Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 20:42

 


V

ous avez sûrement fait, au moins une fois, l’expérience de vous sentir tout d’un coup plus intelligent, plus léger en écoutant un orateur qui vous envoûtait ou en lisant un livre que vous ne pouviez quitter.

A chacun son jardin secret, à chacun ses choix, à chacun son histoire mais la sensation ressentie alors est inoubliable.

Il en est de certains esprits fulgurants comme des grands artistes. Lorsqu’ils se taisent le silence est plein de l’illumination qu’ils ont déversée sur nos cerveaux fascinés, sonnés comme enivrés par l’évidence du talent.

Il y a sûrement une sorte de résonnance magique au niveau des images mentales chères à Jean-Pierre Changeux.

Les neurologues auront sûrement dans leur frénésie d’imageries cérébrales une explication avec des neurotransmetteurs, des zones spécifiques, des interactions identifiées. 

Les plus blasés me rétorqueront que Nicolas Boileau le disait déjà en deux alexandrins célèbres :

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Mais puis-je vous faire la confidence que je n’ai cure de ces rabat-joies scientifiques ou sentencieux.

Moi ce que je retiens c’est cette fascination magique.

Au delà de la clarté éblouissante d’un bel esprit, il y a quelquefois tout simplement la grâce.

La grâce, qui remplit l’espace, qui anesthésie toutes nos horloges internes, butine nos neurones avec délicatesse, nous flatte l’esprit presqu’aussi sûrement qu’un grand cru exceptionnel pourrait nous caresser les papilles.

Comme si la puissance d’un esprit vous effleurait et vous permettait de frôler furtivement la perfection.

Comme si l’esprit de l’autre arrivait à réveiller à vif une cognition engourdie par la médiocrité et la futilité envahissantes.

Alors on se sent léger, intelligent, généreux… on se sent un homme quoi !


Patrice Leterrier

15 Mai 2008

Partager cet article
Repost0
15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 13:38

La vénus de Hohle Fels


J

eune préadolescent, je profitais des rares moments où j’étais seul à la maison pour me plonger dans les gravures raffinées des chansons de Bilitis, ce jeune Grec de Turquie vivant au sixième siècle avant notre ère né de l'imagination de son créateur Pierre Louÿs. Georges Barbier, l’un des papes de l’art déco, enflammait mon imagination avec de belles créatures fessues, ventrues aux seins épanouis que je contemplais avec ravissement (eh quoi un peu de poésie ce n’est pas interdit, que je sache !). J’étais à l’époque plus troublé par les gravures que par les poèmes de Pierre Louÿs qui dégagent pourtant une sensualité délicate et raffinée.

Plus tard il y eut des choses plus concrètes. Les Paris Hollywood dans les colonnes desquelles s’étalaient de plantureuses beautés nues, toujours asexuées par le législateur sourcilleux, qui n’avaient rien des jeunes ingénues surprises à leur réveil de Barbier et que je cachais maladroitement sous mon matelas pour le rendre le lendemain à celui qui l’avait prêté qui le tenait lui-même d’un cousin qui l’avait volé à son grand frère.

Que dire des cartes postales coquines de la belle époque dont les arrières trains dénudés et les seins généreux feraient aujourd’hui le bonheur des charlatans vendeurs de régimes tous plus farfelus les uns que les autres.

L’anorexique géante au corps d’adolescente que cherchent à nous imposer les papes de la mode n’a pas toujours été le modèle dominant d’idéal de la beauté féminine. D’ailleurs à l’inverse, ils existent encore, des régions du monde en Afrique et en Arabie où le gavage des jeunes filles est encore pratiqué pour les rendre plus attirantes.

Connaissez-vous l’histoire de la découverte en avril 1852 par un ouvrier, à la recherche de cailloux pour empierrer la route, d’une grotte dans le vallon de Rodes à Aurignac ? Fortuitement, une aventure scientifique totalement nouvelle venait de commencer. La Préhistoire, enfantée dans l'incrédulité générale, contre des adversaires féroces, naissait grâce à Edouard Lartet un avocat gersois, devenu paléontologue.

Cette grotte contenait les restes d’Homo sapiens sapiens de culture aurignacienne (du site éponyme), première culture du paléolithique supérieur qui vécut en Europe environ 350 000 ans avant notre ère. Ils cohabitaient avec des mammouths, rhinocéros laineux, rennes, chevaux, bœufs, marmottes tous herbivores mais aussi de redoutables carnassiers comme des ours, grands félins, loups, hyènes.

