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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 13:41

 

C

itant le philosophe américain David Weinberger, Francis Pisani sur son blog Transnets affirme que la transparence est la nouvelle objectivité "parce qu’elle permet de voir les sources de l’auteur et les valeurs qui l’ont amené à prendre la position qui est la sienne".

Il suit ainsi, peut-être sans le savoir, la pensée de Gaston Bachelard qui disait "l'objectivité n'est que le produit d'une objectivation correcte" et objectiver suppose évidemment en premier lieu avoir accès aux sources et aux valeurs.

Dans son dernier livre "Everything is Miscellaneous: The Power of the New Digital Disorder", David Weinberger analyse les bouleversements provoqués par la révolution numérique et en particulier par l’explosion d’Internet. Il passe en revue les conséquences de ce nouveau paradigme de communication et d’information sur le monde des affaires, le marketing, la politique, la culture, la musique et les relations sociales en général.

Aujourd’hui l’information sur internet devient en quelque sorte fractale par la multitude des explorations que le net permet y compris cette forme de vagabondage qualifiée par Francis Pisani de serendipité nous entrainant dans des domaines que nous n’aurions sans doute pas explorer sans la facilité du double click ouvrant des fenêtres vers des sanctuaires que nous n’aurions jamais découverts autrement.

Nous voici donc les heureux acteurs ou les esclaves (au choix de chacun) d’une vie en "béta perpétuelle", c'est-à-dire naviguant dans un univers en construction, en mouvement permanent, instable, imparfait et surtout protéiforme à souhait.

Beaucoup de concepts se trouvent ainsi bousculés ou même balayés dans ce nouveau maelstrom informationnel. Certains métiers disparaitront et d’autres devront se réinventer et notamment celui de journaliste. Comme le fait remarquer Francis Pisani, l’objectivité supposée du reporter nous donnait autrefois les raisons (ou l’alibi ?) de croire sur parole parce que s’était écrit. Nous nous abandonnions facilement à la paresse de la certitude sans faire l’effort du doute et sans prendre le soin de vérifier les sources.

Aujourd’hui les sources sont souvent en référence au texte et donc facilement accessibles ce qui nous incite à vagabonder pour enrichir notre certitude ou au contraire raffermir notre interrogation, nous rendant ainsi plus responsable de nos croyances.

Mais les sources ne sont que la trace de la subjectivité de l’auteur, la signature de ses recherches et de sa pensée, empreinte consciente ou inconsciente de son parti-pris, même si la transparence en donne l’apparence de l’impartialité.

Que dire de l’objectivité de l’enseignant qui ne peut se confondre avec la transparence ? L’élève ne peut en général pas mettre en cause ses dires. Le maître, quoi qu’il soit comme quiconque pétris de subjectivité, est censé être détenteur de "la connaissance" à laquelle il prétend nous faire accéder souvent sans dévoiler en transparence son cheminement personnel.

Apprendre c’est transformer son savoir par destruction et reconstruction dans une dialectique permanente de la pensée et des émotions. Apprendre c’est admettre un peu sans preuve que la subjectivité de l’autre est plus féconde que le brouillard de sa propre confusion. Appendre c’est en tout cas confronter sa propre subjectivité à celle de l’enseignant.

Bien sûr il existe aussi ce qu’on appelle les sciences exactes - même si leur rapport au réel est définitivement ébranlé par le principe d’incertitude d’Heisenberg. Elles nous proposent des référentiels de plus en plus sophistiqués pour éclairer un réel définitivement inaccessible mais avec pour principale ambition la prédictibilité. Elles sont par construction plus efficaces que vraies ou objectives.

Et comment ne pas penser à l’extraordinaire aventure du cerveau de l’enfant - qui n’a rien d’un cerveau adulte en miniature - et qui se nourrit gloutonnement de la subjectivité ambiante.

Il n’empêche que les humains n’aiment rien moins qu’imiter, épouser en quelque sorte la subjectivité de l’autre, peut-être comme leurs cousins les singes capucins pour être aimé.

Parole, parole, parole disait Dalida comme pour déchirer l’apparence rassurante des mots qui souvent nous endorment par leur douceur trompeuse…


Patrice Leterrier

21 août 2009

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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 10:12

 

T

ous les jours nous sommes bombardés de statistiques et chiffres mis plus ou moins honnêtement au service de causes défendues par des commentateurs plus ou moins sincères et compétents pour les analyser.

Certains nous prédisent les pires catastrophes, d’autres au contraire contestent ou relativisent des risques chiffrés agités comme des dragons chinois aux yeux des badauds de lecteurs que nous sommes.

