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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 22:57

chaise electriue


C

ertains verront peut-être dans l’expérience de téléréalité présentée la semaine dernière sur France 2 sous le titre d’Expérience Extrême le comble du cynisme des réalisateurs et le sommet de la veulerie humaine.

Pour ceux qui, comme moi, n’ont regardé ni l’émission ni le débat qui a suivi, il s’agissait de reprendre dans le cadre d’une émission de pseudo-téléréalité les expériences célèbres réalisées par le psychologue Stanley Milgran de l’université Yale aux États Unis il y a un demi-siècle et qui avaient inspiré le réalisateur Costa-Gavras pour son film I Comme Icare.

L’objectif de ces expériences est de mesurer dans le cadre d’un environnement où l’autorité s’exprime avec plus ou moins de force la capacité de résister d’individus tout à fait équilibrés et intégrés à la société.

Contrairement aux conclusions de certains, si le fait que cette autorité se manifeste sur un plateau de télévision ajoute un caractère spectaculaire à l’expérience, cela ne prouve certainement pas grand-chose sur le rôle de la télévision dans les résultats c'est-à-dire dans la propension des participants à se soumettre docilement à une autorité fermement affirmée.

Il nous renseigne par contre certainement sur la responsabilité d’apprentis sorciers jouant de leur position d’autorité pour pousser des individus qui ne sont ni des héros ni des répugnants tortionnaires à des comportements qu’ils reprouveraient sans hésitation s’ils n’étaient contraints par les règles du jeu à accomplir.

Il est d’ailleurs symptomatique à cet égard que l’affirmation du rédacteur en chef de philosophie magazine Alexandre Lacroix que "le plateau de télévision est un dispositif coercitif où le présentateur a le pouvoir" ait donné lieu à un incident hors antenne avec le présentateur Christophe Hondelatte qui, tout en reconnaissant l'incident, en a attribué la responsabilité à son protagoniste qu’il disqualifie en le traitant "d'homme de peu de science et de philosophie", ne s’apercevant même pas que ses propos confortent l’accusation de sa victime. 

Mais au-delà de ce combat de coqs bien dérisoire face au lent glissement de la télévision vers sa perte d’identité, c’est qu’avec ce paradoxisme de trituration machiavélique du lien social, on s’attaque aux fondements même des valeurs morales qui donnent à notre société sa cohésion.

Avec ces mises en scène dégoulinantes de bassesse et de banalité de gens ordinaires, en copétition comme le dit le sociologue Jean-Louis Missika, on assiste, sous le masque dérisoire du divertissement, à l’érosion insidieuse des valeurs de solidarité.

Karla Hoff dans la revue Science, nous apprend que, selon certaines analyses, à l'âge de pierre, qui s'est terminée il y a seulement 200.000 ans, une personne sur sept mourrait au combat. L’acceptation de l’autre comme un frère dans une communauté est donc un phénomène récent. Les valeurs d’équité qui ont permis la construction à travers les âges du lien social en permettant d’évoluer de la famille vers le clan, du clan vers la tribu, de la tribu vers la cité et de la cité vers la nation sont des vertus sociales qui n’ont rien de génétiques chez l’homme et qui donc doivent être précieusement préservées si on ne veut pas retourner à la barbarie.

Au fond réjouissons-nous qu’il y est encore 20% de personnes qui s’opposent aux injonctions d’un pouvoir immoral. Après tout il y avait beaucoup moins de résistants sous l’occupation comme le remarque justement Yves Michaud.

Le drame serait qu’il n’existe plus dans l’esprit des citoyens de raisons fortes de respecter l’autre, de valeurs morales poussant à accueillir et à aider son prochain, à se battre pour qu’il puisse exister en acceptant sans réserve qu’il soit en désaccord avec soi comme le souhaitait avec passion Voltaire.


