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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 12:06

Averroès

L

a citation complète est "Celui qui abandonne son foyer pour se mettre en quête du savoir suit la voie de Dieu…L’encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr".

Elle est forcément allégorique. Les martyrs ne peuvent être assimilés aux héros ni aux patriotes ni même à ceux qui payèrent de leur vie leurs convictions. Il s’agit plus probablement dans l’esprit du prophète de fanatiques refusant l’enseignement des sciences et prêts à se sacrifier pour faire triompher leur cause.

Au lendemain des cérémonies commémoratives du sacrifice de nos soldats et de nos alliés pour libérer l’Europe du joug nazi, il serait particulièrement mal venu de négliger le rôle de tous les héros la plupart du temps inconnus qui ont donné leur vie pour notre liberté.

Mais il est tout de même remarquable de pouvoir citer un tel texte venant d’une religion qui n’est trop souvent vue aujourd’hui qu’à travers ses intégristes fanatiques.

Au fond le sens premier de cette maxime est de consacrer la recherche obstinée de la compréhension du monde par la raison comme une attitude éminemment respectable du point de vue de la foi.

Quel plus bel exemple de cette tradition peut-on donner que celui d’Abu al-Walid Mohamed Ibn Ahmed Ibn Mohamed al-Andalusi plus connu sous son nom latinisé d’Averroès ?

Sa mémoire a été brillamment illustrée dans le Film "le Destin" de Youssef Chahine, comme symbole de la lutte contre toutes les formes d’intégrisme.

Né à Cordoue en Andalousie, il vécut au 12ème siècle. Il étudia, comme souvent à l’époque, à la fois la physique, la médecine, l’astrologie, la philosophie et les mathématiques. Il occupa plusieurs hautes fonctions : cadi de Séville (1169), grand cadi de Cordoue (1171), premier médecin à la cour du calife Abú Yaqub Yusuf (1182).

C'est en 929 que l'émir Abd al-Rahmān III rendit l'Andalousie indépendante de Bagdad pour former le califat de Cordoue. C’est à partir de cette époque qu’y fut constituée la troisième grande bibliothèque du monde islamique, comparable à celle qui jadis avait fait la réputation d'Alexandrie.

Cordoue, était à l’époque d’Averroès une ville de tolérance, de confluence des cultures, d'harmonie réussie entre musulmans, juifs et catholiques, lieu de sagesse, et l’un des deux pôles de la médecine arabe avec Bagdad.

Averroès fût un grand médecin et son traité le Colliget lui apporta une grande renommée. Il sera traduit en latin prés d’un siècle plus tard et enseigné en Europe jusqu'au XVIIIème siècle.

Mais Averroès est aujourd’hui surtout connu pour ses commentaires sur Aristote dont il chercha à retrouver le sens originel des écrits.

Averroès séparait radicalement raison et foi. Il considérait que la philosophie d’Aristote et la révélation coranique étaient deux expressions différentes de la vérité : "le vrai ne peut contredire le vrai".

A vouloir libérer la pensée musulmane de la double emprise du juridisme trop étroit et d'une théologie faussement spéculative, il se heurta aux tenants d'une orthodoxie religieuse étroite de la religion musulmane. Il tomba en disgrâce à l'âge de 71 ans et dut fuir et vivre dans la misère et la clandestinité. Ses livres philosophiques sont brûlés à Séville et Marrakech. Il est finalement réhabilité et rappelé à Marrakech un an plus tard, où il meurt en 1198.

Les principes d’Averroès, considérés comme dangereux parce qu'ils contredisaient la doctrine de l'immortalité personnelle, seront aussi condamnés par l'évêque de Paris en 1270, puis par le pape Léon X en 1513.

Les écrits d’Averroès jouèrent un rôle essentiel dans la redécouverte d’Aristote par l’occident. Sa pensée s’inscrit dans la grande tradition de l’humanisme scientifique qui refuse la lecture intégriste des textes sacrés pour rechercher la vérité scientifique. Elle existe encore de nos jours, avec les créationnistes par exemple.

En matière médicale, on peut aussi souligner que les hypothèses actuelles de l’articulation entre les neurosciences et la psychologie cognitive se retrouvent en grande partie dans la théorie de l’intelligence d'Averroès

L’histoire d’Averroès éclaire à la fois la lutte du savoir contre l’obscurantisme religieux mais aussi la liberté de ton et de pensée qui pouvait se développer dans les foyers scientifiques et philosophiques qui irriguaient de leurs connaissances l’immense empire des maîtres de l’époque qui s’étendait de la Perse, l'Egypte, le Maghreb jusqu’en Espagne.

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 21:18


L

es uns sont aux anges n’espérant pas de tels résultats, les autres font grise mine assommés par leurs défaites. Le moindre qu’on puisse dire c’est que les résultats des européennes bousculent les positions politiques en France.

