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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 18:15

A

lors que nos dirigeants discutent de la meilleure façon de faire décroître les émissions de gaz à effet de serre pour éviter de transformer la terre en bouilloire, le débat fait rage entre les écologistes intégristes qui  prônent la décroissance comme seule solution à la sauvegarde de notre planète et les écologistes nouvellement convertis que l’on trouvent dans la classe politique traditionnelle, qu’elle soit de droite ou de gauche, et qui placent la croissance économique comme le moyen indispensable du progrès à la raison invoquée que seule la croissance permet de combattre le chômage.

Ils se privent ainsi, par dogmatisme, de toute réflexion sur le partage du travail en renvoyant avec soulagement des wagons de seniors de plus en plus jeunes à la culture des rosiers et en ne sachant pas que faire d’une jeunesse que l’on a jamais si mal accueillie dans la vie active.

Ce qu’il y a de fondamentalement nouveau c’est qu’au fond tout le monde semble s’entendre sur la nécessité d’une  refonte profonde des moyens qu’ils s’appellent les transports, l’énergie, l’urbanisme et bien d’autres. 

Il n’y a rien de plus démocratique et politique comme débat que celui qui concerne la dynamique de ces rééquilibrages, les priorités et l’ampleur des efforts à réaliser.

Et plutôt que de parler de croissance ou de décroissance ne doit-on pas simplement concevoir que ce grand rééquilibrage, par exemple des sources énergétiques, joue en réalité le rôle d’une sorte de vase communicant entre des sources en décroissance et d'autres forcément en croissance et subséquemment  d’en analyser le bilan en terme économique et en terme d’emploi pour planifier un équilibre acceptable?

Bien difficile d’ailleurs de prévoir si le résultat global se traduira à un instant donné par une croissance ou une décroissance en terme économique et au fond cela n’est pas le véritable enjeu.

Il faudra bien investir lourdement c'est-à-dire mobiliser des capitaux et créer massivement des emplois pour développer les nouvelles technologies et les nouvelles filières industrielles propres auxquelles nous devront bien nous rallier tôt ou tard ?

Il faudra bien aussi, comme au temps de la lente agonie des activités minières en France, accompagner les destructions d’emplois que ces changements ne manqueront pas d’entraîner.

Pourquoi placer idéologiquement l’objectif croissance ou décroissance au centre du débat comme une sorte de punition ou de récompense ?

Ne devrait-on pas plutôt se focaliser sur des objectifs purement politiques c'est-à-dire par exemple quel environnement pour les citoyens respectant notre environnement, quel partage plus juste du travail pour assurer la dignité des citoyens en ne faisant plus du droit au travail un dogme mais une réalité, quel effort de solidarité avec le tiers et le quart monde, et bien d’autres défis qui frappent à la porte de notre société comme par exemple celui du financement de la santé et des retraites…

Il ne s’agirait plus dès lors de rechercher croissance ou décroissance comme un objectif ultime mais plus d’appréhender ce résultat comme un indicateur comme un autre dans un objectif plus vaste d’une politique de rééquilibrage, un indicateur qui doit d’ailleurs s’inscrire dans une dynamique, et non comme un dogme à respecter coute que coute?


 Patrice Leterrier

8 décembre 2009

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 21:22


I

l y a 8 millions de chiens et 10 millions de chats en France sans compter les perruches, poissons rouges, hamsters et autres animaux de compagnie dont on comptabilise au total prés de 60 millions d’individus.

Saviez-vous qu’il faut environ 8400 m2 de terre pour nourrir un chien et 1500 m2 pour nourrir un chat ?

Au total rien qu’en comptabilisant les seuls chiens et chats de compagnie il faut une superficie de 82 000 km2 pour nourrir nos fidèles compagnons.

Comparaison n’est pas raison mais saviez-vous aussi qu’avec entre 3500 et 5000 Km2 (suivant les hypothèses de puissance obtenue) de panneaux solaires on pourrait fournir la totalité de l’électricité consommée en France ?

Cela représenterait moins de 0,7 % de la superficie totale de la France et 6 % seulement des terres consacrées pour nourrir les animaux de compagnie préférés des français.

En 2008, sous la toute puissance d’EDF, la production totale nette d'électricité s’élève à 550 TWh qui se répartit en 418 TWh pour le nucléaire (76 %), 68 TWh pour l’hydroélectrique (12 %), 57 TWh pour le thermique (11 %) et moins de 6 TWh (1 %) seulement pour l’éoliens et le photovoltaïques soit l’équivalent de moins de 60 km2 de panneaux solaires photovoltaïques ou de 3 000 éoliennes.

