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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 18:31

S

ébastien Bohler, rédacteur à cerveau & Psycho, nous révèle les résultats étonnants d’expériences réalisées par V. Klucharev et ses collègues à l'Université de Nijmegen aux Pays Bas. Ces chercheurs ont étudié les mécanismes cérébraux en jeu dans le conformisme, qui s’avère être de loin un comportement dominant de l’homme. En bon darwiniste il nous rappelle que si le cerveau s’est doté de structure favorisant le conformisme c’est parce qu’il représentait pour la survie de l’espèce un avantage, "ce qui tombe sous le sens si l'on songe qu'en des temps reculés, l'être humain ne pouvait subsister qu'au sein d'un groupe". Dans ces expériences les sujets devaient indiquer en observant des photos d’hommes et de femmes lesquelles leur semblaient les plus beaux ou attirants pendant qu’un scanner mesurait l’activité du cerveau. Il ne se passait pas grand-chose quand on leur communiquait l'avis de la majorité et que leur avis concordait. Dans le cas contraire, deux zones cérébrales s'activent. Nommées noyau acumbens et cortex cingulaire rostral, elles constituent ce que les neuroscientifiques nomment le "circuit de détection des erreurs". Lorsqu’il ne connaissait pas l’avis de la majorité, et qu’on lui communiquait après coup, s’il était différent, il était convaincu de s’être trompé et qu'il lui fallait réviser son jugement. Il existerait donc un circuit cérébral du conformisme qui nous conduirait naturellement à réviser nos opinions pour mieux  nous ajuster à l'avis dominant. Dès 1958, le psychologue Solomon Asch avait fait l'expérience de "conformisme social". Des volontaires devaient indiquer laquelle des trois barres de droite avait la même longueur que la barre de gauche. En réalité, il n’y avait qu’un vrai volontaire, les autres étant des complices. L'ensemble des "complices" donnaient une réponse manifestement absurde mais le volontaire donnait aussi la même réponse, sous la pression des autres. On se souvient aussi des expériences terrifiantes menées par le sociopsychologue Milgram, de l’Université de Yale, dans les années soixante, sur la torture et la soumission. Milgram annonçait alors à ses sujets "maître" qu'il désirait étudier les effets de la punition sur l'apprentissage de syllabes à mémoriser. Il attendait d'eux qu'ils jouent le rôle de "maître", chargé de punir "l'élève" de plus en plus sévèrement pour chaque erreur commise. Il les plaçait alors devant une série de boutons, dont la manipulation était censée déclencher l'émission de chocs allant de 15 à 450 volts (ce dernier voltage étant capable d'occasionner de grandes souffrances et des dommages physiques importants. A vrai dire, un simple choc de 24 volt peut entraîner la mort). Quant à "l'élève", il était assis dans une pièce voisine, sur un siège bardé de fils électriques. Milgram a montré que lorsqu'un sujet sait qu'il n'a qu'un rôle d'intermédiaire et qu'il ne peut donc être directement tenu pour responsable de l'acte posé, le taux de docilité monte à 90 %. Des recherches ultérieures ont montré que lorsque les sujets étaient en présence d'autres individus refusant d'obéir, ils refusaient à leur tour de le faire, dans une proportion de 90 %, ce qui semblerait renforcer la prédominance du conformisme sur le respect de l’autorité. Et pourtant, depuis Galilée et bien d’autres c’est bien en luttant contre le conformisme dominant que la connaissance a fait les progrès que nous pouvons admirer. C’est la preuve que la lutte contre le conformisme est un véritable combat et non pas une attitude adaptée. Rien que d’avoir voulu me distinguer de la banalité ambiante en vous communiquant ces résultats, je me sens un peu fatigué et je vais donc me reposer avec un peu de conformisme télévisuel.