L’archéologue Nicholas Conard, de l’Université de Tübingen (Allemagne), vient de découvrir dans la grotte de Hohle Fels, dans le sud de l’Allemagne, une statuette de 6 cm de haut vieille d’au moins 35 000 ans et appartenant à la culture aurignacienne. Elle représente sans aucun doute possible une femme dont les caractéristiques sexuelles –les seins, le ventre, la vulve, les cuisses- sont toutes exagérées. La tête de la figurine, taillée dans une défense de mammouth, est un simple passant qui servait sans doute pour la porter comme ornement, précise le chercheur. La grotte de Hohle Fels a déjà livré de nombreuses statuettes représentant des animaux et des figures mi-homme mi-animal. Cette femme est la première représentation humaine de l’Aurignacien. Elle est antérieure d’au moins 5 000 ans aux vénus généreuses du Gravettien, comme la vénus de Willendorf, découverte il y a un siècle en Autriche, et qui daterait de 25 000 ans. Elle fait donc reculer dans le temps les premières représentations de l’espèce humaine par elle-même.

Mais que ce soit la vénus de Willendorf ou cette nouvelle image de la femme, la caractéristique générale de ces représentation est une surreprésentation des attributs sexuelles et des formes plus que plantureuses. Au fond nos ancêtres n’étaient pas très différents de nous même en matière d’imaginaire sexuel même si l’exagération des représentations peut faire aujourd’hui sourire.

Peut-être un jour les femmes se révolteront contre ces grands prêtres de la maigreur. Elles pourraient alors imposer une image de la femme idéale où les rondeurs auraient leur juste place, ni plus ni moins… Pour ce qui me concerne plus sera toujours mieux que moins!


Patrice Leterrier

15 Mai 2008

Partager cet article
Repost0
14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 19:31

                                           Abbaye de senanque

M

a foi, cette fois et pour une fois, une découverte sur la foi mérite qu’on y prête foi. Veuillez me pardonner (et non pardonnez moi qui est une invective!) cette allitération un peu facile. J’avais déjà évoqué les découvertes des chercheurs de la Washington University in Saint Louis (USA), qui, en utilisant l’imagerie cérébrale basée sur la résonance magnétique, ont pu identifier plusieurs zones impliquées dans les processus cognitifs des personnes se disant croyantes. Ils ont en particulier décelé une zone des lobes frontaux du cortex (spécifique à l’homme) et aussi une zone plus interne du cerveau que nous partageons avec les grands singes et d’autres primates. Ils apportent ainsi un début de réponse au caractère universel et spécifiquement humain du sentiment religieux. Des neurologues de l'Université de Toronto au Canada ont placé des individus, croyants ou athés, dans un scanner, et leur ont fait passer des tests mentaux où il faut anticiper une réponse, et ensuite prendre connaissance de la réponse correcte(*). Le résultat de ces investigations est étonnant. Chez les athés le cortex cingulaire s'active fortement en cas d'erreur : il signale que le résultat n'est pas conforme à la prédiction. Par contre chez les croyants, il s'active nettement moins. Lorsqu'un événement non conforme à leurs attentes se produit, cela déclenche une réaction moins intense que chez les autres. L’explication proposée du phénomène est que pour les croyants un événement non conforme aux attentes est la manifestation de la volonté divine et tout le monde sait que les voies du seigneur sont impénétrables…Un croyant serait donc beaucoup moins perturbé par l’éventualité d’un événement imprévu puisqu’il abandonne à la puissance divine le sens caché des choses. Cette aptitude apporte des bénéfices certains : un cortex cingulaire antérieur qui fonctionne au ralenti entraîne moins de tension psychique; on se préoccupe moins des incertitudes qui entourent l'avenir, on cherche moins à explorer les possibles et à guetter les signes qui confirment ou infirment ses prévisions. On est plus fataliste, mais moins stressé. On a tous en tête l’image de ces frères se promenant en prière dans le cloître de son abbaye sans se soucier du monde extérieur. Aujourd’hui les cloitres des abbayes cisterciennes font le bonheur de tous les visiteurs croyants et incroyants. Ils évoquent pour tous le calme, la sérénité et pour les croyants l’abandon sans réticence à la volonté divine. On pourrait même imaginer avec un peu de malice que le prêcheur est sous l’emprise d’une drogue alors qu’il n’y a dans cette attitude qu’un comportement acquis au prix de beaucoup de renoncements. Finalement Karl Marx n’avait peut-être pas tout à fait tort lorsqu’il disait que "la religion, c’est l’opium du peuple". Peut-être pas l’opium mais un anxiolytique efficace surement ! Le risque de cette sérénité religieuse c’est une certaine passivité devant les événements, une moins grande curiosité qui permet aux savants anxieux de trouver une explication de faire progresser la science.    


