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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 21:45


O

n savait déjà qu’un mort n’avait pas le même poids selon qu’il était américain, israélien, palestinien, zimbabwéen, congolais, khmers, vietnamien mais j’arrête là ma litanie macabre. On savait et l’on pouvait s’indigner de cette discrimination arithmétique. Les hommes politiques et les médias restent totalement indifférents aux millions de victimes du choléra, du Sida, du paludisme et de la malnutrition en Afrique alors qu’une catastrophe impliquant quelques dizaines de victimes américaines ou européennes ou le massacre perpétré par un déséquilibré suffit à faire crépiter tous les téléscripteurs des salles de rédaction et peut même justifier qu’on interrompe un reality show ou un de ces feuilletons débiles dont nous arrosent les chaines de télévision. Il ne s’agit pas dans mon esprit bien sûr de créer une hiérarchie de l’horreur et de mépriser, au nom du nombre, les drames de toutes natures mais de constater que le malheur des populations en souffrance n’intéresse guère nos dirigeants et peut-être nous même car les médias ne sont après tout que le reflet de notre inconscient collectif. Mais voilà maintenant que la crise frappant, certains états d’Amérique songent sérieusement à abolir la peine de mort à cause …de son coût. En effet le monde d’aujourd’hui nous apprend que "La condamnation à mort coûte en effet parfois jusqu'à dix fois plus cher que la condamnation à la prison à vie. Outre un procès plus complexe et plus long, les procédures d'appel durent des années et, la plupart du temps, les condamnés sont défendus par des avocats payés par l'Etat. Entretenir un couloir et une chambre de la mort est aussi plus onéreux en termes de surveillance notamment." J’imagine rétrospectivement Robert Badinter, à la tribune de l’assemblée nationale le 17 Septembre 1981 s’écriant avec cette solennité qui était la sienne "Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus pour notre honte commune, des exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées", et d’ajouter, Demain, grâce à vous, l’état fera des économies…..J’entends, comme si j’y étais, la bronca dont il aurait été l’objet de la part d’une assemblée que je pourrais presque croire unanime dans ce cas même si cette loi n’a été votée qu’à la majorité simple (au demeurant Jacques Chirac et François Fillon l’avaient votée)! Faut-il que certains hommes politiques américains soient, à ce point, dénués de tout sens moral pour qu‘ils osent envisager de débattre de l’abolition sur la base de son bilan économique ? On peut aussi se réjouir de ce mouvement en ne pensant qu’au résultat ! Si d’aventure nos dirigeants considéraient l’argument économique comme un critère recevable pour évaluer une peine, on pourrait aussi faire beaucoup d’économies en désengorgeant les prisons de tous les prévenus en attente d’un jugement….mais il faudrait pour cela arrêter d’enfermer nos concitoyens dans une psychose sécuritaire montrant du doigt quelques cas, certes atroces mais somme toute assez marginaux, des crimes de dangereux déséquilibrés au risque de jeter un anathème discriminatoire sur l’ensemble des patients souffrant de troubles mentaux comme la schizophrénie qui sont globalement plus largement victimes que coupables.

Patrice Leterrier

18 février 2009


 

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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 21:47

Crise ou fin d’une époque ?