La menace de pandémie de grippe A(H1N1) est un exemple parfait de l’utilisation que l’on peut faire des chiffres en manipulant le nombre de vaccins ou de doses de Tamiflu© disponibles, la prévalence et le taux de mortalité que l’on ne pourra que constater une fois la vague passée. En attendant des voix s’élèvent pour dénoncer qui la légèreté, qui l’excès de précaution des autorités.  

Le tour de France a fait l’objet d’une controverse alimentée par des chiffres de VO2max et de watt jetés aux yeux de lecteurs bien incapables d’analyser ou de contester les inférences qu’en déduisaient les spécialistes dont on ne peut pas dire que les propos soient nuancés sur le sujet. La conclusion inévitable était : tous dopés, tous pourris et tous complices de cette apparente supercherie d’un tour propre. Même si l’intuition, qui peut nous faire faire le meilleur choix mais aussi le pire, peut nous pousser à suivre les Antoine Veyer, Greg Lemond et autres Marie Georges Buffet qui demande des explications sur l’évolution de performances trouvant ainsi là un sujet pour réveiller l’espace d’une picoseconde son parti en coma dépassé. Le doute reste là lancinant et assez incompréhensible pour ceux qui naïvement rêvent de moyens scientifiques incontestables de trancher le débat.

Il y a aussi la polémique sans fin sur les combinaisons au polyuréthane dont on discute encore de l’apport sur des nageurs dont la morphologie se rapproche plus d’haltérophiles gonflés aux stéroïdes anabolisants et amphétamines que de celle de sportifs harmonieux.

Il y a le combat d’experts brandissant chiffres et courbes pour nous prouver le danger (ou au contraire l’innocuité) des antennes relais et des téléphones portables.

Il y a ces économistes qui, non content de n’avoir rien vu venir du tsunami "subprimien", se mettent maintenant à disserter savamment sur les chiffres annonciateurs ou pas d’une reprise sans que le lecteur moyen ne puisse, bien entendu, participer à ces débats autrement qu’avec ses états d’âmes qui l’habitent et son intuition souvent trompeuse.  

Mais le summum de l’utilisation à tort et à travers de chiffres et de statistiques, c’est sûrement le domaine des statistiques médicales ! Gerd Gigerenzer dans un passionnant article publié par le journal Cerveau et Psycho de Mai-Juin 2009, nous illustre avec quelques exemples limpides comment l’interprétation des chiffres en matière de santé est difficile et souvent très mal faite par des professionnels de santé, brillants spécialistes de leur domaine mais très souvent piètres statisticiens. Il démontre en particulier le danger d’utiliser des indices comme le taux de survie ou par exemple l’annonce du doublement d’un risque très faible dont les effets peuvent être au mieux trompeurs au pire désastreux en termes de santé publique.

Saviez-vous aussi par exemple que, dans une épidémie, plus le taux de mortalité est important plus la prévalence diminue rapidement une fois le pic de l’épidémie atteint ?

Dans le même ordre d’idée, Jeremy Singer-Vigne publie un article iconoclaste contre le sacro-saint IMC (indice de masse corporelle) classant les individus en maigre, de corpulence normale, en surpoids ou obèse alors que la morphologie et le sexe ont une influence importante sur la valeur de ce chiffre magique qui n’avait à l’origine qu’un objectif statistique.

Alors doit-on réclamer l’émergence de médiateurs de l’information chargés d’éclairer par des données chiffrées pertinentes comme le réclame Nicolas Vanbremeersch sur Slate.fr ? Cette expertise de l’information peut-elle être, parce qu’elle s’appuie sur des chiffres, aussi impartiale et incontestable que ça ? Et le serait-elle emporterait-elle notre intime conviction ?

La diversité, le débat contradictoire, la polémique parfois ne sont-ils pas, paradoxalement, les meilleurs garants d’une objectivité, d’une vision que chacun doit se construire en essayant d’extraire le signal du bruit médiatique ambiant ?

A vous de vous faire une opinion mais je ne vous donnerai pas de chiffres ni de statistiques pour autant !


Patrice Leterrier

1 août 2009

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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 20:38

 

S

ur les 16 071 internautes qui ont répondu à la question posée par le Figaro.fr : "Êtes-vous prêt à payer une taxe carbone sur les énergies polluantes ?", plus de 12 000 ont dit non !

Les mêmes auraient probablement plébiscité la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et dénoncer le scandale des crimes perpétrés contre la planète, torturée par la cupidité et l’égoïsme des hommes dans l’indifférence générale.

Les mêmes seraient probablement effrayés de savoir, comme le rappelle le rapport de la conférence conduite par Michel Rocard, que la température de la terre a augmenté en moyenne de 0,74° C en un siècle et plus encore en Europe et aux pôles où l’on prévoit qu’elle augmente, selon les scénarios, de 1,4 à 5,8° C d’ici 2100.