La question qui secoue aujourd’hui les journalistes et les hommes politiques est de savoir si le succès d’Europe Ecologie est un effet secondaire de la médiacratie avec la diffusion d’Home ou s’il ne faut pas plus simplement expliquer le succès de ce reportage par l’intérêt grandissant des français pour l’écologie ?

Peut-être que tout simplement ces résultats récompensent ceux qui ont parlé essentiellement d’Europe et d’écologie pendant cette campagne.

Peut-être aussi, comme le fait remarquer Jean Marie Colombani sur slate.fr "C'est une certaine façon une logique de situation : l'Europe est aux avant-postes des politiques menées contre le réchauffement climatique, comme elle est à l'origine de nombreuses décisions inspirées par le souci de la protection de l'environnement."

Le message que l’on peut aussi lire à travers ce résultat c’est que les français ont enfin pris la mesure des enjeux environnementaux pour l’avenir de la planète c'est-à-dire l’avenir d’abord des générations futures. La maison brûle et les français ont peut-être fini de regarder ailleurs.

Il n’est que temps diront les plus engagés, c’est tout simplement le moment diront d’autres constatant que, malgré le record d’abstentions, la démocratie finit toujours par rejoindre le mouvement de l’histoire.

C’est sûrement grâce à une prise de conscience collective à laquelle, sans enlever aux militants le mérite de leurs actions, les entretiens de Grenelle, les films de Yann Arthus-Bertrand et de Nicolas Hulot mais également les déclarations d’hommes politiques comme Al Gore, de savants respectés comme Hubert Rives et bien d’autres ont forcément contribué.

Cécile Dumas sur le site Science et avenir du Nouvel Obs nous apprend que des petits singes capucins sud-américains utiliseraient de faux cris d’alerte pour faire fuir leurs congénères et récupérer la nourriture. Reste à savoir, conclut-elle, si ce comportement est intentionnel. Autrement dit : profitent-ils des effets de leurs cris d’alarme lancés à tort, peut-être sous l’effet du stress, pour prendre leur part du festin, ou trompent-ils sciemment leurs congénères ?

Il ne faudrait pas que de petits apprentis sorciers, imitant nos cousins simiesques, jouent inconsidérément avec les grands défis environnementaux, écologiques et humains comme la faim dans le monde et les épidémies.

Il ne faudrait pas que voulant s’attirer les bonnes grâces des électeurs ils brandissent comme les singes capucins des dangers imaginaires ou simplement exagérés pour écarter leurs adversaires politiques car alors le souffle si porteur de cette prise de conscience se retournerait contre eux.

Car un autre enseignement de cette élection est incontestablement que lorsque l’on parle directement et sérieusement des questions posées, quand on ne prend pas l’électeur en otage d’ambitions certes respectables mais sans rapport avec l’élection, les citoyens savent dire aux politiques qu’ils veulent que les choses changent et qu’on respecte un peu plus notre bonne vieille terre.

Qui pourrait se plaindre de cette bonne nouvelle ?


Patrice Leterrier

8 juin 2009

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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 14:40

L’Astrolabe

F

aut-il attendre le 21ème siècle et une splendide exposition, qui s’est tenue à l’Institut du Monde Arabe à Paris en 2006, en partie reprise actuellement aux archives et bibliothèques départementales Gaston Defferre à Marseille pour en finir avec l’incroyable autisme historique qui domine en France sur l’épopée Arabe qui se déroula du VIIème au XIème siècle!

Les livres d’histoire nous apprennent que le grand-père de Charlemagne, Charles Martel, duc d'Austrasie, maire du palais et souverain de facto du royaume des Francs arrêta l’invasion des armées omeyyades de l’Emir d'Al-Andalus Abd el Rahman à Poitiers le 25 Octobre 732 !

Rien sur l’extraordinaire conquête des musulmans qui s’emparèrent de 632 à 750 d’un immense territoire qui allait de la frontière chinoise à l’Espagne.

Rien sur les dizaines de foyers scientifiques qui permirent à la science arabe de faire la synthèse des connaissances notamment hellénistiques, mésopotamiennes et indiennes à travers un incroyable travail de traductions et d’interprétations fructueuses.

Rien sur le rôle de l’Islam dans cette soif de connaissance. Pour preuve, parmi d’autres, cette phrase que l’on trouve dans l’Hadith du prophète : "l’encre du savant est plus sacré que le sang des martyrs". Quel contraste avec le procès fait à Galilée en 1633 par l’inquisition pour avoir osé reprendre les thèses de Nicolas Copernic qui, ayant à sa disposition les connaissances des arabes issues de l'observation à Bagdad, en Égypte et en Espagne, eut l’intuition géniale de la conception héliocentrique du monde.

