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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 18:14

Coquelicot

V

ous connaissez tous le coquelicot. Cette fleur fragile de printemps au nom scientifique barbare de Papaver rhoeas, appelée aussi ponceau, pavot coquelicot ou encore pavot rouge. C’est une plante dicotylédone de la famille des Papavéracées, ou pavots.

Dans la mythologie grecque, Perséphone (Proserpine en latin) vit l’hiver avec son époux Hadès, dieu des Enfers. Selon le jugement de Zeus, elle renaît à la vie au printemps pour rejoindre sa mère Déméter. La légende rapporte qu’elle arborait une fleur de coquelicot qui allie le rouge de la vie (Déméter) aux tendres pétales fragiles (Perséphone) et porte en son centre la marque noire de l’enfer (Hadès).

Mais depuis toujours le coquelicot annonce la fin du frima plus sûrement que tous les météorologues du monde activant sans relâche leurs milliards de teraflops comme boule de cristal. Le poète Robert Desnos écrit joliment pour le décrire "le champ de blé met sa cocarde".

Elle a inspiré tous les poètes et chanteurs. L’inoubliable Mouloudji chantait :

Mais pour aimer les coquelicots

Et n'aimer que ça… faut être idiot !"

Il est fier le coquelicot avec sa crête rouge et son nom qui vient de la ressemblance de ses pétales avec la crête du coq (en vieux français Coquerico).

Jules Renard écrivait :

Ils éclatent dans le blé, comme une armée de petits soldats :

Mais d'un bien plus beau rouge, ils sont inoffensifs. 

C’est la prolétaire des champs. Symbole du sang versé par les ouvriers en colère, Il faillit être la couleur du drapeau de la France à l’avènement de la courte seconde république pour se trouver finalement réunie au bleuet et au lys sur notre drapeau grâce à l’éloquence de Lamartine. Les communards le portaient en cocarde avant qu’il ne se trouve mêlé à leurs sangs suite à la répression effroyable ordonnée par Adolphe Thiers.

Elle pousse souvent en banc pour le bonheur des peintres qui n’ont hélas pas tous le talent de Claude Monet. D’ailleurs peindre un champ de coquelicots après Monet c’est comme peindre une Sainte Victoire après Cézanne, c’est impossible !

Certaine (proche de moi…) ose quand même s’attaquer au mythe, en toute communion avec la nature généreuse. Elle capture des milliards de pixels qu’elle agence en photos écarlates. Elle la déshabille sans pudeur. Pour un peu elle rougirait, la fleur, si la nature ne lui avait pas déjà fait décliner cette couleur à l’infini.

Et puis parler de fleurs des champs, alors que le monde est à fleur (rouge) de peau, au bord de la crise de nerfs, c’est peut-être vouloir donner un peu de couleur de vie et d’espoir à la grisaille ambiante.

Patrice Leterrier

28 Mai 2009

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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 12:47

I

l me va bien de vous inviter à abandonner quelques instants ce fil à la patte (plus exactement au doigt et à l’œil) qu’est Internet !

Qu’est-ce qui pousse l’homme à toujours courir après la souvent bien inutile instantanéité des événements ?

Et pourtant qu’y a-t-il mieux qu’un bon livre, une bonne marche ou simplement une bonne rêverie ?

Rêvasser ! C’est sûrement le secret du plaisir lent et solitaire enfin retrouvé.

Le Larousse nous apprend qu’il s’agit de se laisser aller à la rêverie. Malin, le Larousse qui renvoie à une autre définition ! Pour rêverie, il propose : "État de distraction pendant lequel l'activité mentale n'est plus dirigée par l'attention et s'abandonne à des souvenirs, à des images vagues ; objet qui occupe alors l'esprit".

Mais ce que ne dit pas cet inoubliable compagnon de ma gourmandise des mots, c’est que, selon Kalina Christoff, du Département de psychologie de l'Université British Columbia à Vancouver et ses collègues, laisser ainsi son esprit vagabonder quand on est éveillé stimulerait l'activité du cerveau et permettrait de résoudre des problèmes complexes.

Quel plaisir de voir réhabiliter ainsi l'image de l'enfant ou du savant distrait et rêveur !

Quelle gifle pour ces parents malades de l’activisme forcené qui se précipitent sur leurs gamins pour leur crier avec réprobation "Arrête donc de rêvasser comme un idiot !".

