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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 12:46

 

C

erveau & psycho nous révèle dans leur dernier numéro qu’une équipe de l'Institut Max Planck, à Tübingen, a amélioré artificiellement les performances de cobayes.

L'amélioration a été obtenue par l'application, à travers la paroi crânienne, d'un léger courant électrique dans une zone antérieure du cerveau, le cortex préfrontal dorsolatéral. En outre, l'amélioration a persisté pendant un an après la séance.

Les auteurs prétendent que la méthode peut venir en aide à certains malades mentaux tels que les schizophrènes qui souffrent de défauts de planification. Au-delà de ces applications, le spectre de l'homme augmenté se précise avec toutes les implications de bioéthique qu’une telle perspective suppose.

Les espoirs d’augmentation de la sagesse humaine semblent par contre s’éloigner à toute vitesse.

Outre l’insupportable scandale de la malnutrition et de la faim dans le monde qui touche maintenant un être humain sur six sur notre planète, le dernier rapport de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature(UICN), publié le 2 juillet est accablant: Dans le monde, un amphibien sur trois, un oiseau sur huit et un mammifère sur quatre sont menacés de disparition pure et simple.

Si vous doutez en négationniste de l’ampleur de l’holocauste de la nature perpétré par l’homme, il vous suffira de consacrer six minutes et trente deux secondes de votre précieux temps pour regarder le document diffusé par cet organisme et intitulé très prosaïquement "Quel monde voulons-nous ?".

La question posée n’est ni de pure forme ni l’élucubration d’un hystéro-vert en mal de réputation mais résulte du constat sans appel de milliers de scientifiques qui ont participé à l’étude.

Ils affirment aussi que, faute de moyens, les chiffres "sont considérablement sous-estimés".

Depuis la conférence de 2002 à Johannesburg, où Jacques Chirac avait lancé son fameux cri dans le désert sur la maison qui brulait et notre regard détourné de cette réalité, la plupart des pays, y compris l’Europe et la France, n’ont rien fait de concret pour inverser la tendance malgré l’engagement de faire des efforts pour freiner la disparition des espèces d’ici à 2010.

Maudite échéance que 2010 qui était aussi la date cible pour réduire par deux le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde.

Et pourtant rien d’innovant dans les engagements pieux de 2002 qui ne faisaient que reprendre les termes de la "Convention internationale sur le biodiversité" adoptée dans l’enthousiasme à la conférence de Rio en 1992 par plus de 150 pays à l’exception notable des États-Unis.

Comment ne pas faire aussi le lien entre cette inaction coupable qui a conduit à la disparition des ¾ de la diversité génétique des semences agricoles et les intérêts des industriels de la biotechnologie qui rêvent d’un monde formaté, surveillé jalousement dans les miradors de leurs brevets au prétexte fallacieux de faciliter la culture en diminuant les besoins en insecticides.

Nul ne peut douter que la préservation de la biodiversité, en dehors d’être un devoir éthique pour les générations futures, est aussi une nécessité scientifique, pharmaceutique, alimentaire, économique et évidemment culturelle.

Et inutile d’invoquer la crise économique comme excuse commode ! En tête de son rapport l’UICN avertit que "la crise que traverse la vie sauvage est pire que la crise économique".

C’est une fantastique preuve du génie de l’homme que l’incroyable allongement de la durée de vie mais comment accepter alors qu’il soit incapable de les nourrir, de les soigner, de protéger son environnement et en premier la diversité des espèces si nécessaire à l’équilibre de la planète !

Non décidément la sagesse des hommes n’avance pas. Elle recule inexorablement comme diminue le nombre d’espèces d’être vivant sur la planète.

Et pourtant il n’est que temps d’arrêter le massacre.


Patrice Leterrier

8 juillet 2009

 

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 18:35


L

e commun des mortels attribue à la science la capacité de démêler le vrai du faux et d’apporter ainsi des certitudes aux hommes.

L’expression "c’est scientifiquement prouvé" ne laisse aucune place à la discussion. De même lorsque la phrase magique "selon les scientifiques…" est prononcée sentencieusement ce qui suit est évidemment marqué du sceau de la vérité peu discutable.

Bien sûr certaines disciplines malgré leur appellation de science, et notamment les sciences humaines, n’entrent pas dans cette catégorie et manipulent des concepts qui ne sont pas toujours scientifiquement prouvés mais au contraire souvent l’objet d’interminables controverses.

Au printemps 1927, aux balbutiements de la mécanique quantique, Heisenberg publie un article qui introduit à la postérité scientifique le "principe d'incertitude" bien que le terme finalement choisi par l’auteur soit indétermination.

Une science aussi réputée pour sa rigueur et sa précision que la mécanique inscrivait dans ses fondements l’impossibilité de connaître simultanément la position et la vitesse d’une particule, c'est-à-dire une forme de doute reconnu et congénital, le remplacement du vrai par le probable, l’ultime refuge du savoir dans "son union paradoxale de la rationalité et de la contingence" comme l’écrit Jean Mesnard, membre de l’Institut.