Rien non plus sur les apports de scientifiques arabophones de toutes origines qui prospéraient dans les foyers entretenus par les califes où l’on pouvait trouver des hôpitaux, des bibliothèques, des établissements d’enseignement. On leur doit en particulier l’algèbre, la trigonométrie et la science du temps.

Tout le monde (ou presque) connait Ptolémée, mais qui se souvient du théologien chiite iranien Nasir al-Din al-Tusi, fondateur au 13ème siècle de la trigonométrie et auteur de tables extrêmement précises du mouvement des planètes qui furent reprises en 1652 à Londres par Greaves pour publier la Table des longitudes et des latitudes.

Qui n’a pas appris le théorème de Pythagore, mais qui parle encore de Muhammad Al-Khwârîzmî, ce mulsuman arabophone d’origine perse du 9ème siècle, à qui nous devons rien de moins que notre système décimal de numération, et deux mots fondamentaux dans le vocabulaire des mathématiques, celui d'algorithme et celui d'algèbre ?

Rien que la célébration d’un héros Charles Martel arrêtant des envahisseurs détruisant tout sur leurs passages à Poitiers.

Mais quoi d’étonnant alors qu’on apprenait encore il n’y a pas si longtemps (et en particulier de mon temps…) aux petits français mais aussi aux petits africains, aux antillais, aux guadeloupéens et autres réunionnais que "nos ancêtres les gaulois" n’avaient peur que d’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête… On occultait ainsi à des générations de bambins un peu incrédules le rôle capital des romains, des saxons, des Wisigoths, des arabes et d’autres civilisations et cultures dans notre héritage.

La Renaissance en Europe s’inscrivit dans un continuum avec l’extraordinaire aventure scientifique de la culture arabe et non comme une révolution ex nihilo. Elle apporta un renouveau extraordinaire en art et en science malgré les efforts de l’inquisition. Elle ne fut rendue possible, comme l’aventure de la science arabe, que par le soutien de princes éclairés qui favorisèrent ce renouveau et le financèrent.

En ce deux-centième anniversaire de la naissance de Charles Darwin, on pourrait peut-être un peu plus célébrer ce que notre civilisation et notre culture doivent à la diversité.

On pourrait aussi investir et espérer d’avantage de cette diversité culturelle, ethnique et religieuse qui peut nous apporter tant pour notre avenir, celui de nos enfants et pour certains de nos petits-enfants.

On y gagnerait à coup sûr plus de tolérance et de compréhension des différences qui font la richesse de notre patrimoine.


Patrice Leterrier

7 juin 2009

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 14:44


O

n prétend que l'homme serait la seule espèce animale dont les membres sont capables de rendre systématiquement service à leurs congénères sans en attendre pour autant un retour, une récompense.

Depuis Charles Darwin, dont on fête cette année le bicentenaire de la naissance, il est une croyance forte que les caractéristiques génétiques et les comportements dominants sont ceux qui favorisent la conservation des espèces.

Il était donc naturel pour le chercheur américain Sam Bowles de rechercher les origines de cet altruisme alors que tout pousse sur la plan individuel à favoriser l’égoïsme sur l’altruisme. Quelle est alors l'origine de cet altruisme ?

Le chercheur fait l’hypothèse que l'altruisme est une conséquence directe de la logique guerrière. Il semble qu’en effet autant l’égoïsme est largement gagnant à titre individuel sur l’altruiste, autant un groupe d’altruistes aura toujours le dessus en cas de conflit sur un groupe d’individus ne pensant qu’à leurs propres survies. Les conclusions de cette étude, obtenues à l'aide de simulations informatiques, réprouvent les théories qui font de l'égoïste l'être humain le moins fragile en cas de conflit.

L’altruisme serait donc le comportement le plus adéquat pour assurer la sereine pérennité de l’espèce humaine.
Comme il serait bénéfique pour l’humanité que les hommes méditent ce fait anthropologique !
Au lieu de nous recroqueviller sur nos petits avantages et privilèges, qui sont forcément le résultat d’un déséquilibre ailleurs car l’entropie globale impose sa loi, il nous faudrait retrouver les comportements qui tiennent compte des autres car ils sont les seuls capables de sauvegarder l’espèce humaine.
Altruisme donc ! Altruisme d’abord entre tous les hommes et femmes de la terre pour que cesse le scandale de la faim dans le monde et des épidémies qui ravagent encore notre planète.
Altruisme et tolérance pour respecter les religions, les traditions, les manières de vivre en pensant à ce qu’ils peuvent nous apporter au lieu de les combattre au nom de je ne sais quel reflexe de repli dicté par la peur de l’autre.
Altruisme au sein de notre société pour que cesse la violence et la répression envers les minorités au nom de la sécurité des citoyens et singulièrement envers les plus démunis comme par exemple ces jeunes en errance abandonnés à la régression tribale par une société coupable de cette désocialisation massive.
Altruisme enfin envers les générations futures pour que cesse la destruction de moins en moins lente de notre environnement. "La maison brûle et nous regardons ailleurs" disait Jacques Chirac le 2 septembre 2002 à Johannesburg. Depuis l’incendie n’a fait que croître et embellir alors que nous savons que la poursuite de nos comportements irresponsables nous conduit à notre ruine.
Au fond même notre égoïsme naturel devrait aussi nous pousser à l’altruisme car, sans ces efforts possibles et urgents, le monde deviendra plus difficile à vivre pour les privilégiés face à l’altruisme probable des hommes désespérant dans l’homme et réclamant leur juste part des richesses du monde.
Les sceptiques hausseront les épaules et se diront c’est un rêveur ! Saint-Exupéry disait "Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve".