Selon les chercheurs canadiens, deux réseaux cognitifs se partagent les tâches dans le cerveau. Le premier, dit réseau par défaut, gère les actes de routine, tels marcher ou appuyer sur un bouton. Le second, le réseau exécutif, aide à la résolution de problèmes plus complexes, tel que parler, préparer un entretien d'embauche ou résoudre un problème de mathématiques.

La découverte des chercheurs c’est qu’en général, les deux systèmes ne sont pas activés en même temps. En quelque sorte il faut choisir agir ou réfléchir et la réflexion est d’autant plus efficace qu’elle se fait dans un mode déconnecté du monde extérieur. Cependant, la plupart des gens à l’exception, selon ses adversaires, du feu président Gerald Ford peuvent mâcher un chewing-gum et réfléchir ! Il est d’ailleurs assez stupide de prétendre une telle chose tant l’acte de mastication se fait sans concurrence significative avec la pensée(*).

C’est aussi une réhabilitation bien tardive des péripatéticiens et d’Aristote puisque la marche se fait sans l’aide d’un quelconque réseau cognitif. Elle permet justement le doux accomplissement de ce plaisir de rêverie solitaire rappelant le célèbre ouvrage de Jean Jacques Rousseau.

Remémorons-nous le début de la cinquième promenade de cet auteur, évoquant un séjour passé à l'île de Saint-Pierre sur le lac de Bienne : "Quand le lac agité ne me permettait pas la navigation, je passais mon après-midi à parcourir l'île en herborisant à droite et à gauche, m'asseyant tantôt dans les réduits les plus riants et les plus solitaires pour y rêver à mon aise". N’en déplaise à Voltaire qui se décrivait "toujours un pied dans la tombe et de l’autre faisant des gambades", son ennemi juré n’avait pas forcément tort de rêvasser pour mieux penser.

Ainsi comme dans certaines phases du sommeil qui consolident des souvenirs ou aident à comprendre un problème, laisser son esprit vagabonder serait utile. Un enfant qui rêvasse réfléchit peut-être. Laissons-le à ses réflexions. Gardons nous aussi du temps pour cette activité aujourd'hui enfin réhabilitée.

Rêvassons quelques minutes par jour pour éviter de devenir un esclave de la pensée des autres.


Patrice Leterrier

26 Mai 2009

(*) Comme le fait remarquer Stan il n’est pas vrai que mâcher un chewing-gum ne mobilise pas le cortex. La praxie de mastication suivie de déglutition mobilise effectivement les cortex visuel et frontal. Mais il semble tout de même que ces zones soient peu (ou pas) en concurrence avec la zone définie par les chercheurs comme le réseau exécutif qui s’identifie comme étant le cortex préfrontal moyen et forme le lobe frontal du cerveau, situé en avant des régions prémotrices. De lui dépendent les fonctions cognitives supérieures, comme le raisonnement, mais aussi le langage et la mémoire.  Merci à Stan de m'avoir obligé à corriger cette erreur !

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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 09:00

 

 