Patrice Leterrier

24 février 2009

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 21:45


O

n savait déjà qu’un mort n’avait pas le même poids selon qu’il était américain, israélien, palestinien, zimbabwéen, congolais, khmers, vietnamien mais j’arrête là ma litanie macabre. On savait et l’on pouvait s’indigner de cette discrimination arithmétique. Les hommes politiques et les médias restent totalement indifférents aux millions de victimes du choléra, du Sida, du paludisme et de la malnutrition en Afrique alors qu’une catastrophe impliquant quelques dizaines de victimes américaines ou européennes ou le massacre perpétré par un déséquilibré suffit à faire crépiter tous les téléscripteurs des salles de rédaction et peut même justifier qu’on interrompe un reality show ou un de ces feuilletons débiles dont nous arrosent les chaines de télévision. Il ne s’agit pas dans mon esprit bien sûr de créer une hiérarchie de l’horreur et de mépriser, au nom du nombre, les drames de toutes natures mais de constater que le malheur des populations en souffrance n’intéresse guère nos dirigeants et peut-être nous même car les médias ne sont après tout que le reflet de notre inconscient collectif. Mais voilà maintenant que la crise frappant, certains états d’Amérique songent sérieusement à abolir la peine de mort à cause …de son coût. En effet le monde d’aujourd’hui nous apprend que "La condamnation à mort coûte en effet parfois jusqu'à dix fois plus cher que la condamnation à la prison à vie. Outre un procès plus complexe et plus long, les procédures d'appel durent des années et, la plupart du temps, les condamnés sont défendus par des avocats payés par l'Etat. Entretenir un couloir et une chambre de la mort est aussi plus onéreux en termes de surveillance notamment." J’imagine rétrospectivement Robert Badinter, à la tribune de l’assemblée nationale le 17 Septembre 1981 s’écriant avec cette solennité qui était la sienne "Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus pour notre honte commune, des exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées", et d’ajouter, Demain, grâce à vous, l’état fera des économies…..J’entends, comme si j’y étais, la bronca dont il aurait été l’objet de la part d’une assemblée que je pourrais presque croire unanime dans ce cas même si cette loi n’a été votée qu’à la majorité simple (au demeurant Jacques Chirac et François Fillon l’avaient votée)! Faut-il que certains hommes politiques américains soient, à ce point, dénués de tout sens moral pour qu‘ils osent envisager de débattre de l’abolition sur la base de son bilan économique ? On peut aussi se réjouir de ce mouvement en ne pensant qu’au résultat ! Si d’aventure nos dirigeants considéraient l’argument économique comme un critère recevable pour évaluer une peine, on pourrait aussi faire beaucoup d’économies en désengorgeant les prisons de tous les prévenus en attente d’un jugement….mais il faudrait pour cela arrêter d’enfermer nos concitoyens dans une psychose sécuritaire montrant du doigt quelques cas, certes atroces mais somme toute assez marginaux, des crimes de dangereux déséquilibrés au risque de jeter un anathème discriminatoire sur l’ensemble des patients souffrant de troubles mentaux comme la schizophrénie qui sont globalement plus largement victimes que coupables.

Patrice Leterrier

18 février 2009


 