Bien sûr dans plein de domaines, les sciences apportent des réponses non ambigües qui permettent heureusement de trancher sur des risques de santé publique ou sur l’environnement. Par exemple, dans l’affaire de l’amiante, il n’y a plus aucun doute sur la relation entre ce produit et les risques pour la santé de ceux qui le manipulent.

Mais les choses ne sont pas toujours aussi claires et qui peut par exemple dire clairement les risques liés aux ondes des téléphones portables en particulier chez les enfants, aux antennes relais, aux OGM, aux additifs alimentaires et autres colorants, au traitement des déchets nucléaires, aux médicaments…

Et pourtant, l’homme précautionneux, bercé dans l’illusion du risque zéro, est le nouveau standard depuis que le Principe de Précaution a été introduit en 1992 dans le droit européen par le traité de Maastricht et en 2005 dans la Constitution Française.

Le conseil d’état en donnait en 1998 une définition d’un extrémisme inquiétant "Ce nouveau concept se définit par l’obligation pesant sur le décideur public ou privé de s’astreindre à une action ou de s’y refuser en fonction du risque possible. Dans ce sens, il ne lui suffit pas de conformer sa conduite à la prise en compte des risques connus. Il doit, en outre, apporter la preuve, compte tenu de l’état actuel de la science, de l’absence de risque "

Dès lors les dirigeants de la sphère aussi bien publique que privée sont pris dans la double contrainte inextricable de deux adages populaires "on n’est jamais trop prudent" et "qui ne risque rien n’a rien" : comment être raisonnablement précautionneux sans sombrer dans l’inaction ?

Il est illusoire de penser que l’homme puisse cesser de modifier son environnement.

Il est plutôt rassurant d’imaginer qu’il pense désormais à agir avec plus de discernement dans la maîtrise de ces transformations.

Mais si cela consiste à agir comme ces juges qui ont déjà donné raison à des "victimes" d'ondes électromagnétiques au nom d'un Principe de Précaution alors qu’aucune étude sérieuse ne corrobore ce risque, s’il s’agit d’appliquer un principe de "suspicion" qui consiste à mettre en doute systématiquement les propos d’experts à la seule raison qu’ils se montrent rassurants, s’il s’agit de généraliser une attitude pusillanime devant les innovations et les progrès technologiques, alors il est grand temps de prendre de sérieuses précautions contre ce principe.


Patrice Leterrier

5 juillet 2009

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 17:57


A

utrefois nous lisions dans les journaux de notre choix les récits des événements du monde, le point de vue de l’éditorialiste, l’analyse du spécialiste.

Nous nous informions tout simplement, sans état d’âme, persuadé que le journaliste avait fait son travail avec conscience et déontologie.

Les faits rapportés étaient vérifiés puisqu’invérifiables par nous-mêmes et l’analyse le travail objectif ou à tout le moins honnête d’un professionnel.

Bien sûr l’éditorialiste avait son point de vue et on pouvait le partager ou non.

On s’amusait des dessins de Faizant dans le Figaro, on jubilait de lire le Canard Enchaîné, on se délectait des belles pages produites par des chroniqueurs de talent, on s’effrayait des récits détaillés d’horribles crimes commis par des bêtes sanguinaires indignes de porter le nom d’homme. Nos parents étaient aussi tellement soulagés d’être libérés de la presse nauséabonde de l’occupation.

Avec l’apparition des radios libres et plus tard l’explosion du nombre de chaînes de télévision, l’information a commencé à prendre une allure protéiforme, plus impertinente aussi avec des novateurs comme Coluche et dans une immédiateté nouvelle.

Mais elle restait centrée sur des faits, des analyses multiples et des commentaires variés. Nous étions toujours dans l’ère de la maxime de Beaumarchais "Les commentaires sont libres, mais les faits sont sacrés".

Et puis vint internet. L’information devint instantanée, non digérée, non vérifiée, répétée et commentée jusqu’à la saturation sans aucune retenue ni déontologie.

Avec l’explosion des moteurs de recherche comme Google, l’ère du lien prenait petit à petit la place de l’ère du fait sanctifié à l’hôtel de la déontologie supposée du journaliste.

Ce fameux lien qui permet de naviguer jusqu’à se perdre dans les méandres de l’information brute dont il est souvent bien difficile de savoir s’il s’agit d’un fait, d‘une rumeur, d’une imposture, d’une intox ou d’une tentative de manipulation à but plus ou moins lucratif et partisan.

Les journalistes se trouvent débordés, privés de leur privilège de découvrir les premiers les faits.

Quelquefois dans leur angoisse de ne pas laisser passer un scoop ils en arrivent à perdre les bases même de la dignité de leur métier comme dans le cas de l’incident de l’annonce intempestive de la mort de Pascal Sevrant par Jean-Pierre Elkabbach.