L

a France s’apprête à diffuser sur les paquets de cigarettes des images choquantes illustrant les dangers du tabac. La preuve n’est pourtant plus à faire de l’inefficacité de ce type de dissuasion. Tout le monde sait que le tabac est une drogue comme les autres. Elle induit chez des sujets fragiles des conduites addictives que l’on ne guérit pas par la peur du danger.
Les schizophrènes sont dangereux, les consommateurs de drogues sont des délinquants, les fumeurs doivent être culpabilisés, les alcooliques comme les drogués et les fumeurs n’ont que la répression de la société comme perspective face à leur maladie, les déprimés sont fuis comme la peste et finissent souvent par perdre leurs emplois et se suicider. Les jeunes en bandes organisées qui attaquent les braves gens dans les métros doivent être sévèrement punis et mis en prison dont tout le monde connait le caractère hautement éducatif. Les automobilistes, victimes de l’incohérence totale de la signalisation routière, doivent payer le prix fort en monnaie et en points sur leurs permis(1).
Il ne s’agit évidemment pas de faire l’éloge des conduites addictives, ni de cautionner des chauffards inconscients ni d’excuser, au prétexte de la carence des parents et du manque de structures adaptées, les adolescents violents en bandes organisées.
Mais que devient une société qui se soucie à ce point de la sécurité des "bons" citoyens qu’elle est prête à exclure ceux qui n’ont pas eu la possibilité, la force ou simplement l’opportunité de s’insérer "normalement"?
Pourquoi abuser la population en la terrorisant avec l’image du fou dangereux avec une sur médiatisation manipulatrice de drames liés à des schizophrènes, certes très violents et insupportables mais rarissimes alors que la psychiatrie est devant un problème grave de manque de moyen et de structure.
Pierre-André Michaud, interviewé par Cerveau & Psycho, sur la violence des bandes de jeunes, condamne la loupe médiatique utilisée pour traiter du sujet. Il insiste sur la nécessité de "dire et redire ce que tous les spécialistes savent, dans la majorité des cas, la violence naît de l’absence d’avenir et d’insertion professionnelle". Il ajoute qu’"il est assez hypocrite de dire qu’il faudrait plus de tempérance, que les ados se contrôlent davantage, alors que tout les incite à acheter, a rechercher des sensations, à vivre sans limites".
Que dire de l’acharnement à réprimer ou à culpabiliser les victimes de conduites addictives qui sont des malades, comme les dépressifs mais aussi comme les tuberculeux, les diabétiques, les cardiaques ou les cancéreux. A l’extrême difficulté à vivre dans laquelle ils sont plongés du fait de leur dépendance, la société ajoute l’opprobre et la répression. Ils sont traités comme les pestiférés des temps modernes, exclus autant par la société que par leur maladie.
Je passerai sur la répression des automobilistes bien qu’elle participe à la volonté de l’état de montrer sa rigueur pour assurer la sécurité des citoyens et aussi à remplir les caisses de l’état.
On nous bassine, quelquefois à juste titre, sur les dangers des antennes des opérateurs et les téléphones portables. On dépense des sommes astronomiques sur les sujets très sérieux du réchauffement de la planète, des OGM, des pollutions industrielles. Mais on laisse, sans aucun remord, une partie de notre jeunesse sombrer dans la violence, la drogue et la délinquance alors qu’une société qui néglige sa jeunesse se condamne aussi sûrement que si elle négligeait son environnement.
On se vante d’avoir rallongé l’espérance de vie (ou la désespérance ?) de nos compatriotes. Mais on laisse sans soin, ou encore pire on incarcère, des pauvres gens victimes de leurs maladies qu’elles s’appellent toxicomanie ou alcoolisme.
L’état paradoxe atteint son summum d’incohérence ou de cynisme (puisqu’il est censé responsable et éventuellement coupable de ses actes) en accumulant les profits de la vente du tabac tout en culpabilisant les consommateurs de cette drogue légale.
Mais qu’importe pourvu que la majorité silencieuse ait le sentiment d’être protégée contre les gênants rebus de la société aussi insupportables que ces réfugiés clandestins qui n’ont qu’à retourner chez eux bien sûr.

Patrice Leterrier

26 Mai 2009

 

(1)     par décret du 29 novembre 1990  la vitesse est limitée à 50 km/h en agglomération et la notion de zone 30 est créée. La notion d’agglomération s’applique aussi bien sur la rase campagne qui précède l’entrée dans l’agglomération, les doubles voies de dégagement que sur le centre ville. Les véhicules n’ont évidemment pas changé depuis 18 ans!

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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 14:15

 

L

e rôle de plus en plus important des innovations et de la technologie dans le futur de nos sociétés n’est plus à démontrer.

L’illustration qu’en font l’internet et le téléphone portable ne sont que les parties émergées d’un immense iceberg qui touchent tous les domaines d’activités de l’homme et singulièrement la santé et l’énergie.

Le principe même de la démocratie suppose que les fonds publics confiés par les citoyens à l’état soient utilisés au mieux selon les souhaits des électeurs. Mais l’axiome de base est évidemment que le citoyen est éclairé, qu’il a conscience des enjeux et qu’il est capable de trancher car il comprend le sens et l’importance de son choix.

On est donc au cœur même d’un passionnant et formidable défi pour la presse qui, par sa position d’arbitre entre les pouvoirs publics, les entreprises et les lecteurs, est censé devoir apporter l’éclairage nécessaire au bon exercice de la démocratie.

On voit donc l’importance du débat sur le rôle du journaliste d’innovation dont nous parle sur son blog Francis Pisani, journaliste français indépendant  Installé depuis 1996 près de San Francisco et de la Silicon Valley. Il écrit un peu comme un appel que l’on n’espère pas désespéré: "Outre la Suède, la Finlande et la Slovénie, très avancées dans ce domaine, le Pakistan et le Mexique ont décidés de s’y mettre. A quand la France?".

