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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 20:12


O

n peut s’étonner d’un ramdam fait autour de quelques morts dans le monde du fait de cette grippe dont on cherche encore le nom (mexicaine, porcine,…). On pourrait s’interroger sur l’écho fait pour les 32 cas suspects et les 2 cas fortement suspects recensés en France. La tentation pourrait même être de rapprocher ces nombres de cas d’autres comme les nombres de victimes de choléra au Zimbabwe, de ceux de l’épidémie de méningites au Niger et au Nigéria, des enfants qui meurent un peu partout dans le monde de faim, des victimes d’attentats en Irak, et d’autres causes de taux de mortalité anormalement élevé. Seulement il faut aussi se souvenir de quelques chiffres et faits antérieurs. En juin 1981, le bulletin hebdomadaire du CDC d’Atlanta décrit 5 cas de pneumocystose pulmonaire grave à pneumocystis carinii, liée à un déficit immunitaire, chez des hommes jeunes, homosexuels, hospitalisés à Los Angeles. En 1982, on recense plus de 250 cas aux USA et 46 en France d’une maladie que l’on appelle le SIDA depuis août de cette année. En 1983, le premier test de dépistage est mis sur le marché, le Professeur Montagnier et son équipe découvre le virus responsable et 3000 cas sont recensés dans le monde. J’arrête mon évocation historique simplement en rappelant qu’on estime aujourd’hui à 30 millions le nombre de morts depuis 1981, que l’on déplore 6000 nouveaux décès par jour et qu’il y a 33 millions de personnes infectées par le virus, l'Afrique restant cependant la région la plus durement touchée par le VIH et représente 67 % du total des personnes vivant avec le virus et 72 % des décès dus au sida en 2007. Aujourd’hui, où des millions de personnes transitent tous les jours dans les aéroports, il n’est pas grotesque ni exagéré bien au contraire que les autorités sanitaires se mobilisent à propos de cette nouvelle forme du virus A H1N1. Il est plutôt rassurant que l’on évoque, pour s’y préparer, un risque pandémique même s’il y a en contrepartie un risque anxiogène pour les populations et même s’il soulève un choix cornélien en termes de prévention. En effet, la fabrication massive de vaccin contre ce virus se ferait au détriment des vaccins contre la grippe saisonnière qui sauvent des milliers de vie. Ce qu’il y a de nouveau dans notre société ultramondialisée, c’est cette incroyable vitesse! Vitesse des informations qui circulent sur la toile au rythme de la lumière, vitesse de propagation des virus humains certes moins rapide que les virus informatiques mais tout de même proche de celle des avions de ligne. Ainsi une attaque virale peut se rependre d’un bout à l’autre du monde en quelques jours alors que la communication s’emballe encore plus vite. On pourrait s’en inquiéter, vouloir donner du temps au temps (quelle stupide expression!) qui en l’occurrence joue contre les hommes. C’est en tout cas beaucoup plus responsable que, par exemple, de prétendre qu’un nuage atomique s’était "détourné" au dessus de l’hexagone comme prétendaient les autorités à la suite de la catastrophe de Tchernobyl.


