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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 12:39

 

Aristote

Nicolas Sarkozy veut "sauver la filière littéraire, aujourd’hui en perdition". Il veut faire de la série L une véritable série internationale.

Certains pourraient voir dans cette déclaration une sorte de revanche des khâgneux sur les matheux, une réhabilitation des élèves n’ayant aucun goût pour les équations différentielles et préférant les exégèses sur les écrits de Platon et les subtilités de l’imparfait du subjonctif, une sorte de rédemption des mots dominés par les nombres depuis l’invention de l’algèbre par le mathématicien d'origine kurde Al-Khawarizmi au IXème siècle.

Depuis la naissance du lycée créé par la loi du 11 floréal an 10 (1er mai 1802) sous le consulat par Napoléon Bonaparte, les sciences ont toujours fait parti de l’enseignement général, même lorsque l’enseignement était largement à dominante littéraire.

Le baccalauréat fût institué par l’empereur Napoléon par décret du 17 mars 1807.

A l’origine il ne comprenait que des épreuves orales portant sur des auteurs grecs et latins, sur la rhétorique, l'histoire, la géographie et la philosophie.

Le premier baccalauréat eut 31 heureux élus (ils étaient 524 000 en 2009 soit 83,4% des inscrits !).

Aujourd’hui où les applications de la science, notamment dans le domaine des communications, bouleversent de plus en plus notre environnement, il semble plus que jamais nécessaire que les futurs citoyens acquièrent un minimum de bagage scientifique et singulièrement des bases solides en mathématiques.

La série S créée en 1993 en même temps que les série L et ES est devenue de fait plus une voie royale pour accéder à des études supérieures qu’une véritable série scientifique préparant de futurs chercheurs.

Elle est le passage obligé pour l’accès aux grandes écoles d’ingénieurs et de ce fait possède une attractivité sans rapport avec son programme plus subi que choisi par goût par les élèves.

Embrigadés dans l’ascèse mathématique et scientifique des classes préparatoires, les esprits les plus agiles dans l’abstraction, sont destinés à intégrer les grandes écoles d’ingénieurs.

Quelques uns seront appelés aux plus hautes responsabilités et devront alors s’acquitter de la rude tâche de diriger des hommes et de comprendre un monde plus systémique qu’analytique.

Ils auront alors à montrer des compétences bien différentes que celles de savoir résoudre des équations complexes. Des tâches auxquelles ils ne sont absolument pas préparés et d’ailleurs pas forcément particulièrement doués.

San nier le rôle capital des sciences abstraites dans la formation des élites, ne devrait-on pas aussi mettre l’accent sur de solides formations en économie, en langue et autres balivernes comme le droit pour se préparer à être des compétiteurs affutés dans l’économie largement mondialisée ?

Loin de moi l’idée de nier qu’il soit nécessaire de réhabiliter le blason de l’enseignement littéraire trop souvent galvaudé de nos jours pas plus que de contester la nécessité d’entretenir et de valoriser des chercheurs trop souvent obligés de s’expatrier pour satisfaire leurs légitimes ambitions.

Le problème aujourd’hui n’est-il pas autant que la série S ne soit qu’à la marge destinée à former des futurs scientifiques, que la série L soit si lointaine des sciences et des mathématiques et qu’il n’existe en fait aucune série prenant en compte la réalité des énormes changements que le monde a connu depuis 1993 ?

Aristote pouvait, comme Platon, ambitionner d’embrasser l'ensemble des objets de savoirs.

Nos jeunes sont obligés de choisir trop tôt dans l’immense étendue du savoir humain un angle d’acquisition des connaissances opposant artificiellement sciences, littérature ou économie. Alors pourquoi pas une série LS, SL pour réconcilier les chiffres et les lettres ou mieux encore une série SLES pour préparer à la modernité ?

Mais je rêve bien sûr ! Nous aurions immédiatement tous les élèves et leurs professeurs arborant des pancartes clamant haut et fort "Touche pas à mon Bac !".

Le monde change à toute vitesse et la France reste prisonnière d’une incroyable et dangereuse pesanteur.


Patrice Leterrier

15 Octobre 2009

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 10:27

 

 


A

vec 393 morts, le nombre de décès sur les routes a bondi de 17,7% au mois de septembre 2009 par rapport à septembre 2008 pour le troisième mois consécutif.

Didier Laurens sur slate.fr pense qu’il faut en finir avec le tout répressif et "améliorer l'éducation des conducteurs et leur formation", mais il ajoute "c'est moins simpliste, plus coûteux et les effets ne sont pas immédiats".

Sans contester la pertinence de ces propositions, on pourrait aussi commencer par faire du permis de conduire autre chose qu'une stupide torture de questions plus ou moins tarabiscotées auxquelles on doit répondre une fois dans sa vie et un vague créneau que l'on ne réussit que le jour du permis.

Et si les constructeurs arrêtaient la course à l'énormité en matière de taille ou de puissance?