Les mêmes seraient assurément horrifiés de constater, comme nous l’apprend le site du World Wide Fund, qu’une espèce sur mille disparaît chaque année à un rythme mille fois supérieur au taux d’extinction naturel et que l'indice "Planète Vivante", qui estime les effectifs de certaines populations d'animaux dans les forêts, dans les océans et côtes et dans les eaux douces, s'est réduit de 30 % depuis les années 1970.

Les mêmes, pour une grande part, faisaient partie des 8,3 millions de téléspectateurs qui ont regardé le 5 juin dernier le film de Yann Arthus-Bertrand Home qui a fait polémique quant à sa date de diffusion deux jours avant les élections européennes.

Alors pourquoi ce résultat surprenant si peu en accord avec la nouvelle sensibilité apparente des français pour l’écologie en général et la planète en particulier ?

Y a-t-il une profonde incompréhension des français sur les enjeux pour les générations futures de limiter les émissions de gaz carbonique malgré les messages alarmants des écologistes et des climatologues ?

S’agit-il d’un raz de marée de raz le bol devant une fiscalité envahissante qui taxera bientôt l’air que nous respirons ?

A moins que les lecteurs du Figaro aient la désagréable impression d’un coup d’épée dans l’eau face aux grands pollueurs que sont la Chine, l’Inde ou encore les États-Unis?

Probablement aussi que certains, échaudés par d’autres promesses non tenues, doutent fortement de la mise en place des mécanismes de reversement de cette nouvelle taxe promise par ses promoteurs.

Il y a probablement un peu de toutes ces raisons et sans doute encore d’autres dans ce résultat décevant et inattendu.

Il y a en tout cas une nécessité absolue que cette inflexion vers un redéploiement de la fiscalité pour taxer davantage les nuisances environnementales au lieu de s’acharner à s’abattre un peu plus sur les facteurs de productions soit largement expliquée si on veut que le soufflet vert des français ne retombe pas aussi vite qu’il est monté.

Il faudra aussi plus que des bonnes intentions pour démontrer que l’argent ainsi capté ne sera pas englouti dans le gouffre des déficits budgétaires de l’état…

Il est décidément bien difficile de faire des changements dans notre pays et de mettre les français au défi d’agir comme ils disent penser…

Patrice Leterrier

30 juillet 2009

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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 17:26

Connexions Internet

F

rancis Pisani sur son blog Transnets au sous-titre prometteur "des gadgets aux réseaux" nous invite à vivre notre vie en béta perpétuelle...

Il ne s’agit pas de sa part d’une invitation à la contemplation béate du monde dans je ne sais quel monastère perdu quelque part sur les pentes népalaises ou tibétaines !

Il fait ici allusion aux sollicitations de plus en plus fréquentes de la part des éditeurs de logiciels pour tester à grande échelle leurs œuvres en version béta dont tout le monde sait qu’elle suit la version alpha et n’a rien d’une version oméga probablement jamais délivrée…

Une version béta n’est pas figée et l’objectif de l’éditeur sollicitant notre collaboration est d’éliminer -autant que faire se peut- les scories inévitables qui se sont glissées dans les millions de lignes de code de développeurs compétents mais humains…

Par analogie le blogueur constatant l’incomplétude structurelle de la connaissance et la nécessité de la concevoir à l’aire du numérique comme un continuum en perpétuel mouvement, nous propose de nous adapter à ces changements permanents pour en faire notre nouveau paradigme cognitif comme nous devons nous adapter aux continuels changements, pas toujours positifs, d’une version béta.

Le débat pourrait paraître celui d’un "aristonumérique" jonglant avec ses moultes prothèses communicantes, l’oreillette collée au pavillon et les yeux fixés sur son écran plat alors qu’il tapote fébrilement sur son clavier en attendant qu’il puisse parler directement à son ordinateur.

Voire ! La toile numérique mondiale n’est plus un espace confidentiel où quelques privilégiés échangeaient sur d’horribles claviers de télétypes recyclés de courts messages alphanumériques comme aux temps glorieux de l’origine du WEB.

A part quelques résistants dont certains font de leur décalage avec la technologie une posture à but plus ou moins lucratif, à part les exclus de la révolution numérique qu’il s’agisse de certains de nos ainés ou des pauvres qui ne peuplent pas seulement les pays pudiquement qualifiés d’"en voie de développement" alors qu’il sont en voie d’exclusion du grand banquet de la richesse mondiale, qui peut réellement aujourd’hui se passer de donner son adresse courriel en même temps que le numéro de son portable pour prolonger une connexion de visu avec quelqu’un ?

