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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 12:54

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L

a marine américaine finance un projet de développement de robots ayant des comportements moraux.

Même si le défi de définir à la fois théoriquement ce qu’est la compétence morale de l’homme et de la traduire en règles capables d’être mise en œuvre technologiquement est immense, pour autant que la morale obéisse à des règles formalisables, la tache n’est théoriquement pas impossible.

Certes pour agir moralement les robots devront atteindre un niveau de sophistication et de complexité très au delà de ce que nous connaissons aujourd’hui même dans les réalisations les plus avancés comme l’IBM Watson vainqueur au jeu jeopardize.

Il devra de plus à la fois être muni de possibilités sensorielles complexes et multiformes, de bases de données et de programmes vertigineux, d’objectifs téléologiques opérationnels visant à satisfaire une finalité morale.

Il devra également et peut-être surtout être doué de capacité d’adaptation sans commune mesure avec celles que possèdent les gentils ou méchants robots actuels pour adapter en permanence son comportement en vue de maximiser sa performance visant à satisfaire ses objectifs moraux.

Mais la question n’est théoriquement qu’une question de degré pas de type puisqu’aussi bien la morale se caractérise par un certain nombre de règles logiques et cohérentes dont les philosophes de Platon à Emmanuel Kant se sont acharnés à vouloir définir

Et tout ce qui est entièrement formalisable peut en principe être mis en œuvre dans une machine construite selon les mêmes règles générales. C’est une affaire de technologie.

Pour convertir un robot en un modèle de perfection morale kantienne il suffit de le programmer pour qu’il agisse uniquement "de telle manière que les principes qui le conduisent dans son action puissent devenir lois universelles sans contradiction."

Qu'elles soient empiriquement ou purement rationnelles, ou même postulées sur la base de la révélation surnaturelle, les règles et les règles pour construire des règles peuvent en théorie être intégrées dans des robots.

Depuis des milliers d'années, l’homme a inventé des outils et des machines de plus en plus sophistiqués avec la conviction que leur construction et leur utilisation permettrait d'améliorer nos vies.

Dans la mesure où de tels robots pourraient rendre notre vie meilleure, nous devrions dès lors les construire.

Mais dire que les robots pourraient être moraux n'est pas seulement de décrire leurs comportements, c’est aussi nous engager à certains types de comportements à leur égard.

Notre réticence actuelle pour traiter des machines comme les hommes n'est que la conséquence des différences fonctionnelles observables entre les hommes et les machines existantes de nos jours.

Si ces différences disparaissaient progressivement, notre réticence devrait s’estomper.

De nos jours nous préférons déjà des machines aux hommes pour un grand nombre d'opérations complexes avec parfois comme enjeu notre survie. Elles font voler nos avions, pilotent nos navires, dirigent nos usines automatisées, contrôlent des patients sans intervention humaine… etc.

Les machines et les outils font partie intégrante de la culture humaine et les robots moraux ne sont peut-être simplement qu’une inévitable évolution de l’emprise de la technologie sur notre devenir.

La tâche est certes immense et ce n’est probablement pas demain la veille que nous pourrons nous appuyer sur de telles machines pour guider moralement nos actions.

Mais il est probablement aussi inconséquent d’hausser les épaules à cette évocation que de se voir plonger dans une post humanité où l’homme aurait définitivement confié la marche du monde à des machines conçues par lui-même. Même si dans l’hypothèse, certes aujourd’hui peu probable, où nous parviendrions à construire une machine plus sage que l’homme lui-même, il serait logique de lui transférer le contrôle des nos actions, pour le bien et l'épanouissement humain.

Peut-être que les recherches financées par la marine américaine ne sont qu’un prétexte pour rassurer l’opinion sur la finalité des armes de plus en plus robotisées qui remplacent l’homme.

Peut-être que l’opinion est choquée des attaques aveugles et meurtrières de drones qui frappent, sans risque aucun pour ceux qui les actionnent, des populations au prétexte d’éliminer de dangereux terroristes.

Ces recherches ouvrent cependant une voix qui risque de modifier profondément notre regard sur ces machines dont nous avons la naïveté de croire que le fonctionnement est sous notre entier contrôle alors même que nous en dépendons aujourd’hui très largement sans pouvoir affirmer sérieusement que nous en contrôlons toutes les actions.


Patrice Leterrier

20 mai 2014

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 13:03

 

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D

 

ans son livre "La peur de l'insignifiance nous rend fous", Carlos Strenger écrit : "Les nouveaux mécanismes de classement déterminaient la valeur de l'individu selon divers facteurs : nombre d'amis sur Facebook, nombre de résultats sur Google, place sur les listes toujours plus nombreuses des personnes les plus influentes, populaires, sexy, puissantes ou riches de telle ville, tel pays et, pour finir, de toute la planète.