Et si le langage anthropomorphique associant la bagnole (et encore plus la moto) à la notion de virilité et de séduction était remplacé par une apologie de la sécurité et de l’écologie ?

Georges Pompidou disait le mégot au bec "les français aiment la bagnole" et il oubliait d’ajouter qu’elle rapporte gros à l’état.

Les français ne sont donc pas rancuniers avec ce qu’elle leur coûte et ce qu’elle coûte à la société avec ses milliers de vies brisées condamnées à troquer leur véhicule pour des fauteuils roulants qui n’ont rien de fringant cabriolet ni d’agressive moto.

Aujourd’hui le message dominant est celui de l’évidence "bourrelienne" que l’ennemi absolu, le responsable de tout c’est la vitesse.

Il est certain qu’une voiture à l’arrêt a moins de risque de provoquer des accidents (encore que cela dépende d’où elle est arrêtée…).

L’ennui c’est qu’une voiture ou une moto c’est d’abord fait pour rouler et que dès lors les choses se compliquent.

Conduire n’est un art que pour des pilotes sur circuit. Pour le citoyen c’est d’abord une discipline qui doit s’apprendre hélas sur le tas de bitume, un devoir de respect des autres et de la réglementation, une attention de tous les instants, bref une chose impossible à pratiquer sans faire de faute.

Dès lors devant l’inaccessible, on s’arrange. On s’arrange avec l’alcool, avec la fatigue, avec la vue, avec la réglementation, avec l’autre c.n qui est devant nous et qui se traîne (Il ne travaille pas lui !). Conduire devient ainsi inexorablement synonyme de transgression.

Pour la science se faisant échos d’un article paru dans les "Proceedings of national academy of Science of the United States of America", nous révèle qu’il y a deux façons d’être honnête : ne pas connaître le mensonge et la tricherie ou bien résister à la tentation, en somme la grâce ou la vertu.

Les expériences menées par l’équipe de Joshua D. Greene et Joseph M. Paxton démontrent que plus on cherche à contrôler son comportement et ses pensées plus on a de risques de succomber à la tentation. La tentation doit bien sûr être une promesse de récompense financière dans le cas de l’expérimentation ou autre.

Bien heureux ceux qui sont honnêtes ou respectueux des règles par nature mais pour les autres, il serait assez illusoire de penser que le respect des règles soit l’effet d’une conscience des dangers, des règles mais bien une analyse plus ou moins consciente des gains potentiels d’une telle attitude. Ce qui est en cause c’est donc la gratification sous-jacente liée à la transgression des interdits.

Il s’agirait donc, outre la menace de répression qui vient tempérer les bénéfices potentiels de l’attitude transgressive, de s’attaquer à la représentation de ces bénéfices, aux fondements de la gratification narcissique de ces comportements.

En fait la clé c’est que la vitesse, mais aussi le stationnement interdit, le dépassement sur une ligne jaune, le non respect d’une priorité ne sont pas une affirmation de soi, une preuve de la singularité de chacun mais une sorte de conformisme anticonformiste, au mieux empiétant sur la liberté de l’autre, au pire mettant en jeu sa vie ou sa santé et celles des autres. En fait il s’agit d’en finir mentalement avec les bénéfices illusoires de telles attitudes.

Alors en plus de stages de formation sur la conduite il faudrait aussi introduire une formation psychologique pour combattre ces comportements stéréotypés de toute puissance poussant à considérer "l’autre" comme l’ennemi, le responsable désigné de tous les dangers.


Patrice Leterrier

13 Octobre 2009

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 22:39


A

u moment où Barak Obama se heurte à la difficile tâche de dépasser le stade de discours novateurs, au moment où il doit négocier des dossiers aussi difficiles que ceux de la réforme du système de santé américain ou encore ceux brûlants du Proche-Orient, de l’Afghanistan, de l’Irak ou encore celui hautement sensible du nucléaire iranien, était-il vraiment nécessaire ni même utile ni encore opportun d’ajouter le poids d’une icône à porter à sa difficile tâche ?

Il a, jusqu’à présent il est vrai, beaucoup et bien parlé comme au Caire. Mais n’attend-on de Barak Obama plus, à savoir  qu’il fasse enfin de la politique au sens noble c'est-à-dire qu’il transforme ses idées nouvelles, généreuses et porteuses d’espoir en actes ?

Le monde n’espère-t-il pas comme un espoir fou qu’il ajoute une pierre décisive à la paix dans le monde en faisant aboutir des négociations qui s’annoncent longues, difficiles et risquées ?

L’académie suédoise, en couronnant l’ancien président Jimmy E. Carter ou l’ancien vice-président Albert A. Al Gore ou encore Mohammed el-Baradei, avait montré sa réprobation envers la vision manichéiste de Georges Bush.

Si on s’en tient au testament d’Alfred Nobel, le prix Nobel de la paix doit en principe récompenser  "la personnalité ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix".