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 22:03


L

e vent siffle, le vent souffle et puis le vent redouble ses efforts…..les amateurs de La Fontaine pourront continuer la fable. Dernière estimation des assureurs : 1,4 milliard d’euros de réparations ! Autrefois pour réveiller une économie atone, les revanchards de tout bord avaient cette maxime atroce : "il n’y a rien de mieux qu’une bonne guerre". Aujourd’hui, où on se félicite que des soldats allemands casernent symboliquement sur notre sol, la tempête peut avantageusement remplacer la guerre. Elle fait de gros dégâts (moins qu’une guerre mais quand même…), elle fait peu de victimes (bon d‘accord il y en a toujours trop!), elle oblige les compagnies d’assurance à vider un peu le bas de laine des assurés et elle pourrait permettre de relancer le bâtiment. On a toujours dit que quand le bâtiment va tout va….Et si on s’inventait une tempête imaginaire ? Voilà une idée intéressante qui ne ferait pas de victime pour le coup! Au lieu d’aller chercher dans le bas de laine des assurances on pourrait prendre – comme me l’a suggéré un de mes fidèles lecteurs - un peu dans nos économies (les français ont un des niveaux d’épargne les plus élevés d’Europe) et par exemple faire des investissements dans les énergies renouvelables, les voitures propres, les appareils électroménagers soucieux des économies d’énergie, etc... Bref des choses qui nous permettraient à terme de dépenser moins donc d’augmenter notre pouvoir d’achat. Si individuellement, nous faisions comme le gouvernement et que nous avancions des dépenses prévues mais remises à plus tard à cause de la crise? Mais je vois déjà le froncement de sourcils et la réprimande doctorale des orthodoxes aveuglés par la crise : "Voyons ! Reviens sur terre, incorrigible rêveur! Que peux-tu faire devant la spirale nauséabonde de morosité qui saisit le monde?". Pas grand-chose tout seul effectivement! Mais si tout le monde arrêtait de se morfondre et n’acceptait pas la fatalité, peut-être que la récession pourrait au moins s’infléchir voire se retourner. Après tout Saint-Exupéry n’avait-il pas raison lorsqu’il disait "fait de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité"? Le vent souffle et ne balaie hélas pas les idées noires alors qu’il n’y a aucune raison objective à ce ralentissement économique si ce n’est la peur des banques qui contractent le crédit, la peur des entreprises qui anticipent le ralentissement, la peur des particuliers qui contracte la consommation et le grand tam-tam des médias qui n’arrêtent pas de nous assommer de mauvaises nouvelles en nous prévoyant le pire comme pour se faire pardonner de n’avoir vu rien venir ! Sophocle disait "tout est bruit pour qui a peur". Laissons tomber nos peurs et ayons l’audace d’entendre la douce musique d’une occasion unique de changer le paradigme du tout financier qui régnait sur le monde.

Patrice Leterrier

10 février 2009

 

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 22:07

L

undi, je vous parlais de l’occasion - qui sera probablement manquée - de rebondir après la tempête du 24 janvier. Selon les derniers chiffres publiés par La Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA), elle va maintenant coûter aux assurances entre 1,0 et 1,4 milliard. Je vous suggère d’allez voir un reportage intéressant (premier lien hypertexte du courriel). Vous y trouverez tous les ingrédients de la réussite d’un projet passionnant dans le sud-est du Portugal qui n’est pas si loin des Pyrénées et du pays basque : une centrale solaire, des équipements sur des écoles, une usine de panneaux solaires qui a créé 500 emplois. On y trouve un exemple édifiant d’un renversement de la logique centralisée – qui est l’une des causes de la fragilité du système de distribution électrique français - vers une autonomie au niveau d‘une commune ou d’un groupe de communes. Le rêve quoi ! Sauf qu’il s’agit bien d’une réalité. C’est très excitant et ça change de la colère consternante de Madame Laurence Parisot affirmant qu’"on fabrique de l'appauvrissement quand on fait grève toute une journée". Je croyais que nous avions un problème de surcapacité et je croyais aussi que le droit de grève était inscrit dans la constitution en France? Elle nous conseille de traiter la crise comme une tempête c'est-à-dire comme une fatalité causée par les éléments alors que la crise a des responsables bien humains encore assez grassement payés malgré leurs responsabilités écrasantes dans le désastre actuel (Cf. La grosse colère de Barak Obama contre les ténors de Wall Street et le bras de fer sur les bonus des dirigeants du gouvernement français). Dans les colonnes de la Tribune, Peter Gumbel - grand reporter pour Fortune et Time – de retour de Davos rapporte le cas d’un industriel posant une question dévastatrice : "dans tous les autres secteurs de l'économie, ceux qui fabriquent et distribuent des produits toxiques sont sévèrement punis et parfois mis en prison, dit-il. Pourquoi cela n'est pas le cas dans la finance ?" Il a cru rêver aussi en entendant Indra Nooyi, PDG de PepsiCo, s’écriait "dans le capitalisme, il y une ligne très fine entre le simple profit et la cupidité.". Si ce n’est pas du cynisme de la part de cette dirigeante d’un des symboles du capitaliste merchandiseur, c’est du masochisme ahurissant! Philippe Herlin, chercheur en finance (on se demande ce qu’il pourrait bien trouver mais c’est un autre sujet…), publie aujourd’hui dans les colonnes du même journal un article sur la crise financière qui est aussi "une crise des concepts, de ses méthodes, notamment du calcul du risque" (deuxième lien hypertexte du courriel). On pourrait s’agacer de cette tautologie mais il n’est jamais trop tard pour en prendre conscience et ne pas retomber dans les schémas qui ont conduits à la faillite actuelle du système. Il se réfère à un ouvrage clé de Benoit Mandelbrot publié en 2004 "Une approche fractale des marchés" (Editions Odile Jacob). Certains d’entre vous, amateurs d’art ou de mathématiques, connaissent peut-être Benoît Mandelbrot, ce mathématicien franco-américain qui est l’inventeur des fractales. Sa théorie n’est pas nouvelle puisque le modèle d'évolution des cours de la bourse basée sur la géométrie fractale date de 1961 ! Cette théorie financière a l'avantage de mieux prédire la survenue des variations extrêmes, ce que ne permet pas l'usage de l'analyse technique basée sur la théorie de Charles Dow qui, malgré son grand âge, reste encore en vigueur chez beaucoup d’analystes. Philippe Herlin nous invite à changer "notre façon de penser la finance. Et vite" Une réflexion vient inévitablement après ce brillant plaidoyer du chercheur. Comment se fait-il qu’un domaine aussi important que la sécurité financière ne fasse pas l’objet de toutes les attentions des autorités et que la recherche dans ce domaine ne soit pas aussi développée par exemple que dans celui de la sécurité nucléaire qui procède de principes d’isolations, de contrôles stricts et plein d’autres méthodes de contrôle souvent systémiques qui pourraient utilement être adaptées par des financiers s’ils avaient seulement le sens des responsabilités à la place de l’avidité méprisable qui les habite trop souvent.

