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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 18:45

Edouard Glissant


E

douard Glissant est mort hier à Paris, à l'âge de 82 ans.

Cet inclassable intellectuel dont il disait de lui-même qu’il était un écrivain de langue française plutôt que francophone parce qu’il pensait que la francophonie comme tous les "grands mythes unificateurs était aussi porteuse de violence".

Il est l’auteur du concept de créolisation qu’il concevait comme un mouvement bien différent de la créolité, un état hérité d’une histoire trop focalisée sur la différence et la cicatrice indélébile de l’esclavagisme.

Sa foi en la créolisation ou encore métissage reposait sur la conviction qu’on "peut changer en échangeant avec l'autre sans se perdre ni se dénaturer".

Dans un entretien avec Régis Debray il disait  "l'idéal de la fraternité à l'ère de la globalisation, du tout-monde, ne peut plus être l'idéal républicain; il exige le métissage. C'est dans le métissage que la fraternité peut avoir lieu, pas dans la sublimation républicaine".

Il opposait la créolisation à la négritude d’Aimé Césaire, parce qu’il voulait avant tout  puiser la matière de son inspiration dans "l’expérience du brassage qui structure le vécu antillais".

La négritude - terme inventé par Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon Gontran Damas, poète guyanais moins connu que son illustre confrère martiniquais – se voulait comme un mouvement de défense des valeurs culturelles et des traditions africaines contre la volonté intégrative forcenée des colonisateurs. C’était à l’origine un mouvement autant culturel que politique.

C’est Victor Schœlcher qui écrivait :"tout homme ayant du sang africain dans les veines ne saurait jamais trop faire dans le but de réhabiliter le nom de nègre, auquel l’esclavage a imprimé un caractère de déchéance"

La perspective de créolisation est probablement aujourd’hui plus porteuse d’un avenir identitaire dès lors que la colonisation est entrée avec convulsion dans l’histoire même si la négritude reste pertinente pour défendre le respect des origines culturelles.

Selon une étude conduite par Jeffrey Sanchez-Burks, psychologue à l’Université du Michigan, des américains d’origine asiatique ou des femmes ingénieurs ont plus de créativité dans la résolution des problèmes auxquels ils sont confrontés lorsqu’ils s’appuient sur leur double identité que lorsqu’ils la gomment.

Ces constatations scientifiques sur la valeur de la diversité et le discours d’Edouard Glissant sont plus que jamais d’actualité au moment où les difficultés consécutives à la crise que nous traversons poussent certains à exploiter les réflexes xénophobes des plus fragiles de nos concitoyens quelque peu désemparés.

Ils sont parfois masqués – consciemment ou non - sous l’alibi bien pensant du mythe de l’intégration républicaine.

Il cache en vérité une volonté d’assimilation au nom de l’universalité prétendue de la culture occidentale drapée dans la respectabilité des valeurs dites républicaines.

Parlant de la créolisation, Edouard Glissant disait "selon moi, la créolisation est un processus qui a deux caractéristiques : il est interminable et imprévisible. Anciens colonisés, anciens colonisateurs, anciens découverts, anciens découvreurs, nous avons le même travail à faire, qui est de trouver les valeurs d'un monde pluriel".

Notre société a tout à gagner à s’approprier le message de ce poète, héritier de l’histoire douloureuse de la Martinique, qui vantait le hasard comme une "beauté du monde" et condamnait la prétention de la science occidentale à vouloir changer le monde en "risquant de tarir cette beauté".


Patrice Leterrier

4 février 2011

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 21:30

calendrier grégorien


V 

ingt-deux ans après les premiers résultats de la datation du Saint Suaire, qui avaient été contestés à l’époque par les sindonologues, le spécialiste de la spectrométrie Timothy Jull, met fin à la controverse en dissipant définitivement tout doute sur l’origine médiévale de la relique.

Elle ne peut donc définitivement pas nous renseigner sur la date historique de la mort du messie.

L’exégèse historico-critique sur la quête du Jésus historique et en particulier sur sa naissance a fait pendant longtemps l’objet de querelles au sein de l’église.

Elle dû combattre les tenants du docétisme, de l’apollinarisme, de l’ébionisme, de l’adoptianisme, du monarchianisme, du sabellianisme, de l’arianisme, du nestorianisme et du monophysisme.

Toutes ces controverses enflammées avaient pour interrogation centrale la conception virginale et la naissance de Jésus, son identité, son humanité et sa divinité.

C’est pour mettre fin à ces débats incessants et éviter que l’Incarnation ne soit comprise comme un mythe qu’en 354 que le pape Libère instaura la célébration de la naissance du Christ le 25 décembre ;

Depuis longtemps les romains célébraient le 25 décembre, pour le solstice d'hiver, la naissance de Mithra, divinité importée de Perse par les légions romaines, le soleil invaincu (Dies natalis solis invicti).