Patrice Leterrier

14 Mai 2008

(*)http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-croire-en-dieu-modifie-le-cerveau-22031.php

Partager cet article
Repost0
9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 13:56

Eruption de la Montagne pelée

8 Mai 1902


C

ertains journalistes n’ont sans doute rien à se mettre sous la plume malgré la crise, la grippe A(H1N1) et autres petites folâtreries qui se passent un peu partout dans le monde. En effet, ils se précipitent sur la moindre faute du service de Presse de l’Elysée. Voilà qu’ils font les gros titres avec la bévue faite en annonçant que "la traditionnelle cérémonie organisée dans le cadre des commémorations de l’armistice du 8 Mai 1945 se déroulera cette année sur la plage de Nartelle". Voyons, comme disait le commissaire Antoine Bourrel aux "cinq dernières minutes": bon sang! Mais c’est bien sûr, ce n’était pas d’armistice qu’il s’agissait mais de capitulation. Le Petit Larousse ne laisse aucune chance au rédacteur de cette erreur impardonnable: Armistice (du latin arma, armes, et sistere, s'arrêter), convention par laquelle des belligérants suspendent les hostilités sans mettre fin à l'état de guerre. Rien à voir avec capitulation (du latin capitulatio de capitulare capituler), convention réglant la reddition d'une place, d'une armée ou des forces militaires d'un État.

C’est d’abord le lundi 7 mai 1945, à 2 h 41 que la reddition (du latin redditio, action de se rendre, de mettre bas les armes) de l'armée allemande a été signée à Reims par le maréchal allemand Alfred Jodl, le général américain Walter Bedell-Smith, le général russe Ivan Sousloparov et le général français François Sevez en tant que témoin. Les journalistes occidentaux, aussi frénétiques à l’époque que maintenant, répandirent prématurément la nouvelle de la capitulation, précipitant ainsi les célébrations. Les nazis signent un autre acte de capitulation avec les Soviétiques à Berlin. C'est donc peu avant minuit, le mardi 8 mai qu'une seconde reddition sans condition fut signée dans une villa de Karl horst dans la banlieue Est de Berlin mettant réellement fin aux hostilités en Europe.

Alors que Vincent Auriol est président de la république et René Mayer président du conseil, les parlementaires français décrétèrent par la loi n° 53-225 du 20 mars 1953 que le 8 mai deviendrait un jour férié. Il rejoignait, comme date symbolique, dans l’iconographie des commémorations françaises le 11 Novembre, célébrant l’armistice de 1918. C’était bien d’armistice qu’il s’agissait le lundi 11 novembre 1918, à 11 heures! Il était signé dans le wagon du Maréchal Foch installé dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne. On pourrait aussi débattre -dans cette recherche effrénée de poux dans la tête des rédacteurs présidentiels- du caractère traditionnel de cette cérémonie puisque Valéry Giscard d’Estaing l’avait supprimée en signe de réconciliation avec l’Allemagne. Elle fût rétablie par François Mitterrand après son élection en 1981.

Le 8 mai 1945 c’est aussi la date des massacres de Sétif et Guelma en répression d'émeutes nationalistes survenues dans le département de Constantine en Algérie qui portaient les germes de la terrible guerre d’Algérie.

C’est aussi un 8 Mai, en 1902, que la plus grande catastrophe qu’ait connue les Antilles françaises frappa la Martinique avec l’éruption de la montagne Pelée qui fit 29 000 victimes dont presque toute la population de Saint Pierre à l’exception notable de deux personnes: le cordonnier Léon Compère et le prisonnier Louis Cyparis, dit Sanson.

Une chose est sûre, les journalistes qui font des gorges chaudes de cette erreur devraient méditer l’évangile selon Saint Jean 8.1 "Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre". Ne faisant pas des faits, paroles, écrits et gestes de notre président mon quotidien de nouvelles du monde, j’avoue que je ne vois qu’une conséquence potentielle de cette erreur. On serait curieux de savoir qu’elle sera la suite de la carrière de l’auteur de cette erreur qui, à minima, à dû prendre une avoinée mémorable.

Quant aux journalistes goguenards et censeurs, ils trouveront sans doute demain un nouveau sujet d’indignation: une fleur manquante, un participe passé mal accordé, un chiffre approximatif, etc... Bref des pailles face aux poutres des fausses annonces, interprétations abusives et autres joyeusetés dont ils se rendent régulièrement coupables.


