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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 17:44

 

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S

 

ur son blog Globule et téléscope, Michel Alberganti, s’appuyant sur un article de Max Wyss dans Earth magazine, met en exergue "une confusion dans les responsabilités" au cours du procès de l’Aquila qui a secoué la communauté scientifique.

On rappelle que, le 22 octobre 2012, le juge Marco Billi a condamné 7 personnes à 6 ans de prison ferme et 7,8 millions d’euros de dommages et intérêts pour ne pas avoir alerté les habitants d’Aquila sur les risques qu’ils courraient.

L’article de Max Wyss fait apparaître le rôle central de Bernardo de Bernardinis, directeur adjoint du Département de la protection civile, qui déclarait à une chaine de télévision locale une heure avant la réunion des experts que "la situation sismique de L’Aquila est certainement normale et ne présente pas de danger” ajoutant même que “La communauté scientifique continue de m’assurer que, au contraire, la situation est favorable en raison de la décharge continue d’énergie".

Bernardo de Bernadinis ne corrigera pas ses déclarations lors de la conférence de presse qui se tint après la réunion de la commission, mais en l’absence des sismologues dont les conclusions étaient beaucoup plus "évasives" et "prudentes".

Dès lors, on peut se demander pourquoi cette condamnation collective à cause le l'imprudence et surtout  l'incompétence d'un des leurs?

La justice italienne a, semble-t-il, décidé de passer outre les doutes et incertitudes de la science pour trancher sans complexe.

Le 12 octobre, la cour de cassation de Brescia a reconnu que la maladie d’Innocente Marcolini, un financier d’une soixantaine d’années, était due à l’utilisation de son portable de façon intensive qui lui aurait provoqué une tumeur au cerveau.

Ce sujet est aujourd’hui hautement controversé et aucune étude, y compris celle d’Interphone n’a jamais vraiment démontré le moindre lien direct entre l’usage du téléphone portable et le cancer.

Le professeur André Aurengo, dont les prises de positions sont souvent attaquées par certaines associations militantes, affirmait en janvier 2012 sur le site de l’Afis, que "les données disponibles sont de nature à rassurer l’immense majorité des utilisateurs, d’autant qu’à ce jour aucune hypothèse susceptible d’expliquer comment des champs électromagnétiques dans cette gamme de fréquences pourraient être cancérigènes n’a été confirmée et que les portables modernes 3G émettent 100 fois moins que les GSM qui étaient l’objet d’Interphone".

Il rappelait que l’usage du téléphone portable au volant, pratique qu’on peut massivement constater de nos jours chez les usagers, fait par contre de nombreuses victimes.

L’argument est contestable et ne justifie en aucun cas que l’on ne poursuive pas les études sur les risques de l’utilisation intensive du téléphone portable.

Le fait que nous risquions beaucoup plus de mourir de maladies cardiovasculaires ou du cancer ne justifie en aucun cas l’arrêt des recherches sur les maladies rares.

Aujourd’hui il y a plus de 6 milliards d’usagers du téléphone portable et le seuil d’un milliard de smartphone a été franchi récemment.

Ces chiffres semblent indiquer que les risques de son usage même intensif ne sont pas énormes mais il justifie aussi que l’on poursuive avec ténacité les recherches.

Les messages ambigus de prévoyance émis par les autorités ne sont peut-être pas justifiés du point de vue scientifique mais peuvent peut-être inciter à un usage plus mesuré du portable.

Les jeunes générations, accrocs de SMS, semblent préférer de plus en plus un pianotage fébrile et continu sur leur téléphone portable à une communication directe et physique avec leurs interlocuteurs.

Quelles seront, à long terme, les conséquences, peut-être pas sanitaires mais à coup sûr sociétales, de cette déferlante de désynchronisation et de dématérialisation des relations humaines ?


Patrice Leterrier

28 octobre 2012

 

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 13:56

 

 

gorilla_eating.jpg

 

J

 

e ne vous parlerai pas de l’aventure du robot Curiosity qui poursuit à une allure testutinesque sa marche sur la planète rouge en direction du mont Sharp à la recherche de trace de vie. Selon la Nasa, il lui faudra au moins trois mois à raison de cent mètres par jour pour atteindre son but distant de huit kilomètres.

Je passerai aussi sous silence cette stupéfiante nouvelle que le jus de tomate est meilleur en altitude que sur le plancher des vaches. C’est du moins ce qui ressort de l’étude menée par des chercheurs de l'Institut Fraunhofer de Physique des Bâtiments, pour le compte de Lufthansa.

Je ne m’attarderai pas non plus sur les travaux de l’équipe d’Armin Falk, de l’Université de Bonn, et des collègues de l'Université de Maastricht qui nous révèle cette incroyable nouvelle que la testostérone rend les hommes plus sincères.

Je ne soulignerai pas plus l’alerte sanitaire suite à dix huit cas d’intoxication alimentaire survenus dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur à cause de farines de sarrasin bio.

La nouvelle n’a pas fait la une du nouvel observateur alors qu’il ne s’agissait pas de rats de laboratoire supposés victimes de maïs transgénique mais bien d’humains victimes d’une intoxication potentiellement grave au datura, une "mauvaise herbe" invasive présente au bord des champs mélangée au sarrasin lors de la moisson. Une seule graine de datura pour 100 000 graines de sarrasin suffit pour rendre la farine toxique. La cause de cette contamination est clairement la culture bio du fait de la non-utilisation d’herbicides.

Je ne vous parlerai pas d’avantage de cette constatation bouleversante faite dans une étude américaine que la consommation de chocolat est directement liée au nombre de lauréats de prix Nobel et qu’à ce titre la Suisse avec 12 Kg par an et 22 prix Nobel arrive largement en tête.