L

a Guadeloupe a vécu une nuit de désordre et de violence. Le secrétaire d’état à l'Outre-Mer, Yves Jégo analyse dans les colonnes du Figaro qu’"il ne s'agit pas d'un mouvement de protestation sporadique, mais bien d'une triple crise. Une crise économique qui frappe toute la planète et atteint plus vite les économies fragiles, une crise structurelle liée aux dérives ultimes mais encore observables de l'héritage d'une économie 'de comptoir', et enfin, et peut-être surtout, une crise existentielle, en tout cas une crise sociétale". Le diagnostic paraît assez juste même si les réponses apportées jusqu’alors ne semblent pas à la hauteur de l’ambition proclamée. On peut ajouter aussi une spécificité liée à l’héritage esclavagiste : l’exaspération d’une exigence de dignité, du droit au respect, une revendication culturelle autre que la simple satisfaction compulsive de consommateur fébrile inféodé à l’offre concentrée dans les mains des héritiers des anciens esclavagistes. Un collectif de neuf intellectuels antillais écrit dans les  colonnes du Monde "derrière le prosaïque du "pouvoir d'achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique)". Mais On peut trouver, dans cette exaspération paroxysmique des tensions sociales, une certaine analogie avec la situation en métropole. La crise économique y a certes moins d’impacts dramatiques car la misère – qui touche toujours trop de monde – est cependant moins répandue, le chômage ne fait pas les mêmes ravages même si les perspectives ne sont guère encourageantes dans ce domaine. Mais le point essentiel c’est au fond cette crise du sens que révèle la crise économique. Et d’abord la perte de sens du travail au point que le rêve est devenu d’en diminuer sans cesse la quantité. Il ne s’agit plus pour trop de nos contemporains d’un lieu d’épanouis-sement et de création mais bien prosaïquement d’un emploi contraignant, le balancier de l’horloge d’un temps totalement inféodé à cette exigence. On parle d’ailleurs d’emploi, comme le terme associé en finance à une ressource, pour bien en vider tout le sens humain à l’autel de la productivité triomphante. Dès lors il devient économiquement légitime d’aller chercher les meilleures offres pour cette ressource et de priver ainsi des millions d’hommes de la dignité et de la fierté d’exercer une "profession". C’est aussi, par la force des choses, la remise en cause du cercle infernal de la consommation recentrant finalement le paradigme social sur un peu plus de culturel, une sorte de retour à l’humanisme. Il est frappant de constater que la culture et les loisirs sont beaucoup moins frappés par la crise que l’automobile, la consommation courante et l’immobilier qui étaient les symboles apparents de la réussite dans notre feue société de consommation. Il est possible que ces nouveaux comportements plus économes, plus ciblés peut-être même plus réfléchis persistent quand cette crise sera passée - si elle passe…Pour reprendre les termes d’Yves Jégo, on pourrait dire que nous vivons "une crise structurelle liée aux dérives ultimes mais encore observables de l'héritage d'une économie"…dominée par les financiers. "Le vrai politique, c'est celui qui sait garder son idéal tout en perdant ses illusions". Plus que jamais cette phrase de John Fitzgerald Kennedy est d’actualité.

Patrice Leterrier

17 février 2009


 

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 21:51
Liyannaj kont pwofitasyon

E

n créole guadeloupéen ça signifie rassemblement contre l’exploitation. C’est le nom du mouvement à la tête de la révolte en Guadeloupe. La Guadeloupe est en flamme, la Guyane n’est pas en reste après le bras de fer sur les carburants, la Martinique est en train de la suivre, la Réunion ne restera pas très longtemps silencieuse. Des pyromanes irresponsables, voulant capitaliser sur ce mouvement, prévoient une contagion en métropole alors que les raisons de la colère sont bien spécifiquement locales, historiques et structurelles. Depuis toujours la petite minorité békés (Martinique) ou blanc-pays (Guadeloupe) confisque le pouvoir économique dans les Antilles françaises. Par exemple, trois grandes familles possèdent 40 % des grandes surfaces en Martinique. Les békés contrôlent les circuits d’importation et sont en situation de quasi-monopole dans l’industrie agroalimentaire. Alors que 15 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et que le chômage atteint des taux records (22,7 % en Guadeloupe et 21,2 % en Martinique), les denrées alimentaires de base sont à des prix sans commune mesure avec ceux que nous connaissons en métropole. En Martinique, le kilo de pâtes coûte plus du double qu’en métropole. Même la banane, l’un des derniers produits d’exportation, est 40% plus chère. Les industriels mettent en avant les coûts de transport, les taxes comme l’octroi de mer, le coût du stockage (en moyenne 3 mois), les coûts salariaux (moins d'automatisation, plus de main d'œuvre due à l’étroitesse du marché), le surcoût engendré par les grèves du port, etc… La Martinique ne compte que 400 000 habitants et l’étroitesse du marché pèserait aussi sur les coûts de production en dépit de l’avantage apporté par la défiscalisation qui leur permet  de déduire les investissements productifs des impôts. Même si les écarts de salaires entre la métropole et les Antilles ont finit par disparaître, la situation n’a guère évoluée depuis la libération et la départementalisation. Les gouvernements, qui se sont succédés, ont toujours favorisé l’assistanat pour calmer les révoltes et étouffer les velléités d’indépendance. Il y a aussi le scandale du Chlordécone. Ce pesticide luttant contre le charançon du bananier a été interdit aux États Unis dès 1976 à cause de sa toxicité. Il est reconnu cancérigène depuis 1977. Il sera malgré tout autorisé en France en 1972 pour n’être interdit qu’en 1990. Il a contaminé la moitié des terres de la Martinique et les planteurs de bananes, majoritairement des békés, ont obtenu des dérogations jusqu’en septembre 1993. Il a durablement pollué les terres, les rivières, la flore et la faune marine. Il est probablement la cause d’un taux anormal de cancers de la prostate en Martinique. Aujourd’hui, 50 % des cancers des hommes en Martinique concernent la prostate, ce qui représente le 2ème taux mondial après les Etats-Unis, par ailleurs premier consommateur de pesticides au monde. Le 10 mai 2001, la France a enfin reconnu comme crime contre l’humanité l’esclavage et la traite qui a permit aux ancêtres des actuelles familles békés de construire leur empire. Les plus extrémistes des révoltés réclament une redistribution des terres dont ils estiment avoir été spoliés et des sommes astronomiques en réparation du préjudice subi par les anciens esclaves. Le gouvernement renvoie les partenaires sociaux dos à dos pour résoudre le conflit sur les salaires. Il n’est pas sûr qu’il puisse durablement se dédouaner ainsi de la responsabilité historique de la nation envers les populations locales tellement habituées à obtenir les aides de l’état providence. Et puis il y a ce reportage diffusé le 6 février sur Canal+ intitulé Les Derniers Maîtres de la Martinique (voir lien hypertexte ci-dessous) où en entend Alain Huygues-Despointes, un des "békés" regretter que les historiens ne s'intéressent pas "aux bons côtés de l'esclavage" et expliquer "vouloir préserver sa race". "Quand je vois des familles métissées avec des Blancs et des Noirs, les enfants naissent de couleurs différentes, il n'y a pas d'harmonie". Même si ce vieux fossile à moitié sénile, caricatural et un peu piégé par la malice du reporter, ne peut représenter l’opinion de sa caste, ces propos ne sont pas vraiment de nature à apaiser un climat déjà explosif !