La décision du pape consacrait ainsi la venue du Christ comme le lever du "Soleil de justice". Il y avait probablement aussi chez le saint Père l’arrière-pensée de substituer une fête religieuse aux festivités païennes très populaires des Saturnales.

Le 25 Décembre du calendrier de l’époque ne coïncidait pas avec celui d’aujourd’hui puisqu’il fallut attendre l’instauration du calendrier grégorien par la bulle papale Inter gravissimas du 24 février 1582 et la suppression de 10 jours, du troisième jour des Nones (5 octobre) au jour précédant les Ides (14 octobre) inclus, pour que les dérives successives des précédents calendriers soient corrigées.

Le 6 octobre 1793, qui allait devenir le 15 Vendémiaire de l'an II, fut mis en place le calendrier républicain conçu par Gilbert Romme, mathématicien, député montagnard du Puy-de-Dôme, et Philippe François Nazaire Fabre, dit Fabre d'Églantine auteur dramatique et poète.

Il ne supprimait pas la référence aux cycles de la lune (division de l’année en 12 mois) puisque l’année républicaine comportait douze mois de 30 jours aux noms évocateurs des saisons : Vendémiaire, Brumaire, Frimaire pour l'automne, Nivôse, Pluviôse, Ventôse pour l'hiver, Germinal, Floréal, Prairial pour le printemps, Messidor, Thermidor, Fructidor pour l'été.

La semaine de 7 jours a pour origine une superstition des Babyloniens pour qui le chiffre 7 était néfaste. Leur tradition voulait donc que rien ne soit entrepris les 7, 14, 21 et 28 du mois.

Les noms des jours quant à eux invoquent les apparitions successives dans le ciel de la lune, des planètes et du soleil : Le Sunday des anglo-saxons pour jour du soleil fut transformé en Dimanche comme jour de Dieu par les chrétiens.

Les révolutionnaires obnubilés par l’ordre décimal, remplacèrent la semaine par des décades aux noms aujourd’hui oubliés : primedi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi, décadi.

Ils n’auraient sans doute pas eu de nos jours l’approbation des syndicats puisque le décadi, qui devait remplacer le dimanche, supprimait 16 jours de repos dans l'année.

On doit à l’empereur Napoléon 1er le rétablissement du calendrier grégorien le 11 Nivôse an XIV, c'est-à-dire du 1er janvier 1806.

Depuis l’équation grégorienne qui veut qu’une année dure en moyenne 365 + 1/4 — (3/400) c'est-à-dire 365,2425 jours règne presqu’en maître sur la mesure du temps qui passe.

Il reste qu’elle représente une erreur de 0,0003 jour par rapport à la révolution solaire. Dans 10 000 ans notre calendrier comportera par conséquent trois jours de trop. En fait, si on tient compte du ralentissement de la rotation de la Terre, le décalage atteindrait alors 16 jours mais il est peu probable qu’aucun d’entre nous ne puisse vérifier ce savant calcul.

Que sera le futur de l’homme à cet horizon s’il continue à maltraiter la terre ?.


Patrice Leterrier

29 décembre 2010

 

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 08:15


P

ourquoi donc le Toucan toco (Ramphastos toco) a-t-il un si grand bec ?

En effet cet animal possède un phanère qui mesure entre le tiers et la moitié du reste de son anatomie.

Moi Monsieur - lui dirait peut-être un faquin prétentieux et imprudent – si j’avais un tel bec, il faudrait sur le champ que je me l’amputasse !

Il aurait tort le malotru, outre sa cuistrerie impardonnable envers ce beau volatile.

Au demeurant, l’oiseau n’étant pas – dans l’état actuel de nos connaissances - apte à le comprendre ni à lui répondre, s’étonnerait peut-être de l’agitation grotesque de ce ridicule animal sans plume ni grâce totalement incapable de voler et auteur d’une cacophonie sans rapport avec le cri aigu que pousse ce Ramphastidé.

Si le Toucan toco arbore un tel organe tégumentaire majestueux et coloré ce n’est point pour séduire sa belle ni pour se gaver de nourriture ni encore moins pour faire parler de stupides ignares ironisant sur sa singularité. Il nous faut oublier ces explications faciles qui nous auraient dispensés d’une recherche scientifique, méthodique, laborieuse et surtout sans idée préconçue.

Alors assez de suspens concernant ce sujet imposant ! Il est temps de vous révéler que le chercheur Canadien Glenn Tattersall (de Broke University, Ontario) et ses collègues brésiliens ont découvert en étudiant cet étrange animal à l’appendice démesuré qu’il s’agissait d’une climatisation personnelle lui permettant d’évacuer de 30 à 60 % de la chaleur accumulée et de maintenir ainsi constante la température de son corps. Il bat à plate couture les oreilles des éléphants ou celles des lapins qui jouent un rôle similaire.