Patrice Leterrier

6 juin 2009

 

(1) l’homme est un loup pour l’homme Plaute
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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 15:03


A

 la veille des élections européennes qui vont probablement battre un record d’abstention, on peut s’interroger sur le décalage grandissant entre le débat incroyablement animé sur le web et le désintérêt apparent des électeurs pour les urnes.

Bien sûr il y a la preuve avec les dernières élections présidentielles que les électeurs sont capables de se mobiliser lorsque l’enjeu de l’élection paraît clair et en rapport direct avec leurs préoccupations.

Mais n’y a-t-il pas aussi dans cette désaffection la marque d’un décalage grandissant entre les attentes des citoyens en matière d’actions publiques et les moyens utilisés pour l’expression de la vox populi ?

Nous vivons dans le monde de la surinformation, de l’instantanéité, de la relation directe, du multimédia.

Pourtant nous continuons à mettre des bulletins de vote dans des urnes et à attendre 5 ans pour juger le bilan des politiques.

Nous sommes bien sûr incapables de le faire d’abord parce qu’il n’a évidemment plus rien à voir avec les promesses de campagne faites 5 ans plus tôt et ensuite parce qu’aucune traçabilité nous permet d’apprécier réellement l’usage fait de l’argent confié par les citoyens aux pouvoirs politiques, qu’ils soient européen, nationale, régionale ou même local pour les maires.

Il n’y a d’ailleurs rien de choquant que les promesses de campagne ne soient pas tenues. C’est même en quelque sorte rassurant, vu la vitesse à laquelle les choses changent.

Entre deux élections, avec une mauvaise foi qui n’a pas de camps, les hommes et femmes (gaffe au MLF…) politiques s’étripent régulièrement devant les caméras de télévision, transformant ainsi la démocratie en une véritable médiacratie où l’apparence, le bon mot, la formule cinglante, l’attitude sont les principaux critères de jugement.

Les plus modernes d’entre eux lancent des blogs, des sites, des forums pour faire dans le vent. On y retrouve la même mauvaise foi, le même parti-pris que dans les traditionnelles harangues publiques.

Il ne s’agit pas d’éclairer le citoyen mais seulement de faire du prosélytisme visant à cultiver les frustrations des électeurs (opposition) ou à vanter outrageusement les réalisations (majorité) pour s’attirer leurs votes.

Décidément il serait grand temps que l’on se penche un peu plus globalement et avec sérieux sur le nouveau paradigme démocratique à construire au XXIème siècle - en respectant bien sûr les fondements de la représentativité - mais en intégrant enfin les formidables moyens d’interaction et de traçabilité de l’action publique qu’offre le net.

On pourrait par exemple promouvoir une sorte de webocratie interactive qui permettrait tout simplement d’intervenir dans le débat en continu, de poser des questions d’actualité autrement que par la forme compassée des séances à l’assemblée nationale et surtout d’observer une vigilance de tous les instants sur les réalisations des engagements pris en chargeant des experts indépendants de l’audit permanent de l’action publique.

Elle pousserait peut-être aussi les dirigeants à plus de respect des électeurs en les obligeant à justifier, arguments et chiffres à l’appui, leurs actions avec le risque cinglant d’être pris en défaut par des auditeurs neutres et incorruptibles.

Ainsi les promesses n’engageraient plus seulement ceux qui les écoutent mais bel et bien ceux qui les font.

Ainsi aucun homme (ou femme pas de faiblesse..) politique ne pourrait se prétendre responsable mais pas coupable.

Ainsi on en finirait peut-être avec ces anathèmes chiffrés spécialités surannées des politiques (j’ai trouvé la parade..) pour s’invectiver devant les caméras laissant les électeurs bien incapables de démêler le vrai du faux, le grain de l’ivraie, l’or de la gangue.

Ainsi, sans que la démocratie ne devienne une girouette otage de sondages, la vie politique pourrait redevenir au quotidien l’affaire de tous en toute transparence.