Patrice Leterrier

21 mars 2010

 

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 22:42

internet liberte orange


D

ans  le même temps on apprend : 

 

° que les Etats-Unis ont assoupli les sanctions commerciales qu'ils imposent à certains pays comme  l'Iran sur l'exportation de services de communication en ligne en vue de favoriser la libre expression dans ces pays, selon un communiqué officiel publié lundi,

° qu'une résolution prise il y a quelques jours par le parlement Européen critique sévèrement le rôle joué par Nokia Siemens dans la terrible répression qui a suivi la révolution verte en Iran, qui protestait contre l’élection truquée du président Ahmadinejad. Les députés européens "critique vivement les sociétés internationales, en particulier Nokia Siemens, qui fournissent aux autorités iraniennes la technologie nécessaire à la censure et à la surveillance, contribuant ainsi à la persécution et à l’arrestation de dissidents iraniens",

° et enfin, selon une information transmise par le journal le Monde, que les autorités iraniennes ont arrêté, samedi 13 mars, trente membres d'un groupe qui serait lié au mouvement d'opposition en exil. Pour Téhéran, ceux-ci auraient tenté de "lancer une guerre psychologique" contre l'Iran sur Internet.

Francis Pisani sur son blog Transnet relaie le débat sur la question de savoir si la démocratisation par le web est un mythe ou une réalité. Il convoque à l’occasion deux gourous du Web :

° Clay Shirky, grand défenseur de l’idée que les nouvelles technologies - incluant internet et le téléphone portable - jouent un rôle positif dans le développement de la démocratie dans les pays qui sont aujourd’hui sous le joug de dictateur comme l’Iran. Il cite l’exemple de l’usage des réseaux sociaux et des vidéos sur téléphones portables pendant les événements  en Iran, n’hésitant pas à qualifier leurs rôles de révolution twitter.

° Evgeny Morozov  un chercheur d’origine biélorusse qui se distingue par des opinions radicalement opposées. Il affirme, avec des arguments solides, que les dictatures se sont parfaitement adaptées à la révolution numérique et qu’ils l’utilisent avec efficacité pour diffuser leurs propagandes et poursuivre les dissidents.

S’ils sont tous les deux d’accord pour reconnaître que ce ne sont pas ces moyens de communications qui ont déclenchés la révolte des opposants au régime iranien, il y a une divergence d’analyse sur leur caractère rassembleur voire amplificateur.

 

Clay Shirky y voit un véritable vecteur de la mobilisation, une formidable chance pour permettre à une opposition de maintenir une dynamique libertaire et à terme une véritable possibilité de renverser le rapport de force,

Evgeny Morozov insiste lui sur l’effet boomerang qui a été exploité par le gouvernement iranien pour museler l’opposition et traquer les fauteurs de trouble et donc en quelque sorte sur le fait qu’il s’agit d’outils objectifs pour une plus grande répression. On se souvient en particulier de l’usage fait par le gouvernement iranien des images diffusées sur le net pour appeler les "citoyens" à la délation

 Il ne s’agit évidemment pas dans ce débat de déterminer si les nouvelles technologies sont positives ou négatives puisque comme tout outil, depuis que l’homme les a  créés, elles ne sont que le prolongement de son action sans autre intention que celle de ceux qui les utilisent.

En attendant le fait que l’état iranien arrête des cyber-délinquants ne laisse aucun doute sur la crainte des dictateurs et semble prouver que ces nouveaux outils présentent bien un risque pour eux et donc sont une chance pour la démocratie.


Patrice Leterrier

15 mars 2010

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 10:49

souris ordinateur


V

ous avez tous déjà entendu l'expression "il fait corps avec son instrument" en parlant d'un virtuose exceptionnel, d'un pilote de F1 en état de grâce, d'un chirurgien opérant avec une précision millimétrique ou encore un jeune gamin de 5 ans jouant avec la télécommande de sa WII ou le stylet de sa DS.

Mais saviez-vous que cette expression, cette métaphore anthropomorphique était, plus qu'une image, une sorte de réalité phénoménologique?

Le philosophe Martin Heidegger qui passât sa vie à essayer de répondre à la question "qu'est-ce que penser?", avait émis dans son livre Being and Time (Etre et temps) l'hypothèse que nous aurions trois types de  rapports possibles avec les outils que nous utilisons :  "ready to hand" (à portée de main), "unready to hand" ou "present at hand" selon qu'il fonctionne comme nous nous y attendons, qu'il dysfonctionne ou que nous le regardions comme un objet avec une forme, une couleur, un poids, etc.