Ce qui paraît surprenant c’est qu’il y ait eu un jour dans la tête de cet honorable chercheur canadien la curieuse idée de vouloir savoir pourquoi ce superbe bec - merveille de technologie animal puisqu’il est très léger car creux - était si grand ?

Car enfin la taille du bec du Toucan n’est pas dans la nature le mystère le plus étrange. Pourquoi Glenn Tattersall ne s’est-il pas intéressé par exemple au gigantesque nez flasque et hideux du singe nasique qui fait concurrence déloyale au Cyrano d’Edmond Rostand ?

Le chercheur canadien, amateur des organes démesurés, n’aurait pu s’attaquer au cas de la corne du Narval. Martin Nweeia, spécialiste de la dentition, à la Harvard Medical School (Massachusetts, Etats-Unis), a en effet levé le mystère en 2006 après une expédition scientifique de cinq ans en Arctique : "La dent spiralée du narval mâle, plantée sur sa mâchoire supérieure, est en fait une antenne très sensible, pourvue de millions de terminaisons nerveuses". Ce n’est donc pas une défense, malgré la légende de la licorne, mais un organe sensoriel pour percevoir les différences de pression, de salinité ou de température.

Mais que doit-on penser des dents de rats, des oreilles de chauve-souris et de la queue d’écureuil de l’aye-aye ou encore des yeux énormes et des pieds disproportionnés du Tarsier et de bien d’autres singularités de la nature facétieuse?

Mais au fond quoi de plus rassurant que d’imaginer, quelque part dans le frimât canadien, un chercheur se posant un jour- peut-être en se rasant - cette question étrange : "mais pourquoi le Toucan toco a-t-il un si grand bec ?" Et le plus incroyable c’est qu’il se soit acharné pour trouver la réponse alors que nous aurions probablement dans les mêmes circonstances rangé cette interrogation au cimetière des mystères de la nature.

Certes la découverte est probablement moins importante que celle de la pénicilline de Sir Alexander Fleming bien que l’honorable sujet de sa très gracieuse majesté n’ait compris que sur le tard l’importance de la sienne.

En tout cas (et non Toucan…) cela m’a permis de glisser un sourire dans une actualité absorbée par les nageurs couverts de peau artificielle en polyuréthane, par l’exploit surhumain et donc suspect d’Alberto Contador et de ne pas penser aux 2 milliards de malades qui seront atteints par la grippe A(H1N1) selon l’OMS.


Patrice Leterrier

24 juillet 2009

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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 12:06

Averroès

L

a citation complète est "Celui qui abandonne son foyer pour se mettre en quête du savoir suit la voie de Dieu…L’encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr".

Elle est forcément allégorique. Les martyrs ne peuvent être assimilés aux héros ni aux patriotes ni même à ceux qui payèrent de leur vie leurs convictions. Il s’agit plus probablement dans l’esprit du prophète de fanatiques refusant l’enseignement des sciences et prêts à se sacrifier pour faire triompher leur cause.

Au lendemain des cérémonies commémoratives du sacrifice de nos soldats et de nos alliés pour libérer l’Europe du joug nazi, il serait particulièrement mal venu de négliger le rôle de tous les héros la plupart du temps inconnus qui ont donné leur vie pour notre liberté.

Mais il est tout de même remarquable de pouvoir citer un tel texte venant d’une religion qui n’est trop souvent vue aujourd’hui qu’à travers ses intégristes fanatiques.

Au fond le sens premier de cette maxime est de consacrer la recherche obstinée de la compréhension du monde par la raison comme une attitude éminemment respectable du point de vue de la foi.

Quel plus bel exemple de cette tradition peut-on donner que celui d’Abu al-Walid Mohamed Ibn Ahmed Ibn Mohamed al-Andalusi plus connu sous son nom latinisé d’Averroès ?

Sa mémoire a été brillamment illustrée dans le Film "le Destin" de Youssef Chahine, comme symbole de la lutte contre toutes les formes d’intégrisme.

Né à Cordoue en Andalousie, il vécut au 12ème siècle. Il étudia, comme souvent à l’époque, à la fois la physique, la médecine, l’astrologie, la philosophie et les mathématiques. Il occupa plusieurs hautes fonctions : cadi de Séville (1169), grand cadi de Cordoue (1171), premier médecin à la cour du calife Abú Yaqub Yusuf (1182).

C'est en 929 que l'émir Abd al-Rahmān III rendit l'Andalousie indépendante de Bagdad pour former le califat de Cordoue. C’est à partir de cette époque qu’y fut constituée la troisième grande bibliothèque du monde islamique, comparable à celle qui jadis avait fait la réputation d'Alexandrie.

Cordoue, était à l’époque d’Averroès une ville de tolérance, de confluence des cultures, d'harmonie réussie entre musulmans, juifs et catholiques, lieu de sagesse, et l’un des deux pôles de la médecine arabe avec Bagdad.