Le journaliste doit réinventer son métier dans ce nouveau paradigme informationnel. Il ne s’agit plus de répéter à sa manière une information moultes fois rabâchée sur la toile mais bien de l’enrichir par une analyse personnelle et aussi par des références pertinentes.

Il s’agit en quelque sorte pour lui de devenir aussi un journaliste de lien alors que l’"infobésité" plonge l’internaute dans un océan d’images et de textes illisibles du fait de leur surabondance.

Pour le blogueur français Guillaume Narvic, "L’enjeu pour les journalistes avec le journalisme de liens est de faire valoir leur capacité de recommandation des informations pertinentes auprès des lecteurs, une des fonctions du journalisme traditionnel qu’ils ont tout simplement abandonnées en ligne au profit des blogueurs."

Les derniers événements en Iran ont montré combien il était plus que jamais nécessaire de ne pas perdre le nécessaire recul et la déontologie journalistique pour analyser le flot informationnel perdu dans un océan de bruits répandus pour brouiller la réalité des faits.

Il n’y a peut-être plus de fait mais des faisceaux de liens concourant dans leurs diversités au récit des faits.

Ainsi paradoxalement, il semble qu’il faille plus que jamais des journalistes professionnels et rigoureux pour éclairer l’internaute et aussi le lecteur sur les choses du monde.

Raison de plus pour que le quatrième pouvoir s’affirme et se réforme, comme d’ailleurs devrait le faire ceux en charge de la gouvernance des états, pour s’adapter au monde post-internet.


Patrice Leterrier

1 juillet 2009

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 15:02


B

eaucoup, dans un enthousiasme parfois guidé par des questions d’audience ou l’attrait de la nouveauté, se sont un peu vite lancés dans des métaphores audacieuses parlant de la révolution Twitter à propos des événements en Iran.

On s’extasiait un peu rapidement de l’extraordinaire ingéniosité des internautes iraniens qui déjouaient les barrières mises en place par le pouvoir.

Mais comme l’indique Farhad Manjoo sur Slate.fr, "à de nombreux points de vue, les outils de communication modernes sont plus faciles à contrôler que les méthodes structurantes du passé. Selon le Wall Street Journal, l'Iran possède les réseaux de surveillance parmi les plus avancés du monde. Grâce à un système installé l'an dernier (et construit, entre autres, par Nokia et Siemens), le gouvernement achemine tout le trafic numérique du pays vers un unique point d'étranglement. Grâce au DPI (Deep Packet Inspection ou inspection en profondeur et systématique du trafic), le régime accède à l'omniscience -il possède la capacité technique de contrôler chaque e-mail, chaque tweet, chaque article de blog, et même chaque appel téléphonique passé en Iran".

Nous avons d’ailleurs vu l’efficacité de ce dispositif puisque depuis quelques jours il n’y a que quelques rares images et vidéos qui arrivent à filtrer.

Il ya bien sûr quelque chose de fondamentalement nouveau dans l’usage qui a été fait d’Internet par les opposants mais aussi par les autorités en Iran.

Mais il est très difficile de trier les vraies informations des tentatives d’intoxication de part et d’autre dans cet ensemble foisonnant.

Il ne s’agit certainement pas de nier le courage et l’engagement de la jeunesse iranienne qui lutte à main nues contre les sbires d’Ahmadinejad.

Nous ne pouvons qu’admirer ces iraniens qui veulent en finir avec ce régime dictatorial qui ne se cachent même plus sous une défroque de démocratie.

Mais il faut bien dire que lorsqu’on reçoit les données par des tuyaux tels que Twitter et autres Flickr ou Youtube, la vérification des sources, qui est le premier devoir déontologique d’un journaliste, est bien difficile sinon impossible.

Comment trier l’émotionnel des faits, comment authentifier les images, comment les dater ?

Il y a incontestablement comme l’écrit  Jack Shafer sur Slate.com beaucoup plus de bruit que de signal sur Twitter à propos des événements iraniens.

Pour ne prendre que l’exemple du message d’une femme appelant CNN et déclarant que les forces de sécurité iraniennes avaient fait preuve d'une inimaginable brutalité contre quelques centaines de manifestants rassemblés dans le centre de Téhéran, rien ne permet d’étayer la véracité de ses propos.

D’ailleurs cette description apocalyptique d’un Tienanmen iranien fut contredite par d'autres sources reportant que la manifestation avait été beaucoup plus calme. Sur le Lede blog du New York Times, un lecteur disait que la manifestation avait été dispersée par les forces de sécurité dans un minimum de violence. Le blog du Conseil irano-américain a publié le compte-rendu d'une "source fiable" disant que si la manifestation était "tendue", elle ne correspondait pas aux descriptions de l'appel de CNN. "Dès que nous nous rassemblions en un endroit, ils venaient nous disperser", disait cette source. "J'ai vu beaucoup de gens avoir les yeux bandés et être arrêtés, mais ce n'était pas un massacre pour autant".