Patrice Leterrier

13 février 2009

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 21:55

 

Christophe de Margerie


V

ous avez une chance inouïe car j’ai capté en exclusivité ce que chantait Nicolas Sarkozy en se rasant ce matin :

J’ai la gauche qui éclate,

J’ai la droite qui rechigne,

J’ai les chercheurs qui râlent,

J’ai les banquiers qui pleurent,

J’ai les collégiens qui ne font rien,

J’ai les bagnoles qui s’accumulent,

J’ai la tempête qui dévaste,

J’ai les Antilles qui explosent,

A mon Dieu que c’est embêtant,

Aujourd’hui d’être Président.

J’étais si bien sur le yacht de Bolloré

Dans les palaces américains,

Et même chez mickey,

Avec ma grande Carla….

J’arrête car j’ai peur qu’on vienne saisir mon ordinateur et qu’on me mette en garde à vue (c'est-à-dire caché du monde) pour mon audace avec l’accusation de crime de lèse Président….Il est vrai que si l’enfer c’est les autres, nous on n’est pas vraiment au paradis en ce moment ! On pourrait bien sûr décliner la longue litanie de toutes les misères qui s’abattent sur nous en ce moment. On pourrait aussi saluer, dans la morosité ambiante, le sourire du PDG de Total, Christophe de Margerie, qu’il a du mal à masquer derrière son abondante moustache. Il y a de quoi lorsqu’on annonce un bénéfice record de 13,9 milliards d'euros, grâce la flambée des prix du pétrole et à une augmentation spectaculaire des marges de raffinage (en hausse de 38% par rapport à la même période de l'année précédente). Il n’est pas malsain pour une entreprise de faire des bénéfices. Elle doit poursuivre ses recherches et ses investissements (Le groupe entend investir 13,9 milliards d’euros en 2009, bizarre juste le montant des bénéfices…coïncidence des chiffres?), payer des impôts sur les bénéfices (avec toutes les largesses qu’on nous prépare, il faut des sous dans les caisses de l’état!) et rémunérer ses actionnaires. Bravo donc à Total … si ce n’était ce sentiment un peu malsain que ce résultat est quelque part dû à une saignée des consommateurs que nous sommes…Voilà en tout cas le genre de nouvelle qui alimente les sympathies pour le nouveau parti d’Olivier Besancenot ! Pour chercher un coupable et comme d’habitude punir un innocent, l’Express nous propose un titre accrocheur pour son dossier "Pourquoi les banquiers sont nuls ?". Voilà le travers habituel du français qui revient à toute allure : fustiger les autres pour exorciser sa peur ! Mais pourrait-on risquer l’hypothèse qu’il y a peut-être aussi des banquiers honnêtes et compétents (pourquoi pas ?), des politiques clairvoyants et responsables (si si cherchez... Non ? Ah bon je croyais), des journalistes libres (j’en ai même croisé sur internet et ailleurs), des flics incorruptibles et tolérants (j’en connais), des écoliers curieux et studieux (là c’est facile ! Il suffit de penser à ses petits enfants par exemple….qui ont toutes les qualités), des fonctionnaires aimables et travailleurs (c’est dur à imaginer mais ça doit exister !), des français optimistes et progressistes (allons voyons pas les autres mais vous!), des cathos ouverts (il n’y a qu’à voir le tollé internet provoqué par le sinistre évêque négationniste Williamson), des juifs et des palestiniens pacifistes (probablement plus qu’on ne croit mais eux ils ne crient pas…ils pleurent), etc…Bon comme disait Pangloss à Candide, nous vivons dans le meilleur des mondes possibles..puisqu’il n’y en a pas d’autre!