Patrice Leterrier

4 février 2009


Redécouvrir Benoit Mandelbrot en période de turbulences

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 21:40

Anil Ambani

L

'industriel indien Anil Ambani, qui dirige Reliance Power, une filiale du groupe d'énergie Reliance Energy fondé par son père Dhirubhai Ambani, sixième fortune mondiale, a perdu 30 milliards de dollars ces derniers mois à cause de la crise financière. Il ne lui en reste plus "que" 12, ce qui ne le classe évidement pas dans la catégorie des Rmistes. Son frère Mukesh Ambani, l’homme le plus riche du monde, héritier d’un empire industriel Reliance Industries, Lakshmi Mittal - qui fait parler de lui en France avec la rancœur des ouvriers d’ArcelorMittal de Gandrange (Moselle) qui ont élevé un stèle aux promesses non tenues de Nicolas Sarkozy - et Kushal Pal Singh patron du groupe Delhi, Land & Finance, premier promoteur immobilier en Inde, ont chacun perdu plus de 20 milliards de dollars cette année. Au total, les pertes de ces quatre Indiens réunis s'élèvent à 100 milliards de dollars. Le scandale de l’escroc américain Bernard Madoff aurait fait trois millions de victimes dont probablement Liliane Bettencourt. Je sens qu’un sentiment de compassion est en train de vous envahir devant ces pauvres riches qui se sont fait grugés comme des enfants par des espoirs de gains - sans rapport avec la réalité de la croissance des richesses mondiales - promis par des banquiers totalement enivrés par la magie apparente de leurs martingales redoutables. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, voilà que l’on apprend que madame Liliane Bettencourt âgée de 86 ans, actionnaire principal de L'Oréal, est sous le coup d’une enquête lancée par le parquet de Nanterre qui a sollicité un expert en vue d'un "avis médical complet" dans l'enquête sur des dons pour près d'un milliard d'euros qu'elle a accordés à un photographe. On voit aussi avec tristesse la zizanie qui règne entre le père d’Astérix accusé ou presque de sénilité par sa fille et son gendre depuis le rachat par Hachette de 60 % de la maison d'édition Albert-René. Vraiment entre les pertes abyssales provoquées par la crise, les soupçons de sénilité que font peser les héritiers sur certaines vieilles personnes pleines aux as, on peut vraiment se dire c’est dur dur d’être riche aujourd’hui….Et pendant ce temps vraiment si difficile pour ces pauvres riches, certains ont l’impudence de se plaindre des conséquences de la crise sur leur pouvoir d’achat et même pour une partie d’entre eux du risque de perdre tout trivialement leur emploi ! Il ne s’agit évidemment pas de prendre prétexte de ces flagrants déséquilibres pour justifier n’importe quelles mesures démagogiques pour panser les plaies de nos concitoyens. Mais il y a face à ce dérèglement général de l’ordre du monde économique, des signaux peut-être symboliques -mais au fond les symboles ça compte aussi-envoyés par Barak Obama : d’abord sa colère contre les bonus exorbitants des privilégiés de Wall Street et ensuite sa volonté de plafonner les gains des patrons des entreprises qui auraient bénéficié de l’aide de l’état américain. Cela ne résoudra pas malheureusement les effets de la crise mais cela peut au moins tenir lieu de guillotine morale symbolique pour arrêter le scandale de vautours sans foi ni loi construisant leurs fortunes sur leurs échecs et sur la misère du monde.