Les choses se compliquent pour les journalistes quand, comme par exemple pour la finance, il n’y a pas de consensus ni sur les causes ni sur les solutions ni sur le rôle bénéfique ou au contraire toxique des technologies et des innovations. On se souvient des effets désastreux il y a quelques années de certains algorithmes de vente (ou d’achat) automatiques en deçà (ou au-delà) de certains seuils sur les places de marché. On a évidemment aussi en tête le débat sur le dos du citoyen sur la relance par l’investissement versus la relance par la consommation qui agite le microcosme politico-économique avec des arguments dont la faiblesse (de part et d’autre) fleure singulièrement le parti-pris.

Les choses deviennent carrément inextricables quand la mauvaise foi, cette fois ci des acteurs en présence, s’en mêle comme c’est malheureusement les cas pour les OGN ou encore pour les effets supposés des ondes émises par les antennes ou les téléphones portables.

Il n’empêche que la difficulté de la tâche ne doit pas décourager mais au contraire stimuler. Il n’empêche que l’extraordinaire puissance de la mise en ligne instantanée des idées et des opinions ne doit pas effrayer, empêcher la réflexion mais au contraire la nourrir. Il n’empêche qu’il est de la plus haute importance que les scientifiques reconnaissent enfin comme un devoir inséparable de leur rôle la nécessité d’informer les médiateurs que sont les journalistes spécialisés. Il n’empêche qu’il faudrait que beaucoup de nos ingénieurs trouvent dans la presse un débouché motivant pour leur carrière.

Je n’ai sûrement fait qu’effleurer le sujet. Il ne semble capital qu’il soit pris en compte par la profession de journaliste et par les pouvoirs publics pour garder au mythe de la démocratie une once de crédibilité.

Bertrand Poirot-Delpech écrivait dans le grand dadais "Les jeunes feraient sûrement moins de bêtises si on leur montrait qu'en les commettant, ils n'inventent rien".


Patrice Leterrier

22 Mai 2009

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 18:10

E

n ces temps troubles où les leaders n’ont plus la cote, les psychologues s’intéressent aux suiveurs jusqu’à inventer le mot "followership"(1) à opposer à "leadership". Faut dire qu’il y a plus de suiveurs que de leaders sur terre et qu’il n’est que justice que l’on rende enfin au suiveur ce qui est au suiveur. D’abord une évidence : il ne peut y avoir de leader que pour autant qu’ils sont capables, aptes ou en position (à vous de cocher la bonne case selon votre propre expérience personnelle) d’avoir des suiveurs.

Imaginez un leader comme Barack Obama seul, perdu sur une grande place du capitole(2). Plus aucune magie, plus aucune aura, seulement un grand américain, bronzé comme dirait Silvio Berlusconi, et au visage encore un peu adolescent. Il est vrai qu’il incarnait ce jour là plus que jamais il ne pourra le faire dans la suite de son mandat (le diable est toujours dans les détails) les qualités requises d’un leader, selon les psychologues James Kouzes et Barry Posner de l’université de Santa Clara en Californie : l’honnêteté, l’orientation vers l’avenir, la compétence et la capacité à inspirer les autres.

Mais pour être suiveur, il n’en est pas moins homme c'est-à-dire un être attaché à son libre arbitre. Bien sûr il y a les millions de bras levés en signe de soumission au leader autoproclamé, bien sûr il y a le résistant qui démontre qu’un suiveur peut changer de leader ou devenir lui-même un leader.

Selon le psychologue Boas Shamir de l’université hébraïque de Jérusalem, on peut établir une topologie du suiveur : le suiveur respectueux de la hiérarchie, le suiveur calculateur qui pense à sa carrière (il s’accroche au wagon de la réussite en quelque sorte), le suiveur sécuritaire qui ne veut pas d’ennuis (il y en avait un certain nombre durant l’occupation), le suiveur qui s’identifie au leader et enfin le suiveur qui suit parce qu’il craint le chaos(3)).

Mais au delà de cette classification peu glorieuse pour les suiveurs, on pourrait aussi retenir que sans suiveurs motivés, talentueux, imaginatifs, volontaires aucune société ne pourrait survivre. Et puis j’ai la faiblesse de penser que dans cette immense foule des suiveurs, pour la majorité d’entre eux, c’est un acte volontaire, réfléchi et sincère.

Avec les scandales des rémunérations, des parachutes dorés, des stocks options pléthoriques on aurait tendance à glorifier un peu plus les suiveurs.

Oui ! Mais voilà pour suivre il faut avoir quelqu’un à suivre. Dur métier que celui de leader avec toutes les incertitudes d’aujourd’hui mais il n’empêche que ce qui manque le plus hélas ce ne sont pas des suiveurs mais des leaders de talent.