Patrice Leterrier

5 juin 2009

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 20:24


B

arak Obama, s’exprimant à l'université du Caire devant près de 3 000 invités, a déclaré que "le cycle de la méfiance et de la discorde devait s'achever" et que le nouveau départ devait être fondé "sur cette vérité que l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas".

Les analyses fusent. On peut lire par exemple "l’erreur du Caire" sous la plume de Lee Smith(1) et à l’opposé "le pouvoir des idées" selon Jean-Marie Colombani.

Les congratulations des chancelleries sont presqu’unanimes, y compris celle d’Israël qui déclare espérer que ce discours "conduira de facto à une nouvelle réconciliation entre le monde arabo-musulman et Israël".

La France, pour sa part, salue sous la plume du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Eric Chevallier, ce discours en déclarant : "Il montre des Etats-Unis d'Amérique résolument tournés vers le dialogue, la tolérance, le respect mutuel, le refus de toute perspective de tensions entre cultures, entre civilisations".

Il y a donc un consensus pour interpréter ce discours comme la volonté nouvelle affichée par le Président américain d’ouvrir une nouvelle ère entre les musulmans et les Etats-Unis en tournant résolument le dos à la croisade entre les forces du bien et du mal de son prédécesseur.

La formulation est clairement ambigüe (ça c’est un vrai oxymore…) dans la mesure où il est bien difficile d’identifier politiquement le monde musulman sauf à le restreindre de façon caricaturale aux états islamiques ou organisations islamistes. Ce n’est en tout cas sûrement pas une marque de faiblesse face aux tenants du radicalisme anti-américain comme Al Qaïda qui, la veille de l’arrivée de Barak Obama en Arabie Saoudite, dénonçait les "messages de sang" laissés derrière eux par les militaires américains.

Mais au fond, plus que de savoir si Barak Obama a les moyens de ses ambitions diplomatiques, ce qui ressort d’abord et éclate aux visages des commentateurs c’est l’incroyable liberté de ton et la modernité du discours de Barak Obama.

C’est le même homme qui brave sans arrière pensée le puissant lobby juif en tenant tête fermement face à Israël.

C’est le même homme qui ose sans complexe ouvrir le voile sur les pratiques inavouables de son prédécesseur dans le camp de Guantanamo.

C’est aussi celui qui critique qu'un pays occidental (suivez mon regard…) "dicte les vêtements" qu'une musulmane "doit porter", ajoutant en affirmant qu'"on ne doit pas dissimuler l'hostilité envers une religion devant le faux semblant du libéralisme".

Sans tomber dans l’Obamania délirante et un peu romantique qui suivit son élection, on ne peut que se réjouir de la liberté de ton et de l’engagement du président américain pour diminuer les tensions entre l’occident et le monde musulman, si ce mot a un sens depuis la disparition du dernier califat définitivement aboli par Mustafa Kemal Atatürk le 3 mars 1924.

Il n’est d’ailleurs que voir les recherches et réflexions menées par son entourage sur la mise en place des sites présidentiels sur internet. On peut y voir clairement la volonté de s’éloigner du style compassé des communiqués de “relations publiques” et d’adopter un ton plus personnel, plus direct, plus "Web 2.0".


Patrice Leterrier

4 juin 2009

 

(1) Lee Smith est membre du Hudson Institute de Washington.

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 13:55


T

éléphone portable, SMS, MMS, Messagerie classique, tchat, blog, Facebook, Twitter, Flickr, MSM, Skype, bientôt Google Wave et j’en passe.

Les moyens de communications sur internet et téléphone portable (souvent réunis en un même espace avec les iphones et autres blackberries) se multiplient beaucoup plus vite que notre capacité à les maîtriser.

On s’extasie devant la magie de la technologie, on vante la disparition des frontières, des fuseaux horaires, des classes sociales. On apprécie le mélange des cultures, la disparition des préjugés, la liberté de ton, etc…

Mais on s’esquinte aussi les yeux en déchiffrant de minuscules écrans tout en tapotant maladroitement sur des claviers minuscules, on écoute sur des téléphones lilliputiens de la musique nasillarde qui nous ramène au temps des premiers transistors. On épure jusqu’à la caricature les échanges, on baigne dans un flot de banalités, d’échanges convenus et de raccourcis déformants.

Que dire de l’abandon presque total de toute notion de langue châtiée ? Quel plaisir pourtant de lire ces belles phrases bien balancées, ces figures de styles (allitération, assonance, ellipse, emphase, euphémisme, hyperbole, litote, métaphore, oxymore et bien d’autres), ces expressions ciselées de nuances subtiles pour exprimer les sentiments, ces descriptions chatoyantes de paysage de rêve, ces éclairs d’humour décapant au coin d’une page,… Que dire aussi de l’abandon de l’orthographe avec lequel je me bats sans cesse sans pour autant renoncer à le respecter ?