La récompense attribuée à Barak Obama ne répond pas à cette définition mais sonne plutôt comme un pari, une marque de confiance, un espoir peut-être aussi fou que celui qui prévalut à la distinction du trio Yaser Arafat- Itzhak Rabin et Shimon Pérès, en 1994 alors que quinze ans après la violence, la haine et l’incompréhension continuent de gangréner cette région qui ne cesse de souffrir de la folie des hommes.

Itzhak Rabin a payé de sa vie son courage politique, assassiné par un extrémiste israélien le 4 Novembre 1995, Yasser Arafat s’est éteint le 11 novembre 2004 à l’hôpital militaire de Percy à Clamart. Le seul survivant du trio, le président Shimon Pérès a déclaré à l’annonce de cette récompense frappant de surprise Barak Obama "Vous avez apporté à l'humanité toute entière un nouvel espoir [...]. Sous votre leadership, la paix est devenue une vraie priorité".

Fort bien ! Si on ajoute la consécration que salue Nicolas Sarkozy du "retour de l'Amérique dans le cœur de tous les peuples du monde", les chancelleries rivalisent en qualificatifs flatteurs pour saluer cet événement.

Mais en couronnant si hâtivement Barak Obama, l’académie Nobel ne le gêne-t-elle pas potentiellement ?

N’est-il pas ainsi condamner à rester une icône alors qu’il doit gérer de bien difficiles dossiers avec ce qu’il faut de pragmatisme, de fermeté, potentiellement de démonstration de force et même parfois d’un certain cynisme pour parvenir à ses fins ?

On peut déjà voir l’utilisation boomerang qui peut être faite de cette distinction avec la réaction d’Ali Akbar Javanfekr, conseiller du président Mahmoud Ahmadinejad  qui déclare : "Nous espérons que cela (la récompense) l'incitera à emprunter la voie qui apportera la justice dans le monde. (…) Nous ne sommes pas contrariés et nous espérons qu'en recevant ce prix, il commencera à entreprendre des démarches concrètes en vue de mettre fin à l'injustice dans le monde."

Barak Obama a bouleversé le langage de la diplomatie américaine empêtrée dans la vision du bien et du mal de son prédécesseur. Il n’a pour l’instant pas obtenu grand-chose en retour de cette ouverture, si ce n’est ce prix.

Pour autant ce n’est pas une raison de renoncer à l’espoir d’un vrai changement et au fond c’est le message de l’académie Nobel au monde.


Patrice Leterrier

10 Octobre 2009

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 22:08


T

rois lycées de l'académie de Créteil proposent une cagnotte collective à leurs élèves pour les inciter à venir en cours. Dans chacun de ces lycées professionnels, deux classes pourront bénéficier de cet argent pour se payer un voyage ou tout autre projet éducatif.

A Marseille, le proviseur du lycée professionnel Frédéric Mistral leur emboîte le pas en promettant des places au stade vélodrome pour récompenser la présence. La classe qui aura eu le taux de présence le plus fort remportera des places pour aller voir l'OM.

Récompenser la présence et non le mérite supposé ou réel ni la réussite avérée ne traduit-il pas, au fond, une sorte de découragement, une démission de l’enseignant voire un profond mépris envers celui qu’on récompense ?

N’est-il pas totalement illusoire d’espérer une amélioration des résultats liés à la seule assiduité alors que la réussite scolaire est une savante alchimie entre une motivation et des aptitudes forcément inégales.

Philippe Meirieu, professeur en sciences de l'éducation s’indigne dans les colonnes du monde de cette marchandisation de l’enseignement, trouve scandaleux de "galvauder à la fois la notion de présence et celle de projet".

On est loin de l’exhortation de Jules Ferry aux instituteurs dans sa célèbre lettre du 17 Novembre 1883 : "Il dépend de vous de hâter par votre manière d'agir le moment où cet enseignement sera partout non seulement accepté, mais apprécié, honoré, aimé, comme il mérite de l'être."

Et puis si on se met à marchander la présence, c'est-à-dire une sorte de résistance passive, ne serait-il pas plus opportun de récompenser plutôt des fumeurs qui arrêtent, des alcooliques qui choisissent l’abstinence, des chauffards qui respectent le code de la route, des citoyens qui vont voter ou encore certains supporters qui ont le courage d’assister à des matchs où des footballeurs aux salaires mirobolants se trainent péniblement sur le terrain ?

Conscient de la faiblesse lamentable des résultats du club phocéen, le proviseur du marseillais n’a-t-il pas une arrière pensée ?

En promettant des places au stade à ceux qui daigneraient se déplacer jusqu’à leur lycée pour venir trainer leur fond de culotte (de marque cela s’entend) sur les bancs de l’école publique en continuant à tapoter négligemment des SMS, n’espère-t-il pas attirer ainsi de nouveaux aficionados susceptibles de réveiller l’ardeur des joueurs qui semblent n’être payés que pour leur présence sur le terrain ?

Ne plaignons pas les élèves méritants, motivés qui ont eux la chance de réussir leurs études !