Patrice Leterrier

29 Avril 2009

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 22:58


L

’Afghanistan est un pays coincé au nord par le Turkménistan, l'Ouzbékistan, et le Tadjikistan, à nord-est par la Chine, à l’est et au sud par le Pakistan et à l’ouest par l'Iran. Une grande partie de son territoire est composé de hauts plateaux ou de hautes montagnes faisant partie de la chaîne de l'Himalaya. L’Afghanistan est un pays en guerre depuis des décennies. C’est aussi ce pays où, sous le règne de talibans, les exécutions publiques, les lapidations, les mutilations de toutes sortes et les flagellations étaient monnaies courantes, où les femmes devaient être entièrement couvertes par la burqa et ne pouvaient quitter leur maison qu'accompagnées de leur mari ou d'un parent proche. Ceux sont ces talibans qui dynamitèrent les statues de bouddhas géants de Bamiyan, vieilles de quinze siècles. L’Afghanistan c’est aussi le pays qui fournit avec l’Érythrée et les Kurdes irakiens l’essentiel des 700 réfugiés clandestins qui s’entassent dans la jungle, un terrain situé près du port de la ville de Calais. Ils rêvent tous de rejoindre l’eldorado que représente pour eux la Grande Bretagne. Généralement, les candidats à l’immigration arrivent sur les docks de Calais et se font arrêter avant d’avoir pu se cacher dans un camion ou après. Relâchés par les autorités françaises au bout de quelques jours, ils reviennent à Calais et tentent leur chance une nouvelle fois. Il y va pour eux souvent de leur vie s’ils étaient refoulés vers leur pays d’origine. Un migrant afghan récemment reconduit par l’Australie, Mohammed Hussain, a été kidnappé, torturé puis décapité. Ils ont payé très cher des passeurs sans scrupule et se retrouvent livré à eux-mêmes dans des abris de fortune. Les humanitaires cherchent à faire, comme ils peuvent, leurs œuvres de compassion et d’assistance. Les autorités cherchent à démanteler les réseaux de trafiquants et de passeurs. Les associations humanitaires dénoncent une loi datant de 1945, jugée par beaucoup comme obsolète, qui fait de l'aide aux personnes en situation irrégulière un délit passible de 5 ans d'emprisonnement et de 300.000 euros d'amende. Welcome le dernier long-métrage du réalisateur français Philippe Lioret, décrit l'histoire de Simon (Vincent Lindon), maître-nageur à Calais arrêté par la police après avoir pris sous son aile un jeune Kurde sans papiers. Eric Besson dénonce le film en fustigeant "le vocabulaire qui est issu de la Deuxième Guerre mondiale, traque , rafle , assimilation aux Juifs en 1943". Il affirme que la loi incriminée n'est appliquée qu'aux passeurs et non aux bénévoles. Ces polémiques franco-britanniques, ces débats passionnés où les parties rivalisent de mauvaise foi, cette réalité du business de la misère exploitée par des criminels font hélas trop oublier, qu’au bout de cette chaine du désespoir, il y a des hommes, des femmes et des enfants qui avaient rêvé d’un monde accueillant pour eux quand ils ont fui l’horreur. Quel triste spectacle nous leur offrons avec nos forces de l’ordre, nos débats de juristes et nos querelles de nantis !


Patrice Leterrier

27 Avril 2009 

 

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 10:03

L

es Etats Unis n'infligèrent jamais la torture qu'aux terroristes, mais les terroristes n'étaient pas comptés pour des hommes. Il n'y a pas d'apparence non plus qu'un juge militaire regarde comme un de ses semblables un homme qu'on lui amène hâve, pâle, défait, les yeux mornes, la barbe longue et sale, couvert de la vermine dont il a été rongé dans un cachot. Il se donne le plaisir de l'appliquer à la grande et à la petite torture, en présence d'un chirurgien qui lui tâte le pouls, jusqu'à ce qu'il soit en danger de mort, après quoi on recommence ; et comme dit très bien la comédie des Plaideurs : "Cela fait toujours passer une heure ou deux".

Ce n'est pas dans le XIII° ou dans le XIV° siècle que cette aventure est arrivée, c'est dans le XXI°. Les nations étrangères jugent des Etats Unis par les spectacles, par les romans, par les jolis vers, par les filles de Las Vegas, qui ont les mœurs fort douces, par ses danseurs du New York City Center, qui ont de la grâce, par les acteurs de l’Actor Studio qui nous émeuvent avec tant de talent. Elles ne savent pas qu'il n'y a point au fond de nation plus cruelle que les Etats Unis de Georges Bush.

Ce texte est presque mot pour mot celui qu’écrivait Voltaire dans le Dictionnaire Philosophique de 1764 pour dénoncer la torture. On aurait aussi pu écrire, pour balayer devant notre porte: Les Français n'infligèrent jamais la torture qu'aux fellaghas, mais les fellaghas n'étaient pas comptés pour des hommes ou encore qu’aux viets ou plein d’autres dont des milliers d’esclaves que la France déportât dans les îles pour faire la fortune des colons et permettre aux belles dames de tremper délicatement leur sucre dans leur thé. Il est vrai que pour ce dernier exemple la France a reconnu ses pratiques comme crime contre l’humanité en 2001. Il n’y avait pas trop de risque pour les coupables plus de 160 ans après les faits…