Patrice Leterrier

9 Mai 2008

Partager cet article
Repost0
8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 20:19

Rotative

L

orsque je mourrai, une dernière valse résonnera dans ma tête. Cette phrase, pleine de poésie, a été attribuée sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia par un étudiant irlandais, Shane Fitzgerald, au compositeur français Maurice Jarre. Elle a été reprise par plusieurs journaux après son décès. En fait cette citation est une pure invention. Shane Fitzgerald s’est dit préoccupé par la crédibilité des informations sur internet. Il l'a imaginée et intégrée à la fiche Wikipédia du compositeur dans les minutes ayant suivi l'annonce de sa mort, le 30 mars. Etudiant en sociologie et en économie, il souhaitait voir dans quelle mesure les utilisateurs de cette encyclopédie en ligne alimentée par les internautes vérifiaient les informations qui y figurent. Il pensait que son canular tromperait des blogueurs, peut-être des petits journaux. "J'avais tort. Des titres de la presse dite de qualité en Angleterre, en Inde, en Amérique ou en Australie ont repris mes mots dans leurs articles sur la mort de Jarre", dit-il dans un article publié jeudi par le quotidien Irish Times.
Ce fait, qui peut paraître à première vue simplement un canular désopilant, pose en fait un vrai problème. Celui du poids immense qu’a "l’écrit" sur la toile. C’est au fond une conséquence assez prévisible du fait que les mots sont délivrés dans le même paradigme que des milliards d’images. La forte crédibilité des images est ainsi transmise par transitivité médiatique aux mots que l’on peut lire. Les images mentent quelquefois mais sont en général authentiques. Alors pourquoi un texte crédible ne le serait-il pas? Les internautes sont de potentiels gogos faciles à berner pour des petits malins inventeurs de citations originales, de découvertes imaginaires, de rumeurs non vérifiées mais crédibles.
Les choses deviennent plus graves lorsqu’il s’agit de faits tronqués ou déformés dans le but d’un prosélytisme au mieux simplement partisan au pire plus ou moins cynique pour embrigader des esprits fragiles : Comme par exemple l’existence d’armes de destruction massive dans les mains d’un tyran…
La chose n’est pas nouvelle depuis les moutons de panurge ou le joueur de flute d’Hamelin. Et après tout, un gogo de pris n’est plus à prendre…
Mais c’est tout autre chose concernant les journalistes. Ils sont véritablement pris dans l’étau d’une véritable double contrainte: d’une part la déontologie du métier qui leur dicte de vérifier et de revérifier les faits rapportés et d’autre part la valeur du temps, de l’instantané, du scoop. Ce qui change aussi avec internet c’est la multiplication des sources d’informations qui ne sont contraintes par aucun cahier des charges et dont il est bien difficile d’identifier la source et la valeur.
En matière de vérification d’information, rappelons-nous de la gaffe de Jean Pierre Elkabbach, annonçant la mort de Pascal Sevran au journal de 19 h du 21 Avril 2008 sur Europe 1. L’information était rapidement reprise par France 2, Direct 8, Purepeople.com, Yahoo! Actualités et (encore lui…) Wikipédia, avant d'être démentie une demie heure plus tard! Jean Pierre Elkabbach était d’autant plus embarrassé qu’il voulait lancer la création d'un comité d’éthique dans le but de
"ne plus se laisser détourner, par les querelles de caniveau ou les vrais-faux scoops, des sujets importants"... Il essaya d’abord, assez lâchement, d’évoquer "une erreur collective" pour finalement admettre qu'il était l'auteur de l'information. Cette précipitation lui a d’ailleurs valu son poste à Europe 1 un mois plus tard.
Le métier de journaliste n’est plus soumis au rythme de la parution journalière avec la traditionnelle conférence de rédaction et cette montée en puissance de la fébrilité au fur et à mesure qu’approche l’heure fatidique où plus rien ne peut être changé.
Aujourd’hui le journaliste doit réagir dans l’instant, à la minute voire à la seconde, concilier l’inconciliable nécessité d’informer et d’expliquer et l’impératif d’aller toujours plus vite pour être le premier…Ce qui est en cause c’est ce culte, voire cette tyrannie de la vitesse incompatible avec la vérification approfondie et surtout le recul, la réflexion. Ce n’est pas au temps qu’il faut donner du temps comme le prétendait François Mitterrand, c’est au journaliste au risque autrement de voir disparaître ce beau métier !