Averroès fût un grand médecin et son traité le Colliget lui apporta une grande renommée. Il sera traduit en latin prés d’un siècle plus tard et enseigné en Europe jusqu'au XVIIIème siècle.

Mais Averroès est aujourd’hui surtout connu pour ses commentaires sur Aristote dont il chercha à retrouver le sens originel des écrits.

Averroès séparait radicalement raison et foi. Il considérait que la philosophie d’Aristote et la révélation coranique étaient deux expressions différentes de la vérité : "le vrai ne peut contredire le vrai".

A vouloir libérer la pensée musulmane de la double emprise du juridisme trop étroit et d'une théologie faussement spéculative, il se heurta aux tenants d'une orthodoxie religieuse étroite de la religion musulmane. Il tomba en disgrâce à l'âge de 71 ans et dut fuir et vivre dans la misère et la clandestinité. Ses livres philosophiques sont brûlés à Séville et Marrakech. Il est finalement réhabilité et rappelé à Marrakech un an plus tard, où il meurt en 1198.

Les principes d’Averroès, considérés comme dangereux parce qu'ils contredisaient la doctrine de l'immortalité personnelle, seront aussi condamnés par l'évêque de Paris en 1270, puis par le pape Léon X en 1513.

Les écrits d’Averroès jouèrent un rôle essentiel dans la redécouverte d’Aristote par l’occident. Sa pensée s’inscrit dans la grande tradition de l’humanisme scientifique qui refuse la lecture intégriste des textes sacrés pour rechercher la vérité scientifique. Elle existe encore de nos jours, avec les créationnistes par exemple.

En matière médicale, on peut aussi souligner que les hypothèses actuelles de l’articulation entre les neurosciences et la psychologie cognitive se retrouvent en grande partie dans la théorie de l’intelligence d'Averroès

L’histoire d’Averroès éclaire à la fois la lutte du savoir contre l’obscurantisme religieux mais aussi la liberté de ton et de pensée qui pouvait se développer dans les foyers scientifiques et philosophiques qui irriguaient de leurs connaissances l’immense empire des maîtres de l’époque qui s’étendait de la Perse, l'Egypte, le Maghreb jusqu’en Espagne.

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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 14:40

L’Astrolabe

F

aut-il attendre le 21ème siècle et une splendide exposition, qui s’est tenue à l’Institut du Monde Arabe à Paris en 2006, en partie reprise actuellement aux archives et bibliothèques départementales Gaston Defferre à Marseille pour en finir avec l’incroyable autisme historique qui domine en France sur l’épopée Arabe qui se déroula du VIIème au XIème siècle!

Les livres d’histoire nous apprennent que le grand-père de Charlemagne, Charles Martel, duc d'Austrasie, maire du palais et souverain de facto du royaume des Francs arrêta l’invasion des armées omeyyades de l’Emir d'Al-Andalus Abd el Rahman à Poitiers le 25 Octobre 732 !

Rien sur l’extraordinaire conquête des musulmans qui s’emparèrent de 632 à 750 d’un immense territoire qui allait de la frontière chinoise à l’Espagne.

Rien sur les dizaines de foyers scientifiques qui permirent à la science arabe de faire la synthèse des connaissances notamment hellénistiques, mésopotamiennes et indiennes à travers un incroyable travail de traductions et d’interprétations fructueuses.

Rien sur le rôle de l’Islam dans cette soif de connaissance. Pour preuve, parmi d’autres, cette phrase que l’on trouve dans l’Hadith du prophète : "l’encre du savant est plus sacré que le sang des martyrs". Quel contraste avec le procès fait à Galilée en 1633 par l’inquisition pour avoir osé reprendre les thèses de Nicolas Copernic qui, ayant à sa disposition les connaissances des arabes issues de l'observation à Bagdad, en Égypte et en Espagne, eut l’intuition géniale de la conception héliocentrique du monde.

Rien non plus sur les apports de scientifiques arabophones de toutes origines qui prospéraient dans les foyers entretenus par les califes où l’on pouvait trouver des hôpitaux, des bibliothèques, des établissements d’enseignement. On leur doit en particulier l’algèbre, la trigonométrie et la science du temps.

Tout le monde (ou presque) connait Ptolémée, mais qui se souvient du théologien chiite iranien Nasir al-Din al-Tusi, fondateur au 13ème siècle de la trigonométrie et auteur de tables extrêmement précises du mouvement des planètes qui furent reprises en 1652 à Londres par Greaves pour publier la Table des longitudes et des latitudes.

Qui n’a pas appris le théorème de Pythagore, mais qui parle encore de Muhammad Al-Khwârîzmî, ce mulsuman arabophone d’origine perse du 9ème siècle, à qui nous devons rien de moins que notre système décimal de numération, et deux mots fondamentaux dans le vocabulaire des mathématiques, celui d'algorithme et celui d'algèbre ?