Anthony Chemero, Professeur au Franklin and Marshall College,  démonte, à partir d'une expérience avec une souris d'ordinateur, le mécanisme de transition d'un fonctionnement attendu à un comportement erratique.

Nous ne pensons pas à la souris comme à un objet indépendant de nous en cas de fonctionnement correct, pas plus que nous pensons à nos doigts lorsqu'ils lacent nos chaussures. Nous exécutons ce type d'action sans en avoir conscience. L'outil devient véritablement dans ce cas un prolongement de notre corps, un système cognitif unique avec notre main.

Par contre pour peu que la souris se mette à ne pas fonctionner normalement, à être en retard par rapport à notre action sur elle et immédiatement nous en prenons conscience comme un objet à part entière.

Elle devient un obstacle à la continuité qu'elle assurait avec l'action que nous réalisions dans le cadre d'un jeu ou plus simplement de l'interaction avec une tache élémentaire comme lire le message suivant ou afficher l'image ou le lien sur lesquels nous avions cliquer.

L'homme intègre donc dans une continuité indissociable conceptuellement l'outil comme partie de lui-même qu'il s'agisse des cordes merveilleusement vibrantes d'un Stradivarius, des touches rutilantes d'un Steinway, du volant mythique d'une Ferrari, d'un bistouri micrométrique d'un robot chirurgical ou encore plus simplement d'une souris d'ordinateur.  

Cette capacité remonte probablement à l'époque où nos ancêtres taillaient avec précision des silex pour découper minutieusement la viande qu'ils allaient dévorer.

Mais cette symbiose avec l'instrument ne va-t-elle pas plus loin que l'instrument lui-même?

N'y a-t-il pas dans certaines circonstances la création d'une sorte d'avatar qui dépasse l'outil créant en quelque sorte une entité unique intégrant l'homme et une musique, un monde virtuel ludique ou encore une communauté de réflexion ou de recherche?     

  Peut-on à partir de ce prolongement cybernétique qu'est la souris penser l'univers internautique comme un continuum prolongeant le cerveau de chacun dans un univers qui dépasse très largement chacun de ses acteurs, comme un prolongement cognitif dans une vision mondialoneuronale de la conscience?

Les neuroscientifiques comme Stanislas Dehaene posent de plus en plus en hypothèse que la conscience que nous avons du monde vient pour une grande part d'une boucle de rétroaction entre le cortex préfrontal et les zones sensorielles de sorte que d'une certaine manière la conscience viendrait stabiliser la perception pour lui permettre de s'inscrire comme une expérience qui à son tour agirait sur d'autres futures expériences.  

Nul doute que les théoriciens de la connaissance se pencheront un jour sur le metacortex que permet de créer internet et sur les effets des boucles de rétroactions de ses agents dans la consolidation de concepts qui dépasseraient les capacités de chacun des intervenants.

Désormais la question posée par Martin Heidegger "qu'est-ce que penser?" dépasse la seule capacité de chaque cerveau pris isolément pour englober tous les acteurs de la connaissance.


Patrice Leterrier

12 mars 2010

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 17:27

MereTeresa


L

a question du don et de sa réalité - c'est-à-dire de son caractère gratuit qui ne signifie pas l’absence de motivation mais bien une motivation guidée par le souci d’autre chose que soi - reste tenaillante et à vrai dire voilà une question qui, selon l’expression de Eric-Emmanuel Schmidt,  "survivra à toutes ses réponses"

 La société moderne baigne dans la culture de l’échange, du profit et surtout de la quête permanente de l’enrichissement. L’homo avidus ne pense qu’à profiter : des soldes, de ses avantages acquis, de sa protection sociale, de ses droits et souvent aussi des autres…

A l’opposé l’image presque désincarnée d’une mère Teresa vouant son existence à la charité, aux autres nous renvoie à la valeur intrinsèquement inestimable de la générosité, des actes qui excluent par leur nature même toute idée de contrepartie.

Entre ce repli sur lui-même de l’homme capitaliste et profiteur des autres et le don de soi, si admirable mais si inaccessible de mère Teresa, n’y a-t-il pas place pour le don, pour des dons c'est-à-dire des actes d’abord absents de toute idée de contrepartie matérielle ?