Toujours selon Farhad Manjoo, le gouvernement iranien diffuserait sur le site Gerdab.ir des images de manifestants en demandant à la population de les aider à identifier les activistes.

Pourquoi imaginer une seconde qu’un régime qui a trente ans d’expérience de surveillance et de répression des populations soit incapable d’utiliser toutes les arcanes de la technologie ?

Qui a dit que la technologie avait un camp ?


Patrice Leterrier

30 juin 2009

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 21:32


L

e mot reste à la mode. Le Petit Larousse nous propose pour définition le chef d'une entreprise industrielle, l’employeur, le Saint dont on porte le nom ou enfin le commandant d'un bateau de pêche.

Il symbolise encore dans l’imaginaire collectif la toute puissance des dirigeants qu’ils soient des hommes politiques, des industriels, des chirurgiens renommés, etc…

Que le patron désigne celui qui possède son entreprise ou son commerce ou comme plus fréquemment aujourd’hui le gestionnaire qui répond à des actionnaires, il n’y a aucune chance que ses intérêts personnels coïncident avec ceux des salariés, avec l’intérêt général ni même avec ceux des propriétaires lorsqu’il n’est que gestionnaire.

Dans l’obsession actuelle de ce que les anglo-saxons appellent la bottom line, la dernière ligne du bilan qui enregistre les profits (ou les pertes..) réalisées dans l’exercice, les dirigeants se préoccupent avant toute chose de gagner de plus en plus d’argent au risque d’en perdre beaucoup en prenant des risques inconsidérés et de détruire des milliers d’emplois. Tous les discours pour prouver le contraire sont de la cosmétique à usage des gouvernements, des salariés ou des citoyens. Au demeurant peu importe les risques pris puisque les dirigeants malchanceux sont remerciés avec de respectables parachutes dorés !

Pourtant comme le souligne le prix Nobel d’économie l’indien Amartya Sen(1) la crise que nous avons vécue démontre plus que jamais combien l’économie et l’éthique sont intrinsèquement liées.

Malgré cette évidence et paradoxalement, comme le souligne Ivar Ekerland professeur d’économie dans la revue Pour la Science, on parle de plus en plus de mettre des patrons à la tête d’entreprises publiques comme des hôpitaux ou des universités alors qu’il est absolument évident que les objectifs sociaux et économiques de ces organisations sont parfaitement incompatibles c'est-à-dire doivent être arbitrés au profit des citoyens.

Pour illustrer son propos, le professeur souligne par exemple que si on veut optimiser l’enseignement à l’université, il suffit de faire une croix sur la recherche. De même si on veut faire des économies à l’hôpital, il suffit de fermer les services de réanimation et d’arrêter de soigner les maladies chroniques.

Dans le domaine public on ne peut se contenter du bilan financier mais il faut aussi se préoccuper du bilan social et de l’impact d’une activité sur la planète, c'est-à-dire de l’intérêt à court et à long terme que les citoyens tirent de l’activité des entreprises publiques.

Ivar Ekeland, doutant qu’il existe des anges omniscients et bienveillants à qui on pourrait jouer le rôle de Patron, suggère que l’on confie le soin de gouverner ces institutions par des conseils où sont représentées toutes les parties prenantes.

Mais au fond cette constatation d’évidence et de sagesse s’appliquerait avec bonheur aussi bien à la conduite d’un pays n’en déplaise à notre Président ou même à celle des entreprises privées qui devraient aussi se préoccuper de ses salariés et de l’environnement, toutes ces choses qui ne se résument pas dans un bilan financier.

En ces périodes où la cupidité des hommes a conduit aux excès que l’on a connus dans le domaine de la finance, on redécouvre la vertu de l’état pour imposer les contraintes légales et réglementaires, pour moraliser l’économie. Il n’empêche que les conditions sont inégales d’un pays à l’autre et que les règlements sont toujours en retard sur la malice des hommes à les contourner pour faire de plus en plus de profit.

Aucun patron ne pouvant être un ange, il faudrait se décider un jour à tordre le cou à ce mythe de toute puissance qui conduit le monde à sa perte. Mais le chemin risque d’être long et douloureux avant que l’on abandonne cette idée du pilote dans l’avion alors que l’avion lui ne poursuit qu’un objectif bien limité et identifiable.


Patrice Leterrier

29 juin 2009

 

(1) Amartya Sen est connu pour être l'inventeur en 1990 de l'Indice de développement humain (IDH), cet instrument de mesure un temps très à la mode, croisant le revenu par habitant, avec des données de santé et d'éducation

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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 16:36


Q

uand François Fillon déclare :"Nous avons fait des changements dans le gouvernement, nous n'avons pas changé de gouvernement, ce qui veut dire que nous n'avons pas changé de politique" veut-il dire que le discours du Président devant le congrès réunis en grande pompe à Versailles était un non-événement (coûteux au demeurant) politique ?