Rien que la célébration d’un héros Charles Martel arrêtant des envahisseurs détruisant tout sur leurs passages à Poitiers.

Mais quoi d’étonnant alors qu’on apprenait encore il n’y a pas si longtemps (et en particulier de mon temps…) aux petits français mais aussi aux petits africains, aux antillais, aux guadeloupéens et autres réunionnais que "nos ancêtres les gaulois" n’avaient peur que d’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête… On occultait ainsi à des générations de bambins un peu incrédules le rôle capital des romains, des saxons, des Wisigoths, des arabes et d’autres civilisations et cultures dans notre héritage.

La Renaissance en Europe s’inscrivit dans un continuum avec l’extraordinaire aventure scientifique de la culture arabe et non comme une révolution ex nihilo. Elle apporta un renouveau extraordinaire en art et en science malgré les efforts de l’inquisition. Elle ne fut rendue possible, comme l’aventure de la science arabe, que par le soutien de princes éclairés qui favorisèrent ce renouveau et le financèrent.

En ce deux-centième anniversaire de la naissance de Charles Darwin, on pourrait peut-être un peu plus célébrer ce que notre civilisation et notre culture doivent à la diversité.

On pourrait aussi investir et espérer d’avantage de cette diversité culturelle, ethnique et religieuse qui peut nous apporter tant pour notre avenir, celui de nos enfants et pour certains de nos petits-enfants.

On y gagnerait à coup sûr plus de tolérance et de compréhension des différences qui font la richesse de notre patrimoine.


Patrice Leterrier

7 juin 2009

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 09:34

 


J

ean-Pierre Vincent met en scène, à la comédie française, la sulfureuse pièce "Ubu Roi" d'Alfred Jarry, créée pour la première fois en 1896. Quel plaisir, seulement pour les parisiens hélas, de redécouvrir cet immense auteur. Un autre Alfred, Musset, disait déjà en quittant la salle du théâtre français après avoir assisté, presque seul, à une pièce de Molière "que lorsqu’on vient d’en rire on devrait en pleurer." Le spectateur d’aujourd’hui pourrait assurément reprendre la formule après avoir vu celle d’Alfred Jarry. Le sujet est finalement le même : celui de la comédie humaine. Musset admirait chez Molière un "grand et vrai savoir des choses de ce monde". Certes si l’épenthèse "Merdre", avec son "r" adventice, inventée en fait par les lycéens de Rennes et reprise par l’auteur et qui avait fait scandale, est plus connue que le caractère prémonitoire de la pièce, il n’en reste pas moins que l’œuvre absurde, enflée, paradoxale et grotesque jusqu’au délire de ce météore est unique dans la littérature française. Il n’en reste pas moins aussi qu’il avait tout prédit du cataclysme qu’allait entraîner la première guerre mondiale et son inévitable avatar le nazisme. Pierre Desproges écrivait : "l’ossuaire de Douaumont est très joli. Il contient les restes de 300 000 jeunes gens. […] Le sacrifice des 300 000 morts de Douaumont n’a pas été vain. Sans Verdun, on n’aurait jamais abouti à l’armistice de 1918, grâce auquel l’Allemagne humiliée a pu se retrouver dans Hitler". Alfred Jarry, le père posthume de la pataphysique - si chère aux surréalistes et dont se réclamait Boris Vian, Salvador Dali et l’humoriste - disait quant à lui "les vieillards, il faudrait les tuer jeunes". Pas plus que d’autres étoiles filantes, comme le regretté humoriste ou l’inoubliable auteur de "l’écume des jours", Il n’aurait jamais été un vieillard tant son esprit était vif et caustique. Il mourut trop jeune, harcelé par ses créanciers, à 34 ans à l’Hôpital de la Charité d’une méningite due à sa tuberculose. Il faudra attendre "les Rhinocéros" d’Ionesco, créée dans sa version française à Paris à l’Odéon-Théâtre de France le 22 janvier 1960, pour voir une satire absurde au moins aussi forte de la montée du totalitarisme. Mais Ionesco écrivait cette pièce en 1959, après le drame de la seconde guerre mondiale. Sa pièce était prémonitoire des excès qui allaient provoquer l’effondrement du bloc communiste mais moins visionnaire que celle d’Alfred Jarry. Ubu Roi est d’une incroyable actualité tant la pièce nous rappelle, ce qui est toujours nécessaire surtout dans ces temps incertains, que la tentation du totalitarisme est une menace permanente pour nos libertés et que l’absurde inhumanité nous guette à chaque instant. Alfred Jarry écrivait(*) "l'indiscipline aveugle et de tous les instants fait la force principale des hommes libres". Son disciple Pierre Desproges ironisait sans rire et en grinçant avec talent "le but de l’homme moderne sur cette terre est à l’évidence de s’agiter sans réfléchir dans tous les sens, afin de pouvoir dire fièrement, à l’heure de sa mort : Je n’ai pas perdu mon temps". Qui ne reconnait pas dans cette définition nos hommes et femmes politiques d’aujourd’hui ? Sommes-nous modernes au point d’oublier notre humanité ?