Je ne vous entretiendrai pas du grave sujet de savoir si, malgré l’extraordinaire prégnance de la science et de la technologie, l’évolution d’homo sapiens continue ni de savoir quelle est l’influence de la culture sur notre évolution génétique : Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue à l'institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne) y répond dans les colonnes du Figaro.

Je n’ajouterai pas mon indignation à celles beaucoup plus qualifiées des sismologues devant l’ahurissante condamnation prononcée à l’encontre des experts n’ayant pas prévus le drame du séisme d’Aquila.

La nouvelle que je souhaite porter à votre connaissance, alors que je devine  votre impatience après cet inventaire fastidieux, c’est la surprenante découverte de Karina Fonseca-Azevedo et Suzana Herculano-Houzel, sémillantes neuroscientifiques Brésiliennes.

La question simplissime à l’origine de leur étonnante découverte est de comprendre pourquoi les plus grands primates comme les gorilles qui nous surpassent en terme de taille et de capacités physiques n’ont-ils pas de plus gros cerveaux que celui d’homo sapiens ?

Pourquoi les êtres humains possèdent en moyenne 86 milliards de neurones alors que les gorilles se contentent de 33 milliards et les chimpanzés de 28 milliards ?

Le prix à payer de cette richesse neuronale est que notre cerveau consomme 20 pour cent de l'énergie utilisée par notre corps au repos alors que les autres primates n’ont besoin que de 9 pour cent.

Dans les années 1990 le primatologue Richard Wrangham avait déjà émis l’hypothèse que le cerveau de notre ancêtre, l'Homo erectus, a commencé à se développer il y a environ 2 millions d’années au moment où il a appris à rôtir la viande et à cuire les légumes-racines tubéreuses.

Pour vérifier cette thèse, les neuroscientifiques brésiliennes ont compté le nombre de neurones dans le cerveau de 13 espèces de primates (et plus de 30 espèces de mammifères). Elles ont constaté que la taille du cerveau est directement liée au nombre de neurones dans un cerveau, et que le nombre de neurones est directement corrélé à la quantité d'énergie (ou calories) nécessaire pour nourrir le cerveau.

Pour fournir l’énergie nécessaire au fonctionnement de son cerveau avec des aliments crus non transformés, l’homme devrait consacrer 9,3 heures par jour à se nourrir !

La cuisson des aliments est la solution trouvée par l’homme pour s’affranchir de cette limitation et c’est probablement une des causes majeures de l’extraordinaire taille du cerveau humain qui fait d’ailleurs que le petit d’homme est aussi peu mature lorsqu’il sort du ventre de sa mère.

Gloire donc à ces premiers apprentis cuistots qui ont découvert le feu et la saveur des aliments cuits.


Patrice Leterrier

25 octobre 2012

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 17:44

oursbanquise2.jpg

D

e nos jours, nous ne voyons guère de disciples de Galilée s’appliquant à jeter du haut d’une tour des boulets de tailles différentes pour vérifier la loi de la gravitation universelle associée dans l’iconographie scientifique à la pomme de Newton ni même d’admirateurs de Pascal gravissant les pentes du Puy de Dôme pour vérifier la variation de pression atmosphérique en fonction de la hauteur où l’on se situe.

Il semble aujourd’hui acquis comme une évidence, qui ressemble fortement à une croyance, que les acquis de la science s’imposent à tout un chacun.

Et pourtant aujourd’hui nous sommes assaillis de conclusions contradictoires se réclamant toutes d’une approche rigoureusement scientifiques sans que nous puissions véritablement et sereinement départager les protagonistes de ces débats qui tournent immanquablement au pugilat.

Les exemples récents de ces empoignades ne manquent pas que ce soit sur la dangerosité des OGM, les conséquences du réchauffement climatique et ses causes, les mérites comparés de l’agroécologie sur l’agriculture intensive, les risques et enjeux du nucléaire et bien d’autres sujets encore.

Il est aujourd’hui bien difficile de faire la différence entre des plaidoyers militants et des études sérieuses.

Pourquoi des questionnements aussi importants sont-ils systématiquement "buzzéifiés", discréditant au passage la parole des scientifiques qui, par ailleurs, ne font pas de grands efforts pour être compris et entendus tant ils sont prisonniers de la tyrannie de la publication et de la quête humiliante aux subsides?

Sommes nous condamnés à subir l'ostracisme bien pensant puissamment alimenté par des intérêts financiers ou au contraire livrés à la vénération de l'audimat qui ne donne la parole au sensationnel, au manichéisme souvent grotesque, parfois coupable, au contrepied proclamé sans preuve et en toute impunité?

Est-il illusoire de rêver d’une information apaisée, contradictoire mais documentée sur des sujets aussi sérieux que ceux qui conditionnent l'avenir des générations futures au lieu de laisser la parole aux prosélytes de toutes confessions ?

Au moment où, selon Strategy Analytics, la barre symbolique du milliard de smartphones dans le monde a été franchie au troisième trimestre, au moment où jamais l’information et la communication n’avaient atteint un tel niveau de diffusion et d’instantanéité, jamais non plus des sujets d’une complexité impressionnante mais d’une importance considérable n’avaient été aussi confisqués par des charmeurs de serpents soucieux d’enrôler des fidèles à leurs justes causes qui s’apparentent plus à des croyances qu’à des vérités scientifiques.

On prête à André Malraux la phrase "Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas". Il n’est pas sûr qu’il l’ait dite mais il avait peut-être raison (s’il l’a dite J ) sauf qu’en plus de l’éveil inquiétant des fanatismes religieux il y a aussi le fanatisme de ceux qui prennent la science en otage pour s’autoproclamer les nouveaux messies sauveurs du monde, alors qu’ils ne sont que des gourous transformant le débat en une guerre de religion.