Ne s’agissait-il donc que d’un pensum sans conséquence face à la gravité de la situation économique, face à l’angoisse de milliers de français qui ont perdu leurs emplois ou qui sont menacés de le perdre, face à une jeunesse qui s’interroge sur son avenir, face à un système pénitentiaire qui fait la honte de la France, face au retard pris par la France en matière d’énergies renouvelables et d’environnement, face au vieillissement de la population dont personne n’ose parler, face à toutes les formes d’exclusions qui gangrènent notre pays ?

Aucune nouveauté donc dans ce discours, pas même l’idée d’un grand emprunt dont on peut se demander quel en sera le coût ? Certains se souviennent peut être de précédents comme le catastrophique emprunt Giscard, indexé sur l'or qui avait permis à l'Etat de trouver facilement 7,5 milliards de francs, mais qu’il avait fallu, quinze ans plus tard, rembourser, capital et intérêts compris, plus de 90 milliards de francs aux heureux souscripteurs (soit l’équivalent de 30 milliards de francs 1975 d’après les indices de l’Insee).

Le Président appréciera sans doute cette petite phrase que l’on pourrait prendre comme la basse vengeance d’un homme dont on se demande à quoi il sert dans la dérive des institutions dans laquelle nous vivons.

Mais ce refus n’est-il pas tout simplement l’aveu indirect qu’il est inutile de nous faire croire qu'il dirige quoi que ce soit puisque le chef du gouvernement ce n'est pas lui mais le Président.

C’est tout de même un mauvais coup porté au sacro-saint équilibre des pouvoirs dans une démocratie moderne qui veut que l'exécutif soit contrôlé par le parlement qui a le pouvoir de le renverser alors qu’il ne contrôle pas l’action du Président.

Un sale coup aussi alors qu'on présentait la réunion du congrès comme un véritable retour aux traditions républicaines avec l’abolition du "cérémonial chinois", selon les termes d’Adolphe Thiers.

Le président n’a-t-il pas dit aux parlementaires réunis en congrès : "Une démocratie apaisée ce n’est pas une démocratie où tout le monde est d’accord mais où tout le monde s’écoute et se respecte. Si j’ai voulu m’exprimer devant vous aujourd’hui c’est pour montrer l’importance que j’attache au Parlement, à son rôle, à son travail."

Quel coup de pied de l’âne du premier ministre après cette allégeance de circonstance du chef de l’état aux parlementaires !

"Une démocratie apaisée est une démocratie où tout le monde s’écoute"! Il n’y a rien d’apaisant dans la déclaration de François Fillon "C'est moins au gouvernement de réclamer la confiance de sa majorité qu'à l'opposition de s'interroger sur les raisons pour lesquelles elle ne l'a pas parmi le peuple français". Il claque sans ménagement la porte à l’écoute de l’opposition!

Il ne s’agit pas dans mon propos de prendre parti pour ou contre des priorités qui n’ont d’ailleurs pas encore été redéfinies (mais doivent-elles l’être alors qu’il n’y a rien de changer ?).

Il s’agit de rappeler que le parlement c’est bien sûr une majorité qui approuve ou désapprouve les décisions du gouvernement, qui dit la loi pour la durée d’une législature, mais c’est aussi dans un pays démocratique une opposition qui a le droit d’exprimer sa différence face au gouvernement et qui porte une petite moitié des votes des français que François Fillon semble ignorer en refusant d’écouter les parlementaires de l’opposition.

Mais au fond La position du premier ministre a le mérite de la clarté : plus de mascarade ! Le Président dirige tout et le gouvernement exécute. Quant au parlement, pourquoi perdre son temps…


Patrice Leterrier

27 juin 2009

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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 11:53

Michael Jackson

Mort de Neda Soltani assassinée


M

ichael Jackson est mort et nous allons avoir droit à des monceaux d’éloges dégoulinants de platitude accompagnés de clips vidéos qui vont passer en boucle sur les télévisons et sur internet jusqu’à saturation de nos oreilles fragiles.

On est par exemple totalement bouleversé d’apprendre que Madonna a confié ne plus pouvoir s'arrêter de pleurer, la pauvre chérie ! Entre deux sanglots, elle confie cette banalité affligeante "sa musique restera pour toujours", ce qui est tout même, je l’espère, plus improbable que celle d’un autre petit génie mort à 36 ans Wolfgang Amadeus Mozart.

Déjà certains osent des parallèles audacieux avec Elvis Presley.

Déjà Twitter est submergé. Selon un chercheur d'Harvard, 15% des messages déposés sur Twitter dans la soirée du 25 juin mentionnaient Michael Jackson alors que ni l'Iran ni la grippe A(H1N1) n'ont dépassé le seuil des 5%.

On oubliera bien sûr l’ombre pédophile qui court encore sur sa mémoire, on occultera les opérations à répétitions qui ont fait de ce petit garçon, forcé par son père à chanter, une espèce de zombie hagard à la voix fluette qui provoquait quand il parlait un malaise indéfinissable.