Une nouvelle espèce était née :  Homo globalis - cette importante catégorie des gens dont l'identité se définit fortement par le fait qu'ils sont en prise directe sur l'infodivertissement global. Une fois marchandise, Homo globalis n'a plus été simplement le détenteur d'un portefeuille, mais est devenu le portefeuille lui-même, distribué dans le monde entier via le système d'infodivertissement."

L’homo globalis branché en permanence sur le net avec ses smartphones, ses tablettes, ses ordinateurs portables est-il devenu une sorte d’ersatz d’être humain qui se définit par le nombre d’amis qu’il a sur facebook, le nombre de tweets et de SMS qu’il envoie et qu’il recoit, sa notoriété sur google, le nombre d’articles qui parlent de lui ?

Nul doute que l’ère de la marchandisation de l’humain, ultime étape d’un néolibéralisme mondial triomphant, est en route.

Exister c’est publier, communiquer en apparence, être à la fois une victime et un acteur de cette infodivertissement global dont parle Carlos Strenger au risque d’être pris par la peur de l’insignifiance corollaire inévitable de cette assimilation du sens de l’existence aux biens matériels que l’on possède.

Pour autant, il n’y a aucune nécessité et encore moins de fatalité à réduire notre existence à cette façade du paraître.

Plutôt que d’être les spectateurs de ce théâtre de l’apparence, réincarnation moderne de la parabole de la caverne de Platon, nous avons toute liberté de devenir le créateur de notre vie en revenant à cette vieille notion d’humanisme.

Certes nous vivons dans une tension permanente entre notre héritage culturel et notre besoin de le critiquer, nos désirs et nos possibilités, notre attirance pour ce monde d’infodivertissement, d’échange et de partage et notre besoin d’introspection, de validation de nos croyances et de nos valeurs éthiques et morales.

Plus que jamais la sortie du cercle infernal d’agitation auquel nous invite le monde envahi par un déluge de sollicitations sonores et visuelles, nous nous devons d’examiner sans complaisance les principes fondamentaux de nos représentations du monde au risque de nous perdre sinon dans une quête stérile de paraître plutôt qu’être.

Dans un récent billet sur France Info, Etienne Klein pose, avec son acuité habituelle, la question du réalisme c'est-à-dire de savoir si "le monde nous est accessible et si on peut le saisir tel qu’il est en lui-même  ou bien nous est-il livré toujours accompagné d’une partie de nous-même, de ce que nous croyons savoir sur lui, de ce que nous pensons à propos de sa nature. Le réel peut-il nous apparaître autrement que déformé ou masqué, augmenté ou rétréci"

Il cite le phénoménologue Jean-Luc Marion. Selon lui, l’inventeur du courant réaliste en peinture Gustave Courbet "ne fait pas voir l’invisible mais l’invu, ce non encore vu, qui, dans les limbes, attend encore qu’une main le rende visible, le fasse passer au grand jour de la visibilité et l’introduise au concert des visibles".

N’est-il pas plus que jamais, dans ce capharnaüm qu’est le théâtre du net, nécessaire de devenir des réalistes résistants qui refusent l’apparence du visible pour rechercher la quintessence de l’invu, celui qui donne du sens à notre trajectoire, qui nous libère du carcan consumériste dans lequel on cherche à nous enfermer ?

En quelque sorte sortir de ce qu’Emmanuel Kant appelait le sommeil dogmatique, de revenir aux valeurs des Lumières occidentales qu’il définissait comme "la sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable".


Patrice Leterrier

8 mai 2014

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 13:19

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L

orsque nos lointains ancêtres se réunissaient autour d’un feu pour écouter les histoires que leur narraient des conteurs patentés, le monde était rempli de superstitions, de magiciens, de fées, de diablotins, de dragons, de sorcières, de muses, de dieux innombrables, souvent cruels et incestueux.

Ils vivaient dans un monde enchanté par toutes sortes de créatures imaginaires.

Les religions monothéistes sont venues mettre de l’ordre dans ce parnasse éclectique pour faire régner la loi d’un Dieu maître de toute chose en ce bas monde.

L’enchantement de ce monde imaginaire bien rempli devait faire place à celui d’une puissance surnaturelle omnipotente et dont les faveurs devaient permettre à certains de rêver à une vie éternelle radieuse dans l’au-delà.

L’enchantement devenait purement religieux et le monde n’avait pas d’autre explication que la volonté du tout-puissant.

Les lumières, en voulant "déniaiser le peuple" selon l’expression de Voltaire, vinrent troubler cet ordre établi en nous proposant un monde désenchanté où la course des astres suit des lois physiques et où la raison apporte, avec la science toute puissante, une compréhension de plus en plus complète et raffinée de l’ordre du monde et de la nature.

Il y a bien sûr toutes les raisons de s’émerveiller des fantastiques découvertes que les sciences nous apportent.