J’ai pour ma part la nostalgie de la controverse utile et apaisée qui ne vise pas à prendre son contradicteur pour un ennemi ni à lui jeter des arguments comme des anathèmes visant à disqualifier son propos.

L’instrumentalisation systématique des débats, comme des phares de voitures qui nous éblouissent en pleine nuit, ne participe pas à la clarté des arguments.


Patrice Leterrier 

19 Octobre 2012

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 15:03

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P

ierre Barthélémy reprend sur son blog une question posée à plusieurs chercheurs par Davide Castelvecchi : "quelle expérience mèneriez-vous si, à défaut d'avoir l'éternité devant vous, vous disposiez de plusieurs millénaires, voire davantage ? ".

Les réponses sont à lire sur son blog et cette imaginaire capacité à maîtriser le "temps vécu" est un surprenant et intéressant contrepied à l’usage que nous faisons du temps qui passe à notre époque où internet a "laminé" la notion du temps à prendre pour comprendre, réfléchir, admirer, écouter l’autre, entendre la musique ou tout simplement attendre.

Aujourd’hui nous vivons dans une course effrénée et permanente à l'instantanéité, sous le joug de la tyrannie du scoop, dans la dépendance quasi pathologique aux messages courts (1,13 milliards de SMS envoyés en France pour le nouvel an 2012), inféodés au règne sans partage de "twitter" et où nous sommes près d’un milliard (1 humain sur 7) à être de fidèles sujets de l’empire tentaculaire Facebook.

Marcel Proust partait à la recherche du temps perdu mais aujourd’hui nous perdons notre temps à la recherche de je ne sais quel but en le consommant frénétiquement.

Bien sûr il nous faut distinguer comme le faisait Gaston Bachelard le temps vécu, subjectif dans ces facettes, existentiel (le temps qu’on vit), conscientiel (le temps que l’on ressent), idéel (celui qu’on construit et structure), du temps objectif que l’on mesure.

Déjà Saint Augustin répondait à la question qu’est-ce donc que le temps ? "Si personne ne me pose la question, je le sais ; si quelqu'un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus", résumant ainsi magistralement l’inexprimable nature du temps repris par Henri Poincaré lorsqu’il écrit parlant du temps intuitif "tant que l’on ne sort pas du domaine de la conscience, la notion du temps est relativement claire".

Platon y voyait comme une imitation mobile de l’éternité et Aristote l’associait au changement qui ponctue le passage du avant à l’après, un temps sensible, vécu qui est au fond assez moderne et en phase avec notre perception.

Isaac Newton opposait au temps absolu, "vrai et mathématique, sans relation à rien d’extérieur" qui "coule uniformément, et s’appelle la durée" le temps relatif, apparent et vulgaire mesuré en minutes, heures, jours, mois, etc… qui rythme notre vie.

Wilhelm Wundt insiste sur l’étroite relation entre la perception que nous avons de la succession des représentations qui parviennent à notre conscience et notre intuition du temps.

Il souligne la variabilité du temps ressenti selon sa durée (nous surestimons les temps courts intenses et sous-estimons les longues durées) et selon que nous sommes en pleine activité ou en train de rêvasser dans une douce oisiveté

Henri Bergson, parlant de la sensation que nous avons du temps en écoutant une mélodie, écrit "n’avons-nous pas la perception nette d’un mouvement qui n’est pas attaché à un mobile, d’un changement sans rien qui change ? Ce changement se suffit, il est la chose même. Et il a beau prendre du temps, il est indivisible" 

On pourrait ainsi dire qu’après un air de Mozart, le temps lui aussi, comme le silence, est du Mozart.

Gaston Bachelard résumait magnifiquement ce dilemme en écrivant dans la dialectique de la durée "sur le plan musical, il nous faut montrer que ce qui fait la continuité, c’est toujours une dialectique obscure qui appelle des sentiments à propos d’impressions, des souvenirs, à propos de sensations. Autrement dit, il faut prouver que le continu de la mélodie, que le continu de la poésie, sont des reconstructions sentimentales qui s’agglomèrent par delà la sensation réelle, grâce au flou et à la torpeur de l’émotion, grâce au mélange confus des souvenirs et des espérances".

Il nous fait prendre conscience que dans le domaine de la musique la durée est structurée sur des rythmes et non sur une base temporelle régulière.

Bien malin d’ailleurs celui qui, pris dans la magie d’un concert, serait capable de dire sans sa montre le temps qu’a duré l’interprétation.

Nous sommes loin de ce temps compté qu’il faut remplir frénétiquement comme on remplit avidement son estomac pour combler l’angoisse du vide parce que nous avons justement perdu le sens de la valeur du temps qui passe.

Il est bien difficile de séparer le temps vécu de l’expérience à laquelle il est attaché et combien ce temps sera vide s’il n’est rempli que d’instants saccadés d’une vie trépidante.

Mais même le temps objectif des savants, que l’on croyait universel, invariable et se déroulant depuis la nuit des temps (oui mais elle commence quand la nuit des temps il y a 13,7 milliards d’année ?) et promis à une future éternité, est devenu relativiste avec ce sacré Albert ou un certain Henri Poincaré qui écrivait avant lui "la simultanéité de deux événements, ou l’ordre de leur succession, l’égalité de deux durées, doivent être définies de telle sorte que l’énoncé des lois naturelles soit aussi simple que possible" laissant ainsi la porte ouverte à une redéfinition scientifique du temps que, dans son intuition immense et géniale, Albert Einstein a imaginé avant même qu’on ne puisse vérifier qu’elle s’accordait avec l’observation.