Alors bien sûr nous ne sommes pas les Etats-Unis ni Israël qui possèdent d’immenses déserts merveilleusement ensoleillés qui ne demandent qu’à être couverts de panneaux solaires.

Bien sûr aussi les surfaces utilisées pour produire les alimentations de nos chers compagnons ne sont pas toutes en France et loin de là.

Bien sûr l’industrie alimentaire pour les animaux fournit des débouchés à la production des agriculteurs et créent des emplois.

Bien sûr il est aussi assez contestable de détruire la biomasse pour produire du photovoltaïque comme on l’a fait dans le passé, avec des rendements bien inférieurs, pour l’énergie hydroélectrique.

Mais il existe cependant des zones sinistrées menacées de désertification en France et une mine inépuisable de surface de toitures industrielles, commerciales et d’habitations qui sont autant de cibles potentielles pour l’installation de capteurs solaires.

La plus grande centrale solaire au monde installée à Moura, au Portugal est une démonstration éclatante de la possibilité pour une région agricole sinistrée de rebondir grâce au solaire.

Cet exemple montre aussi comment la combinaison d’une grande centrale solaire avec des équipements individuels peut réellement créer une autonomie énergétique.

Le Portugal produit aujourd’hui 45% de son électricité via les énergies renouvelables.

Le développement des énergies renouvelables comme le photovoltaïque ne dispense pas, bien au contraire, de faire des économies d’énergie.

C’est en revanche une vraie opportunité en ce sens que le photovoltaïque pollue peu, a un impact réduit sur l’environnement et un excellent bilan carbone. Il peut aussi être une véritable alternative pour l’emploi en zone agricole si on décidait de s’y lancer de manière industrielle en France.

L’état y ajoute pour les particuliers un argument de poids avec les crédits d’impôt et EDF rachète l’énergie produite à un bon prix.

Le problème reste celui de l’investissement encore très important (12 000 euros net déduction faite d’un crédit d’impôt de 8 000 euros pour un revenu annuel de 2400 euros), souvent trop important pour être choisi en ces temps difficiles.

Les choses sont bien différentes quand on parle de centrale solaire comme celle installée au ¨Portugal mais il faudrait d’abord qu’une vraie concurrence de production puisse se mettre en place face à la toute puissance du nucléaire d’EDF dont le retour sur investissement est problématique et les effets sur l’environnement plus durable que le développement du même nom…


Patrice Leterrier

2 Novembre 2009

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 11:43

 

 

M

ichel Rocard a estimé samedi à Strasbourg lors des 70 ans de la Cimade que la France et l'Europe "peuvent et doivent accueillir toute la part qui leur revient de la misère du monde", faisant allusion la phrase contestée qu'il avait prononcée il y a vingt ans pour le cinquantenaire de cette organisation.

Il avait déclaré imprudemment à l’époque "La France ne peut accueillir toute la misère du monde… mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part", ne se doutant pas de l’usage que des politiciens ne reculant devant aucune vilénie allaient faire de la première partie de sa déclaration.

Belle idée et vaste programme aurait dit Charles de Gaulle mais aussi quel exemple incroyable de l'usage frauduleux que l'on peut faire des propos d'un homme politique quand il se rend coupable d’imprudence verbale ou de lapsus…

Hélas les idées en politique n'ont de valeur que dans les actions qu'elles enfantent et il faut reconnaître que celle-ci n’a pas eu beaucoup de descendance depuis 20 ans.

La jungle est fermée mais la honte (à partager avec nos amis anglais) est toujours là, stigmate ineffaçable de notre incapacité à prendre en charge des misères dont l'occident ne peut se dédouaner d'avoir été à l'origine que ce soit en Afghanistan ou en Irak ni même en Afrique.

La France doit prendre fidèlement sa part de la misère du monde…

Certes qui pourrait contester cette généreuse pensée encore que l’on puisse s’interroger sur le sens que Michel Rocard donnait à l’adverbe fidèlement qu’il faut probablement prendre dans le sens d’un certain acharnement !

Mais l'Afrique est toujours absente du grand banquet du G20 où l'ogre américain et le tigre chinois se partagent la vedette. Ce G2O que Jacques Attali qualifie avec provocation de G vain et qui accouche d'un bien maigre rejeton.

On allait voir ce que l’on allait voir !