Ils sont largement payés en retour par le regard envieux de leurs camarades, la fierté de leurs parents et la considération de leurs professeurs ! Et puis s’ils sont marseillais, ils évitent en plus d’être obligés de suivre en baillant les lamentables prestations de footballeurs sans fierté…

L’absentéisme, lorsqu’elle est l’effet visible d’une phobie scolaire, ne se résout sûrement pas par la perspective d’un projet collectif, aussi ludique, soit-il.

Le refus scolaire s’accompagne alors de troubles du comportement, d’anxiété voire de symptômes dépressifs. Il se traduit en général par un rejet du collectif perçu comme hostile.

Lorsqu’elle est plus simplement l’effet d’un manque de motivation et d’un je-m’en-foutisme affiché, souvent la traduction d’une absence de valeurs structurantes comme on le voit généralement dans le phénomène de bande, la carotte peut jouer un rôle ludique mais pervers. Elle peut transformer l’absent en "absent présent", elle est alors une sorte d’encouragement à une attitude sournoise et faussement soumise de la part d’élèves tailleurs de cours idiosyncratiques.

On peut douter qu’en stimulant par la récompense la présence on règle les raisons qui ont poussé l’enfant à délaisser l’école, qu‘on crée par ce biais un effet motivant capable d’ajouter de l’intérêt à la présence.

La méthode outre le côté désastreux souligné par Philippe Mérieu risque d’avoir autant d’effet que les images pieuses de saintes en extase autrefois distribuées par des enseignants religieux souvent paternalistes mais rarement bienveillants.


Patrice Leterrier

5 Octobre 2009


 

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 19:59


 

L

 

es résultats de la votation organisée sur le changement de statut (Oh ! pardon sur la privatisation de la poste…) sont tombés avec un succès plus qu’écrasant du non  (plus de 90%).

Je prétend que c’est nul, archi nul de se livrer à de telles mascarades sur un sujet aussi important que l’avenir d’une institution créée le 19 juin 1464 par le roi Louis XI souvent présenté comme le symbole de l’obscurantisme médiéval et de la tyrannie monarchique et dont la réputation de cruauté fait encore froid dans le dos.

Nulle d’abord la question posée "Le gouvernement veut changer le statut de La Poste pour la privatiser. Êtes-vous d'accord avec ce projet ?". Comme question fermée, indigne d’un statisticien honnête on ne fait pas mieux ! L’affaire est entendue, les penseurs ont pensé pour vous, inutile de débattre sur le fond du projet, inutile de le présenter puisqu’il n’est qu’une cynique volonté de privatisation rampante, expression favorite d’un Olivier Besancenot.

Nulle la communication d’un gouvernement qui n’explique rien ou qui explique mal et qui nie trop fort qu’il ne s’agit pas d’une privatisation mais d’un changement de statut alors que des précédents comme ceux de France Télécom ou de Gaz de France démontrent combien un changement de statut juridique peut avoir de conséquences sur le fonctionnement et les métiers des salariés.

Nulle l’organisation approximative de cette votation comme le prouve le score digne des pires périodes du stalinisme.

Nulles les postures "paonesques" de certains hommes et femmes politiques à gauche. Ils crient victoire.

Les uns réveillent les vieux démons opposants service public à la réalité déjà largement concurrentielle de la poste (le courrier public ne représente que 15% de son activité).

Les autres rêvent de nouveau de ce grand soir libérateur du capitalisme de nouveau triomphant, alors qu’on l’enterrait il y a encore si peu de temps, et qu’il se moque bien de ceux qui rêvent naïvement de le moraliser.

Nulles enfin les gesticulations de certains à droite criant à l’imposture. Ils semblent faire peu de cas de l’attachement ainsi affiché au service public et singulièrement à la distribution du courrier partout. Ce n’était évidemment pas en cause dans le projet de changement de statut. Le résultat mais surtout l’impressionnante mobilisation doivent évidemment être pris en compte dans la réflexion et le débat qui aurait dû et qui devra être organisé sur ce sujet.

Nicolas Sarkozy avait lancé le 17 septembre 2008, comme préalable à un "débat public" sur l'avenir de la Poste, une commission présidée par François AILLERET, ancien directeur général d’EDF, pour étudier toutes les voies d'évolution du groupe postal. Elle s’était prononcée pour l’ouverture du capital de la poste.

   Peut-on souhaiter que le débat dont parlait le Président est enfin lieu, qu’il soit réel, public et que des enjeux aussi divers que les courriers d’entreprises, l’impact cataclysmique d’internet, l’ambigüité de la banque Postale, l’ouverture de certains services postaux à des commerces de proximité comme les buralistes ou les boulangers puissent être aborder sans que l’on prenne en otage la nécessaire évolution et modernisation de la poste en invoquant la distribution exemplaire du courrier au fin fond du cirque de Mafate à l’Ile de la Réunion ?