Il ne s’agit pas de ma part d’une nostalgie amère qui trahirait mon âge canonique ! Il y a bien sûr plein d’aspects positifs dans cette révolution médiatique qui nous met en permanence en contact avec l’autre et avec l’information, sans biais ni censure. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que, selon Reporters sans frontières, la Chine a bloqué mardi l'accès à Twitter, Flickr et d'autres sites internet, à la veille de la commémoration du vingtième anniversaire de la répression de la place Tiananmen.

Certains d’entre nous (dont je crains faire partie) passent de plus en plus de temps devant leurs écrans plats à déchiffrer une information multimédia perdue dans un immense nuage de bruits. Il est bien difficile d’extraire l’or de cette gangue épaisse. Ne dit-on pas aussi que trop d’information tue l’information ? Mais n’oublie-t-on pas un peu vite, avec cette sentencieuse maxime, que l’information libre, débridée, surabondante est le signe incontestable qu’il reste encore un espace de liberté individuelle ? Il est de plus en plus indispensable de pouvoir se faire son opinion dans ce monde terriblement formaté par la médiacratie envahissante.

Doit-on craindre aussi que trop de communication tue la communication ? Sûrement si ces nouveaux moyens se substituaient à d’autres formes d’échanges plus traditionnelles. La Croix.fr publie un reportage sympathique intitulé "le temps joyeux des cousinades" qui apporte un éclairage rassurant sur ce point.

Pour ma part j’ai plutôt l’impression que cette gabegie de communication incite plutôt à plus de contacts qu’à les remplacer.

Il y a bien sûr les dangers de la supercherie sur l’identité réelle masquée derrière un avatar virtuel.

Mais il y a aussi de vraies rencontres qui peuvent se poursuivre au delà du net autour d’un partage qui peut s’appeler une rencontre, un concert, un spectacle, une conférence, une fête de famille, un anniversaire, …

Alors ne soyons pas esclaves de nos outils mais ne les remisons pas pour autant puisqu’ils élargissent notre champs social et culturel.

L’outil n’a jamais d’intention. Il peut servir le pire mais aussi le meilleur.


Patrice Leterrier

3 juin 2009

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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 18:04


S

elon le Bureau d'Archives des Accidents Aéronautiques de Genève, il y a eu 149 accidents d’avion en 2008 (contre 139 en 2007) et 879 morts (968 en 2007). Ces chiffres sont à comparer avec ceux des accidents de la route qui tuent chaque année dans le monde plus d’un million de personnes et en blessent 40 fois plus avec les conséquences dramatiques que l’on connaît (tétra et paraplégiques, traumatisme cérébraux irréversibles, etc..)

L’accident dramatique de l’Airbus d’Air France aujourd’hui, avec 228 disparus, est le plus meurtrier depuis 2003 (crash d’un Ilyushin II-76 iranien avec 275 victimes). Pour Airbus la dernière catastrophe meurtrière remonte à l’accident d’un Airbus A320 de la compagnie brésilienne TAM Linahs Aereas qui s'était écrasé le mardi 17 juillet 2007 vers 18h50 contre un hangar et un dépôt de carburant après un atterrissage raté à Sao Paulo faisant 187 victimes.

Sur le site de l’Onera (l’Office national d'études et recherches aérospatiales) on peut lire : "les avions de lignes sont foudroyés, en moyenne, une fois toutes les 1000 heures de vol. Ce phénomène est pris en compte dans la conception des avions, dont la structure en matériaux composites constitue un écran imparfait, afin de protéger les commandes électriques de vol et les équipements. Les chercheurs étudient la phénoménologie de la foudre, et les conditions du déclenchement du coup de foudre par l'aéronef".

Les photos d’avions foudroyés confirment en général ces paroles rassurantes d’experts. Nous étions donc nombreux à nous croire en parfaite sécurité, protégés par les découvertes scientifiques de Monsieur Michael Faraday dans les aéronefs ultramodernes qui font la gloire de l’industrie aéronautique européenne.

On voyait les victimes de tels incidents un peu sonnées mais généralement quittes pour une bonne frayeur comme dans l’accident de l’ATR 72 d’Airliner le 7 février dernier à Clermont-Ferrand.

Alors que s’est-il passé pour qu’un avion réputé comme l’un des plus sûrs du monde (aucun crash enregistré dans les 66 accidents les plus meurtriers enregistrés par le BAAA depuis 29 ans) disparaisse sans autre cause que des conditions atmosphériques détestables ?

Le communiqué laconique de la compagnie indique : "L'appareil de type Airbus A330-200, immatriculé F-GZCP, a quitté Rio le 31 mai à 19 h 03 heure locale (00 h 03 heure de Paris). L'appareil a traversé une zone orageuse avec fortes turbulences à 2 heures du matin (heure universelle), soit 4 heures, heure de Paris. Un message automatique a été reçu à 2 h 14 (4h14 heure de Paris) indiquant une panne de circuit électrique dans une zone éloignée de la côte". Ce qui est troublant dans cette affaire c’est que, selon François Brousse, directeur de la communication d'Air France, l'hypothèse la "plus vraisemblable" est que l'Airbus A330 disparu "a été foudroyé". Alors comment croire les experts ?