Patrice Leterrier

29 Mai 2009

(*) Ubu enchaîné

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 18:14

Coquelicot

V

ous connaissez tous le coquelicot. Cette fleur fragile de printemps au nom scientifique barbare de Papaver rhoeas, appelée aussi ponceau, pavot coquelicot ou encore pavot rouge. C’est une plante dicotylédone de la famille des Papavéracées, ou pavots.

Dans la mythologie grecque, Perséphone (Proserpine en latin) vit l’hiver avec son époux Hadès, dieu des Enfers. Selon le jugement de Zeus, elle renaît à la vie au printemps pour rejoindre sa mère Déméter. La légende rapporte qu’elle arborait une fleur de coquelicot qui allie le rouge de la vie (Déméter) aux tendres pétales fragiles (Perséphone) et porte en son centre la marque noire de l’enfer (Hadès).

Mais depuis toujours le coquelicot annonce la fin du frima plus sûrement que tous les météorologues du monde activant sans relâche leurs milliards de teraflops comme boule de cristal. Le poète Robert Desnos écrit joliment pour le décrire "le champ de blé met sa cocarde".

Elle a inspiré tous les poètes et chanteurs. L’inoubliable Mouloudji chantait :

Mais pour aimer les coquelicots

Et n'aimer que ça… faut être idiot !"

Il est fier le coquelicot avec sa crête rouge et son nom qui vient de la ressemblance de ses pétales avec la crête du coq (en vieux français Coquerico).

Jules Renard écrivait :

Ils éclatent dans le blé, comme une armée de petits soldats :

Mais d'un bien plus beau rouge, ils sont inoffensifs. 

C’est la prolétaire des champs. Symbole du sang versé par les ouvriers en colère, Il faillit être la couleur du drapeau de la France à l’avènement de la courte seconde république pour se trouver finalement réunie au bleuet et au lys sur notre drapeau grâce à l’éloquence de Lamartine. Les communards le portaient en cocarde avant qu’il ne se trouve mêlé à leurs sangs suite à la répression effroyable ordonnée par Adolphe Thiers.

Elle pousse souvent en banc pour le bonheur des peintres qui n’ont hélas pas tous le talent de Claude Monet. D’ailleurs peindre un champ de coquelicots après Monet c’est comme peindre une Sainte Victoire après Cézanne, c’est impossible !

Certaine (proche de moi…) ose quand même s’attaquer au mythe, en toute communion avec la nature généreuse. Elle capture des milliards de pixels qu’elle agence en photos écarlates. Elle la déshabille sans pudeur. Pour un peu elle rougirait, la fleur, si la nature ne lui avait pas déjà fait décliner cette couleur à l’infini.

Et puis parler de fleurs des champs, alors que le monde est à fleur (rouge) de peau, au bord de la crise de nerfs, c’est peut-être vouloir donner un peu de couleur de vie et d’espoir à la grisaille ambiante.

Patrice Leterrier

28 Mai 2009

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 13:38

La vénus de Hohle Fels


J

eune préadolescent, je profitais des rares moments où j’étais seul à la maison pour me plonger dans les gravures raffinées des chansons de Bilitis, ce jeune Grec de Turquie vivant au sixième siècle avant notre ère né de l'imagination de son créateur Pierre Louÿs. Georges Barbier, l’un des papes de l’art déco, enflammait mon imagination avec de belles créatures fessues, ventrues aux seins épanouis que je contemplais avec ravissement (eh quoi un peu de poésie ce n’est pas interdit, que je sache !). J’étais à l’époque plus troublé par les gravures que par les poèmes de Pierre Louÿs qui dégagent pourtant une sensualité délicate et raffinée.

Plus tard il y eut des choses plus concrètes. Les Paris Hollywood dans les colonnes desquelles s’étalaient de plantureuses beautés nues, toujours asexuées par le législateur sourcilleux, qui n’avaient rien des jeunes ingénues surprises à leur réveil de Barbier et que je cachais maladroitement sous mon matelas pour le rendre le lendemain à celui qui l’avait prêté qui le tenait lui-même d’un cousin qui l’avait volé à son grand frère.

Que dire des cartes postales coquines de la belle époque dont les arrières trains dénudés et les seins généreux feraient aujourd’hui le bonheur des charlatans vendeurs de régimes tous plus farfelus les uns que les autres.

L’anorexique géante au corps d’adolescente que cherchent à nous imposer les papes de la mode n’a pas toujours été le modèle dominant d’idéal de la beauté féminine. D’ailleurs à l’inverse, ils existent encore, des régions du monde en Afrique et en Arabie où le gavage des jeunes filles est encore pratiqué pour les rendre plus attirantes.