La France aime ses postiers ! C’est la meilleure nouvelle de cette consultation mais au fond personne n’en doutait vraiment avant qu’elle soit organisée.

La voie est étroite entre la nostalgie et le réalisme mais rien n’est plus noble en politique que d’expliquer et de faire partager aux citoyens les nécessaires changements à faire faute de quoi on se réveille un matin avec une gueule de bois sociale bien difficile à contenir.


Patrice Leterrier

5 Octobre 2009

 

 

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 17:46

 

 


E

lle n’avait certes pas l’allure d’une Laeticia Casta ni même celle d’une Isodora Duncan ni encore celle de la Venus de Boticelli.

Elle mesurait environ 1,20 m et avec un poids de 50 Kg, elle avait un indice de masse corporelle de 34,7, soit celui d’une femme obèse de nos jours. Malgré cela son allure générale ne laissait supposer aucun surpoids lié à un usage excessif d’hamburger et de Brownie.

A la vérité comme elle vivait il y a plus de 4,4 millions d’années et que l’essentiel de son alimentation était faite de fruits, de noix ou de feuilles qu’elle trouvait dans les forêts et les bois où elle vivait, il y avait peu de risque qu’elle soit envahie par une graisse disgracieuse liée à une alimentation trop riche et à une sédentarité excessive.

Cependant, en dépit de ce handicap esthétique incontestable selon les canons de la beauté actuels, elle a de fortes chances d’avoir, dans les siècles qui viennent, une notoriété bien supérieure à notre jeune et néanmoins talentueuse actrice-mannequin corse.

Elle a été découverte dans la région de l’Afar prés du village d’Aramis dans le sud de l’Ethiopie lorsqu’un étudiant du nom de Gen Suwa aperçut un reflet qui était celui d’une racine de dent, le 17 décembre 1992, qu’il identifia comme une molaire d’un possible hominidé. Le premier article parût dans la revue Nature le 22 Septembre 1994 sous la signature conjointe de Tim D. White, Gen Suwa et Berhame Asfaw.

Ardi détrône Lucy, découverte en 1974, rendue célèbre en France par Yves Coppens, de plus d’un million d’années comme le plus vieux squelette remarquablement complet d’un hominidé avant l’hypothétique ancêtre commun des chimpanzés et des hommes que les scientifiques situent entre 6 et 7 millions d’années avant notre ère. Toumaï (espoir de vie en langue Goran) dont on a découvert le crâne en 2001 dans le sud du Tchad reste le plus ancien représentant connu de la branche des hominidés. Il avait d’ailleurs mis en cause la théorie de l’"East Side story", popularisée par Yves Coppens, selon laquelle l'émergence de la lignée humaine avait eu lieu à l'est de la vallée du Rift africain, en relation avec des changements climatiques.

Ardi, et les 34 autres individus découverts sur le site, fait partie de la famille des Ardipithecus ramidus, qui n’étaient ni des Australopithecus ni des Homo. Elle constitue une découverte capitale pour l’étude de l’évolution des hominidés selon le professeur Michel Brunet du collège de France.

Ardi ne marchait pas sur les poings comme les chimpanzés et se tenait debout. Elle avait des bras étrangement longs et des pouces de pied préhensibles lui permettant de grimper dans les arbres avec agilité. Elle n’avait pas les canines puissantes et acérées des chimpanzés. C’était une sorte de mosaïque génétique entre le chimpanzé et l’homme, comme le qualifie Tim White, Directeur à l’Université de Californie. Une étrange créature qui aurait pu participer sans doute au show du star Wars Bar.

Ardi a disparu peut-être victime d’un prédateur ou d’un virus ou encore des suites d’un accouchement douloureux. Sa descendance est incertaine mais quelque part ses frères et sœurs pourraient être la source de l’impudente domination des homo sapiens qui sont plus de 7 milliards sur la planète alors que la population des chimpanzés a dangereusement déclinée ces deux dernières décennies passant de 10 000 à juste plus d’un millier en Côte d’Ivoire.

Les grands singes ne sont pas simplement des espèces en voie de disparation, ce sont les membres d’une population de cousins génétiques menacés de disparation par exemple comme l’orang-outang en Indonésie du fait d’une déforestation massive.


Patrice Leterrier

4 Octobre 2009

 

 

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 12:21

 

 


U

n salarié de France Télécom s'est donné la mort en se jetant d'un viaduc, lundi 28 septembre dans la matinée, à Alby-sur-Chéran, en Haute-Savoie, portant à 24 le nombre de suicides au sein de l'entreprise depuis février 2008.

Parler d’UN suicide et surtout de ses causes serait une imprudence et une maladresse.

La victime volontaire, lorsqu’elle parvient à ses fins, laisse parfois un écrit qui traduit son désespoir mais qui ne peut évidemment pas justifier son geste, ultime et paradoxal exemple de la liberté individuelle qui est souvent le dernier recours à des désespérances plus ou moins compréhensibles (cf. par exemple le suicide de Chantal Sébire après son combat perdu sur l’euthanasie).

