, de confort, de sécurité que nous envient des millions de personnes dont le rêve est d’atteindre ce niveau de vie qui nous pèse tant. Et puis le sondage n’a pas été fait mais je ne suis pas sûr que le pessimisme ambiant affecte dans la même mesure le sentiment de bonheur dont nous savons maintenant qu’il est contagieux. Alors oserai-je lancer un appel à tous les gens qui, comme moi, se sentent plutôt heureux de vivre en France : vive le prosélytisme du bonheur !

Patrice Leterrier

12 janvier 2009


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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 21:04

 

P

lus de 360 millions de messages électroniques ont été échangés le 1er janvier en France, un record qui a pulvérisé celui enregistré un an plus tôt, de 252 millions de SMS. Les MMS, ces messages accompagnés de photos ou de vidéos, sont aussi de plus en plus prisés et le phénomène avait été déjà remarqué pour Noël. Plus difficile de faire le compte des courriels accompagnés ou non de vidéos ou d’images plus ou moins de bon goût. Fini la carte de vœux personnalisée où l’on se creusait la cervelle pour trouver le mot gentil, le vœu adéquat en pensant quelques instants à des parents, amis, relations que l’on s’empressait d’oublier pour le reste de l’année une fois la corvée des vœux terminée. Moins de travail pour les postiers me direz-vous, moins de coups de fil conventionnels où on passe quelques instants à ne rien dire où le hit parade revient incontestablement à la santé que l’on souhaite massivement de peur qu’elle ne nous échappe si on oubliait de la flatter comme la chose à laquelle on tient le plus. Il y a quand même quelque chose de regrettable dans cette addiction SMSienne….N’y a-t-il pas dans cette convulsion sur des claviers minuscules ou il faut bégayer pour obtenir un e ou un u, taper 3 fois (sans se tromper sinon on est bon pour recommencer) pour obtenir la lettre o, c ou l…une véritable régression ? Ce cauchemar ergonomique pour être sûr d’être le premier à y penser. A penser à quoi d’ailleurs ? A la personne à qui est destinée ce chef d’œuvre de concision d’un message : bon fet’ & a bi1to bizz…?.Que nenni, généralement l’accroc du clavier pense déjà au prochain message à envoyer en espérant que le réseau sera disponible. Les plus malins répliquent les mêmes vœux ou font des listes de destinataires longues comme un inventaire à la Prévert. Les seuls gagnants de cette mode sont évidemment les opérateurs qui facturent ces petites merveilles de littératures modernes. Les relations humaines se résumeraient-elles à un asynchronisme sans âme ? On parle à son clavier, on envoie et le tour est joué. Une bonne chose de faite! Pas besoin d’écouter l’autre vous parler un instant, ne serait-ce que quelques secondes, de lui, de ses joies, de ses peines, de ses misères, de ses douleurs…bref, de ce qui le préoccupe. Autrefois, nous devions aller visiter ces personnes souvent isolées pour leur souhaiter nos vœux. Les enfants avaient confectionné un de ces horribles souvenirs que l’on plaçait d’abord sur une coiffeuse, une table de nuit ou un vieux buffet à coté de la crèche et qui finissaient par encombrer des boîtes à chaussures au fond d’une armoire, à la cave ou au grenier. Mais il y avait une vraie convivialité même furtive, un vrai moment de douceur où les personnes âgées pouvaient caresser une chevelure blonde, une joue rebondie et recueillir le miel de la parole adressée. Je n’ai pas calculé le coût cumulé de 360 millions de SMS et des plus de 4 millions de MMS mais je n’ose imaginer le nombre de repas qui auraient pu être servi aux restos du cœur avec cet argent parti dans les poches des opérateurs. On s’interroge sur les dangers potentiels du téléphone portable pour la santé mais on ignore qu’il est en train de battre en brèche les derniers ilots de convivialité de notre société. Bientôt deux personnes dans la même pièce s’appelleront pour être sûr de capter l’attention de l’autre. Ah bon ? C’est déjà le cas…..

Patrice Leterrier

5 janvier 2009


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