Patrice Leterrier

8 Mai 2008

 

Partager cet article
Repost0
7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 17:31


P

eur, rumeur, déni, fuite, suicide, boucs émissaires, héros et "salopards" forment le cortège qui accompagne toute pandémie, comme le souligne le professeur Paul Léophonte sur canal académie(1).

Il oublie la manipulation! La manipulation par des dirigeants prêts à n’importe quel geste spectaculaire. Dans le meilleur des cas, les mesures prises sont parfaitement inutiles. Elles peuvent être un prétexte chargé d’arrière-pensées moins anodines comme la décision prise par l’Egypte d’abattages massifs de porcs et celle de la Russie d’interdire l'importation de viande en provenance de certains pays.

Les autorités russes précisent que ces interdictions concernent "les cochons, la viande de porc et les produits dérivés qui n'ont pas fait l'objet d'un traitement thermique à une température minimum de 80° Celsius pendant au moins 30 minutes". L’argumentation des russes est folklorique!

Celle des égyptiens semble fortement suspecte de vouloir donner des gages aux intégristes musulmans. La population égyptienne compte 80% de musulmans pour qui le porc est considéré comme impur, car se nourrissant principalement des déchets laissés par l'homme

Les autorités égyptiennes avaient d'abord présenté la mesure comme une précaution face à la grippe "porcine". Devant le tollé soulevé dans la communauté scientifique, elles ont dû faire volte face.

Elles invoquent maintenant une mesure d'hygiène publique qui vise la minorité chrétienne copte qui élève et consomme du porc. Elle représente entre 6 et 10% de la population. Le directeur du département des maladies infectieuses au ministère égyptien, Saber Abdel Aziz Galal, a déclaré "Aujourd'hui, (les porcs) vivent avec des chiens, des chats, des rats, des volailles et des hommes, tous dans la même zone avec les détritus ".

Le porc (du latin porcus) est apparu au tertiaire en Asie mineure dans la région du Turkestan. Il a d’abord colonisé l’Asie avant de se répandre en Afrique et en Europe.

Dans la mythologie grecque, on l’associe à Déméter, déesse de la fécondité et de l’agriculture. Chez les Romains, il devient l’attribut du dieu Esus, tandis que les Égyptiens lui prêtent une image double associée à la fécondité, mais aussi à la malfaisance.

Autrefois en France chaque paysan comptait sur ses cochons pour nourrir sa famille en cas de coups durs. Ce caractère de réserve sur pied a d’ailleurs donné la tradition du cochon comme tirelire.

Dans les campagnes françaises, tuer le cochon était et est toujours une fête, une occasion de partager l’illusion de l’opulence le temps d’un festin.

Depuis le début de l’apparition de la grippe A (H1N1)(2), aucun foyer épizootique n'a été signalé chez les porcs ni au Mexique ni aux États-Unis. De plus, le virus ne se trouvant pas dans le muscle, il n'y a aucun danger à consommer de la viande de porc.

Cependant le virus a été transmis fin avril à des porcs par un fermier de la province de l'Alberta au Canada. Il n'est donc pas impossible que de nouvelles évolutions génétiques par le processus de réassortiments des gènes se produisent dans des élevages de porcs, donnant une nouvelle souche dont le pouvoir pathogène pour l'homme est imprévisible

Pour cette raison, la FAO exhorte les autorités nationales et les agriculteurs à contrôler attentivement les élevages pour y déceler d'éventuels symptômes de grippe. Des strictes mesures de sécurité, notamment la limitation des mouvements des animaux, des marchandises et des personnes, doivent être prises dans toutes les fermes d'élevage porcin si des signes de maladies respiratoires sont décelés.

Aucune raison en tout cas d’abattre systématiquement les porcs comme dans le cas de la maladie de la vache folle. Il est bon en effet de rappeler que le Prion(3), responsable de l'encéphalopathie spongiforme bovine transmissible à l’homme et provoquant la Maladie de Creutzfeldt-Jakob, se trouve dans certaines parties consommables de la viande d’animaux contaminés contrairement au virus A (H1N1).

Si cette pandémie, comme on le souhaite, reste maîtrisée, elle aura en tout cas comblé les intégristes musulmans égyptiens qui peuvent ainsi assouvir leurs haines du cochon et du copte (ou l’inverse! Va savoir avec un intégriste…).


Patrice Leterrier

7 Mai 2008

 

(1) Voir l’Histoire de la grippe espagnole sur canal-académie.

(2) Elle semble, jusqu’à présent, être remarquablement maîtrisée au niveau mondial et national même si les inconditionnels de la critique ne manqueront évidemment pas de répandre la rumeur qu’elle est d’autant mieux contrôlée que le danger est totalement surestimé voire inexistant…

(3) Le prion est une protéine qui a une forme différemment repliée d'une protéine normale et qui possède des propriétés infectieuses.