Dans l’étude que je citais hier de la sémillante professeur Tracey Shors, nous apprenions que tout nouveau neurone qui ne se serait pas connecter dans un délai d’une à deux semaines à ses voisins mourrait dans l’indifférence générale.

Il est probable qu’"homocybernitus" subirait le même sort social s’il refusait de coopérer avec ses amis, ses collègues de travail ou encore les communautés qu’il aurait choisi ou qui lui seraient plus ou moins imposées.

Certes la protection de la vie privée prend ainsi une dimension nouvelle et pose de vrais défis techniques, éthiques et politiques, certes la cybercriminalité a de beaux jours devant elle, certes la tyrannie de la technologie doit être combattue, certes la manne doit être justement répartie entre les fournisseurs de tuyaux et les créateurs autrement que par la stupide contrainte inutile, injuste et inefficace de l’Hadopi mais le monde a définitivement changé.

Ce n’est pas un hasard ni un détail si la blogosphère iranienne, que le pouvoir en place bloque avec des moyens fournis par Siemens et Nokia, est la troisième au monde !

Il est donc fortement probable qu’il devienne progressivement impossible de vivre une vie intellectuelle, sociale et culturelle pleinement remplie sans plonger sans complexe dans le monde du numérique.

Alors vive la prise qui connecte les hommes mais gare aux "cybernocutions"…


Patrice Leterrier

28 juillet 2009

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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 18:59


T

racey Shors (professeur de neurosciences à l'Université Rutgers aux Etats-Unis) nous apprend que, chez le rat, entre 5 000 et 10 000 nouvelles cellules souches naissent chaque jour dans l'hippocampe dont la plus grande partie se différencie en nouveaux neurones.

En Avril 2004, grâce aux efforts d’une équipe de plus de 200 chercheurs .de l’université de Montréal, on avait pu obtenir l’achèvement du séquençage du génome du rat de laboratoire, le "Rattus norvegicus". On sait ainsi qu’il comprend 2,7 milliards de nucléotides alors que celui de l’être humain en contient près de 3 milliards.

Guillaume Bourque, à l’époque stagiaire au Centre de recherches mathématiques, a conçu un algorithme qui permet de comparer entre elles des sections de chromosomes d’espèces différentes. On sait ainsi que le rat partage plus de 90 % de gènes avec l’homme.

Rien d’étonnant donc que, comme chez le rat, chez l’homme de nouvelles cellules apparaissent en permanence dans l’hippocampe sans qu’on puisse évidemment en préciser le nombre, vues les méthodes intrusives pour obtenir ce décompte chez le rat…

Selon Tracey Shors, ces cellules souches  ne naissent pas de façon régulière et automatique. Leur production dépend d'un certain nombre de facteurs environnementaux. Par exemple, la consommation d'alcool ou de nicotine retarde cette genèse. À l'inverse, leur production peut être augmentée par l'exercice physique, les antidépresseurs et …la consommation de myrtilles chez les rats (aucune étude comparable n’est possible chez l’homme).

Ces découvertes détruisent d'abord la rumeur publique qui prétendait que les neurones contrairement aux autres cellules humaines ne se renouvellent pas.  

Mais là où les travaux de la chercheuse américaine sont particulièrement intéressants, c’est qu’elle nous démontre, preuves à l’appui, que la survie de ces nouveaux neurones dépend directement de l’entrainement des capacités cognitives des rats et que ces cellules produites par le cerveau "au cas où" vont d’autant mieux survivre que les exercices proposés seront difficiles.

La fenêtre d’apprentissage qui permet la transformation des cellules souches en neurones matures dure 7 et 14 jours après la naissance de la cellule initiale. Autrement dit, chez le rat au moins, si ses capacités cognitives ne sont pas stimulées les nouveaux neurones, ne trouvant pas preneurs, meurent en quelque sorte de dépit amoureux.

Ces découvertes sont corroborées par les difficultés cognitives rencontrées par certains cancéreux soignés avec un composé nommé MAM qui bloque la division cellulaire. Ces malades, qui n’ont aucune peine à gérer des situations quotidiennes, rencontrent des problèmes lorsqu’il s’agit d’acquérir des apprentissages mettant en jeu des activités multitâches.

On pourrait aussi ainsi expliquer les effets bénéfiques de l’activité physique, des antidépresseurs et des entrainements à des tâches cognitives difficiles sur le ralentissement de l’évolution  chez les malades "Alzheimeriens".