On pourrait croire en première analyse que la multiplication des apports des internautes que ce soit dans les blogs qui se multiplient, dans les forums innombrables, les encyclopédies spontanées ou autres sites sociaux ne relèvent pas d’une approche marchande de la part des contributeurs.

En un certain sens, ces œuvres des sherpas de la toile sont des dons au sens socratique puisqu’ils n’ont pas pour but de répondre à une demande émise par autrui mais bien de faire naître une curiosité, une réflexion, une demande qui n’existait pas ou qui n’existe plus noyée par le flot continu des préoccupations quotidiennes.  

S’agit-il pour autant vraiment de don ? Probablement pas dès lors que chacun s’attend dans cet exercice à s’enrichir des apports des autres et participe en quelque sorte à une œuvre communautaire.

S’agit-il d’une réminiscence de la tradition du potlach pratiqué par les amérindiens, une sorte de surenchère jubilatoire de dons et de contredons  sur fond de rivalités, de désir d’avoir le dernier mot,  dont l’objectif caché serait d’impressionner l’autre ?

Peut-être pas non plus puisque dans ces échanges l’autre est en général multiple et anonyme et qu’il serait bien dérisoire sur internet de tenter d’avoir le dernier click….

Par ailleurs comme le fait remarquer Marie Lechner sur son blog, internet n’est-il pas en train de devenir "la matrice d’un nouveau système féodal, où une poignée de grands seigneurs exploitent des légions de serfs"?

Car toutes ces contributions, tous ces apports, toutes ces œuvres délivrées sans le moindre souci d’en préserver les droits d’auteur, même si elles flattent l’égo de leurs auteurs, profitent, au sens capitalistique du terme, d’abord à quelques grands acteurs du net comme Google, Facebook, Youtube, Myspace,  Wikipédia et autres.

Echappant à toutes les législations du travail, à tous les garde-fous sur la propriété intellectuelle, ces nouvelles pieuvres étendent leurs immenses tentacules pour asservir des internautes consentants et capter ainsi à eux seuls la manne du capitalisme cognitif.


Patrice Leterrier

9 mars 2010

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 16:10

penser en marchant cp38


S

abine Schaeffer, un chercheur (et non une chercheuse..) allemand de l’institut Max Planck,  s’est penché sur la question qui divisait Friedrich Nietzche et Gustave Flaubert.

Le philosophe de Weimar, en accord avec Aristote et les péripatéticiens, dans la lignée d’un Jean-Jacques Rousseau dont les rêveries sont celles d’un promeneur solitaire, suivant Jean Giono qui pensait que la promenade contribuait à l’hygiène intellectuel et quelques autres partisans de la déambulation salvatrice, affirme que la marche est un puissant stimulant de l’activité intellectuelle alors que l’auteur de madame Bovary prétendait qu’on ne pouvait "penser et écrire qu’assis".

 

Les travaux de Sabine Schaeffer, dont pour la Science nous donne une synthèse des résultats sur son site, tendent à démontrer que la marche maintient le corps et donc l’esprit en alerte en stimulant l’attention, résultats confirmés par des tests et d’autant plus probants qu’il s’agit d’enfants.

Plus l’âge avance, plus l’effet de la marche sur la pensée s’affaiblit ce qui fait que la vertu pédestre n’est pas vraiment significative à l’âge où Flaubert écrivait ni à celui où Aristote déambulait. 

Doit-on en déduire que la magistrature debout chargée de faire appliquer la loi est plus clairvoyante que la magistrature assise qui prononce les jugements ?

Doit-on y voir une forme de panégyrique pour le mouvement, une condamnation implicite de l’immobilisme ?

Doit-on se souvenir à l’occasion de la méchante réflexion de Lyndon Johnson, concernant le président Gérald Ford, qui prétendait qu’il avait trop joué au football américain sans casque et qu’il était incapable de marcher en mâchant son chewing-gum ?

Mais au fond en ces temps où les négationnistes de tout bord contestent tout, y compris les redoutables changements que nous imposons par négligence coupable à la terre, n’est-il pas de symbole plus parlant que celui de nous rappeler qu’avancer au lieu de rester immobile en acte comme en pensée est le secret de l’évolution, la recette éternelle de notre histoire ?