Patrice Leterrier

21 Mai 2009

(1) http://www.mcgraw-hill.com.au/html/9781422103685.html

(2) Ci-joint un lien vers une photo impressionnante prise avec une caméra-robot de 1 474 mégapixels, soit environ 300 fois plus de puissance que les photos des appareils courant du marché. Si Pointez n’importe ou sur la photo en en utilisant la molette de la souris ou double cliquez pour l’agrandir et si vous avez la patience d’attendre quelques secondes pour la netteté, vous allez être impressionné ! http://gigapan.org/viewGigapanFullscreen.php?auth=033ef14483ee899496648c2b4b06233c

(3) de Gaulle en magicien de la communication avait parfaitement compris ce type de motivation quand il menaçait la France du chaos s’il devait partir.

 

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 17:27

 

I

l ne s’agit pas d’une préférence dans la tessiture de partitions car alors on écrirait l’homme des "dos" mais bien de ce comportement peu sociable des accrocs de l’internet (dont je crains, hélas!, faire partie).

Ces gens -en général cultivés, avenants, sociables et par ailleurs équilibrés (vous avez vu comme je me soigne)- passent plus de temps à contempler leurs écrans plats qu’à regarder par la fenêtre les merveilleux effets d’une nature en renaissance même s’ils vous diront, malhonnêtes ou aveugles, qu’ils continuent ce faisant à écouter de la belle musique et à s’intéresser avec passion à ce qui se passe dans le monde.

S’agit-il d’une conduite addictive? Le Petit Larousse nous en précise la définition: Il s’agit d’un comportement répétitif plus ou moins incoercible et nuisible à la santé (toxicomanie, alcoolisme, tabagisme, boulimie, anorexie).

Le Petit Larousse sur ordinateur se garde bien de citer l’utilisation de l’ordinateur. On ne scie pas la branche sur laquelle on s’assoit! Peut-être, à moins qu’il ne classe le mal au dos que l’on attrape immanquablement dans cette manie internautique comme un effet secondaire et non direct du trouble.

Les psychologues s’accordent pour reconnaître que "les cyberdépendants, sont des gens qui dans leurs efforts de combler un vide identificatoire, se heurtent aux obstacles souvent imaginaires, avec des combats qu’ils estiment perdus d’avance ou sans intérêts, situations qui vont engendrer inévitablement des frustrations, des phénomènes anxieux, des troubles de comportements. C’est à la recherche d’un refuge, d'une échappatoire à la réalité, que cette tendance à s’extraire au contexte réel pourrait devenir l’une des motivations intimes des conduites des cyberdépendants."(*)

On est presque rassuré en lisant cela puisqu’on y retrouve plutôt dans cette définition les acharnés des jeux vidéos ou des jeux communautaires en ligne, mais il faut se garder d’un optimisme trop grand sur la gravité du mal internautique.

Les professionnels affirment aussi que "Le point commun de ces conduites addictives c’est évidemment la perte de contrôle, la recherche de sensations et de plaisir. Dans le cas des cyberaddictifs, on assiste à une polyaddiction, somme et intrication de l’addiction à l’Internet, de l’ addiction communicationnelle, de la sexualité pathologique. "

Là encore un grand ouf de soulagement. Pour ce qui me concerne mon addiction est plus une insatiable curiosité, un soif de connaissance "danaïdienne" qu’une pathologie sexuelle (Qui sont-ce donc ces pervers sournois qui douteraient de mon assertion ?).

Quand à l’addiction communicationnelle, je reste perplexe. La difficulté, me semble-t-il, est de déterminer la frontière entre le goût du rapport à l’esprit de l’autre, qui me semble sain et même vital tant il est vrai que nous n’existons que parce que nous échangeons avec les autres, et le caractère compulsif de cette recherche de communication qui relèverait d’une pathologie sous-jacente exacerbée par l’internet.

Pour finir de me rassurer je témoigne que je peux me priver sans problème d’internet… à condition bien sûr que je le décide. Comme Cyrano dans sa célèbre tirade j’aurais tendance à détester qu’un autre, fusse un grand opérateur des télécommunications, se permettent de le faire à ma place…

D’ailleurs je commence demain!