En attendant, nul doute que combiner une activité physique soutenue avec un bouillonnement intellectuel de son choix (jeux de réflexion, apprentissage d’une langue, participation à des formations dans des domaines nouveaux, etc…) favorisent la préservation de nos capacités cognitives qui ne s’useraient donc que si on ne s’en servait pas ! L’inverse de l’idée stupide que l’expérience suffit et qu’on n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces.

Il y a au contraire toujours de nouvelles grimaces à découvrir…


Patrice Leterrier

27 juillet 2009

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 08:15


P

ourquoi donc le Toucan toco (Ramphastos toco) a-t-il un si grand bec ?

En effet cet animal possède un phanère qui mesure entre le tiers et la moitié du reste de son anatomie.

Moi Monsieur - lui dirait peut-être un faquin prétentieux et imprudent – si j’avais un tel bec, il faudrait sur le champ que je me l’amputasse !

Il aurait tort le malotru, outre sa cuistrerie impardonnable envers ce beau volatile.

Au demeurant, l’oiseau n’étant pas – dans l’état actuel de nos connaissances - apte à le comprendre ni à lui répondre, s’étonnerait peut-être de l’agitation grotesque de ce ridicule animal sans plume ni grâce totalement incapable de voler et auteur d’une cacophonie sans rapport avec le cri aigu que pousse ce Ramphastidé.

Si le Toucan toco arbore un tel organe tégumentaire majestueux et coloré ce n’est point pour séduire sa belle ni pour se gaver de nourriture ni encore moins pour faire parler de stupides ignares ironisant sur sa singularité. Il nous faut oublier ces explications faciles qui nous auraient dispensés d’une recherche scientifique, méthodique, laborieuse et surtout sans idée préconçue.

Alors assez de suspens concernant ce sujet imposant ! Il est temps de vous révéler que le chercheur Canadien Glenn Tattersall (de Broke University, Ontario) et ses collègues brésiliens ont découvert en étudiant cet étrange animal à l’appendice démesuré qu’il s’agissait d’une climatisation personnelle lui permettant d’évacuer de 30 à 60 % de la chaleur accumulée et de maintenir ainsi constante la température de son corps. Il bat à plate couture les oreilles des éléphants ou celles des lapins qui jouent un rôle similaire.

Ce qui paraît surprenant c’est qu’il y ait eu un jour dans la tête de cet honorable chercheur canadien la curieuse idée de vouloir savoir pourquoi ce superbe bec - merveille de technologie animal puisqu’il est très léger car creux - était si grand ?

Car enfin la taille du bec du Toucan n’est pas dans la nature le mystère le plus étrange. Pourquoi Glenn Tattersall ne s’est-il pas intéressé par exemple au gigantesque nez flasque et hideux du singe nasique qui fait concurrence déloyale au Cyrano d’Edmond Rostand ?

Le chercheur canadien, amateur des organes démesurés, n’aurait pu s’attaquer au cas de la corne du Narval. Martin Nweeia, spécialiste de la dentition, à la Harvard Medical School (Massachusetts, Etats-Unis), a en effet levé le mystère en 2006 après une expédition scientifique de cinq ans en Arctique : "La dent spiralée du narval mâle, plantée sur sa mâchoire supérieure, est en fait une antenne très sensible, pourvue de millions de terminaisons nerveuses". Ce n’est donc pas une défense, malgré la légende de la licorne, mais un organe sensoriel pour percevoir les différences de pression, de salinité ou de température.

Mais que doit-on penser des dents de rats, des oreilles de chauve-souris et de la queue d’écureuil de l’aye-aye ou encore des yeux énormes et des pieds disproportionnés du Tarsier et de bien d’autres singularités de la nature facétieuse?

Mais au fond quoi de plus rassurant que d’imaginer, quelque part dans le frimât canadien, un chercheur se posant un jour- peut-être en se rasant - cette question étrange : "mais pourquoi le Toucan toco a-t-il un si grand bec ?" Et le plus incroyable c’est qu’il se soit acharné pour trouver la réponse alors que nous aurions probablement dans les mêmes circonstances rangé cette interrogation au cimetière des mystères de la nature.

Certes la découverte est probablement moins importante que celle de la pénicilline de Sir Alexander Fleming bien que l’honorable sujet de sa très gracieuse majesté n’ait compris que sur le tard l’importance de la sienne.

En tout cas (et non Toucan…) cela m’a permis de glisser un sourire dans une actualité absorbée par les nageurs couverts de peau artificielle en polyuréthane, par l’exploit surhumain et donc suspect d’Alberto Contador et de ne pas penser aux 2 milliards de malades qui seront atteints par la grippe A(H1N1) selon l’OMS.