La publication par l'administration Obama jeudi d’une version expurgée des mémos secrets décrivant les méthodes violentes de la CIA dans sa lutte antiterroriste est autrement d’actualité! Datant de 2002 et 2005, ces mémos révèlent un mode d'emploi détaillé d'une dizaine de techniques pour faire parler des terroristes présumés dont le fameux "waterboarding", la simulation de noyade qui est clairement de la torture. Le New York Times nous apprend que, dès mai 2002, Condoleezza Rice, alors conseillère à la sécurité nationale de George W. Bush, aurait donné son feu vert. Le 26 juillet 2002, le ministre de la Justice d'alors, John Ashcroft, avait conclu que "l'utilisation de la simulation de noyade [était] légale". Barack Obama a convenu que les Etats-Unis avaient traversé "un chapitre noir et douloureux" de leur histoire mais a souligné qu'il avait déjà fait "cesser ces techniques contenues dans les mémos". Le courage et le mérite de Barak Obama ne sont pas minces de révéler sans complaisance la vérité. La France n’a pas su le faire sur les horreurs des guerres coloniales. Le Président américain appelle à tourner la page. Jeudi, la puissante Association américaine de défense des libertés publiques (ACLU), le CCR (Center for Constitutional Rights) et Amnesty International ont contesté l'absence de poursuites. Le directeur du renseignement américain Dennis Blair a reconnu qu'en avril 2009, "cela paraît choquant et dérangeant", mais qu'il fallait replacer cela dans le contexte de "l'horreur" du 11-Septembre. Pour certains donc la fin justifie toujours les moyens même les pires. On ne connaît que trop les arguments avancés par les tenants de ces entorses aux droits de l’homme : La sécurité des citoyens innocents, la lutte contre les forces du mal, la civilisation contre la barbarie, que les terroristes commencent etc...Mais les victimes pourront-elles oublier l’inoubliable et les coupables resteront-ils impunis? L’ACLU, le CCR et Amnesty International utiliseront sans doute tous les recours possibles pour tenter d’entamer des poursuites, y compris contre George Bush. Les responsables français qui ont autorisé ou laissé faire l’usage de la "gégène" et autres petites tortures ordinaires en Algérie et en Indochine peuvent dormir tranquilles. Nous ne sommes tout de même pas aux Etats-Unis et puis il y a si longtemps !