Patrice Leterrier

12 février 2009


 

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 21:59

 

drapeau palestine

V

oilà donc que les électeurs israéliens ont pris un grand virage politique à droite! A qui la faute? Je n’oublie certes pas que le Hamas écrit en préambule de sa chartre "Israël existera et continuera d'exister jusqu'à ce que l'islam l'anéantisse" ni l’article 13 de ce document "Il n'y a pas de solution à la question palestinienne si ce n'est à travers la Jihad. Les initiatives, les propositions et les conférences internationales sont toutes une perte de temps et de vaines tentatives". Mais il me semble un peu rapide de l’accuser d’être responsable des résultats de ces élections peu encourageants pour la paix. Ce serait d’abord oublier, sans excuser pour autant l’attitude du Hamas, que le blocus imposé par l’état hébreu avant la fin de la trêve n’est pas pour rien dans la reprise des attentats et que la logique des ripostes "sévères et disproportionnées" selon les termes même d’Ehud Olmert, chef du gouvernement hébreu, est pour le moins contestable car elle fait payer le prix fort aux civils palestiniens les actes de terrorisme du Hamas. Il ne fait cependant pas de doute que les derniers événements de Gaza ont largement contribué à la poussée du parti d’extrême droite Israël Beitenou d’Avigdor Lieberman, émigrant d'origine moldave et parlant toujours avec un fort accent russe, et à l’effondrement du parti travailliste d'Ehoud Barak sûrement en partie victime d’un vote utile en faveur du parti centriste Kadima de Tzipi Livni. La réprobation internationale devant la violence de la riposte de l’état hébreu a probablement aussi participé à la montée du réflexe sécuritaire qui est à l’origine de cette nouvelle configuration du paysage politique israélien. La tâche des négociateurs – si négociation il y a - va devenir en tout état de cause bien plus difficile avec un Hamas renforcé par les bombardements de Gaza et une configuration politique dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas vraiment favorable à un dialogue constructif. Avigdor Lieberman a exigé du futur gouvernement qu’il «mette à bas le Hamas», qui contrôle la bande de Gaza, et qu’il rejette toute négociation et toute trêve avec ce mouvement islamiste palestinien. Il reste l’inconnu de la position américaine avec une prudence nouvelle de la part de la secrétaire d’état Hillary Clinton et du plénipotentiaire de Barack Obama, George Mitchell qui se sont jusqu’à présent bien gardés de prendre des positions tranchées, ce qui est tout de même nouveau et une faible lueur d’espoir dans l’impasse apparente actuelle. Au moment où l’affaire du méprisable évêque négationniste Richard Williamson remet au devant de la scène les horreurs de la Shoah en les niant, nous devons éviter un double piège : celui de tomber dans une compassion historique pour l’état d’Israël et celui de penser naïvement que le Hamas s’est amendé et est devenu un interlocuteur fréquentable. Mais les jours s’annoncent bien sombres pour le peuple palestinien et le peuple hébreu qui mériteraient pourtant de vivre en paix sur cette terre chargée d’histoire. "La paix n'est pas un don de Dieu à ses créatures. C'est un don que nous nous faisons les uns aux autres" [Elie Wiesel].