Ce temps dont on ne sait pas, lorsqu’il s’écrase sur le mur de Planck, s’il s’agit d’une grandeur physique ou une illusion, "une propriété émergente des ingrédients élémentaires du monde"?

Saint augustin, dans sa fameuse confession XI, écrivait "Ces deux temps-là donc, le passé et le futur, comment “sont”-ils, puisque s'il s'agit du passé il n'est plus, s'il s'agit du futur il n'est pas encore ? Quant au présent, s'il était toujours présent, et ne s'en allait pas dans le passé, il ne serait plus le temps mais l'éternité".

Cette éternité à laquelle il attribue une nature divine dans sa vision théologique dispensant ainsi les croyants de la moindre question sur sa nature et son origine laissant, les pauvres pêcheurs que nous sommes, récolter qu’une infime poussière qui nous est accordé et dont parle magnifiquement Charles Baudelaire lorsqu’il écrit en commentaire de l’œuvre d’Eugène Delacroix "Les massacres de Scio": 

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité

Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge

Et vient mourir au bord de votre éternité !

Comment ne pas évoquer, à propos de cette relation fictive à un temps infini évoqué par Davide Castelvecchi, la pensée d’Henri Poincaré qui prend toute sa dimension lorsqu’il écrit parlant de la vérité scientifique et de la vérité morale « toutes deux ne sont jamais fixées : quand on croit les avoir atteintes, on voit qu’il faut marcher encore, et celui qui les poursuit est condamné à jamais connaître le repos » ?

Jamais ? Pas si sûr puisque ce temps que l’on perçoit, dont on devine l’existence et que l’on sent se dérouler de plus en plus vite au fur et à mesure que l’âge avance, nous prenons la conscience viscérale qu’il finira un jour.

Le temps qui nous manque, celui que nous passons avec nos amis, celui qui efface nos blessures, celui que l’on voudrait retenir, celui qu’on voudrait oublier, celui qui n’en finit plus de s’écouler, celui qu’on attend avec impatience, celui mis par un champion pour réaliser son exploit, celui que mesure les astronomes en explorant le fin fond de l’univers, celui, infinitésimal, pendant lequel des savants aperçoivent la saveur du boson de Higgs.

Au fond le temps ne peut pas se laisser enfermer ni dans un carcan de mesure unique qu’il soit compté par les savants pour comprendre le monde ou plus simplement par les hommes pour vivre ensemble, ni dans une forme unique d’expérience qu’elle soit vécue dans les différentes aspects évoquées par Bachelard ou qu’il s’agisse de ces nombreux rythmes biologiques qui se synchronisent pour construire une horloge animant la symphonie de notre corps que Ferdinand Gonseth évoque.


Patrice Leterrier 

16 août 2012

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 19:59

enfant robot

S

ur son blog, Michel Alberganti nous propose des vidéos du robot Affetto représentant un bambin dont le réalisme expressif est saisissant.

Ces figurines ont été construites dans le cadre d’un programme de recherche en "Cognitive developmental robotics" conduit par Minoru Asada.

De plus en plus d’expérience mettent en scène des robots ayant une apparence et des comportements réalistes.

Ils ne se contentent pas de réaliser des actions automatiques mais ils semblent réagir à leur environnement et exprimer des émotions.

Se pose alors clairement, dans nos interactions avec ces machines, la question du champ d’application de la théorie de l’esprit, cette capacité que nous avons d’attribuer un état mental aux autres (croyances, intérêts, intentions, désirs, sentiments, émotions…).

Frank Hegel et Sören krach ont publié en 2008 les résultats de leurs travaux sur la façon dont les actions d’un robot sont perçues par l’homme.

Pour ce faire ils ont utilisé le célèbre dilemme du prisonnier avec un partenaire humain, un robot humanoïde, un robot fonctionnel et un ordinateur.

Le résultat obtenu est qu’il y a une activation d’autant plus forte de zones du cortex spécialisées dans l’élaboration d’une théorie de l’esprit que les joueurs ont à faire à un humain ou à un robot humanoïde.

Hiroshi Ishiguro, de l’université d’Osaka, est le père de la "charmante Robote" Actroid et de Geminoïd HI-2 un robot qu’il a conçu à son image.

Il l’a utilisé pour faire son cours à sa place grâce à une télécommande.

D’après lui, ses étudiants s’impliquaient émotionnellement avec son double artificiel.

Il est persuadé que “les robots peuvent être les partenaires des humains et le deviendront”.

Dans l’article du numéro 36 de Cerveau & Psycho Mon ami le Robot, Myriam Ruhenstroth traite de la relation entre des enfants et le robot jouet dinosaure Pléoet de celle entre des personnes âgés souffrant de démence et le robot phoque Paroqui leurs permet, semble-t-il, de maintenir leurs capacités cognitives et de créer du lien social.

L’apparence sympathique des robots animaux joue un rôle important à court terme parce qu'elle facilite les interactions des personnes avec la machine mais à long terme, "ce qui compte, c'est que les compagnons ne deviennent pas trop prévisibles et, par conséquent, ennuyeux". 

Michel Alberganti évoque le malaise que lui procure la confrontation au robot Affetto.

Vient-il de la dissonance cognitive qui s’installe parce que nos perceptions décèlent des émotions chez des entités que nous qualifions au niveau percept comme des objets ?

Sommes-nous devant des informations incohérentes qui peuvent nous alerter et créer peut-être le malaise que nous ressentons ?

A moins que nous soyons victimes du phénomène décrit pour la première fois en 1970 par le chercheur en robotique japonais Masahiro Mori.