Elles nous donnent sans cesse une vision enrichie du monde dans lequel nous vivons.

Elles modifient profondément notre rapport aux autres et à l'environnement par les outils de plus en plus sophistiqués que la technologie permet.

En même temps nous ne pouvons que constater le profond désenchantement auquel nous ne pouvons échapper."Dans une acception plus large, l'expression recouvre le sentiment diffus d'une perte de sens, voire d'un déclin des valeurs censées participer à l'unité harmonique du monde des hommes (religion, idéaux politiques et moraux, etc.). Suivant les auteurs, le désenchantement peut être connoté positivement comme une sortie du monde de la superstition, ou bien négativement comme constituant une rupture avec un passé harmonieux." 

Si nous nous en tenons à la définition du Larousse, "désenchantement" étant le fait d’avoir perdu ses illusions, la science nous propose le contraire du monde des illusions.

Elle combat sans cesse les illusions pour nous contraindre à garder cette rigueur qui fait la grandeur de l’approche scientifique.

Mais ce n'est pas contradictoire de dire que le rapport que nous avons au monde à travers la science est d'une nature différente de celui que nous proposent la religion et les superstitions en tout genre.

En ce sens notre "enchantement" n'a rien à voir avec une sorte de sidération devant l'inexpliqué, un besoin d'y voir la main du surnaturel mais bien une sorte de jubilation, voire de "jouissance", devant la puissance magnifique de l'esprit humain!

Les sciences apportent à ceux qui les pratiquent, mais aussi à ceux qui les observent, des moments merveilleux mais la rationalité sur laquelle elles s’appuient n’a rien à voir avec un enchantement dont le Larousse dit qu’il s’agit d’"action de soumettre à un pouvoir magique".

La lumière qu’elles nous apportent ne comble pas pour autant notre incapacité à saisir une finalité à la marche de l’univers.

En ce sens elle laisse toute sa place à ce choix personnel que chacun peut faire de se laisser enchanter par des croyances.


Patrice Leterrier

23 janvier 2014

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 16:18

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L

ors de la dernière émission de François Busnel "La grande Librairie", Jean d’Ormesson repose à Hubert Reeves, devant l’incroyable "réglage de l’univers", la question de l’horloger de Voltaire :

"L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer

Que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger."

C’est une autre façon d’énoncer l‘interrogation de Leibniz "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" qui n’est d’ailleurs pas plus éclairante que son inverse "Pourquoi n’y aurait-il rien, pourquoi l’univers n’aurait-il pas toujours été ? ". 

Cette réponse de Voltaire relève du domaine des croyances et n’est bien sûr en aucune manière la preuve rationnelle de l’existence de Dieu pas plus que les vagabondages métaphysiques de Stephen Hawkins dans son livre "the grand design"dont Etienne Klein s’amuse en disant "Si la gravitation suffit pour créer l’univers, pourquoi ne pas dire que la gravitation, c’est Dieu ? Toute chute serait alors une expérience transcendantale." 

A cette interrogation, presqu’aussi vieille que l’histoire de l’homme, la réponse de l’astrophysicien Hubert Reeves mérite qu’on s’y arrête.

Il s’interroge si, devant cette réalité qui nous dépasse de toute part, on ne doit pas simplement admettre que notre cerveau n’est pas en mesure d’aborder l’énigme impénétrable du sens de l’univers dont on constate la succession de fins réglages nécessaires pour aboutir à l’existence de la vie ?

Il y avait le chat de Schrödinger, il y aura peut-être aussi un jour celui d’Hubert Reeves qui, pour illustrer sa pensée, prend comme exemple notre incapacité à enseigner la géométrie à un chat en dépit de toute envie et de toute l’énergie que l’on pourrait mettre à essayer de le faire.

Il ajoute "nous sommes devant le mystère du monde dans une situation analogue à celle du chat : notre esprit n’est pas en mesure de s’adresser à l’ensemble de ces problèmes." 

Au fond il complète la vision des limites de la connaissance scientifique du physicien Michel Spiro, "nos théories physiques exprimées en langage mathématique sont le produit de l’activité humaine. Et même les maths, montre le théorème d’incomplétude de Kurt Gödel, ne surgissent pas d’elles-mêmes, elles reposent sur des axiomes non démontrables. "

On rejoint dans cette vertigineuse évidence de notre incapacité à comprendre "le sens" de l’univers la fameuse phrase de Pascal "le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie." 

Mais ce silence n’est-il pas aussi paradoxalement une sorte de vacarme assourdissant des innombrables mystères que l’univers nous invite à percer et dont nous ne percevons qu’une infime partie, des bribes de mots, des débuts de phrases qui ne peuvent jamais combler l’impuissance et l’effroi dont parle Pascal devant notre incapacité à saisir le tout ?