Mais qu’est-ce qui fait qu’il suffît de mourir pour devenir instantanément un être sans reproche, une sorte de saint face à la postérité pantoise devant cette distinction incompréhensible ? Il y a bien sûr bien pire que Michael Jackson mais le personnage atteint d’une addiction transformiste pathologique n’a guère d’autre intérêt que d’être connu comme une curiosité "victime" d’un incroyable succès médiatique.

Car qui peut dire ne pas se souvenir du clip de thriller vendu à plus de 104 millions d’exemplaires dans le monde ou de sa performance imitée jusqu’à la caricature mais jamais égalée dans Billie jean ?

Bon, j’admets qu’il ne s’agit ni du requiem de Mozart, ni de la messe en si de Bach pour la musique ni même de l’interprétation de Georges Donn dans le ballet de Maurice Béjart sur le Boléro de Ravel pour la chorégraphie.

Mais avant de devenir ce zombie pitoyable avant sa ruine il a été tout de même l’un des artistes les plus écoutés au monde.

La mort de la drôle de dame Farah Fawcett, qui luttait contre un cancer, provoquera probablement moins de commentaires.

Neda Soltani, la jeune martyre iranienne âgée d’une vingtaine d’années, morte victime d’une balle des sbires d’Ahmadinejad, qui avait agonisé pendant quelques minutes au milieu d’une foule impuissante et scandalisée et dont la mort avait été filmée en direct sur internet aura-t-elle plus d’importance dans l’histoire que ce chanteur noir devenu gris selon l’expression des inconnus ?

On peut hélas en douter alors qu’elle est probablement le symbole émouvant des espoirs brisés de la jeunesse iranienne étouffée, bâillonnée par une dictature qui ne se cache plus sous des guenilles pseudo-démocratiques.


Patrice Leterrier

26 juin 2009

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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 20:22


I

l y a quatorze millions d’années, quelque part peut-être en Afrique, un ancêtre commun à tous les primates dont l’homme s’est manifesté, on ne sait à quelle occasion, par de petites séries de cris prolongés et relativement lents.

Le rire était né. Il devait être assez monocorde, peut-être sur une note unique. Il aurait été émis principalement au cours d'expirations, comme chez l'homme.

Six millions d'années plus tard, la branche des "plus proches cousins de l'homme" (chimpanzés et bonobos) se serait séparée des gorilles et orangs-outangs, avec une innovation dans l'apparition de régimes vibratoires plus variés, et de séries de petits cris plus rapides et plus courts, à la façon du rire humain.

Aujourd’hui les rires des chimpanzés, des bonobos, des gorilles, des orangs-outangs et des hommes viennent tous de ces petits cris émis par ce précurseur. La psychologue Marina Davila-Ross et ses collègues, de l'Université de Portsmouth, ont voulu analyser les similarités de ces manifestations joyeuses.

Pour ce faire ils ont tout simplement chatouillé des bébés chimpanzés, bonobos, gorilles, orangs-outangs et humains, et ont enregistré leurs rires. Les enregistrements ont été soumis à une « analyse spectrale », une méthode informatisée qui détaille la fréquence des cris, les expirations ou les inspirations, la stabilité de la voix, la longueur des épisodes de rire, etc.

Il en ressort que le rire humain est, de tous, celui qui présente la plus grande stabilité des vibrations sonores et la plus grande variété de régimes vibratoires (plusieurs fréquences sonores). En outre, il est produit au cours d'une expiration seulement, alors que plus on s'éloigne de la lignée humaine, plus on voit apparaître des rires produits alternativement lors d'expirations ou d'inspirations.

Ouf l’honneur est sauf ! Rabelais peut continuer à jouir tranquillement de sa postérité lui qui faisait dire à Gargantua que le rire était le propre de l’homme reprenant ainsi les réflexions d’Aristote, lequel disait aussi que l'homme est un animal social et raisonnable, ce dont on peut parfois douter de nos jours tellement il se soucie peu des misères du monde et des gémissements de la terre qu’il n’arrête pas de martyriser.

On est bien sûr bien loin avec ces guiliguilis provoquant des rires de l’ordre du reflexe avec le rire social de Bergson, le rire qui suppose une "complicité avec d’autres rieurs, réels ou imaginaires", le rire "social", autant que "culturel".

Néanmoins, en dépit des différences constatées entre le rire des grands singes et de l’espèce humaine, une similitude troublante a été découverte. En effet, les gorilles et les bonobos expriment des rires d’une durée de trois à quatre fois supérieure à un cycle respiratoire moyen. Autrement dit, ces animaux arrivent parfaitement à contrôler leur respiration, une étape essentielle selon les scientifiques pour aboutir à l’acquisition du langage chez les humains.

Mais il semble cependant qu’il existe une différence capitale entre le rire des grands singes et celui des humains.

Tout laisse à croire en effet que chez nos cousins le rire ne puisse pas faire l’objet de calcul. Il leur manque vraisemblablement les prédispositions neurologiques pour le simuler. On ne verra donc jamais un singe rire de la blague stupide d’un grand mâle dominant comme est capable de le faire un jeune cadre dynamique ambitieux devant son patron paradant comme un paon.