Il y a 160 000 tentatives de suicide et plus de 10 000 décès par an en France ce qui fait de la France un bien triste champion dans ce domaine. On peut peut-être aussi rapprocher ces chiffres de ceux astronomiques d’antidépresseurs et d’anxiolytiques consommés par nos compatriotes.

Face au drame personnel, il y a d’abord l’incompréhension et la douleur des proches mais aussi cette tentation trop facile de désigner un coupable, LE coupable pour exorciser sa révolte devant l’irréparable, l’inconcevable.

Mais à l’inverse, lorsqu’il est en rapport avec le travail, il y a un danger de banalisation, de la "statistification" de l’événement. On évite ainsi de repenser l’organisation, les modèles managériaux et motivationnels, la nécessaire adhésion des collaborateurs aux objectifs, la solidarité indispensable à l’intérieur de l’entreprise, en quelque sorte la redécouverte du "vivre ensemble" dont parle Christophe Dejours fondateur de la psychodynamique du travail.

Le professeur Jean-Pierre Olié, chef du service de santé mentale et de thérapeutique de l’hôpital Sainte-Anne, les relient à "une grande difficulté à supporter l'anonymat dans les entreprises, le manque de reconnaissance, l'insécurité et l'instabilité professionnelle".

Même si nous observons, aujourd’hui plus que jamais, les effets délirants du culte de la performance, de l’obsession de la bottom line, du couperet impitoyable du ROI (return on investment) roi, avec les bonus astronomiques des traders, les parachutes dorés des dirigeants incompétents voire délictueux, les pratiques brutales et humiliantes de certains manageurs, le cynisme de patrons sans scrupule, il serait malhonnête et contreproductif de brandir ces cas individuels pour se lancer dans des diatribes partisanes sur les méfaits du capitalisme.

Cette religion de la performance qui a saisi la grande ex-administration France Télécom, est la pire des choses quand elle est mal maîtrisée. Elle donne alors lieu à des "évaluations quantitatives individualisées des performances, qui sont fausses, créent la concurrence, détruisent la relation sociale et installent la solitude" comme le souligne Christophe Dejours.

Changer une administration héritière du "22 à Asnières" en société commerciale en milieu hautement concurrentiel est assurément une tâche titanesque en terme de ce que les anglo-saxons appellent le business model, de changements dans l’organisation, de formation, d’évolution des mentalités des collaborateurs et des manageurs, de défis de culture d’entreprise, de mode de rémunération, de modèle motivationnel pour passer d’un égalitarisme démotivant à une reconnaissance des "mérites supposés" incomprise et souvent arbitraire, de mobilité intellectuelle et géographique etc...

Que de peur, de frustration, d’incompréhension, de découragement, de solitude "entourée" cachés derrière ces exemples dramatiques.

Les dernières déclarations du PDG de FT annonçant l’arrêt "au niveau national au principe de mobilité des cadres systématique tous les 3 ans" sonnent comme un aveu bien tardif des méfaits de la frénésie managériale brutale qui a saisi cette entreprise.


Patrice Leterrier

1 Octobre 2009

 

 

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 11:43

 

 

M

ichel Rocard a estimé samedi à Strasbourg lors des 70 ans de la Cimade que la France et l'Europe "peuvent et doivent accueillir toute la part qui leur revient de la misère du monde", faisant allusion la phrase contestée qu'il avait prononcée il y a vingt ans pour le cinquantenaire de cette organisation.

Il avait déclaré imprudemment à l’époque "La France ne peut accueillir toute la misère du monde… mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part", ne se doutant pas de l’usage que des politiciens ne reculant devant aucune vilénie allaient faire de la première partie de sa déclaration.

Belle idée et vaste programme aurait dit Charles de Gaulle mais aussi quel exemple incroyable de l'usage frauduleux que l'on peut faire des propos d'un homme politique quand il se rend coupable d’imprudence verbale ou de lapsus…

Hélas les idées en politique n'ont de valeur que dans les actions qu'elles enfantent et il faut reconnaître que celle-ci n’a pas eu beaucoup de descendance depuis 20 ans.

La jungle est fermée mais la honte (à partager avec nos amis anglais) est toujours là, stigmate ineffaçable de notre incapacité à prendre en charge des misères dont l'occident ne peut se dédouaner d'avoir été à l'origine que ce soit en Afghanistan ou en Irak ni même en Afrique.

La France doit prendre fidèlement sa part de la misère du monde…

Certes qui pourrait contester cette généreuse pensée encore que l’on puisse s’interroger sur le sens que Michel Rocard donnait à l’adverbe fidèlement qu’il faut probablement prendre dans le sens d’un certain acharnement !

Mais l'Afrique est toujours absente du grand banquet du G20 où l'ogre américain et le tigre chinois se partagent la vedette. Ce G2O que Jacques Attali qualifie avec provocation de G vain et qui accouche d'un bien maigre rejeton.

On allait voir ce que l’on allait voir !