Partager cet article
Repost0
6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 11:30


C

onnaissez-vous les Mafa ? C’est l'une des 250 ethnies du Cameroun. Ils habitent la partie centrale des Monts Mandara au Cameroun septentrional et sont historiquement isolés des autres peuplades. C’est le plus grand groupe ethnique de cette région avec environ 300 000 âmes. Ils ont développé une agriculture en terrasse pour mettre en valeur les pentes fertiles mais abruptes de leur pays abondamment arrosé.

Les Mafa se subdivisent en deux groupes : les mafahay au nord qui habitent sur les pentes qui descendent vers la vallée de Koza et les Boulahay  qui habitent sur le massif de Ziver qui est le plus élevé ainsi que sur le plateau au sud de Moloko. Les Mafa se seraient réfugiés dans ces massifs montagneux pour échapper aux conquérants musulmans wandala et peuls.

Ils considèrent leurs contes animaliers comme des récits véridiques relatifs à leur passé, et il y a très longtemps les animaux parlaient... "Le père l'a raconté à son fils, et celui-ci au sien, jusqu'à nos jours". Après le dîner, en période de lune ascendante les hommes, femmes et enfants se réunissent autour du feu et quelqu’un commence à raconter un conte qui est repris par un autre et ainsi de suite sous la clarté de la lune.

L’écureuil est le plus grand menteur, battant et tuant ses amis au gré de ses intérêts. L’écureuil fouisseur cause en fait de grands dégâts dans les récoltes ravageant les champs d’arachides, de pois de terre et dans les tamariniers. Le dytique(*) est le prototype de protagoniste stupide de l’écureuil. Il y a aussi la tortue, symbole de sagesse, le léopard violent et le lion dont la vanité naturelle lui attire les quolibets des autres, le singe curieux et sympathique et le chien doté de clairvoyance et de don de sorcellerie.

Un groupe de psychologues de l'Institut Max Planck de Leipzig, est parti à la découverte des Mafa pour leur faire découvrir la musique occidentale dont ils n’avaient encore jamais entendu la moindre note. Les scientifiques leur ont apporté des enregistrements de musique d'Europe occidentale composés spécialement pour l'occasion, dont certains étaient tristes, d'autres gais, d'autres inquiétants ou effrayants. Les Mafa, vierges de toute influence sonore occidentale, sauraient-ils percevoir l'émotion sous-jacente à chaque extrait ?

Les résultats sont sans ambiguïté. Joie, tristesse et peur font partie de l'arsenal émotionnel de l'humanité, et Darwin avait déjà noté que les expressions du visage associées à ces émotions sont les mêmes dans le monde entier. Mais que la musique ait choisi les mêmes combinaisons de sons pour les susciter est une donnée d'une autre portée.

Les scientifiques de Leipzig semblent donc apporter une preuve que la musique est universelle, en quelque sorte présente en puissance dans les gènes de l’humanité.

La musique serait-elle le seul langage universel ayant échappé à la malédiction qui suivit la destruction de la tour de Babel ?  On aimerait aussi croire qu’elle puisse comme le dit l’adage adoucir les mœurs des hommes qui crient, hurlent vocifèrent malheureusement plus souvent qu’ils ne chantent.


Patrice Leterrier

2 Mai 2008

 

(*) Les dytiques (gwalamba en langue mafa) sont des insectes aquatiques larges et aplatis, avec une tête enchâssée dans le thorax, et le corps entier forme un ovale comme des croissants,

Partager cet article
Repost0
2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 18:32