Patrice Leterrier

24 Avril 2009

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 18:07

Vue artistique de Gliese 581 d

I

l existe dans la constellation de la Balance, banlieue de la terre (à peine une vingtaine d’années lumières(1)…), une naine rouge, près de 80 fois moins lumineuse que le Soleil, appelée Gliese(2) 581.
On savait déjà depuis le 30 Novembre 2005, grâce aux découvertes d’astrophysiciens franço-suisses, qu’une planète appelée Gliese 581 b était en orbite autour d’elle. En avril 2007, une équipe dirigée par Michel Mayor complétait le tableau par la découverte de deux nouvelles planètes.
Michel Mayor s’est fait connaître dans la monde des astrophysiciens le 6 octobre 1995 en découvrant la première exoplanète(3), 51 Pegasi b, une géante gazeuse orbitant à 7,5 millions de kilomètres de l'étoile 51 Pegasi située dans la constellation de Pégase à environ 40 années-lumière de la terre. Mais 51 Pegasi b est ce qu’on appelle depuis sa découverte une Jupiter chaude (la température y est d’environ 1000°C), ce qui ne laisse même pas la place pour des œufs à la coque.
Une équipe helvéto-franco-portugaise dirigée par le même Michel Mayor vient d’enrichir notre connaissance du système Gliese cinq cent quatre vingt unième par deux détections réalisées à l'aide du spectromètre Harps, installé sur le télescope de 3,6 mètres de l'Observatoire européen austral à la Silla, au Chili.
D’abord une quatrième planète, Gliese 581 e, qui est la plus légère jamais observée : sa masse est de seulement 1,94 fois celle de la Terre. En orbite à moins de cinq millions de kilomètres de son étoile, elle est trop chaude pour espérer abriter la vie.
En revanche les corrections apportées concernant Gliese 581 d, avec une période de révolution estimée à 66 jours soit une distance à son étoile de 35 millions de kilomètres (à comparer au 150 millions de kilomètres qui séparent la terre du soleil), la situerait en plein dans la zone habitable c'est-à-dire la région dans laquelle l'eau liquide peut subsister. Compte tenu des caractéristiques de Gliese, la zone habitable est plus proche de l'étoile que dans le Système solaire (où elle s'étend entre 140 à 240 millions de kilomètres du Soleil environ).
Selon Michel Mayor, Gliese 581 d étant sans doute constituée d'un noyau rocheux recouvert d'une épaisse couche de glace, il est probable que sa surface est recouverte d'eau liquide. De là à imaginer un océan et de là à supposer que dans cet océan une forme de vie s’est développée, il n’y a qu’un pas.
Le pas que l’on franchirait volontiers pour conforter définitivement l’hypothèse hautement probable que l’homme n’est pas unique dans l’univers. Bien sûr l’immensité de l’espace rend par contre assez improbable le croisement spatiotemporel avec des êtres plus ou moins avancés dans l’évolution que l’homme.
La preuve d’une forme de vie dans la banlieue du système solaire serait tout de même une assez fantastique découverte même si les méthodes indirectes utilisées en l’occurrence par les astrophysiciens laissent peu de place à de telles découvertes.
Et puis quelques soient les prouesses de ces chercheurs, il y aura bien alors des héritiers des inquisiteurs qui condamnèrent Galilée pour nier cette possibilité, refuser l’évidence et continuer à s’imaginer que l’homme est un être unique dans l’univers. Vu l’acharnement stupide qu’il montre à vouloir détruire son environnement on pourrait même de temps en temps se mettre à le souhaiter!
On peut en tout cas oublier devant l’immensité les petites certitudes qui nous habitent et les stupides querelles qui nous agitent! Mais comment empêcher les hommes de regarder le doigt du sage qui montre la lune?

Patrice Leterrier

23 Avril 2009

 

(1) L’année-lumière est la distance parcourue par la lumière en une année julienne (365,25 jours) soit 9 461 milliards de km.

(2) en référence au catalogue Gliese (du nom de l’astronome allemand Wilhelm Gliese) tentant de lister toutes les étoiles en deçà de 20 parsecs de la Terre (Pour les amateurs de trigonométrie spatiale voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Parsec) 

(3) une exoplanète, ou planète extrasolaire, est une planète orbitant autour d'une étoile autre que le Soleil. Depuis la découverte de Michel Mayor, plus de 300 exoplanètes ont été découvertes, toutes de masse supérieure à celle de la Terre.

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 20:49


S

antino est un chimpanzé âgé de 31 ans. C’est un âge respectable pour un chimpanzé dont la durée de vie moyenne est comprise entre 30 et 45 ans! Nous n’avons donc pas à faire à un adolescent attardé ni à un jeune fou.
Et pourtant ce respectable pensionnaire du zoo de Furuvik, en Suède a une sale habitude. Comme tous les mâles de son espèce, il est sujet à des accès de colère et dans ses crises d’agressivité, Santino tente, du haut de son promontoire encerclé d'eau, de lapider, sans succès, les visiteurs en lançant de gros cailloux et des morceaux de béton contre les grilles de son enclos.
Scandalisé par ce comportement indigne, le personnel du zoo a voulu y mettre fin en confisquant les munitions taillées visiblement avec soin par Santino et entreposées en divers recoins de l’enclos. Mais elles refaisaient leur apparition peu après.
Pour comprendre d’où venait cet arsenal, un gardien observa Santino dès l'aube. Il découvrit qu’il se levait de bon matin pour fourbir ses armes. Il ramassait des pierres dans le lit du cours d'eau, et les préparait avec patience et méticuleusement tel un guerrier du Pléistocène. Il se passait généralement sept heures entre ces préparatifs et les accès de colère de Santino. Quand il préparait ses projectiles, il était calme et méthodique. Rien à voir avec la bête sauvage dont l'échine se hérisserait sous l'effet de la colère.
Il y a deux choses stupéfiantes (sans référence bien sûr à d’éventuelles habitudes toxicomaniaques) dans l’attitude de ce Chimpanzé tout ce qu’il y a de plus mature : D’abord, et en premier bien sûr le plus important, cette étonnante capacité à planifier sa violence. La violence préméditée ne serait donc pas l'apanage de l'homme, ni la capacité d'identifier ses émotions et de les anticiper.
Mais aussi, et c’est incontestablement un autre enseignement pour nous les humains, c’est que si nous nous mettions un peu à sa place, nous pourrions ressentir quelle humiliation cela peut être que d’être observé à travers un grillage par des primates couverts de tissus aux couleurs agressives, montrant du doigt sans le moindre respect l’autre enfermé dans sa cage, riant bêtement en l’observant, photographiant sans vergogne, jetant quelquefois des cacahouètes ou d’autres aliments, en un mot au comportement si peu respectueux.
A son âge! Ne croyez vous pas qu’il y a réellement de quoi se mettre en colère devant un tel étalage de gestes primitifs et irrespectueux!
Pour un peu on pourrait presque souhaiter que Santino puisse réellement faire peur à ces primates si peu respectueux de la dignité d’un vieux singe qui n’a vraiment plus envie de faire des grimaces à ces malpolis! D’autres peuvent dire "casse-toi, pauvre con!", Santino il n’a que ses cailloux qu’il a soigneusement taillés pour forcer le respect et exprimer sa désapprobation.