Bien sûr les incroyables progrès réalisés en matière de sécurité aérienne ne sont pas remis en cause par cet accident puisque, malgré l’augmentation spectaculaire du trafic aérien ces dernières décennies, le nombre d’accidents reste anecdotique au regard du nombre de personnes transportées (même si les crashs sont toujours des drames spectaculaires).

Mais à force de vouloir rassurer à tout prix le public sur la fiabilité des aéronefs modernes ne finit-on pas par éluder les risques, certes minimes mais existants, et se faisant par décrédibiliser l’ensemble des informations sur la sécurité ?

La sécurité est le résultat d’un combat permanent et ne doit pas être considérée comme définitivement acquise pas plus en matière de transport aérien que dans d’autres domaines.

Il y a d‘ailleurs cette détestable tendance des constructeurs à toujours chercher d’abord à mettre les avions hors de cause alors qu’ils devraient plutôt chercher et chercher encore ce qui peut être fait pour éviter de nouveaux accidents. On comprend leur soucis des retombées négatives d’un aveu de culpabilité, mais ne se décrédibilisent pas plus par cette attitude autiste plutôt que de reconnaître qu’ils doivent sans cesse améliorer la sécurité à bord de leurs avions ?


Patrice Leterrier

1 juin 2009

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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 15:04

 

D

ans l’indifférence générale s’approche inexorablement la date des élections européennes. Elles s’annoncent comme une gifle magistrale au monde politique, incapable de mobiliser l’électorat sur ce sujet. Selon le dernier sondage de TNS-Sofres 56% des personnes interrogées ne s’intéressent pas à ces élections.

Peut-on vraiment s’étonner de cette soudaine désaffection de l’électorat pour la politique alors qu’il s’était massivement mobilisé pour l’élection présidentielle, il y a tout juste deux ans, avec prés de 84% de votants ?

Certes les responsabilités des députés européens et leurs rôles n’est pas une évidence pour la plupart des français. Certes l’Europe n’arrive pas à sortir de son image d’un immense système technocratique et de censeur sourcilleux. C’est d’ailleurs ce rejet de l’Europe qui fait le fond de commerce des souverainistes.

Mais peut-on pour autant ignorer le délabrement du système politique en France ?

Pendant que Martine, Ségolène, Bertrand, Benoît et les autres se font de grands sourires en public et se déchirent en coulisse, le parti socialiste semble s’enferrer dans une opposition primaire au président et une gêne de plus en plus visible, coincé entre le trublion Besancenot et le sphinx Bayrou. Seul Dominique Strauss-Kahn, qui semble attendre son heure, vient donner une leçon de "realpolitik" à ses anciens amis à la télévision française.

François Bayrou, quant à lui, fait cavalier seul surfant dans les médias sur son "antisarkozisme" pamphlétaire avec pour seule stratégie la présidentielle de 2012. Il se garde bien comme l’analyse la Croix de dévoiler ses projets de peur de perdre ses admirateurs de droite ou de décevoir ses sympathisants de gauche. Il lui faudra pourtant bien un jour nous dire ses arrières pensés.

Quant à Olivier Besancenot, il veut mettre l’incendie dans la maison rien que pour le plaisir d’admirer les cendres. Quel beau projet que d’être anti… !

Les godillots UMP ronchonnent mais on ne voit guère surnager qu’un Alain Juppé qui a son avenir derrière lui. Dominique de Villepin se dresse en censeur du président, lui qui n’a jamais affronté le vote des électeurs, et parle de situation révolutionnaire donnant ainsi de l’eau au moulin de Besancenot qui n’en demandait pas tant !

En toute objectivité, on ne peut pas dire que le monde politique brille d’un grand souffle en ce moment !

Seule bonne nouvelle dans ce tableau c’est le naufrage délicieux du Front National !

Et pourtant ! Ce ne sont pas les enjeux qui manquent.

Enjeux planétaires (écologiques, énergétiques, financiers, montée en puissance des pays émergés, faim et épidémies, montée en puissance du fanatisme religieux, autisme dramatique d’Israël et radicalisation des palestiniens, lente mais sure montée en puissance de l’armement nucléaire en Iran, provocations inquiétantes de la Corée du Nord, naufrage collectif en Afrique sur fond de corruption et de violence,…)

Enjeux européens face aux grands défis (mondialisation, recherche, défense, justice, l’uniformisation des politiques et des fiscalités,…)

Enjeux nationaux (conséquences désastreuses de la crise, abandon d’une partie de la jeunesse qui n’a comme solution que la violence et la drogue, système carcéral totalement suranné, université en plein coma après ses convulsions, justice désemparée par des réformes imposées au pas de charge, psychiatrie sous équipée et montrée du doigt pour quelques malheureuses affaires portant la suspicion sur tous les schizophrènes, système de retraite qui court à la faillite,…)

Mais j’arrête ici mon inventaire à la Prévert non par manque de sujets mais pour éviter de tomber dans la sinistrose ou dans le renoncement.