Et Dieu dans tout ça ?

Dieu, que se soit celui de Saint Augustin, de Pascal, de Spinoza, de Teilhard de Chardin ou celui du charbonnier, ne sera jamais un objet de science et le silence éternel des espaces infinis ne peut apporter aucune réponse.

A chacun de construire la sienne face aux évidentes limites de la connaissance rationnelle et bien impuissant serait celui qui voudrait convaincre quiconque d'abandonner ses croyances au nom de la raison.

Car comme le dit le philosophe Jean-François Robredo "depuis Galilée,  philosophes et scientifiques savent que le mélange comme l’opposition entre science et religion sont stériles".


Patrice Leterrier

19 octobre 2013

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 12:51

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J

amais la technologie et la science n’avaient aussi profondément bouleversé notre environnement quotidien et percé aussi finement les mystères de l’univers.

Et pourtant la morosité ambiante domine devant l’incapacité de nos dirigeants de saisir la nature et l’ampleur des profonds bouleversements que nous vivons.

L’absence d’ambition, d’imagination et de perspective caractérise aujourd’hui les politiques quand ils n’ont pas la dangereuse tendance à promettre n’importe quoi.

Il est troublant de constater que la belle époque au sujet de laquelle Charles Péguy écrivait, en 1913, «le monde a moins changé depuis Jésus-Christ qu'il n'a changé depuis trente ans» fût probablement moins révolutionnaire pour les conditions de vie de nos prédécesseurs que la période actuelle qui voit, par exemple, le nombre de téléphones portables dépasser celui de la population mondiale.

Nos concitoyens vécurent à la belle époque des changements énormes avec le premier moteur à explosion, la première automobile, le premier film, le premier aéroplane, le premier essai de TSF, le premier réseau électrique.

Ils s’accompagnèrent d’une véritable vénération des progrès de la science et de la technologie, d’un optimisme généralisé, d’une véritable boulimie pour le théâtre de boulevard et d’un engouement pour la prise de risque pour de folles aventures comme traverser la manche ou la méditerranée en aéroplane.

On assista également à un foisonnement artistique et intellectuel sans précèdent et surtout vigoureusement tourné vers des formes nouvelles d’expression.

Imaginez le renouvellement incroyable de la peinture avec des Pablo Picasso ou Georges Braque qui cassèrent tous les codes conventionnels de leur art dans le sillage des précurseurs que furent Van Gogh et Cézanne, le mouvement surréaliste avec des météores comme Guillaume Apollinaire, la musique qui rompt avec le passé portée par des phares comme Debussy, Ravel, Satie ou encore Stravinsky, la naissance de la psychanalyse, le renouveau d’un certain spiritualisme avec Henri Bergson, …

Les arts décoratifs totalement renouvelés par les volutes sensuelles d’un Hector Guimard ou les formes florales d’un Émile Gallé ou encore les bijoux inimitables d’un René Lalique.

Faut-il rappeler que cette période fut aussi celle de l’éclatement du génie littéraire d’un Marcel Proust et d’un André Gide ?

Et pourtant déjà à cette époque l'économiste Edmond Théry évoquait la «rupture provoquée par la brusque concurrence, anormale et illimitée, d'un immense pays nouveau » qui entraîne une «rupture violente de l'équilibre international sur lequel le régime social des grandes nations industrielles de l'Europe est actuellement établi», ce qui n’est pas sans rappeler les inquiétudes du philosophe Bernard Steigler qui se veut porteur d’une nouvelle utopie pour répondre à la métamorphose profonde dans sa durée et dans sa dureté que nous vivons où « De cette métamorphose doivent émerger une nouvelle économie, une nouvelle politique, de nouveaux savoirs, de nouvelles formes de vie et une nouvelle façon pour l’humanité dans sa totalité d’échanger et de s’individuer sur la base d’un nouveau modèle industriel. »

Karl Marx avait déjà écrit le Capital mais les bolchéviques n’avaient pas encore fait leur révolution. Ils portaient aussi à l’origine le rêve d’une utopie d’un autre ordre économique et social qui sombra dans l’horreur des goulags.

Que faut-il donc faire pour convaincre nos concitoyens que nous vivons une époque certes difficile mais passionnante et qu’il appartient à chacun d’entre nous d’inventer notre futur ?

Celui des joyeux drilles de la belle époque s’engloutit dans l’effroyable carnage de la première guerre mondiale.

Puissions-nous avoir le courage et l’ambition d’inventer un monde en paix pour les générations futures au lieu de ressasser à satiété les petites misères qui nous accablent.