Mais j’entends déjà ma tendre compagne : "Qu’est-ce que tu dis Patrice ? Tu parles sérieusement ? Demain tu vas encore tapoter fébrilement sur ton clavier…"

Patrice Leterrier

20 Mai 2009

 

(*) http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/toxicomanies/internet_addiction/cyberaddiction.htm
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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 15:17

C

’est bientôt l’été ! Les arbres finissent leurs fleuraisons colorées. Les magnifiques pubs de seins de rêve, de fesses sublimes, de cuisses langoureuses ou encore de galbes de mollets parfaits vont commencer à refaire leur apparition sur les murs de nos villes et sur nos petits écrans (de plus en plus immenses d’ailleurs !).

Le tour du monde de la bêtise ? Celui de la naïveté qu’on attribue aux blondes ou encore celui des femmes innombrables dans le monde qui le valent bien ?

Qu’est-ce qui fait que des produits dont il est abondamment prouvé qu’ils ne servent à rien si ce n’est à faire grossir (tiens un mot grossier?) les portefeuilles de grosses (encore!) américaines qui confient leurs bas de laine (et pas de soie…faut pas exagérer quand même…) à de très sérieux messieurs.

Ceux-ci font des panels irréprochables approuvés par les meilleurs statisticiens dont on connaît pourtant avec la crise le mauvais usage que font les hommes de leurs chiffres. Ils testent avec un sérieux de moines bouddhistes des slogans, des accroches, des messages plus ou moins subliminaux.

Ils recrutent les plus belles femmes du monde, sans la moindre émotion alors que la simple vue de certaines suffirait pour ramener la plupart des hommes à l’état de pithécanthrope ébahis sortant de sa grotte.

Ils concoctent de nouveaux produits toujours plus chers (normal puisque seul le prix rassure sur la qualité en ce domaine…) aux noms malicieusement accompagnés de références pseudo-scientifiques incompréhensibles, avec des courbes magiques de tests de laboratoire vérifiés et revérifiés (évidemment ils peuvent puisque c’est les leurs, vous les prenez pour qui ?).

Ils vont même jusqu’à utiliser le vieux stratagème des témoignages d’illustres inconnues qui nous rappellent les pubs de lessives des années 50 (Maire Denis vous avez fait école !).

Bref ils ne négligent rien pour convaincre qu’il suffit d’utiliser leurs produits miracles pour maigrir, rajeunir, bronzer, perdre sa cellulite en un mot (mais j’en ai utilisé beaucoup plus, je vous demande de m’en excuser) pour réparer des ans l’irréparable outrage où plus malin encore pour effacer ce que la nature ingrate n’a pas eu la grâce de vous donner.

Pourquoi les femmes acceptent-elles la tyrannie du corps remodelé, malmené, soumis à des normes contre nature? Pourquoi cette frénésie pour acheter des cosmétiques pour masquer les effets du temps, ou même de subir des interventions de médecine esthétique, telles des injections de substances destinées à réduire les rides?

Bien malin celui qui saurait répondre à cette question!

Et puis, rien de nouveau sous le soleil puisqu’on peut lire dans l'édition de Secrets d’Alexis le Piémontais de 1589 "Pour faire le blanchet, prends deux dragmes de dragant et le dissous avec la glaire d'un œuf bien battu, puis y ajoute demi-once de borax, avec autant de céruse et autant de camphre : et melle tout ensemble, et en fait de petites plottes plattes, et quand tu en voudras user, détrempes-en une avec eau de rose et t'en oions le visage au soir quand tu t'en vas coucher…".

Il y a aussi le secret de l’eternelle jeunesse de Diane de Poitiers, la favorite d’Henri II -dont l’épouse Catherine de Médicis n’était pas particulièrement avenante- qui nous est révélé par un admirateur indiscret qui écrivait  "Je la vis six mois avant qu'elle mourût ; sa beauté, sa grâce, sa majesté, sa belle apparence n'avaient rien perdu ; et surtout elle avait une très grande blancheur, sans se farder aucunement ; mais on dit bien, ajoute-t-il, que tous les matins elle usait de quelque bouillon, composé d'or potable et d'autres drogues."

Bon, ce n’est pas tout ça! Je vous laisse car il va falloir que j’aille me faire un masque pour rafraîchir ma peau de vieillard.