Il avait constaté que les images de robots deviennent de plus en plus sympathiques à mesure qu’ils ressemblent plus à des êtres humains mais que, si la copie devient "trop parfaite", l'effet s'inverse : les robots qui nous ressemblent en tout point deviennent inquiétants.

Selon lui, nous entrons alors dans ce qu’il appelle la "vallée de l’angoisse" parce qu’une ressemblance trop réaliste évoquerait des revenants ou des zombies.

Les fabricants du petit dinosaure Pléo et du phoque Paro ont contourné cette difficulté puisque, sauf à être paléontologue ou expert des zones polaires, nous avons peu ou pas d’information sur l’aspect et le comportement de ces animaux.

Ces deux robots ont des aspects fort sympathiques mais pas le moins du monde réalistes.

Le professeur Herbert Clark pense, quant à lui, que les humains savent parfaitement faire la distinction entre l’homme et le robot et que les robots n’arriveront jamais à "proposer un niveau d’interaction analogue à celui qui existe entre les humains". Selon lui "l’absence de désir et de libre arbitre chez les robots limitera toujours la perception qu’en auront les êtres humains".

Peut-être a-t-il raison mais peut-être aussi qu’un jour pas si lointain un de ces robots androïdes sera capable de réussir le test de Turing c'est-à-dire de se faire passer pour un humain.

Ce jour là la question risque d’être de savoir comment les hommes garderont-ils le contrôle de ces machines qu’ils auront créées et quel avenir pour cette posthumanité ?



Patrice Leterrier 

2 août 2012

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 20:00

Neanderthal

I

l ne faisait peut-être pas aussi chaud qu’aujourd’hui en Août 1856 lorsque deux ouvriers travaillant dans une carrière, située dans la vallée de Neander sur la rive de la Düssel à proximité de Düsseldorf, découvrent les restes de ce qui va s’avérer être un nouveau type humain que l’on nommera l’homme de Neandertal.

Les hypothèses fuseront depuis la plus farfelue parlant des restes d’un soldat mongol de l’armée du général Alexandre Tchernitchev ou encore de ceux d’un homme moderne microcéphale ou rachitique ou même d’un homme fossile représentant un stade primitif de notre espèce.

Certains cependant y voyaient déjà un spécimen d’une espèce humaine disparue Homo Neanderthalensis.

Il faisait probablement beau temps le lundi 3 août 1908, lorsque les jeunes abbés Jean et Amédée Bouyssonie, fouillant une grotte appelée la Bouffia Bonneval située sur la commune de la Chapelle-aux-Saints au sud de Brive-la-Gaillarde, découvrent un squelette humain enterré dans une fosse.

Sur les conseils de l’abbé Breuil, ils confient leur découverte à Marcellin Boule, alors célèbre professeur de paléontologie au Muséum d’histoire naturelle.

Dès le premier examen, Boule est convaincu que ce squelette est celui d’un néandertalien.

Si Neandertal a été longtemps représenté comme un être primitif, simiesque, une sorte de brute épaisse, c’est largement due aux interprétations de Marcellin Boule.

Selon lui, il ne peut s’agir que d’un être «très primitif au point de vue intellectuel».

La presse s’emparera de la nouvelle et l’illustration du 20 février 1909 y consacrera cinq pages agrémentées d’une composition fantaisiste du peintre Frantisek Kupka représentant un Neandertal simiesque et primitif.

Le Tout-Paris se presse au Muséum pour découvrir ce chainon manquant entre l’homme et le singe.

Il nous faut pourtant aujourd’hui revoir radicalement cette vision qui donnait du sens à la poursuite de l’aventure d’Homo sapiens, justifiant en quelque sorte la disparition d’espèces inférieures.

Marylène Pathou-Mathis, dans le dernier Dossier pour la science, nous apprend que les néandertaliens pratiquaient en fait à peu près toutes les activités que l’on pensait propres à Homo Sapiens.

Ils avaient des stratégies de chasses élaborées, une alimentation variée, ils enterraient leurs morts, ils avaient une culture matérielle symbolique (pigments, coquillages perforées, serres et plumes à usage ornemental) et des qualités artistiques comme en témoigne les traces de main de la grotte d’El Castillo dans le nord de l’Espagne.

La découverte du gène FOXP2 néandertalien (impliqué chez l’homme moderne dans la parole et le langage) conforte les observations paléoanthropologiques et notamment la morphologie du cortex  cérébral mettant en évidence la présence des aires de Broca dans le cerveau néandertalien : les Néandertaliens maîtrisaient le langage articulé. 

Pierre Barthélémy reprend sur son blog passeur de science une étude internationale que vient de publier la revue Naturwissenschaften qui semble indiquer également qu’ils consommaient des plantes aux vertus médicinales.

L’existence du gène TSA2R38 chez Neandertal codant les protéines capables de détecter la phénylthiocarbamide (un composé amer présent dans les plantes) semble confirmer le caractère culturel de la consommation de plantes médicinales comme la camomille ou l'achillée millefeuille dont on ne peut pas dire qu’elles soient particulièrement agréables au goût,

L’enquête sur les causes de la disparition de Neandertal il y a environ 30 000 ans démontre qu’elle ne s’explique ni par une intelligence moindre, ni une alimentation peu diversifiée, ni par une extermination par l’homme moderne.

La conjugaison de multiples facteurs (climat difficile, compétition avec homo sapiens, fertilité et durée de vie moindre, métabolisme énergétique moins efficace, …) semble plutôt expliquer leur progressive disparition d’après Kate Wong.

Pour compléter notre vision de l’histoire de l’homme il y a aussi cette formidable découverte en 2008 d’un troisième larron : l’homme de Denisova dont l’ADN prouve que ce n’est ni un homme moderne ni un néandertalien mais il avait probablement avec eux un ancêtre commun qui vivait il y a 1 million d’années (Homo Heidelbergensis).