Patrice Leterrier

11 février 2009

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 22:03


L

e vent siffle, le vent souffle et puis le vent redouble ses efforts…..les amateurs de La Fontaine pourront continuer la fable. Dernière estimation des assureurs : 1,4 milliard d’euros de réparations ! Autrefois pour réveiller une économie atone, les revanchards de tout bord avaient cette maxime atroce : "il n’y a rien de mieux qu’une bonne guerre". Aujourd’hui, où on se félicite que des soldats allemands casernent symboliquement sur notre sol, la tempête peut avantageusement remplacer la guerre. Elle fait de gros dégâts (moins qu’une guerre mais quand même…), elle fait peu de victimes (bon d‘accord il y en a toujours trop!), elle oblige les compagnies d’assurance à vider un peu le bas de laine des assurés et elle pourrait permettre de relancer le bâtiment. On a toujours dit que quand le bâtiment va tout va….Et si on s’inventait une tempête imaginaire ? Voilà une idée intéressante qui ne ferait pas de victime pour le coup! Au lieu d’aller chercher dans le bas de laine des assurances on pourrait prendre – comme me l’a suggéré un de mes fidèles lecteurs - un peu dans nos économies (les français ont un des niveaux d’épargne les plus élevés d’Europe) et par exemple faire des investissements dans les énergies renouvelables, les voitures propres, les appareils électroménagers soucieux des économies d’énergie, etc... Bref des choses qui nous permettraient à terme de dépenser moins donc d’augmenter notre pouvoir d’achat. Si individuellement, nous faisions comme le gouvernement et que nous avancions des dépenses prévues mais remises à plus tard à cause de la crise? Mais je vois déjà le froncement de sourcils et la réprimande doctorale des orthodoxes aveuglés par la crise : "Voyons ! Reviens sur terre, incorrigible rêveur! Que peux-tu faire devant la spirale nauséabonde de morosité qui saisit le monde?". Pas grand-chose tout seul effectivement! Mais si tout le monde arrêtait de se morfondre et n’acceptait pas la fatalité, peut-être que la récession pourrait au moins s’infléchir voire se retourner. Après tout Saint-Exupéry n’avait-il pas raison lorsqu’il disait "fait de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité"? Le vent souffle et ne balaie hélas pas les idées noires alors qu’il n’y a aucune raison objective à ce ralentissement économique si ce n’est la peur des banques qui contractent le crédit, la peur des entreprises qui anticipent le ralentissement, la peur des particuliers qui contracte la consommation et le grand tam-tam des médias qui n’arrêtent pas de nous assommer de mauvaises nouvelles en nous prévoyant le pire comme pour se faire pardonner de n’avoir vu rien venir ! Sophocle disait "tout est bruit pour qui a peur". Laissons tomber nos peurs et ayons l’audace d’entendre la douce musique d’une occasion unique de changer le paradigme du tout financier qui régnait sur le monde.

Patrice Leterrier

10 février 2009

 

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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 17:11


Prototype Citroën DS 3

 


Q

ui ne se souvient pas du paquebot France, orgueil de la marine marchande française? Sa gestation avait commencé en Octobre 1957 et Yvonne de Gaulle l’avait baptisé en grande pompe en 1960 à Saint Nazaire. "Ne m’appelez plus jamais France" s’écriait Michel Sardou en 1975 (le disque avait été vendu à 500 0000 exemplaires en deux semaines) alors que le navire agonisait sur le quai de la honte au Havre depuis un an. Et puis, rebaptisé Nordway, il s’en est allé trainer ses souvenirs de gloire dans les eaux chaudes de caraïbes. Il fut une dernière fois rebaptisé Blue Lady avant d’échouer sur la plage d’Alang en Inde où son dépeçage se poursuit. Plus de 30 ans après la chanson de Michel Sardou, le Clemenceau, officiellement admis au service en novembre 1961, le "Clem" pour les officiers de la royale, après avoir failli rejoindre son compagnon d’infortune(*), finira sa longue carrière démantelé dans un chantier naval du nord-est de l'Angleterre. Derniers vestiges de la nostalgie des rêves de grandeur d’une France Gaullienne, ces deux géants des mers vont disparaître à jamais. Derniers étendards d’une construction navale qui était l’un des fleurons de l’industrie française, il restera le nez du France puisque l’étrave du bateau devrait être installée dans un square, face à la mer à Deauville. Verrons nous dans quelques années un collectionneur racheter le dernier exemplaire de voiture construite sur le territoire français par un constructeur français né hypothétiquement du mariage trop tardif entre Peugeot et Renault avant qu’il ne soit racheté par le géant indien Tata pour être liquidé? Serons-nous condamnés comme les anglais à saborder notre industrie automobile ? Injecter 6 milliards d’euros sous forme de prêts bonifiés d’une durée de 5 ans en contrepartie de promesses et d’une liberté surveillée suffira-t-il? L’état demande des engagements de sauvegarde de l’emploi, de ne pas délocaliser à défaut de relocaliser, de ne pas fermer d’usine, de modérer les dividendes et les salaires des dirigeants ainsi qu’un droit de regard sur toute décision industrielle. Que deviendront ces belles promesses si la conjoncture économique se dégrade plus que prévu ou si les constructeurs automobiles ne parviennent pas à améliorer suffisamment leurs compétitivités? Les promesses n’engagent-elle pas que ceux qui les écoutent comme disait un certain Jacques Chirac? Si rien n’est fait en termes de recherche et développement, en termes d’innovation audacieuse, en termes d’évolution de la gamme, en termes d’investissement productif, cela ne fera que retarder l’échéance. Mais au-delà des efforts que l’on peut imaginer être réalisés par nos constructeurs et leurs sous-traitants, le compte y sera-t-il face à la concurrence de pays émergés comme l’Inde et dans une certaine mesure la Chine? Ils disposent d’armées d’ingénieurs aussi qualifiés que les nôtres et surtout d’ouvriers qui mettront des décennies à atteindre le niveau de protection sociale et de salaire des français. Est-ce une tentative aussi désespérée à terme que de vouloir sauver l’industrie minière française dans les années 60? On connait l’attachement de Nicolas Sarkozy à l’industrie, son volontarisme et son activisme qui le pousse à s’exposer aux critiques comme dans le cas de Mittal Arcelor à Grandrange. Il devrait peut-être relire le Cardinal de Richelieu qui disait "Il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d'un Etat".