Connaissez-vous l’histoire de la découverte en avril 1852 par un ouvrier, à la recherche de cailloux pour empierrer la route, d’une grotte dans le vallon de Rodes à Aurignac ? Fortuitement, une aventure scientifique totalement nouvelle venait de commencer. La Préhistoire, enfantée dans l'incrédulité générale, contre des adversaires féroces, naissait grâce à Edouard Lartet un avocat gersois, devenu paléontologue.

Cette grotte contenait les restes d’Homo sapiens sapiens de culture aurignacienne (du site éponyme), première culture du paléolithique supérieur qui vécut en Europe environ 350 000 ans avant notre ère. Ils cohabitaient avec des mammouths, rhinocéros laineux, rennes, chevaux, bœufs, marmottes tous herbivores mais aussi de redoutables carnassiers comme des ours, grands félins, loups, hyènes.

L’archéologue Nicholas Conard, de l’Université de Tübingen (Allemagne), vient de découvrir dans la grotte de Hohle Fels, dans le sud de l’Allemagne, une statuette de 6 cm de haut vieille d’au moins 35 000 ans et appartenant à la culture aurignacienne. Elle représente sans aucun doute possible une femme dont les caractéristiques sexuelles –les seins, le ventre, la vulve, les cuisses- sont toutes exagérées. La tête de la figurine, taillée dans une défense de mammouth, est un simple passant qui servait sans doute pour la porter comme ornement, précise le chercheur. La grotte de Hohle Fels a déjà livré de nombreuses statuettes représentant des animaux et des figures mi-homme mi-animal. Cette femme est la première représentation humaine de l’Aurignacien. Elle est antérieure d’au moins 5 000 ans aux vénus généreuses du Gravettien, comme la vénus de Willendorf, découverte il y a un siècle en Autriche, et qui daterait de 25 000 ans. Elle fait donc reculer dans le temps les premières représentations de l’espèce humaine par elle-même.

Mais que ce soit la vénus de Willendorf ou cette nouvelle image de la femme, la caractéristique générale de ces représentation est une surreprésentation des attributs sexuelles et des formes plus que plantureuses. Au fond nos ancêtres n’étaient pas très différents de nous même en matière d’imaginaire sexuel même si l’exagération des représentations peut faire aujourd’hui sourire.

Peut-être un jour les femmes se révolteront contre ces grands prêtres de la maigreur. Elles pourraient alors imposer une image de la femme idéale où les rondeurs auraient leur juste place, ni plus ni moins… Pour ce qui me concerne plus sera toujours mieux que moins!


Patrice Leterrier

15 Mai 2008

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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 12:54

Paule Constant


J

’étais hier un des nombreux participants au rendez vous que Paule Constant nous avait donné avec la littérature et la passion. L’amphithéâtre de l’Institut d’Études Françaises pour Étudiants Etrangers d’Aix en Provence était comble. Elle avait invité une pléiade d’écrivains et de personnalités de la société civile qui se commettent en quelques aventures littéraires(1). Elle avait elle-même planté le décor dans l’interview donnée à Paul Vallet(2) en clamant avec sa passion habituelle que la passion était le don total de l’être à l’autre. Nous avons pu nous délecter d’une richesse et d’une variété d’intervenants exceptionnelles. Ils ont martyrisé nos préjugés, réveillé nos souvenirs, suscité notre com..passion, excité notre curiosité, enrichi nos connaissances, ébloui par la fulgurance des idées, provoqué d’irrépressibles éclats de rire, soulevé notre indignation et même interpellé en provocant notre dégoût. Impossible d’oublier la cataplexie qui m’a envahi après la fulgurante intervention de Monique Canto-Sperber, ouvrant les débats, en philosophe m’inondant de ses réflexions pour me laisser dans l’embarras d’avoir mesuré la profondeur immense de sa pensée mais aussi dans le doux plaisir d’avoir eu la chance de l’écouter. Qu’il y a-t-il d’autre à faire que de citer Musset disant sur Molière "que lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer" après avoir essuyer nos larmes de rire en écoutant fasciné un Jean-Louis Fournier merveilleux d’humour et de tendresse. Comment oublier les confidences de maître Gilbert Collard sur sa "marginalité par procuration" et son étonnante capacité à séduire la salle sur un sujet aussi original que l’histoire de l’"assassin saint" Georges Fesh? Qui ne pourrait reconnaître son désarroi face à la malice d’une Elisabeth Rudinesco qui suscita notre dégoût en évoquant les pires mortifications des exaltés mystiques pour nous laisser finalement sans conclusion nous débrouiller avec notre désarroi? Comment ne pas se délecter du récit captivant de Jean Tulard évoquant comme dans un feuilleton la vie du "divin" marquis de Sade ? Impossible d’oublier la gouaille et l’accent de Jean-Didier Vincent, nous proposant un kaléidoscope éblouissant de neurotransmetteurs comme fils conducteurs de cet "état central fluctuant" animant en harmonie ou en opposition le corps, le cerveau et le temps selon son expression. Que dire de l’analyse au scalpel d’un Frédéric Vitoux nous confiant les clefs de l’univers de Ferdinand Céline pour nous assener que ce grand auteur ne pouvait avoir de disciples car il nous avait claqué la porte au nez du monde par la complétude de son œuvre. Comment ne pas partager la passion d’une Laure Adler sur la trop courte vie de Simone Weil ? Quel plaisir d’entendre Laurent Gaudé nous révélait le mystère du tigre bleu d’Alexandre le Grand pour nous plonger dans la réflexion avec cette citation de Paul Claudel "il n’y a qu’une chose de nécessaire, c’est quelqu’un qui vous demande tout et à qui on est prêt à tout donner". Je pourrais ainsi citer tous les intervenants mais au fond, à la fin de ces deux jours d’écoute passionnée, je peux m’en retourner, un peu ivre de plaisir, avec la certitude probablement partagée par une grande majorité des participants que la passion de la lecture ne pouvait, ne devait s’éteindre après un tel étalage de talents. Voilà donc la preuve irréfutable, tangible, éclatante et sensuelle à souhait que l’homme ne peut vivre sans se nourrir de l’autre et que l’autre est souvent au rendez-vous d’une page lue qu’il nous transporte, qu’il nous émeuve ou même qu’il nous rebute jusqu’à la répulsion. Le thème proposé par Paule Constant était la passion selon… Nul doute que sa passion pour la littérature a envahi de son ombre puissante l’immense majorité des participants.