Patrice Leterrier


4 février 2009

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 21:47

Social et économique


I

l y a en France un véritable débat idéologique qui oppose les mots social et économique. Le sens mythique de l’adjectif "social" est un problème qui semble typiquement français et du domaine de l’inconscient collectif. Le Larousse consacre presqu’une demie colonne à sa définition ce qui prouve, s’il en était besoin, son caractère protéiforme. Celle qui devrait s’appliquer le mieux au débat est "qui vise à l’amélioration des conditions de vie et en particulier des conditions matérielles des membres de la société". Le Larousse, dans sa grande sagesse œcuménique, ne parle pas de certains membres mais de tous les membres rendant ainsi la définition bien difficile à mettre en œuvre par l’état que l’on appelle souvent Providence. La Providence, sagesse suprême, dont nous savons malheureusement qu’elle est souvent comme la justice aveugle, reste généralement aussi sourde aux cris d’orfraie poussés par ceux à qui on demande des efforts de solidarité pour atténuer l’injustice faite à d’autres. En première approximation la définition du Larousse n’est applicable, puisque l’entropie s’applique à l’économie, qu’en augmentant la masse des richesses à redistribuer c'est-à-dire en investissant pour créer de l’activité ou en prenant dans la poche des uns pour donner aux autres, une sorte d’état Robin des Bois….La deuxième manière est évidemment beaucoup plus rapide dans son effet mais n’est généralement qu’un marché de dupes car elle a des effets désastreux sur le dynamisme des "lésés" et se traduit généralement par une perte de compétitivité et donc encore moins de richesses à distribuer. La recette serait donc de prendre dans la poche des capitalistes et singulièrement des banquiers dont on sait qu’ils sont la source de tout le malheur du bon peuple puisqu’il n’y a plus de nobles à guillotiner en France…Et d’ailleurs, lorsqu’on a le malheur de mettre en avant les limites de l’État Providence, il ne manque pas de voix scandalisées pour rétorquer qu’il a déjà joué à madame la Providence auprès de banques et dans une certaine mesure des constructeurs automobiles. Le hiatus, souvent entendu dans les manifestations, c’est cette difficulté à comprendre que l’argent promis en garanti, ces prêts ou ces prises de participation ne sont pas des "cadeaux" du pouvoir régalien mais bien des mesures de protection de la banque ou de l’industrie automobile française au profit en premier des français. Certes certains banquiers américains, qui vont se vautrer dans le luxe insolent de palace californien après avoir reçu l’aide de l’état, ne facilitent pas la compréhension de ces actions. Mais le plus grave, me semble-t-il, c’est que le discours simpliste d’un extrême gauche ou de certains syndicalistes irresponsables qui consistent à monter la colère du bon peuple contre ces affreux capitalistes qui dilapident notre argent – avec des accents "dix sept cent quatre vingt neuviens" pour ceux qui rêvent encore d’un grand soir – est aussi largement relayé par le parti socialiste ou un François Bayrou - qui devrait prendre sa carte au parti socialiste pour régler ses ambigüités un peu indécentes en ces temps de crise. On pourrait s’attendre à un peu plus de tenu et à un peu moins de démagogie devant la gravité de la situation de la part d’un parti, certes encore en ruine, mais qui devrait porter l’espoir d’à peu prés la moitié des français. La situation aujourd’hui est explosive parce que, même si les français sont aptes à comprendre que la seule solution durable et efficace pour sortir de la crise est dans l’investissement, il n’en reste pas moins que la situation économique de certains d’entre eux devient insupportable. Il va donc falloir doser savamment des mesures d’urgence dans l’esprit du RSA et un puissant plan de relance basé sur l’investissement. On peut s’interroger sur l’ampleur du plan, par exemple souligner l’absence des mesures incitatives à l’investissement pour les particuliers notamment dans les économies d’énergie qui sont pourtant créateurs d’emplois à cours terme dans un domaine qui reste porteur. Il est peu probable que le discours de Nicolas Sarkozy calme les inquiétudes, pourtant reconnues par lui comme légitimes, des français sans lâcher un peu de lest et sacrifier à l’orthodoxie économique pour satisfaire l’inconscient collectif social. Puis-je, sans porter atteinte à la puissance des beaux esprits qui l’entoure, lui suggérer de méditer deux maximes de Machiavel : "Les hommes prudents savent toujours se faire un mérite des actes auxquels la nécessité les a contraints" et "rien n'est aussi désespérant que de ne pas trouver une nouvelle raison d'espérer".