  Faut-il invoquer la fuite géante de gaz en Sibérie dont on ne sait si ces émanations sont récentes ou si elles ont toujours existé, l’apparition imprévisible d’immenses vagues scélérates dont l’une récemment responsable de deux morts et de 14 blessés sur le paquebot Louis Majesty en méditerranée, le rôle inattendu de bactéries intestinales comme cause et non conséquence de l’obésité pour rappeler combien la nature peut nous surprendre là où nous ne l’attendons pas ?

S’agit-il de penser en marchant comme nous y invite des disciples des péripatéticiens ou plus encore de penser en perpétuel mouvement intellectuel ?

Cette vertu de la marche nous invite à refuser tous les poncifs, les idées reçues, les certitudes inébranlables pour nous mettre en quête d’un équilibre instable, comme celui que trouve à chaque foulée le coureur dont la merveilleuse allure n’est qu’une suite de déséquilibres maîtrisés ?


Patrice Leterrier

6 mars 2010

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 23:15

multiverse


A

u moment où Holger Müller physicien à Berkeley, Achim Peters de l'Université Humboldt à Berlin, et de Steven Chu prix Nobel en 1997 et actuellement secrétaire d'État pour l'énergie aux Etats-Unis, pensent pouvoir réinterpréter une expérience de physique atomique démontrant la contraction du temps prévue par la théorie de la relativité restreinte d’Albert Einstein, Sean Carroll dans les colonnes de wired.com nous livre une réponse assez saisissante à la question "what is time ?", le pendant infiniment plus difficile à élucider que le plus banal "what time is it ?".

Dans une vision multi-universelle totalement vertigineuse, qu’il appelle multiverse, il nous plonge dans une fantasmagorie où il existerait de multiples univers dont un univers "tranquille" où le temps ne s’écoulerait pas, où le temps ne serait qu’une date, un univers en quelque sorte originel dont jailliraient des univers avec un temps qui passe spécifique à chacun, comme par exemple le notre.

Il tente d’expliquer à nos esprits perdus dans cette cosmologie déroutante, avec une assurance qui laisse pantois, que le temps qui s’écoule, qu’il appelle flèche de temps, est d’abord l’expression d’un désordre grandissant.

Selon sa théorie au début, c'est-à-dire au fameux big bang originel, que l’on peut à peu près dater autour de 13,7 milliards d’années pour "notre" univers, l’entropie était pratiquement nulle et l’écoulement du temps, l’expansion de l’univers sont la manifestation de l’augmentation constante du désordre cosmologique, une immense foire d’empoigne stellaire.

En somme notre temps commence avec ce début mais on ignore s’il a une fin.

L’univers serait comme une balle qui tomberait du haut d’une colline mais d’une colline sans fin.

Le temps n’est pas réversible car si hier j’allais vers le futur et maintenant j’y suis et si je vais demain vers un autre futur je ne pourrais jamais retourner dans mon passé.

 Saint Augustin écrivait dans ses confessions à propos du temps "Ce mot, quand nous le prononçons, nous en avons, à coup sûr, l’intelligence et de même quand nous l’entendons prononcer par d’autres. Et bien ! le temps, c’est quoi donc ? N’y a-t-il personne à me poser la question, je sais; que, sur une question, je veuille l’expliquer, je ne sais plus."

Faut-il voir aussi dans le temps la traduction de ce que les philosophes appelle la séparation, celle dont parle  Amélie Nothomb dans la métaphysique des tubes,  qui commence de la symbiose totale dans le ventre de la mère et qui se poursuit jusqu’à cette état de désordre absolu de notre incontournable retour à la poussière.

La séparation qui s’impose à soi pour exister par rapport à l’autre, celui dont on s’éloigne, dont on se distingue, sur fond de temps qui s’écoule.

Mais cette distance existentielle n’est-elle pas le seul fondement possible de ce que Simone Weil qualifie de vrai amour quand elle dit qu’"aimer purement, c’est consentir, c’est adorer la distance entre soi et l’être aimé" ?