Patrice Leterrier

24 juillet 2009

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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 17:32


N
otre pays se prépare à l’arrivée avec l’automne de la grippe A(H1N1) alors que nous vivons sous la tyrannie du principe de précaution détourné de son objet qui était de prévenir un "risque de dommages graves et irréversibles" selon les termes de la loi Barnier de 1995.
Il avait été officiellement entériné dans l’euphorie du sommet de la terre de Rio en 1992. Il visait à l’époque essentiellement la préservation de la diversité biologique avec le succès que l’on connaît du fait de l’indifférence générale sur le sujet.
Au nom de ce principe s’est développée une véritable paranoïa sécuritaire visant à éliminer tout danger putatif pouvant se cacher sournoisement dans les objets les plus usuels et les plus banaux que nous utilisons.
Par exemple dans le cas du téléphone portable, des experts plus ou moins qualifiés se déchirent sous fond d’arrière pensée médiatique et mercantile. Ils rivalisent de surenchère pour nous rassurer ou au contraire nous inquiéter allant jusqu’à comparer le risque à celui de l’amiante comme le fait le professeur Thierry Bouillet, cancérologue à l'hôpital Avicenne de Bobigny, dont je ne doute pas de la compétence en tant que… cancérologue. Rien n’y fait pour désamorcer l’inutile polémique ! Pas même les déclarations de l’Oms affirmant que le principe de précaution "ne saurait se transformer en machine alarmiste, surtout quand plusieurs milliards de portables sont utilisés dans le monde sans conséquences sanitaires apparentes depuis 15 ans."
Voilà que des bouteilles plastiques contenant du polyéthylène téréphthalate (c'est le nom savant du PET) provoquant chez des levures des changements de couleur et chez des petits escargots une fécondité deux fois inférieure à la normale déclenchent une panique et une jubilation des écologistes extrémistes défenseurs de l’eau du robinet dont on dénonce par ailleurs régulièrement les dangers.
Nous analysons, aseptisons stérilisons et désinfectons tout ce qui nous touche de prés ou de loin.
Coco Ballantyne, journaliste scientifique à New York nous rappelle pourtant, dans la revue Pour la Science, que le mieux est clairement l’ennemi du bien dans ce domaine de précaution aussi. Elle nous révèle que les savons "antibactériens" sont non seulement inutiles mais qu’ils favorisent en fait la résistance des bactéries et sont donc contreproductifs.
Et si Christophe Colomb avait appliqué le principe de précaution serai-il parti cap vers l’ouest à la recherche d’un continent ? Au nom du principe de précaution, Pasteur aurait-il inoculé treize fois en dix jours son vaccin au petit berger alsacien de Steige âgé de neuf ans, Joseph Meister, mordu l'avant-veille par un chien ? Et si le 3 Septembre 1928 Alexander Fleming, de retour de vacances avait jeté, selon toujours le même principe, les colonies cotonneuses d'un blanc verdâtre, souches d'un champignon microscopique, le penicillium notatum, qu'utilisait son voisin de paillasse, un jeune mycologue irlandais Charles J. Latouche, et qui avaient contaminées les staphylocoques qu’il cultivait ? Et si le Président américain John Fitzgerald Kennedy n’avait pas osé l’impossible, aurait-il précautionneux permis que le 21 juillet 1969 à 3h52 l'homme pose pour la première fois le pied sur la Lune ?
A vrai dire je me sens un peu désemparé devant tant de lumière sur des fausses certitudes et sur ces angoisses largement entretenues par les médias alors qu’un milliard d’humains souffrent de malnutrition et qu’un autre milliard sur les six qui peuplent la planète souffrent d’obésité dans une indifférence quasi générale !  
Martin Hirsch, l’ancien président d'Emmaüs France et le nouveau haut-commissaire à la Jeunesse, prés de dix jours après la publication de ses propositions pour refonder la politique en faveur des 16-25 ans, s’impatiente. Une grande partie de notre jeunesse en errance, un monde qui n’a pas de problème de nourriture mais qui est incapable ne nourrir correctement un humain sur six et qui nourrit mal un autre milliard, voilà de quoi mobiliser sans précaution inutile nos énergies pour faire que le 21ème siècle soit celui de l’espoir et de la dignité et qu’il continue d’être celui du génie humain toujours en quête de nouvelles découvertes au prix quelquefois d’un certain risque.