Patrice Leterrier

20 Mai 2009

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 17:26

Repas d'enfants au Sénégal (millet et lait)

 


I

var Ekeland, professeur d’économie, nous propose, dans le dernier numéro de Pour la Science daté de Juin 2009, un intéressant parallèle sur la magie des puissances de dix. Certains d’entre vous ont probablement déjà vu la vidéo de Charles and Ray Eames(1). On y voit une jeune couple américain en pique nique et l’on part pour un fantastique voyage dans l’espace qui nous amène aux confins de l’univers à 100 millions d’années-lumière de la terre en seulement 24 multiplications par dix de la distance. Il nous fait voyager ensuite dans l’infiniment petit sur la main de l’homme qui dort, dans un pore de la peau, dans une cellule, dans son noyau, dans l’ADN pour finir au bout de 16 divisions à 0,000001 ångström(2) soit la limite du vide.

Ivar Ekeland est parti du même parti pris pédagogique pour jouer avec l’euro ou le dollar selon votre culture. De 0 à 10, c’est le prix d’un café, d’un journal, d’un ticket de métro et à l’extrémité on trouve 1 milliard (puissance 9 en équivalent astronomique la terre n’est plus qu’une tête d’aiguille perdue dans le système solaire) à 100 milliards (puissance 11 c’est le système solaire qui devient un point), chiffres qui ne concernent que les grandes capitalisations boursières, les produits intérieurs bruts des pays pauvres, les budgets des ministères des états riches avec juste en son milieu (étrange revanche cynique des chiffres) le montant de l’escroquerie de Bernard Maddoff avec 50 milliards. Il y a enfin de 100 à 10 000 milliards (puissance 13 le système solaire n’est plus qu’un point dans la voie lactée) chiffres astronomiques qui ne concernent que les budgets, les produits intérieurs bruts des pays les plus riches et… les montants des plans de relance européens et américains.

Mais au fond ce qu’il y a de plus fascinant dans l’exercice proposé par ce professeur malicieux, c’est l’extraordinaire différence de ressenti du cerveau humain pour les mêmes valeurs. Les chiffres astronomiques, que l’on transforme en année-lumière(3) pour les rendre plus accessibles, nous fascinent aussi bien dans l’infiniment grand que dans l’infiniment petit. Ils soulèvent un sentiment religieux pour certains et une incroyable admiration pour la science des hommes pour beaucoup. Les chiffres concernant l’argent nous agressent, nous révoltent. Ils nous renvoient à l’image d’un effroyable gaspillage du fait de la cupidité insatiable des hommes et de l’ignorance coupable des responsables, d’autant plus coupable qu’ils prétendent agir pour notre bien, comme l’affirment sans vergogne certains patrons paternalistes et tous les politiques.

Au fond cet exercice démontre que ce qui compte pour l’esprit humain c’est la représentation des nombres et pas les nombres qui, en eux-mêmes, n’évoquent rien. Puisqu’on en est à citer des chiffres comment oublier que près d’un milliard d’humains (plus de 800 millions) souffrent de la faim dans le monde…Mais qu’est-ce qu’un milliard au regard du grand gâchis de la finance mondiale!


Patrice Leterrier

19 Mai 2009

 

(1) http://www.koreus.com/video/powers-of-10.html#

(2) L’ångström vaut 10 milliardièmes de mètre.

(3) l’année lumière vaut 9 461 milliards de km

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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 14:28

 


Q

uelque part aux Etats-Unis des banques peu regardantes sur la solvabilité de leurs clients aux conditions modestes prêtaient sans précaution. Comme toujours l’optimisme poussait les banques à penser que les tendances constatées sur le marché immobilier et sur le nombre de défauts de paiement se maintiendraient. Ils étaient d’ailleurs largement bénis par les autorités de contrôles qui ont laissé un virus à retardement infecter des fonds, dont la vocation était de garantir une sécurité absolue, avec la titrisation massive des risques bancaires.

Les ingrédients étaient là: des banquiers cupides, des autorités de régulations laxistes ou dépassées et des investisseurs crédules. Les ingrédients d’une pandémie financière totalement imprévisible pour ceux qui n’ont pas retenu la magistrale leçon donnée par Benoît Mandelbrot et Richard L. Hudson dans leur ouvrage "une approche fractale des marchés"(*). Comme le virus de la grippe, mais sur une durée beaucoup plus longue, il y a une période d’incubation au bout de laquelle le virus "subprime" se réveille et provoque une fièvre financière gigantesque et mondiale.