Patrice Leterrier

9 octobre 2013

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 14:53

 

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A

 

u moment où Voyager 1, la sonde lancée par la NASA en 1977, se trouve à 18 milliards de kilomètres de la terre soit 125 fois la distance de la terre au soleil et s’apprête à échapper à l’attraction de notre étoile en entrant dans cette zone inconnue qu’on appelle l'héliosphère,

Au lendemain de la journée du patrimoine dont c’était la 30ème édition et qui connaît depuis des années un succès incroyable auprès d’un large public,

Alors que des chercheurs de l’Imperial College de Londres et de l’université du Kent réalisent une bien étrange expérience qui permet de penser que la vie serait d’origine extraterrestre, un peu comme le symbolique doigt de Dieu donnant vie à l’homme comme Michel Ange l’a imaginé dans son immortelle œuvre du plafond de la chapelle Sixtine,

Dans ce temps incroyable où la moindre découverte, le plus anecdotique événement, la plus étrange des aventures, le quotidien de n’importe quel individu est immédiatement disponible à nos yeux et à nos oreilles, faut-il penser que la toute puissance d’internet, la mémoire infinie de Google nous dispensent d'encombrer notre mémoire des innombrables faits du temps présent, des abondantes traces laissées par nos prédécesseurs, des connaissances encyclopédiques accumulées par des générations de penseurs et de savants ?

En somme vaut-il mieux tête bien faite que tête bien pleine comme le prétendait Montaigne ?

Nul ne doute qu’une tête bien faite soit essentielle et que les premières des qualités intellectuelles sont probablement le goût du savoir, la curiosité et l’aptitude à apprendre.

Pour autant suffit-il de savoir apprendre pour penser et est-il inutile de savoir ?

Aucun doute qu’une pensée s’élabore à partir d’informations qui peuvent provenir de nos connaissances mais aussi de l’environnement et singulièrement de ce que la magie d’internet nous permet de découvrir en quelques clics.

Suffit-il en lieu et place de l'apprentissage des faits, de pratiquer la pensée critique, de se former à évaluer les innombrables informations disponibles dans l’environnement ?

Mais la pensée ne fonctionne pas comme une calculatrice à laquelle on donne des nombres et une procédure à appliquer.

Dans cet encore largement mystérieux organe qu’est le cerveau, les procédures et les faits sont intriqués de sorte que connaître c'est penser et que penser c'est connaître.

Comme l’explique le psychologue Daniel Willingham de l'Université de Virginie "Les processus de pensées critiques tels que le raisonnement et la résolution de problèmes sont intimement liés à la connaissance des faits qui est dans la mémoire à long terme (et pas seulement dans l'environnement)".

La pensée se nourrit des connaissances et il faut bien avoir quelque chose à penser pour penser.

La connaissance construit la pensée comme des doigts agiles de l'artiste émerge l’œuvre d'art mais la pensée structure la connaissance qui est toujours une expérience personnelle.

Et puis un jour l’œuvre d'art disparait comme le bel esprit qui habitait Albert Jacquard et il reste les traces indélébiles d’une pensée lumineuse construite sur une cathédrale de connaissances.


Patrice Leterrier

16 septembre 2013

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 13:35

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S

i l’on en croit les hypothèses formulées par l’archéologue Natalie Uomini et le psychologue Georg Meyer, de l’université de Liverpool, le langage et la fabrication d’outils auraient pu évoluer en parallèle parce qu’ils mobilisent les mêmes régions cérébrales.

Que peut-on dire alors du futur langage de communication des hommes dans un environnement totalement bouleversé par l’explosion des outils de communication multimédia ?

Pourra-t-on longtemps par exemple préserver l’orthographe et la discipline syntaxique, continuer à développer la pratique de la rédaction, ignorer que les images font maintenant partie du quotidien de tout possesseur d’un smartphone en attendant l’apparition des lunettes interactives de Google ?

Comment ne pas souligner que les tweets développent la pratique du raccourci, que les "j’aime" de Facebook n’encouragent pas aux commentaires même s’ils n’ont pas comme seule alternative "je n’aime pas" mais une foule de réactions comme "je n’en fous", "cela ne me concerne pas", "je n’ai pas d’avis", autant de sentiments que la plupart des adeptes de ce réseau social ne prennent même plus la peine d’exprimer ?

Faut-il s’étonner ou s’inquiéter que tout article du web qui dépasse largement la taille d’un écran ne soit en général pas lu ?

Faut-il s’inquiéter qu’en janvier 2013 on trouve 21 700 entrées sous Google sur les dangers de l’eau de Javel et 8 seulement sur ses bienfaits, démontrant largement le niveau de désinformation qui règne sur la toile ?

Si les circuits de la création des outils primitifs comme des silex impliquent les mêmes zones cérébrales que le langage, qu’en est-il de celles mobilisées par les accros des jeux vidéos et quelles conséquences cette sur-utilisation a-t-elle sur le développement cérébral de gamins ayant constamment les yeux fixés sur leurs Ipad, Iphone ou console de jeux ?