Ces avancées des paléontologues démontrent que loin d’avoir été une exception, l’homme moderne s’est trouvé en compétition avec des cousins comme Neandertal, Denisova et peut-être d’autres que l’on découvrira ou qu’on reclassera grâce aux analyses maintenant possibles de l’ADN.

Ce sont ces progrès qu’on a pu récemment démontrer que les deux espèces cousines se sont «connues» au sens biblique au Proche Orient, il y a environ 80 000 ans.

Ces «cousins» auraient tout à fait pu, dans d’autres conditions, subsister voire supplanter homo sapiens.

Une raison de plus, si c’était nécessaire, de bien veiller à notre environnement pour que l’aventure d’Homo Sapiens ne finisse pas comme celle d’Homo Neanderthalensis.


Patrice Leterrier 

23 juillet 2012

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 08:03

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M

ichel Alberganti reprend, sur son blog Globule et télescope, une enquête faite par la journaliste Chelsea Schilling (en créant un faux profil d’enfant sur Facebook) sur l’exploitation de Facebook par les pédophiles.

Le résultat ne s’est pas fait attendre et elle a été très vite contactée par des pédophiles. Elle raconte son expérience dans une interview publiée sur youtube réalisée à la suite d’un article sur WND (World Net Daily).

La facilité avec laquelle elle a pu être repérée par des groupes pédophiles pose sérieusement la question de l’inaction de la police qui pouvait bien évidemment faire la même chose et qui a les moyens légaux de poursuivre les délinquants.

La traque des délinquants sexuels et la protection des mineurs est l’affaire des autorités qui doivent multiplier les moyens pour la rendre de plus en plus efficace mais pas plus qu’on ne peut vraiment empêcher le «tourisme sexuel» on ne pourra enrayer la présence des pédophiles sur internet.

Je suis, par contre, plus que réticent à l'idée que l’œil de Facebook "analyse" les échanges des amis sur Facebook au prétexte d’une mission de police qui lui serait déléguée par on ne sait qui.

Ma réluctance n’y change bien sûr pas grand-chose et les moteurs d’inférence de plus en plus sophistiqués de ces grands scrutateurs d’internet continuent de dérouler les pétaflops de leurs ordinateurs de plus en plus puissants.

Il ne sert pas à grand-chose de prétendre qu’on devrait même interdire à ces grands silos applicatifs (je pense aussi à google), qui étendent leur pieuvre sur le monde internet, de faire ce genre d'analyses qui sont clairement une violation de la liberté individuelle.

Dans son article, Michel Alberganti rapporte une autre solution pour contrer les pédophiles "proposée par l’université Ben Gourion du Negev (BGU) en Israël. Il s’agit d’une approche similaire en matière de détection mais proposée sous la forme d’une application utilisable par les parents d’enfants inscrits sur Facebook".

Cette solution de protection par filtrage est bien meilleure mais elle soulève le problème du contrôle parental en amont de l'utilisation des smartphones, tablettes et autres ordinateurs personnels.

Il paraît impossible d'interdire par la loi à des mineurs de s'inscrire sur Facebook, difficile et probablement contreproductif de menacer les parents laxistes.

Il est également illusoire de vouloir renverser le mouvement qui veut que des enfants de plus en plus jeunes soient directement des utilisateurs des prothèses communicatives que sont les smartphones, les tablettes ou les ordinateurs.

Il y a d'ailleurs, notamment en matière d'éducation, des aspects positifs à cet envahissement des technologies.

Ils donnent à nos enfants une fenêtre fantastique sur le monde, la connaissance, des moyens de formation qui sont d'ailleurs aujourd'hui sous-utilisés, un accès aux arts, à l'histoire, une vision des mécanismes de la vie autrement parlante que nos vieilles planches d'anatomie, une mappemonde interactive, un télescope vertigineux sur l’univers, etc...

Facebook, Google et autres silos applicatifs ne sont que des outils.

Comme tout outil, ils ne sont ni moraux ni immoraux mais profondément et intrinsèquement amoraux.

Et, s’ils doivent bien entendu respecter les lois des états où ils opèrent, Il est indispensable qu'ils le restent.

Au nom de quelle légitimité pourraient- ils dicter des règles morales à leurs utilisateurs?

Ils posent cependant le problème du rapport difficile entre l'éthique, la "morale", le respect de lois, les limites de la surveillance "policière" (on pense à la stupide loi Hadopi qui ne brime que les "maladroits") et les outils de communications que les technologies permettent.

Mais ne nous y trompons pas : il y a plus de téléphones mobiles dans le monde que de brosses à dent selon Bruce Sterling et ces outils, qui envahissent de plus en plus notre univers, sont d’abord et beaucoup plus vite que nous pouvons l’imaginer ceux de nos enfants (de mes petits filles pour ce qui me concerne…).

La révolution des technologies de la communication est d’abord une affaire de jeunes mais aussi une affaire de pauvres et d’opprimés.

Nous n’avons pas encore vu toutes les conséquences de ce changement radical même si le printemps arabe nous a donné déjà un avant-goût de la force d’une diffusion sans limite géographique et pratiquement économique d’une information libre non pas parce qu’impartiale mais parce que protéiforme, pluriculturelle et fractale.

Les pays totalitaires comme l’Iran, qui tentent d’enrayer ce souffle de liberté jamais connu par l’humanité, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés.


Patrice Leterrier 

15 juillet 2012

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 18:46

savant fou 2

Y

ves Michaud dans la revue philosophie magazine souligne que l’histoire de la philosophie occidentale est marquée par le triomphe de la raison, de la volonté et par la méfiance du corps, des émotions, des passions refoulées selon Kant dans le pathologique.