Il fallait d’urgence changer radicalement les règles du capitalisme agonisant !

Les rodomontades de Nicolas Sarkozy sur les bonus ou pire les pitreries indécentes de Silvio Berlusconi, vexé de ne pas avoir fait la bise à Michele Obama, n’y changeront rien.

Les paradis fiscaux et les grandes multinationales peuvent respirer car les mesures de taxations en provenance de ce qu’on appelle en langage diplomatique "les juridictions non transparentes et non coopératives" (10000 milliards$) n’ont pas été prises.

La question des taux de change a été soigneusement évitée pour ne pas chagriner nos amis chinois avec le yen ni aborder le délicat problème du déficit des États Unis.

Le FMI ne deviendra pas le super gendarme nécessaire pour prévenir les risques systémiques.

La peur est passée et les mauvaises vieilles habitudes reviennent. La BNP annonce aujourd’hui une augmentation de capital pour rembourser les actions de préférence de l'Etat français et ainsi se libérer de son regard sourcilleux.

Les bonus provisionnés par Goldman Sachs s’élèvent en 2009 à 20 milliards de $ et ceux de la société générale et la BNP à plus d’un milliard d’euros.

Pas mal pour un capitalisme que l’on présentait il y a si peu comme un patient en fin de vie !

Qui a dit que l’économie casino, où la finance n’est plus le fluide de l’économie mais une sorte d’immense roulette où des apprentis sorciers jouent avec la richesse du monde, était morte ?

La misère ne cesse de gagner du terrain poussant de plus en plus d'être humain en désespérance à rêver d'Eldorado illusoire.

Mais ne nous y trompons pas ! Il est désormais impossible de cacher notre opulence relative aux miséreux du monde avec la télévision par satellite et Internet.

Un être humain sur trois sera un africain à horizon de 2100.

Les frontières sont et seront de plus en plus de bien ridicules remparts devant le désespoir, la misère et la soif d’apprendre qui revient si souvent dans les propos des jeunes afghans ayant fuit leur pays.

Seule une solution franco-britannique pourrait nous faire avancer le délicat problème des réfugiés afghans et irakiens et nous permettrait d’en finir avec ce minable jeu de la patate chaude que nous jouons avec les anglais !

Ce serait un pas, un petit pas pour fidèlement, avec acharnement faire reculer le scandale de la confiscation des richesses par une minorité.


Patrice Leterrier

29 Septembre 2009

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 12:35

 

 


A

près notre température, notre pression artérielle, notre taux de cholestérol (bon ou mauvais), notre glycémie, notre taille, notre poids, et autres indicateurs chiffrés, voilà que des sages (dont 5 prix Nobel) se sont penchés, à la demande de Nicolas Sarkozy, sur la mesure de notre bonheur ou plus prosaïquement de notre bien être.

Il est vrai que le bonheur est un sentiment diffus, passager, presque furtif qui intègre bien d’autres critères non mesurables que les seuls chiffres censés mesurer notre confort.

Comme le rappelle le philosophe Michel Onfray  "le bonheur n'existe pas: il existe des situations heureuses. Le bonheur d'un jeune n'est pas celui d'un vieux; celui d'un philosophe, celui d'un trader. Le bonheur n'est pas un état permanent: on n'est pas heureux comme on est homme ou femme".

A la tête de ces penseurs pensifs devant l’ampleur de la tâche, deux prix Nobel d’économie : l’iconoclaste américain Joseph Stiglitz et l’indien Amartya Sen connu pour ses travaux sur la famine et les mécanismes fondamentaux de la pauvreté.

Ils n’ont pas grande difficulté à nous convaincre que le Produit Intérieur Brut " est une mesure de la production marchande, mais n'est pas une mesure fiable du bien-être".  

La chose se corse quand il s’agit de définir  comment définir "la mesure des performances économiques et du progrès social"  pour en finir avec la tyrannie supposée du PIB inventé en 1934 par l’américain d’origine russe Simon Kuznets afin de mesurer l'effet de la Grande Dépression sur l'économie.

Qui pourrait contester pourtant la nécessité de "la prise en compte de nouveaux critères, ou une pondération différente, évaluant les inégalités sociales, la qualité de la vie et le développement durable, ainsi qu'une idée plus complète de la richesse d’un pays que le simple calcul de la production" ?

Il paraît cependant à l’évidence que l’ambition de vouloir quantifier notre bonheur et même sa forme réductrice que l’on pourrait qualifier de bien-être est probablement une tâche impossible.