Patrice Leterrier

21 Avril 2009

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 20:23

Le pape et l’inquisiteur


A

ujourd’hui à la conférence sur le racisme "Durban II", organisée par l'ONU à Genève en Suisse, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré "Après la fin de la seconde guerre mondiale, Ils [les Alliés] ont envoyé des migrants d'Europe, des Etats-Unis et du monde de l'Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée (...) Des efforts doivent être faits pour mettre un terme aux abus des sionistes et de (leurs) partisans". Certains peuvent trouver ces propos mesurés dans la bouche de celui qui avait déclaré en 2005 "Comme l'a dit l'imam (Khomeiny), Israël doit être rayé de la carte". Le départ des représentants européens, pas plus que les condamnations des gouvernements, américain en tête, n’y changera rien. Le président Iranien était dans une logique électorale. Cultiver le terreau de la haine raciale et religieuse est le moyen pour lui de faire oublier l’échec global de sa politique. Vendredi dernier, à peine remis en liberté sous caution, l'imam Abdul Aziz de la mosquée Rouge d'Islamabad avait appelé à l'instauration de la charia "Si Dieu le veut, nos sacrifices n'auront pas été vains et la religion de l'islam sera appliquée non seulement au Pakistan mais dans le monde entier". Samedi, le Parlement de transition somalien a approuvé à l'unanimité à Mogadiscio le projet de loi du gouvernement instaurant la loi coranique dans le pays, en guerre civile depuis 1991. La liste des régressions des droits de l’Homme (la majuscule est d’importance), des incitations à la haine raciale, des négationnistes, des intégristes religieux de tous bords, des massacres au nom de Dieu ou de l’ethnie est trop longue et trop désespérante à faire.

Triste façon de célébrer l’anniversaire du 20 Avril 1223, date à laquelle le pape Grégoire IX avait confié aux Frères prêcheurs, ordre franciscain fondé par Dominique de Guzman, le soin de mettre en place un tribunal d'exception dénommé Inquisitio hereticae pravitatis(*). Il avait pour mission de démasquer et condamner, dans tout le royaume de France, les hérétiques et les catholiques non sincères. L'Inquisition allait devenir synonyme de condamnation arbitraire, de délation, d’aveux extorqués sous la torture (elle est autorisée à partir de 1252 par une bulle du pape Innocent IV). Elle va s'avérer d'une efficacité redoutable dans la chasse aux cathares du Midi de la France. Elle se rendra tristement célèbre en Espagne, en 1478 sous le règne de Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, où elle devient étroitement inféodée au pouvoir royal. Elle traque alors non seulement les faux convertis mais aussi les supposés sorciers, sodomites, polygames.....Elle sera aussi à l’origine de la condamnation de Galilée le mercredi 22 Juin 1633.

Aujourd’hui on ne brûle plus les hérétiques en public mais on continue à se haïr, à se déchirer, à se massacrer au nom de Dieu.