Patrice Leterrier


9 février 2009


(*) Un arrêt du conseil d’état l’a obligé à faire demi-tour

 
 

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 21:30

Arrêtez la mascarade…

N

ous avons bien sûr tous un peu peur de perdre en vieillissant notre supposée agilité intellectuelle qui serait due à l’hypertrophie du cortex d’homo-sapiens. Nous avons tous entendu la fausse information sur la perte supposée d’un nombre astronomique de neurones chaque jour sur les quelques 100 milliards de neurones du cerveau. Or - sauf dans le cas des maladies neurodégénératives comme celle à laquelle le docteur Aloïs Alzheimer a laissé son nom – le vieillissement se traduit par des modifications de la quantité et de la qualité des connexions entre les neurones et non par des pertes de neurones. Alors comme un anthropomorphisme anatomique nous pousse a des comparaisons hasardeuses entre les neurones et les myocites constituants de base des quelques uns des 640 muscles que nous sommes sensés avoir, nous voilà harcelés par des publicités aussi agressives que mensongères ! On peut y voir par exemple une bien fringante Line Renaud s’entrainant avec délectation dans sa voiture. Elle manipule un ridicule stylet lilliputien, telle une virtuose exécutant avec une dextérité stakhanovistienne un morceau étrangement silencieux, sur un minuscule appareil qu’elle fixe avec une sorte de fascination désarmante. Pour finir de nous convaincre du moment d’extase qui vient de la parcourir depuis la pointe des pieds jusqu’au bout des cheveux (qu’elle a d’ailleurs encore fort beaux..), elle annonce fièrement à son assistante médusée un âge mental qui - certes ne la renvoie pas en maternelle - mais qui la rapproche probablement de son arrière petite fille si elle avait le bonheur d’en avoir une. Hélas il va falloir déchanter ! .Selon une étude menée par un groupe de chercheurs et publiée dans le dernier numéro du bulletin de psychologie, des expériences menées avec des élèves de CM1 montrent que le fameux programme du Docteur Kawashima n’apporte aucune progression statistiquement significative pour les épreuves scolaires et qu’en conséquence il est pratiquement impossible que des adultes progressent en utilisant les mêmes outils. En conclusion, "l’Entraînement cérébral" doit être considéré comme une simple distraction. Bien sûr prudent l’éditeur du jeu précise en très petits caractères que : "L'âge cérébral est un score non scientifique". Prudent car il sait bien qu’il s’agit d’une illusion ou plus objectivement d’une véritable arnaque. Oyez, oyez braves septuagénaires et autres lecteurs classés dans la catégorie des personnes âgées (pour ma petite fille ça commence avant 40 ans…), vous pouvez retourner pour lire de vrais livres, écouter de la musique, faire des mots croisés, du scrabble, des parties de cartes ou autres sudokus vous ne vous en porterez pas plus mal et probablement mieux qu’en vous abimant la vue à scruter de minuscules écrans et vous éviterez des crampes inévitables à force de tenir ces minuscules stylets inhumains. Au fond il était assez prévisible que la complexité du fonctionnement de notre cerveau, dont la plasticité est pour moi une source permanente d’étonnement admiratif, ne puisse se comparer à celle des muscles. Il est aussi clair que la curiosité et la variété d’activités est la meilleure source de jeunesse intellectuelle même si nous ne sommes évident pas à l’abri d’une maladie dégénérative. Mais il ne sert à rien de développer une addiction à ces stupides appareils qui feront probablement se gausser nos petits enfants dans quelques années. Bon, ce n’est pas tout ça mais j’ai une grille de Sudoku qui m’attend….