On savait déjà qu’avec l'acquisition de la station debout, l'invention du langage était l’une des plus importantes étapes de l'aventure humaine et le rire probablement une étape originelle de cette aventure, y compris le rire simulé signe de soumission sociale ou simplement d’empathie complaisante.


Patrice Leterrier

25 juin 2009

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 19:34


L

es personnes surendettées en France sont aujourd’hui, selon le mensuel l’Expansion, plus de 720 000.

Pour une grande majorité, l’engrenage est presque toujours le même : perte d’emploi, divorce, séparation ou décès du conjoint.

D’autres, essentiellement des jeunes addicts du crédit facile, se laisse déborder en prenant crédit sur crédit puis des crédits pour rembourser leurs crédits etc…

En somme, dans tous les cas l’État (oh pardon ! la personne) a des revenus qui stagnent ou pire qui baissent et pour faire face à ses besoins elle fait appel à l’emprunt (au crédit…).

C’est la même mécanique qui conduit des entreprises inexorablement à la faillite lorsque leurs marchés s’effondrent.

C’est aussi la mécanique à l’origine, avec la baisse corrélative du marché immobilier, de la crise des subprimes qui a entraîné la crise économique dans laquelle nous nous débattons.

On se souvient des craintes de faillite de l’état évoquées par le premier ministre à l’époque où il osait encore ouvrir la bouche.

Certains ont aussi pu remarquer la déclaration du président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, qui s’inquiète avec une certaine gravité que "la France s'approche d'une zone très dangereuse du fait de la dégradation sans précédent de ses comptes publics".

Mais Nicolas Sarkozy et sa plume Henri Guaino n’ont que faire des déclarations de ses cassandres irresponsables.

L’état échappe à cette règle et le temps n’est pas à la rigueur selon eux. Il convient avant tout de catégoriser soigneusement le déficit de l’état pour séparer le bon grain de l’ivraie…

Le bon grain, c’est l’investissement (mot qu’il ne répétera pas moins de 14 fois dans son discours) et l’ivraie c'est-à-dire selon ses termes "les gaspillages, l’excès de bureaucratie, les frais de fonctionnement trop élevés", les dépenses courantes de l’état en quelque sorte. Selon notre président, ce "déficit structurel doit être ramené à zéro par des réformes courageuses". On sait pourtant qu’elles correspondent pour la moitié aux salaires des fonctionnaires, qui sont bien difficile à faire disparaître d’un coup de baguette magique. Ce sont d’ailleurs le plus souvent des sommes bien misérables pour payer des serviteurs zélés de l’état plus victimes des retards pris par leurs administrations que coupables.

L’ivraie c’est aussi le déficit dû à la crise c'est-à-dire à la baisse d’activité qui fait baisser automatiquement les recettes de l’état et à l’augmentation des dépenses sociales. La solution s’imposera lorsque la croissance sera revenue en consacrant une partie du fruit de la croissance à combler ces dettes accumulées.

Pour résumer ce que nous a expliqué Nicolas Sarkozy, c’est que comme la France n’a plus les recettes nécessaires pour les ambitions qu’elle proclame, comme il n’est pas question de revoir les ambitions, il lui fallait emprunter (auprès des institutionnelles ce n’est pas une nouvelle puisque l’état le fait en permanence) mais peut-être aussi auprès des français (avec probablement des conditions attractives c'est-à-dire des coûts hors des conditions actuelles du marché) pour faire face à ses projets.

Nul doute que le retard de la France est criant, nul doute que le chômage est toujours un drame personnel et un fléau social, nul doute que la responsabilité de ce retard n’a pas de camp politique comme l’a rappelé dans un soucis sans espoir d’œcuménisme le Président, nul doute que l’état de nos prisons est une honte, nul doute que le retard pris sur les questions d’environnements est inquiétant, nul doute que le vieillissement de la population n’est pas une nouveauté et qu’il faudra bien en tirer les conséquences, nul doute que la désocialisation et la désespérance d’une partie de notre jeunesse (y compris la racaille..) est un vrai drame national, nul doute que l’exclusion sous toutes ses formes est indigne du pays qui inscrit au fronton de ses édifices publics liberté, égalité, fraternité.

Outre le contenu politique des choix qui seront faits, qui divisera forcément et tout à fait légitimement le monde politique, il reste fondamentalement la question de la méthode choisie qui consiste tout de même à pousser la dette devant nous au risque de devoir faire payer le prix fort aux générations futures.

Le pari est audacieux. Si la reprise est forte et que les investissements entrepris améliorent suffisamment la compétitivité de la France, il pourrait être gagnant.

Il restera tout de même une dette, intérêt et principal, colossale à résorber. Lorsqu’il faudra la rembourser alors que l’on peine déjà à rembourser les intérêts, les créanciers seront peu sensibles à la distinction faite quant à l’usage fait par l’État des euros prêtés.