La plasticité cérébrale récemment découverte par les neurologues est un formidable atout d’Homo Sapiens dont le développement peut se poursuivre pratiquement tout au long de sa vie.

Serait-ce aussi un danger face à un monde qui crée en quelques années plus d’informations que lors de toute l’histoire du développement de l’écriture ?

La généralisation de ces interfaces - de plus en plus omniprésentes, de plus en plus interactives, de plus en plus "intuitives", de moins en moins centrées sur la mémoire du détail, mobilisant de moins en moins une réflexion en aval - va-t-elle conduire à une atrophie de nos capacités d’expression voire cognitives ?

Pourtant même si la question de savoir si la pensée est contenue dans le langage reste ouverte, la grande magie du cerveau humain n’est-elle pas de pouvoir exprimer par des mots, par des nuances, par des expressions, nos pensées, nos émotions, nos ressentis qui vont bien au delà d’un simple clic sur "j’aime" ?

Assistera-t-on à une sorte de disparition de cette construction permanente du "roman de notre vie", qui passe par le langage et qui est pourtant si nécessaire à la construction de notre identité ?

La littérature et la langue avec son enveloppe formelle orthographique et syntaxique deviendra-t-elle un fossile soigneusement gardé par des spécialistes déconnectés du monde multimédiatique environnant, rejoignant ainsi les ultimes défenseurs des langues régionales ?

Mais on peut aussi se réjouir de la généralisation de l’accès à la culture, de l’engouement qui ne semble pas se démentir pour la littérature et le théâtre, de la résistance presqu’inattendue du codex papier face aux liseuses électroniques, de l’accès universel à la musique et à l’image malgré les efforts désespérés des éditeurs pour en restreindre la gratuité.

Le succès d’initiatives culturelles, telle que l’ouverture du Mucem à Marseille, contredit en tout cas joyeusement cette prédiction d’un monde dominé par des onomatopées primaires, des tweets désolants de platitude, des "j’aime" désespérants de banalité et autres signes primitifs qui ramènent l’homme peut-être bien avant que ses ancêtres eurent appris avec tant de talent à peindre sur les murs de leurs cavernes ou à tailler des silex.


Patrice Leterrier

4 septembre 2013

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 19:05

 

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C

 

ette phrase qu’aurait murmuré Galilée à l’issue de son procès où il avait officiellement renié toutes ses convictions scientifiques est une illustration symbolique que les croyances et la connaissance ne font pas vraiment bon ménage.

D’aucuns pourraient penser que l’avènement de ce formidable outil d’information qu’est internet sonnerait le glas des croyances pour faire surgir spontanément un monde dominé par les sciences nous permettant de jeter un regard éclairé sur le monde.

Jamais en effet l’homme n’avait disposé d’une telle source directe et instantanée d’informations sur tous les sujets qui peuvent le préoccuper.

On pourra savoir en temps réel l’évolution de la population mondiale, les derniers résultats des recherches scientifiques, la découverte de telle ou telle espèce inconnue, et tous les éléments du plus simple au plus élaboré pour comprendre la théorie de la relativité ou encore les fondements de la mécanique quantique.

Gérald Bronner nous rappelle que "cinq fois plus d’informations ont circulé au début des années 2000 que depuis l’invention de l’imprimerie par Gutenberg".

Et pourtant jamais non plus, dans ce flot d’informations diluvien, les ennemis de la science n’avaient été aussi actifs.

Que ce soit les délires des tenants de complots divers et variés, les longues démonstrations biaisées des climatosceptiques, les énormités défendues par les créationnistes et d’autres se parant d’une pseudo approche scientifique pour défendre des contre-vérités indéfendables, la toile est littéralement infestée de leurs délires.

Et c’est sans compter aussi sur les innombrables écrits des intégristes religieux qui ont parfaitement compris le parti qu’ils pouvaient tirer d’Internet.

Au point qu’il est souvent nécessaire d’aller consulter les dernières pages d’une recherche sur Google pour trouver quelques bribes d’informations sérieuses sur certains sujets volontairement rendus polémiques par les ennemis de la vérité scientifique et les tenants des croyances extrémistes.

Nul doute qu’il y a largement de quoi alimenter notre biais de confirmation qui fait que nous accordons plus d’attention aux écrits qui confortent nos croyances et nos opinions qu’à ceux qui les contredisent.

Cette puissance des écrits négationnistes ou sectaires serait-elle due à l’indifférence des scientifiques peu préoccupés à réfuter des théories farfelues ?

Probablement un peu mais peut-être aussi par le fait que la tâche qui consiste à réfuter un à un les arguments avancés par ces briseurs de vérité est fastidieuse.

De plus elle laisse toujours l’impression désastreuse qu’il n’y a pas de fumée sans feu et que l’acharnement à réfuter ne peut complètement dissiper le doute quand il ne l’augmente pas.