Patrice Leterrier


3 février 2009

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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 16:00


F

aut-il parler de la pirouette peu crédible de Ségolène concernant la copie dont elle aurait été victime de la part de Barak Obama? Elle affirme aujourd’hui que c’était "à une question amicalement provocatrice d’un des journalistes que j’ai répondu de façon humoristique!". Chacun peut juger du procédé qui consiste à accuser, même indirectement, le journaliste d’avoir déformé sinon ses propos du moins son intention. Le journaliste en question, Sylvain Cypel, du Monde, explique quant à lui n'avoir "personnellement pas perçu la réponse de Ségolène Royal comme étant de l'humour". Il ajoute "Je peux évidemment m'être mépris, mais la précision sur le fait qu'elle 'assume' m'est apparue confirmer ma perception". Je pense aussi que l’on peut aussi passer sous silence l’odieuse agression dont aurait été victime Jacques Chirac de la part de son féroce chien Sumo, un bichon maltais dont la taille ne dépasse pas 25 cm et le poids plafonne vers 4 kg! Il n’y a non plus pas de vraie raison de s’attarder sur le record de détritus que les services de nettoiement de la capitale américaine ont récolté à l’issue de la cérémonie d’investiture de Barak Obama. Je préférerai saluer le geste hautement symbolique du nouveau Président qui annonce la fermeture d’ici un an de Guantánamo, site honteux de non droit pour ce grand pays.  Mais la vraie nouvelle à sensation dont je souhaite vous entretenir aujourd’hui, c’est la décision du tribunal de Nanterre de débouter le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) dans son action contre la société titulaire de la marque Banania pour non-respect d'un accord sur la fin du slogan publicitaire "Y'a bon". L'association accusait cette société de ne pas respecter un protocole d'accord signé début 2006 avec le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais (Collectif Dom), qui consacrait l'abandon du slogan "Ya bon" jugé dévalorisant pour les Noirs, bien que la formule -inventée en 1915 pour vanter les mérites de la boisson chocolatée- ne soit plus utilisée depuis 1977. Ainsi donc le familier tirailleur sénégalais qui était jugé par le collectif "insultants pour les personnes de couleur noire" doit disparaître alors que son image avec celle de la vache qui rit, le bibendum de Michelin, le célèbre dubo, dubon, dubonnet, l’ineffable trio des peintres Ripolin peignant leur dos, le terrifiant cracheur de feu des cataplasmes Vaillant et bien d’autres encore ramènent certains d’entre nous à l’époque nostalgique où les réclames ne s’appelaient pas encore la publicité et où certains d’entre nous, dont je faisais parti, collectionnaient des buvards réclames que l’on s’échangeaient, selon une bourse codifiée, dans les cours de récréation. Bien sûr l’image du tirailleur n’était pas, au premier degré, très flatteuse pour les performances grammaticales du personnage, mais sa bonne bouille illuminée par un immense sourire était familière aux gamins qui voyaient leurs mères plonger parcimonieusement une cuillère dans la boite en fer blanc et en extraire la quantité juste suffisante pour donner ce bon goût de chocolat à notre petit déjeuner de l’époque. Je ne suis pas très sûr que le combat mené par le Mrap à l’initiative du collectif des Antillais soit vraiment un combat essentiel. C’est un peu une image de notre enfance qui s’en va avec cette disparition programmée mais après tout il faut vivre avec son temps et cultiver plutôt l’espoir que la nostalgie!