Il fallait d’urgence changer radicalement les règles du capitalisme agonisant !

Les rodomontades de Nicolas Sarkozy sur les bonus ou pire les pitreries indécentes de Silvio Berlusconi, vexé de ne pas avoir fait la bise à Michele Obama, n’y changeront rien.

Les paradis fiscaux et les grandes multinationales peuvent respirer car les mesures de taxations en provenance de ce qu’on appelle en langage diplomatique "les juridictions non transparentes et non coopératives" (10000 milliards$) n’ont pas été prises.

La question des taux de change a été soigneusement évitée pour ne pas chagriner nos amis chinois avec le yen ni aborder le délicat problème du déficit des États Unis.

Le FMI ne deviendra pas le super gendarme nécessaire pour prévenir les risques systémiques.

La peur est passée et les mauvaises vieilles habitudes reviennent. La BNP annonce aujourd’hui une augmentation de capital pour rembourser les actions de préférence de l'Etat français et ainsi se libérer de son regard sourcilleux.

Les bonus provisionnés par Goldman Sachs s’élèvent en 2009 à 20 milliards de $ et ceux de la société générale et la BNP à plus d’un milliard d’euros.

Pas mal pour un capitalisme que l’on présentait il y a si peu comme un patient en fin de vie !

Qui a dit que l’économie casino, où la finance n’est plus le fluide de l’économie mais une sorte d’immense roulette où des apprentis sorciers jouent avec la richesse du monde, était morte ?

La misère ne cesse de gagner du terrain poussant de plus en plus d'être humain en désespérance à rêver d'Eldorado illusoire.

Mais ne nous y trompons pas ! Il est désormais impossible de cacher notre opulence relative aux miséreux du monde avec la télévision par satellite et Internet.

Un être humain sur trois sera un africain à horizon de 2100.

Les frontières sont et seront de plus en plus de bien ridicules remparts devant le désespoir, la misère et la soif d’apprendre qui revient si souvent dans les propos des jeunes afghans ayant fuit leur pays.

Seule une solution franco-britannique pourrait nous faire avancer le délicat problème des réfugiés afghans et irakiens et nous permettrait d’en finir avec ce minable jeu de la patate chaude que nous jouons avec les anglais !

Ce serait un pas, un petit pas pour fidèlement, avec acharnement faire reculer le scandale de la confiscation des richesses par une minorité.


Patrice Leterrier

29 Septembre 2009

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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 13:30

Terre, gardienne de la vie,
Terre enchanteresse des ombres,
Porteuse de l'esprit...
Sainte terre miséricordieuse,dispensatrice de cadeaux
Eino Leino

A

vec cette attitude agacée dont il ne se départit pas, le Président veut que les coupables soient jugés dans l’affaire Clearstream et toute la presse se jette affamée sur ce lapsus qui en dit long sur sa haine envers Dominique de Villepin.

Les avocats de Dominique Villepin, qui n’en demandaient pas tant pour renforcer la position de victime de leur client, se précipitent sur cette petite phrase et les journaux en rajoutent tous une couche.

Dans la même interview, Nicolas  Sarkozy, décidément perturbé, confond la couche d’ozone et le taux de CO2 et la presse en rigole, les écologistes s’indignent et les scientifiques ouvrent des yeux effarés.

Mais dans le même temps, comme un symbole de la légende du sage qui montre la lune et du sot qui regarde son doigt, Wired Sciences publie hier un article signé Brandon Keim, qui nous apprend (ou nous rappelle pour les plus érudits d’entre vous) que le taux de dioxyde de carbone n’est qu’une des nombreuses menaces qui guettent notre bonne vieille terre qui a fait preuve d’un stoïcisme impressionnant depuis plus de 100 000 ans et que cette sagesse impressionnante risque d’être bousculée dans le siècle voire dans les décennies à venir.

Selon un diagnostic porté par 28 scientifiques de renom et publié dans la revue Nature, la pollution de gaz à effet de serre n'est que l'un des neuf facteurs environnementaux cruciaux pour l'avenir de l'humanité à l’ère Anthropocène.

En plus du taux de dioxyde de carbone bien sûr qu’il faudrait ramener à 350 ppm (taux actuel proche de 400 ppm), la disparition massive des espèces (10 espèces par million disparaissent chaque année), la quantité d’azote rejetée par l’homme qui est 10 fois supérieure aux valeurs conseillées par les scientifiques et qui provoquent entre autre la prolifération d’algues quatre fois supérieure à la normale.

L‘acidification des océans, la consommation d’eau douce et l’exploitation des terres ne sont pas une menace aujourd’hui mais pourraient le devenir dans les décennies à venir.

Il y a bien sûr des polémiques entre les scientifiques sur la pertinence des critères retenus et surtout sur les niveaux recommandés trop bas pour les uns, trop hauts pour d’autres.