Patrice Leterrier

20 Avril 2009

 

(*) Enquêteurs de la perversité hérétique


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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 20:39

D

u grec orthos droit et grapheim écrire - Ensemble des règles et des usages qui régissent la manière d'écrire les mots d'une langue, manière correcte d'écrire un mot. A vrai dire en relisant certains textes de grands auteurs classiques, j’ai le sentiment confus mais tenace que la tyrannie de l’orthographe que nous connaissons aujourd’hui, avec des gardiens du temple de l’orthodoxie à l’affût du moindre relâchement, était récente. Cherchant quelques appuis à mon impression sur le sujet, j’étais content de trouver un article intitulé "L'impossible réforme de l'orthographe"(*) signé de Jean Huchet, journaliste à Ouest France. Il y écrit notamment "Jusqu’au XXe siècle, le français n’était pas la langue vernaculaire de la majorité des Français". Vous êtes probablement comme moi (du moins j’ose l’espérer), vous ne connaissiez pas le sens de l’adjectif vernaculaire. J’ai donc ouvert mon petit Larousse illustré préféré et y ait lu : "langue vernaculaire, langue parlée seulement à l'intérieur d'une communauté (par opposition à langue véhiculaire, à langue nationale)". J’ai un peu le sentiment que le journaliste, dont l’article dans son ensemble est plutôt bien construit, s’est un peu pris les pieds dans le tapis du pédantisme en disant probablement le contraire de ce qu’il voulait dire. Car en effet, d’après le petit Larousse, le français ne sera jamais une langue vernaculaire par définition puisque vernaculaire s’oppose à national. L’argot, le breton, le corse, le latin de messe peuvent être justement qualifiés de vernaculaire mais pas le français académique. Pas cette langue dont les règles ne sont pas déposées au Pavillon de Sèvres mais plutôt au quai Conti ou des vieillards plus ou moins frais (au point qu’il porte un habit vert…de gris) défendent l’immobilisme de la langue avec un acharnement sénile, tatillon et presque inquisitorial. J’ai tant vagabondé dans mon enfance dans le dictionnaire pour y découvrir avec gourmandise des mots nouveaux, des expressions inconnues, des planches irremplaçables explicatives d’à peu prés tout qu’il m’est totalement insupportable de penser à la langue française comme à un fossile. Certes la langue française n’est pas morte (ça c’est une litote) ni une vivace agonisante (c’est un oxymore) ni l’impératrice du verbe (voilà pour la métaphore) mais dieu qu’elle est exigeante dans ses règles qui nous plongent parfois dans la perplexité. Et puis il y a ces acceptations que l’on doit avoir de ne pas toujours saisir l’acception des mots, il y a nos acquis dont nous devons bien faire l’acquit en conscience, il y a ses appâts qu’elle nous donne en pâture en nous séduisant avec ses appas. On peut aussi se perdre en conjecture sur les conjonctures de son apprentissage. Il faut parfois beaucoup d’entrain quand on est en train de tenter de la dompter. Rien ne sert de se réfugier dans son repaire pour garder clairs ses repères grammaticaux. Inutile de penser que l’on peut maitriser ses charme voire voir ses pièges. J’ai du glisser, par erreur ou par malice (à vous de dire), quelques fautes dans ce texte. A vous de les trouver! Mais je vous fais la suggestion de ne pas faire de cette recherche une sujétion…


 

Patrice Leterrier

18 Avril 2009

 

(*) http://blog.ouest-france.fr/index.php/?2009/03/26/375-l-impossible-reforme-de-l-orthographe