Car bien souvent la conclusion n’est pas une affirmation mais seulement l’absence totale de preuve de ces théories fantaisistes qui frappent l’opinion.

Par exemple il n’existe aucune preuve sérieuse de l’action des antennes relais sur la santé mais on ne peut évidemment pas apporter la preuve que l’on ne pourrait pas en découvrir dans l’avenir.

Les négationnistes savent parfaitement utiliser le doute scientifique en le détournant de son corollaire qui est la preuve pour laisser planer le scepticisme au dessus des têtes de pauvres lecteurs assaillis d’argumentaires fallacieux.

Le marché cognitif fantastique ouvert par internet est largement occupé par les prosélytes de croyances et l’apparente pluralité des opinions est biaisée par le fait que leurs défenseurs sont beaucoup plus prolixes que ceux qui les combattent.

Fort de l’armure de la science, ils ne prennent en général même pas le temps de les contredire autrement qu’en haussant les épaules devant de "telles absurdités".

Le résultat est que ceux qui croient par exemple à l’existence d’un complot à l’origine des événements du 11 septembre 2001 trouveront une myriade de thèses confortant cette légende.

Elles rivaliseront d’imagination pour les convaincre à coup de démonstrations - certes fausses - mais tellement détaillées qu’elles auront l’apparence de la "vérité".

Ils peuvent ainsi en toute quiétude satisfaire leur biais naturel vers la confirmation confondant la quantité à la qualité.

Et pourtant elle tourne disait Galilée…


Patrice Leterrier

20 août 2013

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 13:50

Madeleines-037.jpg

P

ierre Barthélémy évoque sur son blog une étude qui pourrait remettre sérieusement en cause le caractère purement humain de la mémoire autobiographique de nos actes.

Elle démontre sans l’ombre d’un doute que des chimpanzés sont parfaitement capables de se rappeler plusieurs années après qu’il y avait dans une boite une bague leur permettant d’accéder à de la nourriture hors de leur portée.

Ce n'est probablement pas la dernière faculté que l'on pensait être exclusive à l'homme que nous devons partager avec d’autres primates.

Les auteurs de l’étude évoquent dans leur article le célèbre exemple relaté par Marcel Proust dans le fameux passage de la Madeleine.

Rien ne dit cependant dans l'expérience faite par les chercheurs que le souvenir incontestable des chimpanzés déclenche l’avalanche d'associations auxquelles se livre Marcel Proust dans ce fameux texte.

Dans une interview accordée à l’occasion de la parution du premier volume de La recherche, Marcel Proust affirmait :"mon œuvre est dominée par la distinction entre la mémoire involontaire et la mémoire volontaire".

Mais dans ce fameux passage de la Madeleine, il s’agit plutôt de la recherche de souvenirs que de l’apparition spontanée et instantanée d’un souvenir involontaire. La tante Léonie et ses madeleines ne vient qu’après bien des contorsions pour donner sens à l’émotion initialement ressentie.

L’auteur y fait en fait une sorte d’expérimentation de souvenirs qui viennent à partir d’une émotion de départ sans motif apparent.

Nous avons tous vécu l’expérience, par exemple, de l’odeur d’herbes fraichement coupées déclenchant une image d’enfance et qu’à partir de cette image nous nous rappelions d’un moment précis de notre jeunesse.

Dans une étude de Simon Chu et John Downes, parue sur le site d’Oxford Journals, il apparaît, chez un groupe de personnes âgées en moyenne de 69 ans, que "la réminiscence olfactive renvoie ces personnes à l'époque de leurs 6 à 10 ans, alors que les souvenirs verbaux se situent plutôt dans la tranche d'âge 15-25 ans".

L'élaboration de ces souvenirs passe par le langage, cette faculté étonnamment développée chez Homo Sapiens.

Nancy Huston affirme que nous sommes d'abord une espèce fabulatrice qui invente en permanence l'histoire de sa propre vie dans un perpétuel renouvellement.

Il est plus que probable que l’auteur ait déformé la réalité insaisissable de l’événement qu’il raconte en évoquant son souvenir.

L’épisode des pavés dans la cour de l’hôtel de Guermantes dans le Temps retrouvé est par contre beaucoup plus illustratif de cette mémoire involontaire qui hantait Marcel Proust puisqu’il parle du surgissement soudain de "la sensation ressentie jadis sur deux dalles inégales du baptistère de Saint-Marc".

Apparemment les chimpanzés se rappellent que l'outil était déposé dans la boite mais rien ne permet de dire qu'ils se souviennent, de manière associative, de la couleur de la robe de l'expérimentatrice, de celles des murs et d'autres détails qui étaient concomitants avec leurs souvenirs utilitaires.

De plus le souvenir de Proust dans l'épisode de la madeleine est gustatif et donc olfactif.