Delara Darabi


L

e 1er mai 1561, Charles IX, qui sera sacré roi de France 15 jours plus tard alors qu’il n’a pas onze ans, reçu un brin de muguet, symbole du renouveau et du printemps, en guise de porte-bonheur. Il décida d'en offrir chaque année aux dames de la cour. Ainsi naissait la tradition du muguet. Le Dimanche 1 Mai 1633, naissait Sébastien Le Prestre(1), marquis de Vauban qui couvrit la France de ces ouvrages fortifiés sous le règne de Louis XIV. C’est aussi un dimanche, le 1 mai 1904, que mourrait Anton Dvorak le compositeur tchèque auteur de la symphonie du nouveau monde(2) et encore un dimanche 1 mai 1994 que le pilote Ayrton Senna se tuait au circuit San Marin en Italie(3). Les politologues se perdent en conjectures pour analyser la signification des manifestations d’hier en France. Cela parait bien dérisoire face à la nouvelle de la pendaison de Delara Darabi hier dans sa prison de Rasht, au nord est de Téhéran. La jeune femme n’avait que 23 ans. L'appel de ses parents, qui avaient imploré le pardon de la famille de la victime, n'a pas été entendu. Elle avait été déclarée coupable du meurtre de la cousine de son père, Mahin, qui était âgée de cinquante-huit ans. La jeune femme, qui avait dix-sept ans au moment des faits en septembre 2003, avait avoué dans un premier temps avant de se rétracter. Elle avait en effet affirmé que son petit ami, Amir Hossein Sotoudeh, était le meurtrier et qu'elle avait reconnu les faits pour qu'il ne soit pas exécuté. Il lui aurait dit qu'elle était trop jeune pour que la peine de mort lui soit appliquée. Delara Darabi a été condamnée à mort le 27 février 2005 par la 10e chambre du tribunal de Rasht. En 2007, la Cour Suprême avait confirmé la sentence. Le 19 avril dernier, la veille de la date prévue pour l'exécution, le responsable du pouvoir judiciaire avait accordé à Delara Darabi un sursis de deux mois dont elle n’a donc pas pu profiter en totalité. Elle peignait en prison. Une exposition avait même été organisée dans une galerie de Téhéran, par Assieh Amini, une iranienne qui se bat pour la cause des femmes et contre la peine de mort. Sur le mur de l’exposition, juste un petit mot de l'artiste "Les tableaux que vous voyez ici ne sont pas des images et des couleurs muettes. Ce sont les véritables et douloureuses photographies de notre vie". Un rapport très détaillé, que vient de publier la Fédération Internationale des ligues des droits de l’homme(4) place l'Iran en tête des pays ayant recours à ce genre d'exécution. Selon ce rapport, l’Iran est le pays où le plus de mineurs sont exécutés. Entre 1999 et 2009, au moins 42 exécutions de jeunes délinquants ont été enregistrées en Iran, dont 12 en 2007 et 8 en 2008, bien que les chiffres réels soient probablement plus élevés. Le président Ahmadinejad avait déclaré au New York Times le 26 Septembre 2008 "en Iran, les  jeunes ne sont pas exécutés. Où ont-ils été exécutés ? Notre loi fixe actuellement à 18 ans l’âge de la responsabilité pénale pour la peine capitale". Il est vrai que deux jours avant, il avait aussi déclaré lors d'une conférence à l'Université Columbia qu’"en Iran, nous n'avons pas d'homosexuels comme dans votre pays". Delar Darabi est morte pour un crime qu’elle n’a probablement pas commis. Souhaitons que Davis Troy qui croupit depuis des années dans sa prison de Géorgie ne rejoigne pas cette jeune femme victime de l’archaïsme de ceux, encore trop nombreux dans le monde, qui s’arrogent le droit de disposer de la vie des autres au nom de la loi.


Patrice Leterrier

2 Mai 2008

 

Partager cet article
Repost0
1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 15:19