Patrice Leterrier

29 Mars 2009

 

 

 

(2) http://www.france-info.com/spip.php?article270000&theme=36&sous_theme=39

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 17:48


Quand la mer monte m’avait fait découvrir une Yolande Moreau irrésistible de sensibilité, de justesse et d’humour grinçant. La voilà au panthéon des Césars rejoignant deux icones du cinéma français Romy Schneider et Catherine Deneuve! Elle pourrait dire, malgré sa douceur naturelle, "Veni, vidi, vici" comme le dictateur romain (et non l’artiste contesté du pouce, auteur de l’horrible objet lourd qu’elle a reçu)! Elle n’a rien d’une vamp, elle ne fait pas le bruit d’un Dany Boon – qui, non content d’avoir été l’acteur le mieux payé du cinéma français avec 26 millions d’euros, avait trouvé le moyen de relancer la pub des Ch’tis en déclenchant une polémique sur les Césars. C’était bien la peine pour finalement venir faire piteusement un numéro de pitre indécent en bas de jogging orange et veste de smoking, remuant devant nous son égo dégoulinant sans la moindre pudeur. Rien à voir avec la finesse et la sensibilité d’une Yolande Moreau, qui est simplement une grande actrice, ayant le don de nous émouvoir sans subterfuge inutile, sans paillette, certes avec un faux nez ridicule clin d’œil à la "commedia dell’arte" dans la mer monte mais surtout un immense talent enfin reconnu. J’irai donc voir Séraphine en me délectant par avance ! Il fait un temps splendide sur notre belle région de Provence en ce matin du dernier jour de février. C’est ainsi depuis 1583, selon le calendrier instauré par le pape Grégoire XIII, de son vrai nom Ugo Boncompagni (pape de 1572 à 1585). Il avait confié au savant jésuite allemand Christopher Clau dit Christophorus Clavius le soin pour corriger la dérive séculaire du calendrier julien. Bien sûr il a fallu ajouter une seconde à 2008 pour tenir compte du fait que la terre ralentit en moyenne, d'environ 2 millisecondes par jour sur un siècle. Cette seconde rajoutée n’a pas bouleversé - pourrait-on oser un soupir? – le grand désordre du monde malgré les espoirs un peu fous qu’auraient pu avoir les adeptes de l’effet de l’aile de papillon. Vous savez cet effet célèbre depuis que le météorologue Edward Lorenz l’avait évoqué en 1972 dans une conférence à l'American Association for the Advancement of Science intitulée "Predictability: Does the Flap of a Butterfly's Wings in Brazil Set off a Tornado in Texas?"(*). Hélas rien de tel avec cette seconde qui s’est perdue noyée dans l’océan du temps et dans l’indifférence générale. Et pourtant, en s’appuyant sur sa théorie des fractales, qui représente assez bien l'instabilité de comportement d’un système chaotique dont l’effet papillon est une manifestation, Benoit Mandelbrot avait élaboré dès 1961 une théorie financière qui prévoyait la survenue des variations extrêmes que nous vivons aujourd’hui et décrite, pour les amateurs, dans son ouvrage "Une approche fractale des marchés" (Editions Odile Jacob).  Mais pour revenir à la nouvelle du jour, souhaitons donc à Yolande Moreau que la mer du succès monte enfin…

Patrice Leterrier

28 février 2009


 

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