Alors il est clair que, plus que jamais, il faut faire de la politique en éclairant les choix et les enjeux sans complaisance ni démagogie, en se positionnant par rapport aux priorités que l’on défend, en arbitrant le long terme et l’urgence du moment et surtout en rejetant la loupe de la médiacratie qui fait ressembler nos femmes et hommes politiques à des candidats de la nouvelle Star incapables de chanter en chœur et nous assommant avec une cacophonie lamentable.

Pour autant faut-il décrédibiliser la politique en général ? Non bien sûr, simplement exiger le débat et les décisions des élus comme le juste retour du respect des électeurs !


Patrice Leterrier

30 Mai 2009

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 09:34

 


J

ean-Pierre Vincent met en scène, à la comédie française, la sulfureuse pièce "Ubu Roi" d'Alfred Jarry, créée pour la première fois en 1896. Quel plaisir, seulement pour les parisiens hélas, de redécouvrir cet immense auteur. Un autre Alfred, Musset, disait déjà en quittant la salle du théâtre français après avoir assisté, presque seul, à une pièce de Molière "que lorsqu’on vient d’en rire on devrait en pleurer." Le spectateur d’aujourd’hui pourrait assurément reprendre la formule après avoir vu celle d’Alfred Jarry. Le sujet est finalement le même : celui de la comédie humaine. Musset admirait chez Molière un "grand et vrai savoir des choses de ce monde". Certes si l’épenthèse "Merdre", avec son "r" adventice, inventée en fait par les lycéens de Rennes et reprise par l’auteur et qui avait fait scandale, est plus connue que le caractère prémonitoire de la pièce, il n’en reste pas moins que l’œuvre absurde, enflée, paradoxale et grotesque jusqu’au délire de ce météore est unique dans la littérature française. Il n’en reste pas moins aussi qu’il avait tout prédit du cataclysme qu’allait entraîner la première guerre mondiale et son inévitable avatar le nazisme. Pierre Desproges écrivait : "l’ossuaire de Douaumont est très joli. Il contient les restes de 300 000 jeunes gens. […] Le sacrifice des 300 000 morts de Douaumont n’a pas été vain. Sans Verdun, on n’aurait jamais abouti à l’armistice de 1918, grâce auquel l’Allemagne humiliée a pu se retrouver dans Hitler". Alfred Jarry, le père posthume de la pataphysique - si chère aux surréalistes et dont se réclamait Boris Vian, Salvador Dali et l’humoriste - disait quant à lui "les vieillards, il faudrait les tuer jeunes". Pas plus que d’autres étoiles filantes, comme le regretté humoriste ou l’inoubliable auteur de "l’écume des jours", Il n’aurait jamais été un vieillard tant son esprit était vif et caustique. Il mourut trop jeune, harcelé par ses créanciers, à 34 ans à l’Hôpital de la Charité d’une méningite due à sa tuberculose. Il faudra attendre "les Rhinocéros" d’Ionesco, créée dans sa version française à Paris à l’Odéon-Théâtre de France le 22 janvier 1960, pour voir une satire absurde au moins aussi forte de la montée du totalitarisme. Mais Ionesco écrivait cette pièce en 1959, après le drame de la seconde guerre mondiale. Sa pièce était prémonitoire des excès qui allaient provoquer l’effondrement du bloc communiste mais moins visionnaire que celle d’Alfred Jarry. Ubu Roi est d’une incroyable actualité tant la pièce nous rappelle, ce qui est toujours nécessaire surtout dans ces temps incertains, que la tentation du totalitarisme est une menace permanente pour nos libertés et que l’absurde inhumanité nous guette à chaque instant. Alfred Jarry écrivait(*) "l'indiscipline aveugle et de tous les instants fait la force principale des hommes libres". Son disciple Pierre Desproges ironisait sans rire et en grinçant avec talent "le but de l’homme moderne sur cette terre est à l’évidence de s’agiter sans réfléchir dans tous les sens, afin de pouvoir dire fièrement, à l’heure de sa mort : Je n’ai pas perdu mon temps". Qui ne reconnait pas dans cette définition nos hommes et femmes politiques d’aujourd’hui ? Sommes-nous modernes au point d’oublier notre humanité ?


Patrice Leterrier

29 Mai 2009

(*) Ubu enchaîné

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