Car dès lors qu’il s’agit de norme, encore faut-il s’entendre sur les critères, sur les échelles de mesure et plus délicat sur la pondération des différentes valeurs.

Et quand bien même, dans une suprême surprise, nous arriverions à définir ces critères et leurs pondérations, il semble bien difficile de les faire partager aux Papouasiens ou aux Pygmées de la tribu Mbuti vivant dans la forêt d'Ituri en République démocratique du Congo dont le bien être relatif dépend probablement d’autres critères que par exemple "l’épargne nette ajustée".

On ne peut qu’applaudir à l’idée qu’il faille évaluer autre chose que la production marchande pour mesurer la véritable santé économico-socialo-écologiste d’un pays comme il serait stupide de s’en référer à la seule température pour évaluer la santé d’un patient.

Le rapport remis par les sages au Président de la République préconise  de "se référer aux revenus et à la consommation plutôt qu’à la production dans le cadre de l’évaluation du bien-être matériel", de "prendre en compte le patrimoine" et de "mesurer les services en nature fournis par l’État" aux ménages, de trouver des "outils solides et fiables de mesure des relations sociales, de la participation à la vie politique et de l’insécurité", ou enfin de prendre en compte la soutenabilité (ou durabilité) qui "exige la préservation ou l’augmentation simultanées de plusieurs «stocks» : les quantités et qualités non seulement des ressources naturelles mais aussi du capital humain, social et physique".

Il suscite déjà moult commentaires et critiques dont celles de Jean-Marie Harribey sur ce qu’il appelle le "trou noir de la théorie économique dominante : confusion entre la valeur économique et l’utilité".

Il reste que quels que soient les critères et indicateurs choisis,  quelles que soient les vertus de cette tentative de rationalisation de l’impalpable complexité du sentiment de bien-être, "la différence entre les statistiques toujours insatisfaisantes et la réalité telle qu'elle est et telle qu'elle devrait être...hé bien cela s'appelle la politique" et que nos dirigeants ne peuvent pas demander aux économistes ni aux statisticiens de faire leur travail à la recherche du bien commun.


Patrice Leterrier

18 Septembre 2009

 

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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 14:28

 


Q

uelque part aux Etats-Unis des banques peu regardantes sur la solvabilité de leurs clients aux conditions modestes prêtaient sans précaution. Comme toujours l’optimisme poussait les banques à penser que les tendances constatées sur le marché immobilier et sur le nombre de défauts de paiement se maintiendraient. Ils étaient d’ailleurs largement bénis par les autorités de contrôles qui ont laissé un virus à retardement infecter des fonds, dont la vocation était de garantir une sécurité absolue, avec la titrisation massive des risques bancaires.

Les ingrédients étaient là: des banquiers cupides, des autorités de régulations laxistes ou dépassées et des investisseurs crédules. Les ingrédients d’une pandémie financière totalement imprévisible pour ceux qui n’ont pas retenu la magistrale leçon donnée par Benoît Mandelbrot et Richard L. Hudson dans leur ouvrage "une approche fractale des marchés"(*). Comme le virus de la grippe, mais sur une durée beaucoup plus longue, il y a une période d’incubation au bout de laquelle le virus "subprime" se réveille et provoque une fièvre financière gigantesque et mondiale.

On se souvient aussi des déclarations lénifiantes des autorités affirmant que la crise ne pourrait atteindre les banques françaises car le système bancaire français était protégé de ces excès (un peu comme du nuage radioactif de Tchernobyl). La locataire de Bercy affirmait avec une franche sérénité en novembre 2007 qu'il n'y avait "pas de raisons de penser qu'on aura un effet sur l'économie réelle française".   En pythie décidément inspirée, elle déclarait en Juin 2008 "le gros de la crise est derrière nous". On connait trop la suite…

La grippe A(H1N1) a les mêmes caractéristiques contagieuses pour la santé que le virus "subprime" pour les fonds de placement. Mais elle a un handicap considérable sur lui. Elle est prise au sérieux (certains trouvent trop) par les autorités dès son apparition. Celles-ci ont un plan mondial et des déclinaisons nationales pour parer à une éventuelle pandémie. La première vague du virus paraît peu virulente mais l’expérience des grandes épidémies comme celle de 1918 nous apprend que les répliques sont souvent moins innocentes.

Les deux pandémies ont en commun la capacité de déclencher la panique. Cette panique vient de manière imprévue relier les deux phénomènes puisqu’elle alimente la crise financière en la rendant encore plus grave dans une espèce de spirale infernale.