 

Patrice Leterrier

1 mars 2010

 

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 13:22

whiptails


C

onnaissez-vous le lézard à queue en fouet Aspidoscelis tellesata ? Ce lézard qui vit dans le nord de l’Amérique du Sud et le Sud des Etats-Unis à une particularité pas si rare dans la nature qui est la capacité de se reproduire sans avoir besoin d’une quelconque activité sexuelle.

Ces lézards uniquement femelles ne sont pas les uniques animaux de la terre pratiquant la reproduction asexuée aussi appelée parthénogénèse du grec  parthenos (παρϑένος) vierge et génésis (γένεσις) création.

Il existe plus de 70 espèces allant de la puce d’eau en passant par quelques rares espèces d’oiseaux, le dragon de Komodo ou encore certains espèces de requins comme les requins marteaux qui peuvent laisser des œufs qui iront jusqu’à éclore sans l’intervention d’une fécondation male.

Il ne semble pas exister de parthénogénèse naturelle chez les mammifères même si, en 1936, Gregory Pincus, le père de la pilule contraceptive, réussit une parthénogénèse sur des embryons de lapin et que plus récemment Tomohiro Kono et ses collègues de l'Université de l'Agriculture de Tokyo ont produit des ovules de souris génétiquement modifiés permettant l’éclosion d’embryon sans spermatozoïde.

Comment nos petits lézards à queue en fouet font-il pour éviter l’appauvrissement du patrimoine génétique de cette forme ultime d’inceste monoparental ? Il semblerait selon une étude publiée dans la revue Nature que les œufs de dame lézard contiennent le double de la norme du patrimoine génétique. Lors de la multiplication cellulaire, seule la série de chromosomes la plus saine serait retenue, ce qui empêcherait la perte de variation vitale. La parthénogénèse serait un mode de reproduction transitoire de survie en cas d’isolation de population qui pourraient ensuite revenir à un mode de fécondation classique.

Mais nous voici donc prévenus, messieurs les mâles !

Si la nature nous a confié l’essentielle mission d’assurer la variabilité nécessaire à la survie de notre espèce par la copulation, elle pourrait tout aussi bien nous la retirer par des mécanismes qui nous rendraient parfaitement inutiles pour assurer la descendance de l’espèce humaine…

Peut-être qu’un jour, au lieu d’une insémination artificielle, certaines femmes décidant de se libérer du joug des mâles, ces êtres décidément bien encombrants et inutiles, demanderont simplement de s’autoféconder par manipulation génétique ?

Je sais les remparts de la bioéthique seront probablement largement érigés comme pour le clonage humain pour mettre le holà sur ce genre de pratique contre nature mais il se trouvera bien un Frankenstein moderne pour tenter l’expérience…

En attendant il est urgent que l’homme arrête depuis son plus jeune âge de regarder son pénis comme la marque de sa supériorité, supposée mais largement démentie par les faits, sur la gente féminine qui décidément pourrait se passer de lui si l’homme continuait à refuser de lui laisser la place qui lui est due dans la société.


Patrice Leterrier

24 février 2010

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 21:47

autruche


L

e secrétaire exécutif de la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), Yvo de Boer a donc démissionné.

On ne peut s’empêcher d’analyser ce départ, malgré les dénégations de l’intéressé, comme une conséquence de l’échec de la Conférence de Copenhague, en décembre 2009.

Il participe en tout cas à la confusion qui règne sur les questions climatiques dans la grande négociation planétaire qui se joue en ce moment.

Au delà de la polémique actuelle sur les vraies motivations des adversaires ou de tenants des causes humaines du réchauffement climatique, il y a la question du rapport irrationnel des citoyens avec les statistiques.

Il ya bien sûr les tenants du complot qui affirment qu’on nous inquiète pour rien et qu’il est urgent de ne rien faire.

A l’opposé, il ya les excités médiatiques qui font de ce problème un fond de commerce très rentable pour vendre leurs films ou les produits censés contribuer à la diminution des émissions de gaz à effet de serre.

Il y a les scientifiques habitués à débattre en toute sérénité de thèses contradictoires, à faire de savants calculs statistiques par nature frappés du péché originel de l’incertitude.

Au milieu de ce maelström illisible, il y a nous, les pauvres citoyens désemparés qui aimeraient bien qu’à défaut de les rassurer on les informe objectivement.