On pourrait croire que dans cet environnement culturel, où la science ne cesse d’exprimer sa toute puissance sur le monde qui nous entoure, l’image du scientifique soit le summum de l’accomplissement humain.

Et pourtant, alors que 3 Français sur 4 considèrent que la science et la technologie apportent des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent selon une enquête d’IPSOS, les métiers de scientifiques ne soulèvent guère l’enthousiasme des jeunes français.

Est-ce parce que, malgré cette hégémonie du rationnel, comme l’affirme Matthew Hutson dans une interview sur Wired Science, "la pensée magique est un instinct humain naturel que nous avons tous" ?

Comment vraiment le contredire ? Qui peut affirmer n’avoir jamais touché du bois, évité de passer sous une échelle, vu comme un mauvais présage un chat noir traversant une rue ?

Qui peut également affirmer qu’il n’a jamais pensé qu’il était maudit lorsque le professeur l’avait choisi pour expliquer le sens profond d’une tirade de Racine ?

Comment éviter et à vrai dire pourquoi éviter de penser que les événements qui nous arrivent ont un sens ?

Le destin de l’homme est de chercher un sens aux événements qu’il vit même si la discipline scientifique le dissuade de ce projet insensé.

Ce hiatus entre cette intuition que "ce qui devait arriver arrive" et la rationalisation froide que nous impose la démarche scientifique n’explique-t-il pas une partie du désamour entre le public et la science ?

Est-ce plutôt parce que, comme l’affirme Michael Brooks, l’image du scientifique resterait la plupart du temps associé chez les enfants, à un barbu lunetteux portant une blouse blanche impersonnelle quand ils ne vont pas jusqu’à le représenter "tenant un tube à essai au dessus de sa tête et criant «Avec ça je peux détruire le monde» " ?

L’une des conséquences les plus inquiétantes de cette mauvaise image c’est que plus un seul enfant n’aspire à devenir un scientifique.

Tout le monde connait l’extravagance et le génie d’Albert Einstein, mais quel enfant songerait à un tel destin ?

Ils préfèrent rêver être plus tard une nouvelle star, le successeur de Raphael Nadal ou un trader roulant en Porsche pour se rendre dans son loft situé dans la City de Londres.

Comment ne pas s’inquiéter aussi que nos meilleurs "cerveaux" n’aient que la ressource de s’expatrier pour prétendre à un salaire décent et à des budgets conséquents pour poursuivre sereinement leur recherche ?

Une étude récemment publiée par l’Institut Montaigne révèle que«"les meilleurs chercheurs, les plus prolifiques et les mieux intégrés sur le plan international" sont le premiers à s’expatrier et que "le problème se pose de façon plus aiguë dans le domaine des sciences de la vie et des sciences exactes dont les innovations et les découvertes sont riches de retombées économiques".

Faut-il ne compter que sur ceux qui considèrent leurs métiers comme un sacerdoce alors que la science n’a rien à faire les religions et s’y oppose même lorsqu’elles prétendent lui dicter la vérité au nom d’une orthodoxie immuable ?

Alors que le devenir de notre société dépend de plus en plus des progrès scientifiques et techniques, cette désaffection de la carrière scientifique est préoccupante.

L’image de la science passe aussi par l’image des scientifiques elle-même en partie fonction de la reconnaissance de la société qui devrait aller bien au delà de la seule renommée internationale.

Les plus brillants d’entre eux devraient devenir aussi les plus médiatisés, les plus admirés, pourquoi pas les plus riches, pour que l’on souhaite que des bambins nous déclarent les yeux plein de rêves : "je veux devenir un scientifique".


Patrice Leterrier 

18 juin 2012

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 11:26

le doigt de dieu

S

ur son blog Passeur de Science, Pierre Barthélémy s’insurge contre une nouvelle offensive des créationnistes déclenchée en Corée du Sud.

A l’origine de leurs argumentations, les créationnistes jouent sur l’énorme ambigüité dans la compréhension du mot "théorie" par le grand public.

Le sens de théorie est souvent confondu avec celui d’hypothèse lui-même opposé à la compréhension intuitive de "certitude".

Il est vrai que le langage quelquefois abscons des scientifiques ne facilite parfois pas l’accès du grand public à leurs découvertes.

Il est vrai aussi que la notion de certitude en science reste tout de même une notion difficile à appréhender dans la mesure où la règle absolue de la réfutabilité conduit les plus malins des négationnistes à s’engouffrer dedans en confondant volontairement réfutabilité et doute systématique.

Réfuter une théorie, c’est apporter la preuve qu’il existe des expériences mesurables contredisant ou ne pouvant être expliquées par la théorie et non la mettre en doute au nom de croyances aussi respectables qu’elles soient (lorsqu’elles ne se mêlent pas de science).

Il est aussi grotesque de vouloir contredire le darwinisme à partir des textes sacrés que de vouloir attaquer les fondements de la foi religieuse à coup d’arguments scientifiques.

La réfutation d’une théorie comme celle de la gravitation universelle imaginée par Isaac Newton conduit souvent à l’englober dans une vision plus large. Elle reste «vraie» à une certaine échelle de mesure.

Ce n’est pas toujours le cas. Sans faire référence à la théorie de l’évolution qui balayait les conceptions anciennes sur l’origine des espèces (si on exclut la vision transformiste de Jean-Baptiste de Lamarck), Il suffit par exemple de suivre l’histoire de l’explication de la circulation sanguine à travers les âges et les bêtises racontées par Descartes, qui pensait que la chaleur du cœur qui étai t la cause des battements cardiaques, à l’époque où Willian Harvey décrivait la circulation et le rôle du cœur.