Patrice Leterrier

7 février 2009


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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 21:34

Hier soir à la télé

H

ier soir on ne pouvait qu’être choqué par le regard envouté presqu’énamouré et sans pudeur d’un Laurence Ferrari buvant les paroles de Nicolas Sarkozy comme le plus raffiné des nectars. Hier soir on ne pouvait qu’écouter le monologue ciselé avec une précision impressionnante du président face à des faire-valoir sans envergure. Hier soir, certains peut-être, dont je ferais volontiers parti, aurait aimé voir le président vraiment interrogé par un Laurent Joffrin acide et polémique avec malice, un Yves Calvi teigneux comme un pitbull ou un Jean-François Khan intellectuel anarchique au style baroque, bref des gens dont le cerveau ne fonctionne pas uniquement pour flatter le pouvoir dans l’espoir vain d’une récompense. Que dire aussi de la présence de ce fossile de la télévision piquant une crise de nerfs parce que les jeunes aux dents longues accaparent l’attention du président (je parle bien sûr d’Alain Duhamel) ? Le comble n’était-il pas le pauvre journaliste Guy Lagache (de M6) complètement tétanisé de se retrouver sur le plateau. Maintenant, ayant évacué ma frustration d’un vrai débat sans interdit et sans condescendance navrante, il est impressionnant de voir à quel point les commentaires des hommes de la classe politique et des syndicalistes à la suite de l’émission auraient pu être écrits…avant, tellement ils campent sur des positions figées. Mais ce qui était pour moi le plus étonnant et je dirai même le plus déstabilisant c’est qu’au fur et à mesure que Nicolas Sarkozy développait avec méthode et un certain talent son film pédagogique, un doute inconscient grandissait en moi sur la conviction du président de l’efficacité des pistes de solutions envisagées. J’avais l’impression qu’il égrenait presque mécaniquement un catalogue sans vraiment structurer l’ensemble dans une vision politique. On était loin de la politique de civilisation dont on attend toujours la signification. Un peu comme si le chasseur ne voyant pas où est sa proie tirait dans tous les coins usant ainsi toutes les cartouches à sa disposition. Certes on ne peut que constater avec lui que la crise est sans équivalent par son ampleur et sa portée mondiale. Il serait aussi parfaitement injuste et d’ailleurs totalement inefficace de lui en imputer la responsabilité. Certes les solutions effarantes de banalité et probablement d’inefficacité concoctées par Martine Aubry ne relèvent pas la qualité du débat politique pourtant plus nécessaire que jamais. Certes nous sommes un certain nombre à partager l’avis que l’investissement et la compétitivité des entreprises est un élément clé pour sauvegarder durablement l’emploi. Même si, comme l’écrit Laurent Joffrin dans Libération "c’est la violence de la crise mondiale et l’effondrement des anciennes valeurs d’inégalité et de compétition qui le contraignent à cette conversion progressive.", il est notable qu’il a infléchi son discours purement économique pour ouvrir le dialogue social. Il n’est pas stupide de convoquer des états généraux exceptionnels entre les partenaires sociaux pour se mettre d’accord, devant l’urgence et la gravité de la situation, sur des mesures exceptionnelles à court terme. Mais je ne sais pourquoi, le président continuait à utiliser ce ton sentencieux, agacé et presque comme s’il avait le sentiment d’être victime d’une injuste incompréhension de la part des français. C’est Nicolas Sarkozy qui disait dans un entretien avec Michel Onfray en 2008 "Il y a plus de bonheur à désirer qu'à posséder. Ce qu'on obtient est forcément moins fort que ce qu'on rêve". On a vraiment l’impression que cette énergie énorme qu’il continue de déployer devant les caméras manque de conviction. La difficulté c’est probablement - pour paraphraser Nicolas Sarkozy qui disait, dans la même interview, "on peut dire aussi d'une certaine manière que l'idée de la douleur est pire que la douleur elle-même ?" - On pourrait dire que l’idée de la crise est pire que la crise dans l’esprit de la plupart des français. En ce sens son discours rationnel, tout azimut et à la fois pédagogique et volontairement un peu technique voire parfois condescendant, n’était pas de nature à rassurer l’inquiétude des français. Il a en quelque sorte poussé la dette de crédibilité devant lui, conditionnée aux résultats putatifs des rencontres du 18 février.