Le virus "subprime" avait fini, en dépit des propos rassurants des économistes, par atteindre l’économie dite "réelle" en provoquant une récession d’une ampleur incroyable sans raison structurelle.

La grippe en rendant les voyages potentiellement dangereux conduit les candidats au tourisme à rester chez eux, tétanisés, le masque collé au visage par peur de contagion. Ce reflexe entraîne une amplification de la crise mondiale sur l’industrie du tourisme, déjà bien secouée par la crise économique.

L’Institut Pasteur serait redevable d’un prix Nobel spécial s’il découvrait un vaccin contre la peur "panurgienne" des populations habituées à entendre des messages rassurants et attendant tout de l’état providence.


Patrice Leterrier

18 Mai 2008

(*) Disponible dans une nouvelle édition chez Odile Jacob

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 19:56

G des doutes…

Pays membres ou associés au G20

C

omment ne pas être perplexe devant l’unisson de louanges qui vont du 20 sur 20 attribué par la Tribune à la "Symphonie du nouveau monde" titre grandiloquent d’Etienne Mougeotte dans le Figaro en passant par "le G20 fondateur" du journal le Monde? Je passe sur le lyrisme courtisan du rédacteur en chef du Figaro affirmant sans complexe que "le mérite en revient à Nicolas Sarkozy, qui a su ranimer l’axe franco-allemand" en parlant des mesures de régulation (liste de paradis fiscaux, contrôle des agences de notation, hedges funds, rémunérations des patrons et des traders). C’est grandiose de suffisance franchouillarde et c’est faire bien peu de cas d’Angéla Merkel. C’est surtout oublier un peu vite l’agilité d’un Barak Obama qui a su à merveille passer outre les postures provocantes et amener un consensus sans rien céder sur le fond de la position des états unis. Le succès de ce sommet vient justement du sens des responsabilités des uns et des autres (y compris bien sûr Nicolas Sarkozy) et c’est faire de la politique de comptoir que de vouloir tirer la couverture au président français pour méritant qu’il soit en l’occurrence. Ce succès est incontestablement une bonne nouvelle mais pour autant il faut comme d’habitude raison garder. Il faut consulter l’expansion pour trouver un point de vue un peu moins exalté, j’oserai dire un peu plus conséquent, avec l’interview de Philippe Dessertine, professeur de finances à l'université Paris X-Nanterre et directeur de l'IHFI, qui nous rappelle simplement que "l'accord du G20 n'amorce pas une sortie de crise". Il y a aussi le contrepied original de Jacques Attali sur son blog  qui fait dans l’analogie en écrivant que "tout se passe comme si les alcooliques anonymes, tout heureux de leurs bonnes résolutions, avaient décidé, au sortir de leur réunion, de prendre un dernier verre. Pour la route". Même si son souci obsessionnel d’originalité peut le conduire à tous les excès, il pose cependant une question fondamentale : "Comment alors  espérer résoudre une crise de la dette en augmentant   la dette ?" et il répond avec une certaine cohérence et crédibilité "A terme, par l’argent des contribuables !". On peut bien sûr lui rétorquer que c’est faire peu de cas des effets positifs d’une hypothétique confiance retrouvée et de l’effet d’entrainement d’une relance ciblée. On ne peut en tout cas que souhaiter qu’il se trompe. Sinon les générations futures auront à payer pendant des décennies les intérêts et le principal de cette immense fuite en avant à la recherche de la croissance perdue. Qui se souvient des airs contrits et impuissants du Président nous annonçant que les caisses étaient vides et de son premier ministre, ne pouvant qu’en rajouter, nous dire que la France était dans un état de quasi-faillite? Mais c’était avant la crise, avant ce tsunami de milliards d’euros apportés en garanti aux banques et déboursés pour sauver l’industrie automobile française (souhaitons que ce ne soit pas en pure perte!). Bien sûr le renforcement considérable des moyens du FMI et de la Banque Mondiale donnera des degrés de libertés qui pourront, le cas échéant, servir aux oubliés de ce sommet et singulièrement à l’Afrique Noire (voir carte ci-dessus…). Il me semble qu’il convient de saluer cet unisson avec optimisme mais circonspection. Attendons donc avec espoir mais sans vaine illusion les éventuels effets de ces mesures sur la reprise. Réjouissons-nous bien sûr de cette remarquable unanimité mais gare à la gueule de bois après ce dernier verre pour la route…


Patrice Leterrier

3 Avril 2009

 

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 17:36

Bout du Tunnel ?