Brandon Keim cite par exemple Cristian Samper, directeur de l'US Natural History Museum, qui déclare que la perte d'une même famille taxonomique est une mesure plus pertinente que la perte d'espèces ou encore William Schlesinger, président du Cary Institute of Ecosystem Studies, qui déclare que la limite recommandée  pour l’azote semble arbitraire.

Au-delà de l’exhaustivité des risques systémiques que court la terre à cause de l’activité débordante de l’homme, il apparaît clairement que le taux de dioxyde de carbone, objet d’une taxe si controversée, n’est qu’une des menaces qui risque de faire basculer le fragile équilibre de notre terre.

L’exemple du trou de la couche d’ozone, qui semble diminuer depuis que les gaz chlorofluorocarbones (CFC) ont été bannis par le protocole de Montréal de 1987, montre que l’irréparable n’est pas certain à condition que la communauté internationale se mobilise.

Alors au lieu de guetter les petites phrases, les lapsus, au lieu de multiplier les incursions dans la vie privée, au lieu de se gausser des ambitions des uns et des autres, les journalistes, qui se plaignent qu’il n’y ait pas de véritable conférence de presse, devraient arrêter de regarder les doigts des savants qui nous montrent les menaces qui pèsent sur notre écosystème et informer plus l’opinion sur ces dangers pour que les citoyens poussent enfin les politiques à s’en occuper globalement, à repenser l’écologie plutôt que d’agiter la taxe carbone comme la panacée miracle à nos inquiétudes environnementales.


Patrice Leterrier


24 Septembre 2009

 

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 18:48

 

 

Le groupe shams de musiques traditionelles d'Afghanistan

O

n l’appelait la jungle. Des réfugiés y survivaient dans des conditions déplorables en attendant de pouvoir rejoindre le paradis qu’ils pensaient tous trouver au-delà du bras de mer séparant la terre républicaine française du domaine de sa très gracieuse majesté d’Angleterre.

Ils vivaient dans une véritable jungle puisqu’y régnait la loi du  plus fort, sous l’emprise de passeurs avides, sinistres marchands de rêve.

La république, incarnée par la puissance publique droite comme un I, a voulu en finir avec cette zone de non droit. Fort bien dirons les défenseurs de l’ordre, des lois et de la sécurité des citoyens. La jungle est donc rendue sans violence excessive à la civilisation mais pour autant aucun des  problèmes dont ce chancre social était la souffrance visible n’a été résolu.

Pierre Henry, directeur de France Terre d'asile tout en reconnaissant qu’"on ne peut pas militer pour un terrain vague comme lieu d'hébergement", déclare "les gesticulations nationales ne servent à rien, il faut une solution européenne". Il ajoute "Il faut que cesse le jeu de la patate chaude auquel se livrent la plupart des pays européens." Et cela concerne singulièrement la France et l’Angleterre sur ce dossier délicat de réfugiés, pour la plupart afghans et irakiens, fuyant un pays en guerre pour l’Afghanistan ou en pleine décomposition pour l’Irak sans qu’on puisse d’ailleurs totalement dédouaner les occidentaux de ces désastres. Ils n’ont souvent pas d’autre alternative pour éviter la mort.

      Trop facile sûrement d’opposer l’humanitaire et le droit. Trop facile de s’indigner de la rigueur républicaine du gouvernement. Trop facile probablement de mettre en exergue la cupidité cynique des passeurs. Trop facile même de proposer le droit d’asile à des hommes et femmes qui ne parlent pas un mot de français et qui ne rêvent que de s’échapper pour rejoindre l’Angleterre. Trop facile de montrer du doigt les anglais qui s’appuient sur la convention de Dublin pour nous renvoyer les immigrés.

Interrogé sur le suicide de Gabrielle Russier,  Georges Pompidou disait le 22 Septembre 1969 lors de sa conférence de presse en citant Paul Eluard "comprenne qui voudra - moi mon remord ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts, qui sont morts pour être aimés".

Moi mon regard et mon remord c’est pour Mohamad, 11 ans, réfugié afghan à Paris. Il confesse à Thomas Saintourens dans les colonnes de France-Soir "Cinq jours que je marche dans les rues jour et nuit pour avoir moins froid. La nuit, quand je suis trop fatigué, je m’adosse à un mur du jardin Villemin, à côté de la gare de l’Est, avec les autres Afghans, et j’essaie de dormir". Mohamad a quitté son pays il y a huit mois parce que son grand frère, interprète pour l’armée américaine, a été tué par les talibans et que sa famille craignait pour sa vie. Et lui aussi ne rêve que d’aller "à Calais, puis en Angleterre, étudier et travailler pour gagner de l’argent et en envoyer à ma famille". 

S’il avait été à Calais hier il serait probablement aujourd’hui placé dans un foyer spécialisé, une sorte de prisonnier de la république.

Trop facile ? Peut-être mais quelle honte pour l’Europe que de ne pas être capable de traiter globalement cette "patate chaude" qui pourrit depuis si longtemps !


Patrice Leterrier

23 Septembre 2009

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