A moins d’une inflation galopante, d’une augmentation des recettes c'est-à-dire des impôts ou une dévaluation impossible sauf à sortir de l’euro, la tâche risque d’être proche de celle de Sisyphe.


Patrice Leterrier

22 juin 2009

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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 13:57


A

ujourd’hui les sénateurs et les députés ont écouté sagement le Président de la République au Château de Versailles, le très prestigieux symbole du pouvoir absolu.

Il ya bien sûr la question du lieu, hautement symbolique du rapport jamais complètement éclairci des français avec les fastes de l’ancien régime.

On pourrait également parler du coût (entre 400 000 et 600 000 €uros selon le député socialiste Pierre Moscovici) de cette grand-messe.

Mais il y a plus fondamentalement la question du pourquoi de ce cérémonial.

Au lendemain du désastre de Sedan, Adolphe Thiers, nommé "chef du pouvoir exécutif" avait conclu avec une chambre dominée par des royalistes, appelée la "République des Ducs", le pacte de Bordeaux qui l’engageait à ne pas se prononcer sur la forme du futur régime.

Le 31 août 1871, par la loi Rivet, Thiers devint Président de la République française tout en conservant son rôle de chef du Gouvernement.

Le 13 novembre 1872, constatant que "la République existe, qu'elle est le gouvernement légal du pays, vouloir autre chose serait une révolution, et la plus redoutable...", Thiers rompt le pacte de Bordeaux.

En représailles, les monarchistes feront voter, le 13 mars 1873, la loi de Broglie, qui empêche le Président de la République de s’adresser à l’Assemblée nationale autrement que par un message qui ne doit donner lieu à aucune discussion, procédure qualifiée de "cérémonial chinois" par Adolphe Thiers.

Cette disposition sera reprise dans la constitution par la IVème république puis la cinquième.

Depuis le début de la Cinquième République, les députés et sénateurs ont écouté dix neuf fois les messages des différents présidents qui ne donnaient lieu à aucun vote ni déclaration.

La révision de la constitution du 23 juillet 2008, adoptée à une voix prés, prévoit maintenant (article 18) que le Président de la République "peut prendre la parole devant le Parlement réuni à cet effet en Congrès. Sa déclaration peut donner lieu, hors sa présence, à un débat qui ne fait l’objet d’aucun vote". Elle met fin à un archaïsme voulu au départ par des adversaires de la République

Nicolas Sarkozy utilise aujourd’hui pour la première fois cette nouvelle disposition.

Roger Badinter justifiait ce matin sur France Inter la position des socialistes de ne pas participer au débat arguant que les orateurs ne peuvent répondre au Président. Plus polémique François Hollande fustigeait "cette résurgence du discours du trône".

Quant à François Bayrou fidèle à sa stratégie d’être ailleurs (sait-il où ?), il a décidé qu’il quitterait le congrès avant le débat, comme les députés socialistes.
L’argument de l’ancien ministre de la justice de François Mitterrand est curieux venant d’un éminent juriste qui connaît parfaitement la séparation des pouvoirs inscrite dans la constitution actuelle. Elle exclut tout vote sanction du parlement à l’encontre du Président, l’empêchement du Président ne pouvant être constaté que par le Conseil constitutionnel saisi par le Gouvernement.

 

On peut aussi répliquer aux contestataires que la manière antérieure qui consistait à écouter debout un message du Président (sauf celui de Valéry Giscard d’Estaing) n’était pas franchement meilleure dans la forme.

Pierre Avril, constitutionnaliste et professeur émérite de Paris, souligne que "d'un point de vue du droit, cela ne change pas les pouvoirs du Président ou du Parlement. Ca donne une possibilité d'influence plus grande au chef de l'Etat mais en même temps cela permet au Parlement d'être au centre de l'attention."

Il ajoute que "la portée de cette intervention ne tient pas du fait du droit mais de la personnalité même du Président".

Ce qui paraît donc au centre du débat ce n’est pas le fait que le Président s’adresse directement au Parlement comme veulent nous faire croire certains leaders de l’opposition mais bien qu’il y a belle lurette que Nicolas Sarkozy ne joue plus le rôle d’arbitre ni même d’entraineur (ce qui n’est pas choquant lorsque sa majorité est au pouvoir).

Depuis son élection il s’est plutôt comporté comme le capitaine sur le terrain donnant ses ordres, mouillant la chemise dans toutes les actions et reléguant son premier ministre au rôle de simple exécutant des basses œuvres.

De ce fait son intervention ressemble plus à un discours de politique générale d’un chef de gouvernement et biaise ainsi le rôle de contrôle du parlement face à l’exécutif.


Patrice Leterrier

22 juin 2009

(*) Elle désignait à l’époque la réunion du sénat et de la chambre des députés. Depuis les deux chambres réunies s’appelle le Parlement (article 24 de la constitution).

 

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