Patrice Leterrier  

22 juillet 2009

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 16:51


L
’adage populaire le clame presque comme un défi au sort : L’argent ne fait pas le bonheur !
Nos amis allemands disent "Geld macht nicht glücklich", les espagnols "el dinero no da la felicidad", et les anglo-saxons, qui ramènent tout à un business, prétendent que "money doesn’t buy happiness", ce qui veut dire que l’argent n’achète pas le bonheur.
Les Parisiennes, qui chantaient dans les années 60 sur la musique de Claude Bolling et dansaient sous la direction de Roland Petit, prétendaient que ce proverbe était un sacré mensonge.
Il est tout à fait clair que l’argent que l’on attribue sous forme de médaille au premier perdant d’une compétition fait rarement le bonheur de celui qui le reçoit encore tout dépité de sa défaite.
Il est au moins aussi limpide que celui, qui manque cruellement aux nécessiteux et à tous les exclus si nombreux du banquet de la terre, participe par son absence à leurs malheurs.
Mais voilà qu’une étude menée par le Professeurs Edward Deci et ses collègues de l'Université de Rochester (Etats-Unis), réalisée auprès de 147 personnes nous apprend que non seulement l'argent ne fait pas le bonheur mais qu’il aurait plutôt tendance à le faire fuir.
Ces chercheurs en psychologie distinguent deux types de motivation : une motivation dite intrinsèque qui vise à une pleine réalisation de soi comme être en bonne santé, avoir de bonnes relations avec son entourage etc…et une motivation dite extrinsèque de type "American Dream" qui aspire à "réussir", à devenir riches, célèbres ou atteindre un idéal physique de minceur par exemple ce qui n’est pas rien pour des américains dont un sur trois sont menacés d’obésité.
Les résultats sont sans appel : ce sont les égoïstes ambitieux et avides qui sont les plus malheureux et en moins bonne santé, envahis par l’anxiété, la colère et la tristesse.
En revanche, les altruistes poussés par une motivation intrinsèque sont épanouis par l’atteinte de leurs objectifs.
Ainsi la réussite ne suffit pas à rendre les gens heureux et il semblerait même qu’au contraire la quête incessante du toujours plus favorise l’apparition de pathologies.
Ces travaux convergent avec ceux de Sonja Lyubomirsky, professeur de psychologie à l’Université de Californie et auteur du livre The How of Happiness. Ils confirment que le bonheur est intimement lié à la poursuite (et l’atteinte) d’objectifs de réalisation de soi.
Cette étude complète aussi par une autre approche, une enquête de l’Insee. Elle démontrait que les périodes de plus grand bonheur ne coïncident pas avec celles de la plus grande aisance financière. Le bonheur, mesuré dans cette enquête par le sentiment de bien-être, culmine aux alentours de 70 ans, qui est en général une période de moins grande aisance matérielle, alors qu’il atteint son plus bas au summum de l’opulence matérielle et de l’activité professionnelle qui se situe entre 45 et 50 ans.
Au demeurant je continuerai peut-être, de temps en temps, à prendre un billet à l’Euro million, ne serait-ce que pour rêver quelques instants de toutes les formidables choses que je pourrais faire avec ce gros lot que tout le monde rêve de gagner.

Patrice Leterrier

16 juillet 2009
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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 18:07


 

D

ans un article au style alerte et plein d’images décapantes, un blogueur de talent qui se fait appeler Nick Carraway et dont on ignore tout de l’identité réelle pose la question surprenante au premier abord "Il y a-t-il un surmoi numérique à l’heure du web social ?".

Selon slate.fr, ce pseudonyme cacherait un étudiant en Master 2 de Sciences Sociales à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).

D’abord il faut se rappeler que Nick Carraway était le nom du narrateur du fameux roman de Francis Scott Key Fitzgerald "Gatsby le magnifique" incarné au cinéma par la coqueluche de ces dames Robert Redford. Le rôle de Nick Carraway était joué par Sam Waterson qui ne présente pas les mêmes attraits auprès de la gente féminine.

Si on voulait relancer la querelle déclenchée par le livre noir de la psychanalyse entre les tenants de l’orthodoxie freudienne et un collectif de scientifique de tout horizon, on pourrait commencer par affirmer que la vision simplificatrice du surmoi, qui serait selon Freud l’instance de la personnalité psychique dont le rôle est de juger le moi, est aujourd’hui bien dépassée ….

Quant à l’existence d’un surmoi numérique qui se définirait selon le bloggeur éloquent comme des mécanismes de contrôle social capable de générer une censure en amont, inconsciente et intériorisée, dans les relations sociales sur le web, je n’ose imaginer le niveau de perplexité que cette notion pourrait entraîner chez vous.

Pour ma part, elle me rend d’autant plus dubitatif qu’il me semble que comparer le web et la société "charnelle" comme l’a définit le blogueur anonyme, est un raccourci audacieux du point de vue conceptuel.

Dans cet abus permanent du qualificatif virtuel, on a tendance à confondre l’outil et le fond, une foule et une société.