Mais c’est bien là ou le bât blesse sans que je vous assimile audacieusement à ces mulets trop chargés dont le bât mal fixé martyrise le dos encore que, vu les misères qui nous accablent, nous ne sommes pas si éloignés dans notre sort de celui du pauvre animal.

La notion d’objectivité n’est guère applicable en matière de prévisions puisqu’elles sont par définition atteintes congénitalement d’incertitudes comme nous le rappelait Werner Karl Heisenberg dont le principe règne toujours sur la mécanique quantique.

Déjà en 1738, Nicolas Bernouilli dans une communication à l’académie de Saint Petersburg énonçait un paradoxe qui porte aujourd’hui le nom de cette ville. Personne ne mettrait un kopek pour participer à ce jeu de pile ou face car l’aversion au risque est un comportement dominant.

Pour mettre un peu plus de trouble dans nos esprits égarés, Daniel Kahneman et Amos Tversky finissent par détruire nos faibles espoirs de certitude en nous apprenant que nous avons d’autant plus tendance à surestimer des risques lorsqu’ils sont improbables alors que nous vivons sans inquiétude avec des risques bien réels.

Pour finir dans la confusion totale ne doit-on pas ajouter le redoutable "après nous le déluge", la forme la plus lâche de notre indifférence et de notre égoïsme. Car comme l’affirme Ivor Ikeland dans la revue pour la Science de Mars 2009 "nul doute que si l’humanité était un seul individu elle chercherait à se prémunir contre le réchauffement climatique et le doute ne la rassurait guère" mais comme les éventuels dégâts de nos imprudences d’aujourd’hui ne concerneront probablement pas une grande partie des plus de neuf milliards d’êtres humains qui n’auront pas à le vivre, pourquoi voulez-vous donc que quiconque se décarcasse ?

Alors des régiments d’autruches écoutent béatement les sornettes de joueurs de flute en quête de notoriété qui sèment le trouble sans état d’âme.

Nul ne sait vraiment ce que sera l’avenir climatique de la planète comme nul ne peut affirmer que fumer trois paquets de cigarettes par jour condamne surement au cancer du poumon mais doit-on pour autant ignorer le risque potentiel de la gabegie actuelle ?


Patrice Leterrier

19 février 2010

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 19:43

Masque toutankhamon


E

n cette fin d’année 1922, Howard Carter sait bien qu’il dépense les ultimes subsides généreusement accordées par son mécène George Edward Stanhope Molyneux Herbert, plus connu sous le nom de Lord Carnarvon, pour ses recherches dans la vallée des rois.

Cela fait huit ans qu’ils y mènent des fouilles peu fructueuses si ce n’est quelques jarres et des sceaux qui portent le nom de Toutankhamon.

Alors qu’il cherchait autour des soubassements de la vallée, Carter décide brusquement de changer de périmètre et commence à fouiller dans un endroit encore inexploré où les ouvriers de l'archéologue Theodore Davis, dormaient, quand ils trouvèrent la tombe de Ramsès IV.

Lord Carnarvon, dont la santé est déjà chancelante, est au Royaume Uni, lorsqu’en ce samedi 4 novembre 1922 à l’aube, les ouvriers dégagent une marche, puis une autre de ce qui se révélera être l’entrée d’un hypogée qui s’avérera être le tombeau de Toutankhamon.

Le 29 Novembre, en présence de Lord Carnarvon, la tombe dévoilera ses éblouissants secrets aux archéologues dont un sarcophage en or massif de 110 kg et un masque mortuaire, lui aussi en or massif, universellement connu. Il recouvrait le visage momifié de ce pharaon mythique qui mourût sans héritier à l’âge de 19 ans en 1324 avant notre ère.

Lord Carnarvon décédera, quelques mois plus tard, victime d'une septicémie due à une blessure faite en se rasant sur une piqure de moustique.

Sa mort prématurée à 53 ans permettra à des journalistes en mal de sensationnel de créer la légende de la malédiction du pharaon.

Une étude publiée aux États Unis nous apprend, ce qu’on soupçonnait sans le savoir jusqu’à présent, que Toutankhamon serait bien le fils d'Akhénaton, époux de la légendaire reine Néfertiti.