Médecin de la peste


P

aul Léophonte, professeur honoraire de l’université de Toulouse fait, sur Canal Académie, un récit passionnant de l’Histoire de la grippe espagnole. Elle s’appelait ainsi parce que l’Espagne, non impliquée dans la Première Guerre mondiale, pouvait, en 1918, publier librement les informations relatives à l’épidémie alors que les ravages qu’elle faisait en France étaient tenus secrets du fait de la guerre. Il nous rassure aussi car aujourd’hui nous disposons de moyens que nous n’avions pas à l’époque: des réseaux, des moyens thérapeutiques symptomatiques ou spécifiques comme le Tamiflu(*), d’une possible vaccination même si elle demandera probablement quelques mois pour être opérationnelle et surtout de véritables plans para-pandémiques aux niveaux mondial et national. Mais Paul Léophonte explique aussi que, si on regarde l’histoire des fléaux infectieux qu’ils s’appellent la peste, le choléra, ou toute autre maladie infectieuse épidémique, on s’aperçoit que les comportements des populations sont, face à ces catastrophes, stéréotypés. On retrouve la peur et sa conséquence la panique, inévitables devant les interrogations qui restent sans réponse sur le véritable danger encouru à titre individuel et aussi la crainte de pénurie de traitement, la rumeur, véritable épidémie dans l’épidémie qui amplifie la peur et la panique, le déni réaction des adaptes de la politique de l’Autruche ou de paranoïaques persuadés qu’ils font l’objet de manipulation de la part des médias complices des politiques (cf. les négationnistes en tout genre), la fuite (mais dans le cas d’une pandémie pour aller où ?) qui participe aussi à l’extension de la pandémie, le suicide des plus fragiles ne pouvant psychologiquement supporter d’affronter le danger ou la perte d’être chers, les boucs émissaires puisqu’il faut bien identifier des responsables à la fatalité d’une catastrophe, les héros qui se dévouent complètement aux autres (les marseillais honorent toujours Monseigneur Henri, François-Xavier de Belsunce pour son comportement durant la grande peste de 1720) et les "salopards" en tout genre comme par exemple ceux qui profitent déjà de l’occasion pour abuser de l’ignorance et de la naïveté des gens en proposant sur internet ou ailleurs des solutions miracles pour se mettre à l’abri. Face à ces comportements les plans techniques prévus ne serviront pas à grand-chose. Pour éviter des effets désastreux il faudra que les pouvoirs publics anticipent par des actions visibles et une communication adaptée, sans langue de bois mais sans catastrophisme exagéré. Ce sera difficile tant le tam tam médiatique a tendance à s’emballer tout seul. Il est, par exemple possible que les pharmacies doivent être protégées militairement en cas de panique généralisée des populations à la quête de vaccin ou de traitement comme le tamiflu dont on sait que la France dispose d’un stock de 33 millions de doses. Une chose en tout cas est sûre: les pouvoirs publics seront de toute façon désignés coupables parce qu’ils sont inévitablement coincés entre le soupçon d’exagération, si par bonheur la pandémie est contrôlée efficacement ou au contraire, la critique de sous-estimation si les victimes s’accumulent. Il s’agira alors pour eux de désigner des coupables et comme souvent, peut-être, de punir des innocents.


Patrice Leterrier

1 Mai 2008

 

(*) à administrer dès les premiers symptômes mais pas avant car il est inefficace si le virus n’est pas présent

Partager cet article
Repost0
30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 20:46

Hôpital américain en 1918


L

a comparaison que j’ai faite hier avec le virus du Sida n’est pas forcément très opportune. En effet, il n’y a pas de vaccin contre virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Les personnes infectées qui développent un SIDA ne guérissent pas même si les trithérapies actuellement pratiquées dans les pays riches améliorent sérieusement les chances de survie. Il n’empêche que le risque de pandémie de la grippe mexicaine existe, qu’elle est même, selon les experts, plus que probable et qu’il est plutôt rassurant que les pouvoirs publics soient en alerte pour minimiser les répercussions de cette vague attendue. Mais contrairement au VIH, tout porte à croire que l’on trouvera un vaccin contre le virus qui se repend actuellement même si la fabrication d’un vaccin risque de prendre quelques mois selon les surprises rencontrées. De plus la décision de le fabriquer pose le problème des capacités globales de production dont on a besoin pour endiguer la grippe saisonnière. Une sorte de double contrainte difficile à résoudre : endiguer la pandémie d’un virus dont on ignore la virulence ou continuer de sauver des milliers de personnes fragilisées qui ont besoin du vaccin contre la grippe saisonnière. La grippe saisonnière fait chaque année de l’ordre de un million de morts. Le virus influenza de type A H1N1 qui est en cause en ce moment est du même type et sous-type que celui de la grippe espagnole qui était d’une virulence exceptionnelle. On ignore pour le moment la virulence du virus actuel mais tout porte à croire qu’elle est moins importante que le tueur de 1918. La grippe espagnole avait un caractère fulgurant qui provoquait une mortalité 25 fois plus importante que la mortalité "habituelle" des épidémies de grippe. Elle a tout de même fait 408 180 morts en France (dont Guillaume Apollinaire et Edmond Rostand) et 30 millions de morts en Europe selon l’Institut Pasteur (plus de deux fois plus de victimes que la grande guerre). Contrairement aux autres épidémies qui tuent les personnes âgées du fait de leurs faiblesses et souvent des complications qu’elle entraîne, la grippe espagnole avait tué majoritairement les individus de 20 à 40 ans. Son symptôme unique était qu'elle provoquait une bronchite/bronchiolite si sévère qu'elle provoquait la mort par suffocation. De plus on ne disposait pas des antibiotiques, inefficaces pour la grippe mais indispensables pour soigner les complications bactériologiques. On estime qu’elle aurait infecté environ 50% de la population mondiale de l’époque et que la moitié des personnes infectées aurait présenté des symptômes. La grippe peut entraîner chez des personnes fragiles des complications comme toutes les infections virales mais elle tue rarement des personnes en bonne santé.


Patrice Leterrier

30 Avril 2008

Partager cet article
Repost0