Les neutrinos "supraluminiques" annoncés hâtivement et à tort par la coopération OPERA auraient conduit à chercher à minima un complément à la théorie de la relativité.

Cette belle construction mathématique d’Albert Einstein n’a jusqu’à présent jamais été contredite.

Les scientifiques continuent à en explorer les conséquences par les expériences de plus en plus difficiles à appréhender par le grand public comme la récente (Septembre 2011) vérification par des astronomes danois du décalage vers le rouge de la lumière sous l’effet de la gravitation.

Ces digressions sur la notion de théorie pour illustrer qu’une théorie scientifique n’a jamais vraiment le statut de certitude absolue (si tant est que cela existe) mais simplement celui de modèle explicatif de la réalité, s’appuyant sur un ensemble d’hypothèses cohérentes, nécessaires et suffisantes, qui rend fidèlement compte des observations que l’on peut faire et conduisant à des prédictions vérifiables.

C’est une explication détaillée de quelque aspect de la nature, supportée par un vaste corpus de preuve qui n’a rien à voir avec une croyance religieuse s’appuyant sur un à priori indémontrable par nature.

A Napoléon, qui lui faisait remarquer qu’il n’était nulle part fait mention de Dieu dans son ouvrage la "Mécanique Céleste", Laplace répondit "je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse".

Charles Darwin n’en avait pas plus besoin pour écrire "On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life" et n’en déplaise aux créationnistes l’hypothèse de Dieu n’apporte toujours rien à la compréhension scientifique de nos origines.

Paraphrasant Marcel Proust qui disait "les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances", on peut dire que le monde irait mieux si les croyances ne se mêlaient pas du monde où vivent les faits.


Patrice Leterrier 

11 juin 2012

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 14:16

 

Magritte--The-Son-of-Man.jpg

Q

uand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu".

Personne n’a peut-être jamais mieux décrit que Jean-Jacques Rousseau, dans son œuvre posthume Les Rêveries du promeneur solitaire, le plaisir de laisser vagabonder sans but son esprit.

Albert Einstein, qui sortait de chez lui en pantoufles, s’imaginait courant le long d’une vague légère – une rêverie qui l’aurait conduit à la théorie de la relativité restreinte.

La légende (ou l’histoire) de la pomme tombant sur le crâne du savant semble accréditer que la loi de la gravitation universelle fut découverte dans un moment de rêverie du grand Isaac Newton.

Archimède eut la révélation de sa fameuse poussée alors qu’il prenait un bain pour se détendre. Il mourût à 75 ans, plongé dans ses pensées, tué par un soldat romain qu’il avait apostrophé parce qu’il dérangeait ses "cercles" dessinés sur le sable.

Les travaux de neuroscientifiques semblent en tout cas confirmer que les moments de rêverie donnent lieu à une intense activité, dans un réseau appelé "le réseau par défaut", comparée par certains à une sorte d’énergie sombre du cerveau.

Benjamin Baird, psychologue à l’université de Columbia, émet l’hypothèse que la capacité de l’homme de rêvasser aurait été sélectionnée par l’évolution pour nous permettre de résoudre des problèmes complexes.

La rêverie, souvent associée à une certaine forme d’excentricité, serait donc au cœur de l’activité créatrice.

Encore faut-il être capable de "saisir" la pensée vagabonde et ne pas se complaire à ressasser à l’excès en se laissant envahir par des mondes imaginaires au point de perdre tout contact avec la réalité.

La rêverie n’est donc pas une forme de pensée «infantile» et d’adonnation à la paresse comme le prétendait Sigmund Freud.

Selon une étude réalisée par Daniel Gilbert et Matthew A. Killingsworth, des psychologues de l’Université d’Harvard nous passons près de la moitié de notre temps à rêvasser.

Des études, menées en 1993 par la psychologue américaine Kathryn Wentzel, de l’Université du Maryland, ont montré que c’est celui qui suit les consignes, reste silencieux et comprend ce qu’on lui enseigne qui est considéré comme l’élève idéal. Cette attitude favorise l’obéissance et le conformisme, mais laisse de côté la curiosité et l’indépendance indispensables au développement de la créativité. Il reste que la personnalité même de l’enseignant joue un rôle primordial dans la transmission.

L’inactivité est combattue dans nos sociétés où l’agitation, la performance sont les critères primordiaux de l’intégration et de la réussite alors même que le destin de nos sociétés de hautes technologies et d’échanges dépend en grand partie de nos capacités d’innovations.

Or les grands découvreurs, les grands créateurs, les grands artistes sont d’abord des grands rêveurs excentriques possédant plus que d’autres la faculté de désinhibition cognitive, permettant à des idées, des associations incongrues situées à l’arrière-plan de surgir à l’avant-scène de la conscience.

On commence heureusement à voir de ces excentriques créatifs trainés sur les campus des sociétés de hautes technologies qui ont compris l’importance de favoriser ces talents "cachés".

On se souvient que le très charismatique Steve Jobs se présentait toujours à ses grands shows d’annonce mal rasé, en jeans et col roulé.

Il aurait pu rester un vieil hippy attardé s’il n’avait croisé sur sa route un certain Stephen Gary Wozniak et fondé avec lui Apple dont le nom n’est pas étranger à la pomme de Newton.

Son génie, source de son incroyable réussite, ne venait pas uniquement de son anticonformisme mais n’y était sûrement pas complètement étranger.

C’est du reste cet anticonformisme qui est peut-être responsable de l’aggravation de sa maladie parce qu’il voulut d’abord se soigner avec des traitements naturels faits d’alimentation végétarienne, d’acupuncture et de plantes.

Toute médaille aurait-elle son revers ? 


Patrice Leterrier 

2 juin 2012

 

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