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 21:33


Davis Troy

D

avis Troy n’aura pas droit à un nouveau procès. Il a été condamné en 1991 pour le meurtre supposé mais jamais prouvé d’un policier blanc de 27 ans, Mark MacPhail, sur un parking d'un Burger King à Savannah dans l'état américain de Géorgie dans la nuit du 19 août 1989. Sur neuf personnes ayant témoigné, sept se sont depuis rétractées, assurant avoir fait l'objet de pressions de la part des policiers juste après les faits. L'arme du crime n'a jamais été retrouvée, ni aucune empreinte digitale ni trace ADN. Un autre homme, témoin à charge dans le procès contre Troy Davis, se serait même vanté ensuite d'avoir tiré ce soir-là sur la victime. Hier, une cour d'appel américaine a rejeté son appel. L'exécution de Davis Troy est toutefois suspendue pour 30 jours car il peut faire appel devant la Cour Suprême. Lors d'un arrêt rendu, la cour d'appel fédérale d'Atlanta (Géorgie) a estimé, par deux juges contre un, que Troy Davis n'avait pas fourni "des éléments suffisamment convaincants pour démontrer son innocence et nous obliger à agir". Beaucoup de leurs arguments se basent sur des problèmes de dépassement de délais pour le dépôt d'appels ou de recours. La troisième juge, Rosemary Barkett, en désaccord avec les deux autres, a affirmé que "le fait d'exécuter Davis, alors qu'il y a un volume significatif de preuves qui pourraient établir son innocence, est inconcevable et anticonstitutionnel". L'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International a regretté cette décision, qualifiée "d'entrave à la justice, qui pourrait conduire à l'exécution d'un homme qui présente de fortes probabilités d'innocence".C’est au moins la quatrième fois que ce condamné à mort obtient un sursis avant son exécution. Par trois fois, il a appris une suspension de l'exécution quelques heures avant l'injection mortelle. "La décision d'aujourd'hui est un affront aux droits de l'homme et démontre que les détails techniques sont devenus une dangereuse excuse qui affaiblit l'exigence de justice", écrit Larry Cox, directeur d'Amnesty international USA. La peine de mort est sérieusement mise en question aux Etats Unis du fait de son coût. Le 18 février, le journal le monde nous apprenait que "La condamnation à mort coûte en effet parfois jusqu'à dix fois plus cher que la condamnation à la prison à vie. Outre un procès plus complexe et plus long, les procédures d'appel durent des années et, la plupart du temps, les condamnés sont défendus par des avocats payés par l'Etat. Entretenir un couloir et une chambre de la mort est aussi plus onéreux en termes de surveillance notamment". Mais même si on peut se scandaliser des raisons de cette mise en question de la peine de mort, même si pour ces raisons Davis Troy est probablement un des plus onéreux des condamnés, même s’il échappe encore une fois à l’exécution, il reste que cet homme est depuis presque 20 ans en Prison pour un  crime qu’il n’a probablement pas commis. Barak Obama serait bienvenu de s’occuper de ce scandale plutôt que de nous parler de son chien qui alimente la presse américaine.


Patrice Leterrier

17 Avril 2009

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 23:05

L

e Point nous apprend que la chute des ventes d’automobiles se ralentit en Europe, le FMI parle d’une croissance négative en 2009 (c’est quoi une croissance négative?), l’Expansion se réjouit que la chute libre de la production industrielle soit interrompue (on est content pour eux!), Challenge nous annonce qu’Eurostat a révisé dans un sens moins négatif ses données pour le mois de janvier (ouf! on l’a échappé belle…). On savait depuis longtemps qu’il n’y avait plus d’aveugle mais des non-voyants, plus de sourd mais des malentendants, plus d’infirme mais des personnes à mobilité réduite, plus de clochard mais des sans domicile fixe (ah bon! comment on appelle alors les nomades?), plus de pauvre mais des personnes en difficultés pécuniaires, plus de chômeur seulement des personnes en recherche d’emploi, plus d’athée mais simplement des non croyants. Peut-être un jour il n’y aura plus de malade mais des personnes en recherche de santé….Et puis on ne doit probablement pas être en crise économique mais en croissance conjoncturellement à gradient négatif… Qu’est-ce qui fait que le monde moderne bannit certains mots qui ont pourtant le mérite d’être clairs et d’avoir été créés pour désigner des états (aveugle) ou des situations (décroissance, chômage). Pourquoi se croit-on obliger d’utiliser des périphrases inutiles et somme toute assez peu efficaces? Certains mots auraient-il un caractère injurieux au point que l’on préfère une formulation négative comme une croissance négative, un non-voyant etc? Les plus âgés d’entre nous, dont j’ai malheureusement le privilège de faire partie, se souviennent probablement des changements de nom des départements comme les Basses Alpes devenues Alpes de Haute Provence, Loire, Seine ou Charente Inférieures devenues Maritimes, Basses Pyrénées transformée en Pyrénées Atlantiques ou Côtes du Nord qui devient Côtes d’Armor et j’en oublie sûrement… Il y avait là une volonté de trouver des noms plus positifs que basse et inférieure ou un ancrage plus historique pour les Côtes du Nord. On peut comprendre ce type de changement mais pourquoi désigner des situations par leurs contraires (croissance négative au lieu de décroissance) ou des personnes déjà marquées par un handicap en appuyant sur l’handicap comme non voyant ou malentendant? C’est un peu comme si nommer les choses, leur donnait plus de force, comme si le malheur, les difficultés, les handicaps n’avaient même pas, comme au temps des pestiférés du moyen âge, le droit d’exister, d’être tout simplement nommés. Le malheur ou la crise ne disparaissent pas parce qu’on se refuse de les appeler par leurs noms. Et tant qu’à faire des périphrases on pourrait aussi parler de ces non coupables qui sont tous des responsables qui s’ignorent. Et puis ne sommes-nous pas tous des non-voyants du monde que nous massacrons tous les jours par non conscience et non solidarité avec ces vraies générations qui nous suivent.