On se souvient aussi des déclarations lénifiantes des autorités affirmant que la crise ne pourrait atteindre les banques françaises car le système bancaire français était protégé de ces excès (un peu comme du nuage radioactif de Tchernobyl). La locataire de Bercy affirmait avec une franche sérénité en novembre 2007 qu'il n'y avait "pas de raisons de penser qu'on aura un effet sur l'économie réelle française".   En pythie décidément inspirée, elle déclarait en Juin 2008 "le gros de la crise est derrière nous". On connait trop la suite…

La grippe A(H1N1) a les mêmes caractéristiques contagieuses pour la santé que le virus "subprime" pour les fonds de placement. Mais elle a un handicap considérable sur lui. Elle est prise au sérieux (certains trouvent trop) par les autorités dès son apparition. Celles-ci ont un plan mondial et des déclinaisons nationales pour parer à une éventuelle pandémie. La première vague du virus paraît peu virulente mais l’expérience des grandes épidémies comme celle de 1918 nous apprend que les répliques sont souvent moins innocentes.

Les deux pandémies ont en commun la capacité de déclencher la panique. Cette panique vient de manière imprévue relier les deux phénomènes puisqu’elle alimente la crise financière en la rendant encore plus grave dans une espèce de spirale infernale.

Le virus "subprime" avait fini, en dépit des propos rassurants des économistes, par atteindre l’économie dite "réelle" en provoquant une récession d’une ampleur incroyable sans raison structurelle.

La grippe en rendant les voyages potentiellement dangereux conduit les candidats au tourisme à rester chez eux, tétanisés, le masque collé au visage par peur de contagion. Ce reflexe entraîne une amplification de la crise mondiale sur l’industrie du tourisme, déjà bien secouée par la crise économique.

L’Institut Pasteur serait redevable d’un prix Nobel spécial s’il découvrait un vaccin contre la peur "panurgienne" des populations habituées à entendre des messages rassurants et attendant tout de l’état providence.


Patrice Leterrier

18 Mai 2008

(*) Disponible dans une nouvelle édition chez Odile Jacob

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 12:01


E

t bien oui, ils l’ont fait !

La France a été "kaasé" à l’Eurovision!

Pourtant, depuis Jacques Brel, on a rarement mieux chanté l'amour que Patricia dans cette magnifique chanson.

Et s’il fallait le faire

Et bien elle, elle l’a fait et magistralement ! Elle a chanté de sa voix inimitable, avec sa sensibilité à fleur de peau, sans crier, sans trémolo inutile, sans accroche vulgaire pour flatter le public, sans maquillage outrancier, sans paillette, sans strass, sans danseurs inutiles bourdonnant comme des guêpes autour d’elle, sans jambe en l’air, grand écart, sans pirouette ou cabriole, sans tenue indécente, sans feu d’artifice pour combler le vide, sans incendie sur scène. Sa beauté sculpturale pour seule parure, drapée dans un fourreau bleu nuit, seule sur la scène comme Edith Piaf, avec pour partenaires la musique de Fred Blondin et les paroles d’Anse Lazio. De la chanson tout simplement :

S’il fallait le faire

J’arrêterais la Terre

J’éteindrais la lumière

Que tu restes endormi

Et s’il fallait le faire

Afficher sans vergogne combinatione, compromis politique, cirque, acrobaties, paillettes de music Hall, tenues dénudées, artifices en tout genre. Ils ont osé le faire pour détourner les téléspectateurs de l’essentiel: les paroles, la musique et l’interprétation. Ca s’appelle la chanson, je crois.

Et s’il fallait le faire

Beaucoup de cris et si peu de chuchotements, beaucoup d’orchestration et si peu de musique, beaucoup de spectacle et si peu d’interprétation.

Et s’il fallait le faire

Au fait, fallait-il vraiment le faire ce grand prix Eurovision de la chanson?

Et s’il fallait le faire

Bravo quand même au jeune vainqueur norvégien Alexander Rybak qui resplendit de fraicheur et de talent son violon sur l’épaule.

Et s’il fallait le faire

Pourquoi Patricia Kaas est-elle venue se perdre dans ce barnum géant?

Excès d’orgueil, promotion de son dernier spectacle ou encore tout simplement une envie de chanter pour la France :

Elle, la petite lorraine native de Forbach, fille d’une mère d’origine allemande et d’une "gueule noire",

Elle qui a passé sa prime jeunesse dans une famille de sept enfants, à Stiring-Wendel, ville frontalière où se parle "le Platt" un dialecte allemand.

Alors le français, elle le bichonne, elle le soigne, elle le susurre à nos oreilles avec tant d’émotion.

Et s’il fallait le faire ?

Il fallait ! Tu l’as fait !


Patrice Leterrier

17 Mai 2008

 

http://www.dailymotion.com/video/x9b2zn_eurovision-france-2009-finale-patri_music

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