Patrice Leterrier

6 février 2009


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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 22:07

L

undi, je vous parlais de l’occasion - qui sera probablement manquée - de rebondir après la tempête du 24 janvier. Selon les derniers chiffres publiés par La Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA), elle va maintenant coûter aux assurances entre 1,0 et 1,4 milliard. Je vous suggère d’allez voir un reportage intéressant (premier lien hypertexte du courriel). Vous y trouverez tous les ingrédients de la réussite d’un projet passionnant dans le sud-est du Portugal qui n’est pas si loin des Pyrénées et du pays basque : une centrale solaire, des équipements sur des écoles, une usine de panneaux solaires qui a créé 500 emplois. On y trouve un exemple édifiant d’un renversement de la logique centralisée – qui est l’une des causes de la fragilité du système de distribution électrique français - vers une autonomie au niveau d‘une commune ou d’un groupe de communes. Le rêve quoi ! Sauf qu’il s’agit bien d’une réalité. C’est très excitant et ça change de la colère consternante de Madame Laurence Parisot affirmant qu’"on fabrique de l'appauvrissement quand on fait grève toute une journée". Je croyais que nous avions un problème de surcapacité et je croyais aussi que le droit de grève était inscrit dans la constitution en France? Elle nous conseille de traiter la crise comme une tempête c'est-à-dire comme une fatalité causée par les éléments alors que la crise a des responsables bien humains encore assez grassement payés malgré leurs responsabilités écrasantes dans le désastre actuel (Cf. La grosse colère de Barak Obama contre les ténors de Wall Street et le bras de fer sur les bonus des dirigeants du gouvernement français). Dans les colonnes de la Tribune, Peter Gumbel - grand reporter pour Fortune et Time – de retour de Davos rapporte le cas d’un industriel posant une question dévastatrice : "dans tous les autres secteurs de l'économie, ceux qui fabriquent et distribuent des produits toxiques sont sévèrement punis et parfois mis en prison, dit-il. Pourquoi cela n'est pas le cas dans la finance ?" Il a cru rêver aussi en entendant Indra Nooyi, PDG de PepsiCo, s’écriait "dans le capitalisme, il y une ligne très fine entre le simple profit et la cupidité.". Si ce n’est pas du cynisme de la part de cette dirigeante d’un des symboles du capitaliste merchandiseur, c’est du masochisme ahurissant! Philippe Herlin, chercheur en finance (on se demande ce qu’il pourrait bien trouver mais c’est un autre sujet…), publie aujourd’hui dans les colonnes du même journal un article sur la crise financière qui est aussi "une crise des concepts, de ses méthodes, notamment du calcul du risque" (deuxième lien hypertexte du courriel). On pourrait s’agacer de cette tautologie mais il n’est jamais trop tard pour en prendre conscience et ne pas retomber dans les schémas qui ont conduits à la faillite actuelle du système. Il se réfère à un ouvrage clé de Benoit Mandelbrot publié en 2004 "Une approche fractale des marchés" (Editions Odile Jacob). Certains d’entre vous, amateurs d’art ou de mathématiques, connaissent peut-être Benoît Mandelbrot, ce mathématicien franco-américain qui est l’inventeur des fractales. Sa théorie n’est pas nouvelle puisque le modèle d'évolution des cours de la bourse basée sur la géométrie fractale date de 1961 ! Cette théorie financière a l'avantage de mieux prédire la survenue des variations extrêmes, ce que ne permet pas l'usage de l'analyse technique basée sur la théorie de Charles Dow qui, malgré son grand âge, reste encore en vigueur chez beaucoup d’analystes. Philippe Herlin nous invite à changer "notre façon de penser la finance. Et vite" Une réflexion vient inévitablement après ce brillant plaidoyer du chercheur. Comment se fait-il qu’un domaine aussi important que la sécurité financière ne fasse pas l’objet de toutes les attentions des autorités et que la recherche dans ce domaine ne soit pas aussi développée par exemple que dans celui de la sécurité nucléaire qui procède de principes d’isolations, de contrôles stricts et plein d’autres méthodes de contrôle souvent systémiques qui pourraient utilement être adaptées par des financiers s’ils avaient seulement le sens des responsabilités à la place de l’avidité méprisable qui les habite trop souvent.

Patrice Leterrier

4 février 2009


Redécouvrir Benoit Mandelbrot en période de turbulences

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