E

urotunnel versera cette année pour la première fois de son histoire un dividende à ses actionnaires, grâce à un bénéfice net de 40 millions d'euros dégagé en 2008. Les 500 000 actionnaires d'Eurotunnel n'avaient jamais touché le moindre centime depuis la création de l'entreprise en 1986. Ce dividende, qui est vraiment symbolique, a été fixé à 4 centimes d'euro par action. Les heureux bénéficiaires  n’ont donc eu à attendre que… 24 ans pour recueillir les premiers fruits, certes modestes mais non moins délicieux, de leur investissement qui a frôlé plusieurs fois le zéro absolu après moult et moult plans de restructuration de la dette. A ce rythme là, Il leur faudra des siècles pour récupérer leurs mises…Quant à l’espoir d’une plus-value nous sommes là dans le domaine du pur imaginaire ! C’est donc surtout une bonne nouvelle pour la santé de l’entreprise mais l’événement semble donner raison à ceux qui disent qu’il ne faut jamais désespérer. En 1996 les gouvernements français et russe s’étaient mis d’accord sur l’indemnisation des héritiers des souscripteurs de l’emprunt tsariste. Viktor Tchernomyrdine, le premier ministre russe de l’époque, avait promis que son pays allait rembourser le fameux emprunt levé voici quatre-vingts ans pour financer les chemins de fer de son pays. Environ 4 millions de titres restaient bel et bien dans les portefeuilles de 400 000 porteurs, héritiers des 1,6 million de souscripteurs d’origine. Le 23 Août 2000, le premier ministre de l’époque, un certain Lionel Jospin, publiait enfin le décret définissant les conditions pour ces indemnisations. Elles concernaient essentiellement sur des titres  d'emprint émis ou garantis avant le 7 novembre 1917. Il n'y a donc pas de raison de désespérer puisque de bonnes nouvelles peuvent survenir plus de 90 ans après la ruine de nombreux épargnants trop confiants dans le dynamism et la respectabilité du régine stariste. André gide écrivait dans son journal  "Ne te détoune pas, par lâcheté, du  désespoir. Traverse-le. C'est par-delà qu'il sied de retrouver motif d'espérance. Va droit. Passe outre. De l'autre côté du tunnel tu retrouveras la lumière". Même s’il semble avoir raison dans le cas d’eurotunnel, même s’il n’a pas tout à fait tort pour les possesseurs de titres russes, on peut cependant mettre en doute cet optimisme car si une chose est certaine c’est qu’au bout du tunnel, l’avenir est toujours aussi incertain qu’à son entrée. La bourse nous apprend tous les jours qu’après une mauvaise nouvelle, il peut arriver une nouvelle pire encore. C’est bien connu que, comme pour la loterie, les courses, le casino et autre domaine où règnent l’aléatoire et l’injustice (sauf pour l’état qui gagne à chaque coup), la seule façon de ne jamais perdre en bourse, c’est de ne jamais jouer! Mais allez donc expliquer à un joueur qu’il va probablement perdre….

Patrice Leterrier

4 Mars 2009


 

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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 17:11


Prototype Citroën DS 3

 