Akhénaton était ce pharaon "hérétique" qui voulut imposer le culte d'Aton, érigé en dieu unique.

Toutankhamon serait le fruit des relations incestueuses de son père avec sa sœur dont la momie est répertoriée sous la référence KV35YL, connue sous le nom de "Younger Lady".

On sait également qu’il était atteint d’un paludisme causé par le parasite Plasmodium falciparum.

La conjugaison de cette forme grave de paludisme et d’une maladie osseuse congénitale se traduisant par des nécroses des os, aggravée par une fracture à la jambe, serait la cause probable de la mort prématurée du pharaon.

Ignorant les incroyables flux migratoires que cette région a vécus depuis 3000 ans, une partie de l’opinion publique égyptienne craignait que les recherches sur l’ADN ne soient biaisées attribuant une origine juive à ces pharaons.

Selon le généticien Lluis Quintana-Murci (CNRS), "l'ADN serait incapable de discriminer des populations de la vallée du Nil de celles du reste du Proche-Orient".

De plus, les travaux de l'archéologue Israel Finkelstein (université de Tel-Aviv) nous apprennent que les momies de la XVIIIe dynastie, sont antérieures de plus d'un siècle aux premiers vestiges d'une "identité" israélite.

Espérons qu’il ne faudra jamais se soumettre à une analyse ADN pour prouver son appartenance à l’identité nationale française………


Patrice Leterrier

17 février 2010

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 22:50

Bonobo


L

es bonobos sont (Pan paniscus pour les anthropologues puristes) sont ces petits primates de la famille des hominidés d’à peine un mètre de haut qui ne vivent en liberté qu’au Congo et qui doivent leur nom à la déformation du nom de la ville de Bolobo.

On savait déjà le goût prononcé de ces cousins germains de l’homme pour les activités sexuelles, le rôle de ces galipettes en multiples positions dans la résolution des conflits et l’établissement de liens sociaux et on pourrait dire corollairement l’incroyable douceur des relations dans leur petite société.

On connaissait leur manque total de tabou en matière de relations homosexuelles allant naturellement de pair avec des rapports hétéros qui choquent moins les bigotes effarouchées ou tout simplement rêveuses à l’évocation de fantasmes inavouables même en confession.

Certains pouvaient s’étonner de leurs capacités exceptionnelles pour exprimer des émotions y compris leur facilité à éclater d’un rire qui n’a rien à envier au propre de l’homme selon François Rabelais.

D’autres encore peuvent rester perplexes et songeurs devant les expériences fascinantes menées par Susan Savage-Rumbaugh démontrant les étonnantes capacités d’apprentissage de ces singes si proches de nous qui passent la plus grande partie de leur temps debout comme l’homme.

Mais saviez-vous que les bonobos sont plus partageurs que leurs cousins les chimpanzés ?

Victoria Wobber de l’université d’Harvard et ses collègues ont soumis plusieurs bonobos et chimpanzés, vivant en semi-liberté en République démocratique du Congo, à des expériences démontrant que le chimpanzé est d’autant moins partageur qu’il avance en âge alors que les bonobos partagent allégrement la nourriture quel que soit leur âge.

Les auteurs de l’étude attribuent cet altruisme au développement plus lent du cerveau du bonobo qui favoriserait les relations sociales sur la compétition.

En somme les bonobos resteraient des sortes de grands enfants ce que nous oublions hélas de faire comme nos autres cousins beaucoup plus agressifs les chimpanzés.

En murissant les primates et en premier homo souvent plus brutus que sapiens deviennent agressifs.

Le bonobo lui reste un hippie attardé qui préfère faire l’amour que la guerre et qui prend tout son temps pour acquérir de ces congénères l’expérience de la vie en commun.…

Les preuves scientifiques de la causalité d’une maturation cérébrale plus lente sur ce comportement n'existent pas encore mais le constat laisse à réfléchir sur l’évolution de l’homme si prompte à résoudre ses problèmes en accusant l’autre d’être la cause de ses infortunes.

L’homme partage cependant quelquefois avec ce cousin l’instinct, peut être primitif mais pas si déplaisant, de la réconciliation sur l’oreiller, une sorte d’archaïsme bonobolien….


Patrice Leterrier

15 février 2010

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