Patrice Leterrier

22 janvier 2009

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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 21:18


E

n ce mois de décembre, certains d’entre vous ont eu le plaisir de contempler des immensités couvertes de neige d’un blanc parfaitement régulier aplanissant tous les reliefs. Mais savez-vous qu’il n’existe pas deux flocons de neige identiques? Les scientifiques s’échinent depuis des siècles à comprendre la formation de cristaux de neige qui peuvent prendre des formes aussi variés que magnifiques en étoiles, dendrites, rosettes, aiguilles….En 1611 Johannes Kepler publiait un petit fascicule intitulé L’étrenne ou la neige sexangulaire dans lequel il cherchait à comprendre pourquoi les cristaux de neige ressemblaient autant à des fleurs: "chaque plante possède un principe propre qui l’anime, puisque chaque spécimen de plante existe séparément et il n’y a pas de raison de s’émerveiller que chacune possède une forme propre. Mais imaginer que chaque étoile de neige possède une âme individuelle est totalement absurde, et par conséquent les formes des flocons de neige ne sont en aucune façon le fait de l’âme comme chez les plantes". Si on remplace âme par une argumentation plus réaliste liée à la biochimie des êtres vivants, il ne fait aucun doute que Kepler dans ce domaine – comme dans le domaine du mouvement des planètes avec sa fameuse loi - a fait preuve d’une intuition remarquable. Pourquoi d’ailleurs nous étonner de la variabilité extraordinaire de la nature quand on peut admirer au coucher du soleil les branches dénudées des arbres qui dessinent des arabesques magiques en ombres chinoises? Pour la raison donnée par Kepler lui-même à savoir le caractère élémentaire, simplissime des molécules d’eau H2O qu’on ne peut soupçonner d’être porteuse d’un ADN qui leur serait propre. Voilà donc une des structures chimiques la plus rudimentaire de la nature, la plus répandue sur le globe qui se joue de nos connaissances en variant à l’infini sa forme au gré de la température, des poussières ambiantes et autres facteurs aléatoires qui au final, comme une immense loterie naturelle, vont déterminer la forme de l’agrégat. Au fond c’est aussi une leçon simple, mais que l’on a tendance à oublier de nos temps, que, quel que soit notre acharnement pour rationnaliser la nature, elle résiste avec bonheur et harmonie à nos explorations somme toute assez maladroites. Comment dès lors prétendre expliquer les systèmes interdépendants et autrement complexes qu’une molécule d’eau que les hommes, en apprenti sorcier parfois bien inconséquent, ont mis en place sans se douter qu’ils ne pourraient les contrôler et sans se soucier de leurs impacts sur l’environnement? Comment aussi ne pas s’émerveiller qu’avec si peu de diversité au départ que quelques notes génétiques déposées sur une spirale mystérieuse, partition de la vie, la nature puisse engendrer des êtres vivants aussi différents qu’une fougère, recordwoman du monde de la longévité, ou le petit dernier bien turbulent et bien indiscipliné homo dit sapiens devenu depuis peu homo cybernetus dont on peut vraiment douter que sapiens est encore le sens étymologique de sage tant sa pensée s’égare victime d’un égoïsme atavique. Et puis cette nature si réactive, si surprenante nous réserve probablement encore bien des surprises et des mystères si nous prenons simplement le soin de ne pas trop la martyriser. Une goutte d’eau dans un océan n’a jamais fait grand-chose mais des millions de gouttes d’eaux peuvent faire les plus beaux cristaux du monde. Alors ne désespérons pas de l’action des hommes de bonne volonté. Joyeux Noël et bonne année à tous.