Car le web ce n’est d’abord que la mise en œuvre d’une foultitude d’outils permettant, entre autres fonctions, d’échanger souvent dans l’anonymat, parfois derrière des avatars plus ou moins réalistes choisis par leurs auteurs, mais en tout cas sans risque de sanction sociale.

Le web n’est qu’un contenant, assez neutre d’ailleurs à l’origine, totalement libre dans nos régions à moins que l’Hadopire ne vienne réduire cet espace de liberté individuelle par une camisole répressive inefficace, inutile et indigne du pays qui se prétend celui des droits de l’homme…

Il permet des contenus divers. La plupart du temps il n’aspire à aucune cohérence globale ni ne revendique aucune cause bien qu’il puisse servir les meilleurs comme les pires.

Ces "communautés virtuelles" qui naissent avec la généralisation des regroupements dit sociaux ne permettent pas de définir  des identités ni même de parler de société tellement ils sont aléatoires et si peu œcuméniques.

Par comparaison, on ne peut réduire la société humaine charnelle ou intellectuelle ou même confessionnelle aux réunions qui s’y tiennent, quelles que soient leurs formes, pas plus qu’on ne peut comparer ce qu’on appelle parfois des communautés sur le web à des communautés de personnes partageant une croyance, un objectif, des opinions politiques, etc..

Alors, même si on accepte à titre d’outil le concept de surmoi freudien, pourquoi dépendrait-il d’un nouveau moyen de communication si novateur et si prégnant qu’il soit ?


Patrice Leterrier

13 juillet 2009

 

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 20:17

 

 

L

es psychologues de l'Université de Toronto sont absolument formels : être de bonne humeur change la façon dont nous voyons le monde !

Nous le savions déjà au niveau des émotions, de notre capacité à accepter les événements mais voici que l’expression "largesse" d’esprit que l’on attribue aux gens ouverts et plutôt de bonne humeur prend un sens plus concret avec la preuve que cette largesse englobe aussi le regard tout simplement physique sur les choses.

Plus nous sommes de bonne humeur, plus, selon les chercheurs, notre regard intègre alors une portion plus large de l'environnement, permettant une vision plus globale et plus créative.

Les expériences faites par ces universitaires canadiens montrent indubitablement que les personnes qui sont  dans un état émotionnel positif mémorisent, sans y faire attention, davantage d'éléments périphériques que ceux étant dans un état émotionnel négatif. Ainsi, tout se passe comme si l'horizon s'élargissait lorsqu'on se sent bien émotionnellement.

D’après les honorables membres de l’université de Toronto, le comportement humain est constitué d'un registre stéréotypé et d'un registre exploratoire.

Le premier permet de rester concentré sur des gestes précis, en rejetant les informations qui ne sont pas essentielles.

Par contre, le registre exploratoire favorise la dispersion de l’attention dans toutes les directions, pour tester de nouvelles pistes, glaner de nouvelles informations encore inconnues, sans a priori.

Pour des raisons qui paraissent naturellement liées à une adaptation visant à la conservation de l’espèce, la présence d’un danger, un état émotionnel négatif inhibe le registre exploratoire.

Pour s’en convaincre il suffit de penser à votre état lorsque la voiture qui vous précède vient de freiner brutalement déclenchant une montée d’adrénaline, un état émotionnel fortement négatif.

Il est vital que vous puissiez rester concentrer sur le coup de frein urgent à donner.

Ce n’est évidemment pas le moment de regarder les arbres en fleurs qui longent la route, ni d’écouter les merveilleuses nuances dans la tessiture de votre artiste favori(e).

Une conséquence évidente de cette découverte c’est qu’une entreprise innovatrice à tout intérêt à maintenir un climat favorisant la bonne humeur des collaborateurs qui auront ainsi l’esprit suffisamment vagabond, exploratoire pour rivaliser en idées originales et novatrices.

Que dire de l’état d’un gouvernement soumis au regard permanent d’un censeur encensé sans sens de la mesure…

Et puis voir large est tellement plus enrichissant que de se regarder avec obsession le nombril même si c’est pour observer le très joli piercing dont vous venez d’embellir cette minuscule portion de votre anatomie ?

Soyons donc de bonne humeur et voyons large !

Les ennuis hésiteront peut-être à venir se confronter à une barrière d’optimisme et de franche rigolade.

Shimon Pérès ne disait-il pas "les optimistes et les pessimistes meurent de la même façon mais ils vivent différemment" ?

Aucun doute qu’il faille de chaque minute extraire l’or caché sous la gangue comme nous y invite Charles Baudelaire.


Patrice Leterrier

9 juillet 2009

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