Q

ui ne se souvient pas du paquebot France, orgueil de la marine marchande française? Sa gestation avait commencé en Octobre 1957 et Yvonne de Gaulle l’avait baptisé en grande pompe en 1960 à Saint Nazaire. "Ne m’appelez plus jamais France" s’écriait Michel Sardou en 1975 (le disque avait été vendu à 500 0000 exemplaires en deux semaines) alors que le navire agonisait sur le quai de la honte au Havre depuis un an. Et puis, rebaptisé Nordway, il s’en est allé trainer ses souvenirs de gloire dans les eaux chaudes de caraïbes. Il fut une dernière fois rebaptisé Blue Lady avant d’échouer sur la plage d’Alang en Inde où son dépeçage se poursuit. Plus de 30 ans après la chanson de Michel Sardou, le Clemenceau, officiellement admis au service en novembre 1961, le "Clem" pour les officiers de la royale, après avoir failli rejoindre son compagnon d’infortune(*), finira sa longue carrière démantelé dans un chantier naval du nord-est de l'Angleterre. Derniers vestiges de la nostalgie des rêves de grandeur d’une France Gaullienne, ces deux géants des mers vont disparaître à jamais. Derniers étendards d’une construction navale qui était l’un des fleurons de l’industrie française, il restera le nez du France puisque l’étrave du bateau devrait être installée dans un square, face à la mer à Deauville. Verrons nous dans quelques années un collectionneur racheter le dernier exemplaire de voiture construite sur le territoire français par un constructeur français né hypothétiquement du mariage trop tardif entre Peugeot et Renault avant qu’il ne soit racheté par le géant indien Tata pour être liquidé? Serons-nous condamnés comme les anglais à saborder notre industrie automobile ? Injecter 6 milliards d’euros sous forme de prêts bonifiés d’une durée de 5 ans en contrepartie de promesses et d’une liberté surveillée suffira-t-il? L’état demande des engagements de sauvegarde de l’emploi, de ne pas délocaliser à défaut de relocaliser, de ne pas fermer d’usine, de modérer les dividendes et les salaires des dirigeants ainsi qu’un droit de regard sur toute décision industrielle. Que deviendront ces belles promesses si la conjoncture économique se dégrade plus que prévu ou si les constructeurs automobiles ne parviennent pas à améliorer suffisamment leurs compétitivités? Les promesses n’engagent-elle pas que ceux qui les écoutent comme disait un certain Jacques Chirac? Si rien n’est fait en termes de recherche et développement, en termes d’innovation audacieuse, en termes d’évolution de la gamme, en termes d’investissement productif, cela ne fera que retarder l’échéance. Mais au-delà des efforts que l’on peut imaginer être réalisés par nos constructeurs et leurs sous-traitants, le compte y sera-t-il face à la concurrence de pays émergés comme l’Inde et dans une certaine mesure la Chine? Ils disposent d’armées d’ingénieurs aussi qualifiés que les nôtres et surtout d’ouvriers qui mettront des décennies à atteindre le niveau de protection sociale et de salaire des français. Est-ce une tentative aussi désespérée à terme que de vouloir sauver l’industrie minière française dans les années 60? On connait l’attachement de Nicolas Sarkozy à l’industrie, son volontarisme et son activisme qui le pousse à s’exposer aux critiques comme dans le cas de Mittal Arcelor à Grandrange. Il devrait peut-être relire le Cardinal de Richelieu qui disait "Il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d'un Etat".

Patrice Leterrier


9 février 2009


(*) Un arrêt du conseil d’état l’a obligé à faire demi-tour

 
 

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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 22:03

U

ne question angoissante taraudent les esprits : A quand la fin de cette crise dont les dégâts ne cessent de s’aggraver jour après jour? Une citation de Pierre Dac- grand philosophe français maintenant devant l’éternel –me vient pour m’ôter toute velléité de tenter de répondre à cette question. C’est un chef d’œuvre de concision et de bon sens : "Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu'elles concernent l'avenir !". Rien n’est bien sûr plus redoutablement illustré par la situation actuelle ! Aujourd’hui, des cohortes de prévisionnistes de tout bord s’échinent dans des explications soigneusement emberlificotées à nous convaincre que la situation était inévitable - ils osent même après coup et sans la moindre pudeur l’adjectif "prévisible" -, vu la bulle immobilière, vu la sophistication des produits, vu la titrisation galopante, etc, etc, etc. L’ennui, c’est que ce sont les mêmes qui n’ont rien vu venir! A Davos, dans un climat qui ressemble à celui d’un enterrement, les experts des milieux autorisés, comme disait Coluche, ont du mettre en berne, bien à contrecœur, le drapeau de la suffisance et l’étendard de la toute puissance économique. Ils n’avaient que quolibets et ricanements dédaigneux pour les propos de Peter Schiff, lorsque ce financier diplômé de Berkeley, maintenant célèbre, décrivait autrefois en détail ce qui nous arrive aujourd’hui. Il ose dire maintenant que la seule solution pour les américains est de changer de mode de vie, de cesser de vivre à crédit comme s’il n’y avait pas de lendemain, de revenir à une économie fondée sur la vraie production de valeur, pas sur la spéculation. "Elémentaire", mais hérétique, "mon cher Watson !", s’écrient en haussant les épaules les milliers de Sherlock Holmes économistes bien pensants qui ne veulent à aucun prix révéler cette vérité pourtant bien à propos au bas peuple. Ils sont semblables aux inquisiteurs condamnant Galilée en 1633. Il leur faudrait renoncer à leur rêve de la toute puissance du Dieu argent sur l’économie que l’on qualifie quelquefois de réelle comme pour exorciser la puissance de la finance en la renvoyant à un référentiel virtuel…Peut-on tenter pour répondre à la question, une citation de Patrick Sébastien "le bout du tunnel n'est pas loin: pour le voir il suffit de se retourner" ? Mais celle qui me paraît le plus à propos est toujours  de mon maître Pierre Dac: "Les leçons ne servent généralement qu'à ceux qui les donnent". Voilà qui est dit et qui me ramène à une revigorante modestie, qui ne devrait jamais nous quitter, quant à la portée supposée de nos propos. Mais que les quelques lecteurs occasionnels de mes propos ne se réjouissent pas trop vite ! Ma modestie - que des esprits malins pourraient qualifier de passagère - n’ira pas jusqu’à interrompre mon addiction éditoriale.