La mémoire olfactive met en jeu des zones du cerveau distinctes de la mémoire visuelle.

Elle a également un pouvoir d'évocation plus grand que la mémoire visuelle.

Comme l'écrit Rémi Gervais du CNRS dans la revue la Recherche "l'accès massif de l'information olfactive à l'hippocampe pourrait donc être associée au pouvoir évocateur des odeurs".

Mais si la petite différence de deux molécules sur le gène FOXP2 entre l'homme et le chimpanzé n’existait pas, les chimpanzés auraient pu sans doute acquérir un langage comme l’homme.

Ils pourraient alors, tout comme Marcel Proust, nous raconter peut-être bien des choses autour du souvenir de ces bagues cachées dans des boites à moins qu’ils s’intéressent de prés dans leur laboratoire à ce curieux cousin sans poil incapable de grimper aux arbres…


Patrice Leterrier

29 juillet 2013

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 21:10

 

Alphonse de Lamartine

telegraphe.jpg 

 

N

 

ous vivons entourés d’objets dont la complexité échappe totalement à notre entendement.

Bien sûr on pourra expliquer les principes de la radioconduction découverte par Edouard Branly en 1890, on pourra également donner des éclaircissements sur le fonctionnement des ordinateurs, sur le codage des données, sur le principe des transistors inventés en 1947, sur la reproduction des sons dont l’histoire est inséparable de celle de Thomas Edison et de son phonographe, etc.

Pour autant on n’aura pas et de loin décortiqué toutes les merveilleuses découvertes scientifiques pour la plupart apparues au XXème siècle et dont les applications vous permettent de tenir dans le creux de votre main un téléphone portable gavé de merveilles technologiques inconcevables il y a à peine un demi-siècle.

On est loin avec ces outils modernes du marteau, de la pelle ou même de la machine à calculer de Blaise Pascal.

L’outil moderne prend un statut intermédiaire entre l’homme et l’animal de compagnie.

D’ailleurs il ne viendrait à l’idée de personne de parler à sa fourchette comme il parle à son smartphone ni même à son ordinateur et à plein d’autres objets familiers qui semblent la plupart du temps obéir à nos ordres et dont nous supportons mal qu’ils dysfonctionnent au point de s’adresser à eux pour leur reprocher leurs incartades, quand nous ne nous abandonnons pas à leur attribuer les messages qu’ils nous envoient.

Doit-on au nom de cette complexité en apparence inextricable renoncer à redonner à ces objets leur statut d’outils, c'est-à-dire de prolongation de la maîtrise par l’homme de son environnement ?

Hervé Thys sur son blog cite Albert Einstein : "la plupart des gens ont justement un respect sacré des mots qu'ils sont incapables de comprendre ; quand ils peuvent comprendre un auteur, ils y voient un signe qu'il est superficiel."

Ne doit-on pas revenir à l’immense vertu de la simplicité qui ne veut pas dire pour autant la superficialité ?

Les générations "natives digitales" n’ont pas devant les objets technologiques cette admiration voire cette gêne qu’éprouvent ceux qui ont vécu la révolution d’Internet et du numérique.

Il n’est pas malsain de désacraliser ces objets au fonctionnement qui parait maintenant si naturel à nos bambins.

N’y a-t-il pas beaucoup à perdre à renoncer à en expliquer les principes à des gamins comme de ne plus savoir faire un calcul mental parce qu’ils ont au bout des doigts des calculettes extrayant en une fraction de seconde une racine carrée ?

La complexité de ces objets ne vient-elle pas de la multiplicité des applications de la science qu’ils utilisent et non de celle des principes qu’ils mettent en œuvre ?

Il ne s’agit pas de retourner aux sémaphores, aux courriers transportés par des chevaux, aux gramophones mais de faire découvrir à ces générations définitivement plongées dans un bain envahissant de technologies que derrière ces minuscules écrans qu’ils manipulent avec une agilité déconcertante se cachent de merveilleuses inventions du génie humain.

Et ces découvertes peuvent être expliquées avec des mots simples et imagés. Elles ont souvent une histoire au moins aussi passionnantes que les feuilletons insipides dont nous abreuvent la télévision.

L’histoire de la science et de la technologie est un roman passionnant plein de rebondissements inattendus, de personnages hauts en couleur, de passions, d’espoirs déçus mais au final de découvertes qui changent radicalement et définitivement notre vie sur terre.

Apprendre par exemple l’histoire de la première ligne télégraphique entre Baltimore et Washington construite en 1843 par Samuel Morse, l’inventeur du télégraphe, n’est-il pas au moins aussi important que de savoir que les 13 et 14 septembre 1515, François Ier battit avec ses alliés vénitiens des mercenaires suisses au service du duché de Milan ?

Patrice Leterrier

21 juillet 2013

 

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