Patrice Leterrier

25 décembre 2008


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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 17:57

Joseph C.R. Licklider

D

’après les fidèles du nouvel ordre religieux appelé "googolisme", le moteur Google est la forme humaine la plus proche que l'on n’ait jamais connu d'un vrai "Dieu". Selon ses adeptes, la preuve irréfutable de la supériorité de google sur les autres divinités connues est que, selon les propres statistiques de ce nouveau dieu, le mot Google est recherché plus souvent que les mots "Dieu", "Jésus", "Allah", "Bouddha", "Chrétienté", "Islam", "Bouddhisme" et "Judaïsme" combinés. Rien à voir avec eBay, site marchand, peut-être la version moderne des marchands du temple internet pour continuer sur le ton blasphématoire, qui a retiré l’enchère de Dante Knoxx. Ce britannique proposait son âme aux enchères à un prix de départ de 27 632€ ou par vente directe à 773 697€. Aucune enchère n’avait été enregistrée. Vivons-nous dans un monde d’athées ? A moins que la qualité de cette âme n’étant pas garantie, personne n’ait voulu se risquer à perdre la sienne pour une inconnue. Ce nouveau Faust prévoyait d’utiliser l’argent de l’enchère pour lancer son groupe de musique expérimentale, Paradigme. Décidément comme internet, la musique peut rendre fou! On se souvient aussi de cette Britannique qui a engagé une procédure de divorce à cause des infidélités de son mari dans le monde virtuel Second Life. Vous serez sans doute aussi étonné d’apprendre que, moins d’une semaine après le coup d’éclat du journaliste irakien Mountazer al-Zaïdi, nouvelle star mondiale depuis sa tentative manquée de jet de godasses à la face de Georges Bush, deux jeux gratuits sont déjà apparus sur la toile. Le premier consiste à tenter de dégommer, en l'espace de 30 secondes, l'avatar de Bush en lançant des chaussures. Le second est complémentaire puisqu’il s’agit de protéger le président des USA des jets de godasses. Joseph Carl Robnett Licklider, éminent psychologue et psycho-acousticien, a écrit en 1960 le texte de référence sur l’interaction homme-machine "Man-Computer Symbiosis". Ce texte a inspiré l’évolution vers le principe du réseau de la science informatique. Il ne se doutait probablement pas, malgré son génie visionnaire, que moins d’un demi-siècle après que la première application de ses idées, le petit réseau ARPANET qu’il avait participé à développer à la fin des années soixante, allait donner naissance à la formidable aventure de la toile qui recouvre aujourd’hui les moindres recoins du monde. Et il ne pouvait évidemment pas non plus anticiper - alors qu’il ne songeait qu’à permettre à des chercheurs et scientifiques de communiquer plus vite entre eux - que son usage donnerait lieu à tous les excès et à une nouvelle forme de crime appelé cybercriminalité. Voilà maintenant que l’on voit apparaître - après la cyberdésinformation qui se généralise et le cybersexe qui envahit la toile - le cyberdieu qui donnera probablement naissance à une cyberthéologie. Tout ceci risque de nous conduire à la cyberdémence et je vais donc terminer aujourd’hui par un cybersoupir immédiatement suivi d’un cybersourire à partager avec vous. Après tout il suffit d’enlever la prise pour arrêter le cybermassacre!

Patrice Leterrier

17 décembre 2008


 

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