Patrice Leterrier

16 Avril 2009

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 21:56

J

acques Chirac personnalité politique préférée des français avec 74% d’opinions positives. Certains y verront en négatif un désaveu de Nicolas Sarkozy en chute libre avec 41% de bonnes opinions. S’agit-il d’un souvenir attendri pour la marionnette des guignols promenant ses couteaux dans le dos avant sa victoire contre Edouard Balladur, de l’homme qui se tira une balle dans le pied en renvoyant l’assemblée Nationale le 21 Avril 1997, d’une nostalgie de son fameux discours devant l'assemblée plénière du IIIème Sommet de la Terre, le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en Afrique du Sud, "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs", d’un souvenir admiratif de l’homme du refus du 18 mars 2003 déclarant "L’Irak ne représente pas aujourd’hui une menace immédiate telle qu’elle justifie une guerre immédiate" de sa victoire surréaliste au deuxième tour des élections présidentielles du 5 mai 2002, avec plus de 82% des suffrages, d’une certaine compassion pour celui, diminué après son accident vasculaire du 2 Septembre 2005, qui s’enferra hypnotisé par le verbe d’un Dominique Villepin dans le bourbier du CPE jusqu’au retrait peu glorieux du 10 Avril 2006 ou tout simplement de l’auteur de cette évidence "le courage, c'est de ne pas avoir peur". Mais au fond ne s’agit-il pas tout simplement d’une tendance naturelle des français à aimer d’autant plus les hommes politiques qu’ils les regrettent parce qu’ils sont partis. Finalement une fois l’action politique effacée, il reste la sympathie ou l’antipathie pour un homme. Serait-ce qu’Il n’est finalement de bons politiques qu’à la retraite? Pourtant ce qu’on reproche en général aux politiques c’est leur inaction ce qui est fondamentalement la caractéristique d’un retraité! C’est probablement pourquoi Valéry Giscard d’Estaing, malgré son pathétique au revoir au français du 21 Mai 1981, qui n’a jamais voulu se déclarer en retraite, n’a jamais retrouvé les faveurs des français, probablement aussi prisonnier qu’il était de son air hautain et supérieur. Jacques Chirac, c’était tout autre chose. C’est l’homme des salons de l’agriculture qui adorait se mêlait à la foule, qui s’arrêtait pour déguster à tous les stands un saucisson, une andouillette, un verre de bière, qui séduisait avec malice, l’homme qui répondait à l’apostrophe “Connard!” ”Enchanté ! moi c’est Chirac!”…La fracture sociale, jolie expression inventée comme thème de campagne dans son discours du 17 février 1995, n’aura pas été réduite sous ses deux mandats, il ne sera probablement jamais complètement débarrassé du bourbier des affaires de la Mairie de Paris qui valurent à Alain Juppé la fin de ses plus hautes ambitions. Finalement il faut lui laisser le dernier mot "Il y a déjà tellement de jeunes qui sont vieux que ce n'est pas la peine de rajouter des vieux qui veulent jouer les jeunes".


Patrice Leterrier

15 Avril 2009

 

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