Patrice Leterrier

31 janvier 2009


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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 20:46

I

l y a face à la crise toutes sortes de postures. La posture de l’altermondialiste ressemble à celle du célèbre commissaire Antoine Bourrel des cinq dernières minutes qui s’écriait avant la fin du mystère qu’il venait d’élucider la célèbre phrase devenue mythique "bon sang mais c’est bien sûr!". En effet, pour ces incorrigibles adeptes de la certitude, nous l’avons enfin cette preuve de la mort du système capitaliste. Ils sont tout frétillants à l’idée de pouvoir enfin sauver les masses laborieuses victimes du libéralisme et du grand capital incarné par ces patrons sans foi ni loi qui se gavent de leurs mirobolantes indemnités reçues en récompense des naufrages qu’ils ont provoqués. Il y a l’attitude du fanatique du libéralisme sauvage qui ne voit dans cette crise que la répétition prévisible des régulations cycliques qui font le charme surprenant des caprices du dieu Economia qui n’a pas son pareil pour assurer le bonheur de tous et la richesse du monde. Il y a les nostalgiques de  Karl Marx, orphelin de l’effondrement du bloc communiste, qui tiennent enfin leur revanche de l’assassinat de leur idéologie par le pragmatisme triomphant qui voyait dans le grand désordre mondial une sorte de salut du monde, comme un destin conduit par une main invisible drapée d’une sagesse presque mystique. Il y a bien sûr les incorrigibles économistes savants qui, refusant de porter enfin le costume de la modestie à défaut d’une dignité perdue dans leur conjectures toutes contredites par les faits, se mettent à nous expliquer que tout ce qui arrivent était écrit, prévisible alors qu’ils se sont faits prendre au coin du bois comme de vulgaires petits chaperons rouges dépités et décrépis.  Il y a enfin les philosophes de tout bord qui n’y vont pas avec le dos de la cuillère dans un indécent bavardage inutile. Ainsi Michel Maffesoli, professeur à la Sorbonne, qui se lance dans le Figaro d’aujourd’hui dans une exégèse du mot crise écrivant ce monument de banalité "De la discussion du Café du commerce aux savantes élucubrations des économistes en mal de prophéties, sans oublier les préoccupations des cabinets ministériels, relayées bien entendu par le tam-tam obsédant de tous les médias, le mot "crise" est devenu un leitmotiv incontournable". Il ose même ce que l’on pourrait prendre pour un mauvais pastiche de Pierre Dac en écrivant "la sagesse des peuples sait, au travers de mythes divers, qu’aucun Capitole n’est loin de la roche Tarpéienne". Il se lâche enfin dans une vision cosmique en nous assommant avec un gigantesque "On ne se lassera jamais de le redire, la crise survient quand on ne sait pas penser. Quand on a oublié de se penser. C’est, pour reprendre une expression de ce grand peintre, ingénieur, penseur et mystique que fut Léonard de Vinci, une cosa mentale. En bref, la crise vient de l’intérieur". Il appelle Heidegger à la rescousse en le citant "le manque provient de la richesse" finissant ainsi de déployer un brouillard confus sur nos esprits. Enfin pour bien nous faire mesurer la distance qu’il existe entre le commun des mortels et sa seigneurie la philosophe, ce monsieur jette en pâture au lecteur, censé émerveillé par sa vision cosmique, les mots du langage courants que sont linéarisme, corsi et recorsi ou encore sotériologie et hédonisme… J’arrête ici mon fiel, mon indignation devant ce manque de pudeur pour les millions de victimes de cette crise, quel que soit le mot que l’on choisi pour qualifier cette étrange période que nous traversons. Je ne peux cependant décolérer devant cette suffisance qui consiste à se gorger de mots pour masquer une faiblesse de la pensée.

Patrice Leterrier


9 janvier 2009

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