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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 19:20

alice-detector-simulation-bnl

L 

e grand collisionneur, l'accélérateur de particules du Cern  à Genève,  se prépare à démarrer le programme ALICE pour explorer le pays des merveilles de l’origine de l’univers.

Peut-être découvriront-ils l’énigmatique boson de Higgs qui a,  jusqu’à présent, échappé à toutes les recherches des scientifiques ?

 L’infiniment petit sera exploré sur une durée de seulement  17 nanosecondes pour comprendre ce qui s’est passé au commencement de l’univers infiniment grand c'est-à-dire au moment du big bang, il y a plus de 13,7 milliards d’années.

D’autres chercheurs nous régalent les pupilles en simulant, grace aux prises de vue du télescope spatial Hubbles,  le mouvement de 100 000 planètes  pour les prochains 10 000 ans dans l’amas globulaire céleste Omega Centauri situé dans la constellation du Centaure et découvert par Edmond Halley en 1677.

Edmond Halley est connu pour avoir donné son nom à la plus célèbre des  comètes dont le prochain passage est prévu pour 2061.

A plus court terme et pour revenir sur terre,  le rapport de l’académie des sciences sur les causes du réchauffement climatique avalise que les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine sont la cause principale du réchauffement climatique.

Comment ne pas s’attarder aussi sur le réchauffement soudain des relations entre la France et la Chine, à l’occasion du voyage du président Hu Jintao, qui démontre l’effet direct des gros sous sur la température de relations qui voisinait le zéro absolu lors des manifestations en faveur des droits de l’homme à l’occasion du passage de la flamme olympique à Paris.   

Pour autant peut-on vraiment refuser  toute relation diplomatique et commerciale avec les chinois ?

Peut-on feindre d’ignorer les extraordinaires bouleversements qui sont en train de se produire dans un pays qui pèse plus du sixième de la population mondiale ?

Eric Le Boucher sur Slate.fr affirme que l’économie chinoise, qui a déjà dépassé celle du Japon, doublera celle des États Unis en 2027 en concluant "mais il leur restera un long chemin à parcourir pour rapprocher les niveaux de vie par habitant: en 2030, celui-ci sera de 37.000 dollars dans les pays de l’OCDE contre 8.500 dollars dans les pays du sud, soit encore quatre fois plus"..   

Mais ce qu’on ignore c'est quand la pression exercée par la population chinoise - qui compte le plus d'internautes au monde (420 millions en 2010 vs 22,5 en 2000) et donc autant de fenêtres ouvertes sur les "réalités" du monde - exigera que le rattrapage ne soit pas seulement économique mais aussi et peut-être d'abord social, culturel, libérateur et pourquoi pas écologique...

Un jour, qui ne pourrait pas être si éloigné, les citoyens chinois se préoccuperont aussi du comment et pas seulement du combien. Il n’est pas exclus que certains d’entre eux puissent enfin en toute liberté s’interroger aussi sur le pourquoi.

Devant le gigantisme de l’univers dont les savants cherchent à percer le secret des origines, devant ces milliards d’étoiles qui nous entourent, devant les enjeux plus modestes mais combien importants de la sauvegarde de notre planète bleue, devant le basculement attendu du centre de gravité économique mondial en Asie,  on mesure combien nos soubresauts autistes et dérisoires pour défendre des avantages acquis indéfendables sont extraordinairement anachroniques et à terme suicidaires...

On dit que le sot regarde le doigt du sage qui lui montre la lune mais certains de nos concitoyens semblent même concentrer leur attention sur la couleur de la lunule de l’ongle de ce doigt… 


Patrice Leterrier

6 Novembre 2010

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 22:37

ledoute

I

l est effrayant de voir à quel point la sinistrose gagne du terrain dans notre beau pays de France et de Navarre.

Il suffit pour s’en convaincre de parcourir les titres de la Presse, d’écouter les analystes compassés qui prennent des airs de circonstance pour nous annoncer les pires calamités, d’observer les cassandres de tout bord qui font du dénigrement la source de leur inaction critique.

A les écouter les dix plaies d’Egypte étaient de la gnognote à côté de ce qui nous attend.

Dans son dernier Editorial, Jacques Attali y va de son couplet pour  nous décrire un Japon, en pleine décrépitude, un système bancaire dévorant qui nous conduit à la ruine et des  états fantoches qui n’en sont plus et dont les dirigeants vont parader triomphants au G20 de Séoul pour retourner ensuite à leurs désespérantes impuissances.

Bien sûr l’avenir est incertain et la crispation autour de l’âge de la retraite démontre pleinement à quel point cette incertitude, alimentée par un sentiment d’injustice et d’impuissance, nourrit un doute qui se transforme pour beaucoup en scepticisme, pour ne pas dire en renoncement nourrissant l’inquiétude ou encore en désespoir et en colère.

Bien sûr le pire n'est jamais décevant mais le pire n'en est pas pour autant certain.

On pourrait par exemple parler aussi de Nagoya et de la Convention sur la diversité biologique signée par les 193 états qui pourrait permettre "d’en finir avec l’érosion de la biodiversité et la disparition accélérée d’espèces".

Les sages de l'institut dans leurs discours à l'occasion dans la séance solennelle de rentrée nous invitent à réfléchir sur le doute.

Mais le doute est le moteur du progrès en science, la base de l’éthique en médecine, la garantie du talent d’un artiste, peut-être le secret de la sagesse et de la tolérance et pourquoi pas la meilleure raison pour "à rebours des fausses évidences, nous rendre confiants dans notre avenir" comme le dit en conclusion de son discours Jean-Christophe Ruffin .

Après les agitations sur les causes des changements climatiques - forcément source de doute, d’incertitude et de débat -  n’est-ce pas justement ce doute qui doit fortifier les raisons d'agir comme nous y invite le rapport de l'académie des sciences ?

La sagesse ne consiste-t-elle pas à rechercher les raisons de l’action sans pour autant gommer les incertitudes inhérentes à la science ?

Aucun doute en tout cas que pour une grande part le monde ressemble au regard que l’on porte sur lui, même si certains astronomes explorant les frontières du concevable nous donnent le vertige en imaginant un univers qui ne serait qu’un hologramme d’une réalité inaccessible à nos sens.

Pascal écrivait "il ne faudrait rien faire du tout, car rien n’est certain".

Le doute comme un questionnement permanent sur l’œuvre en gestation, sur la décision médicale à prendre, sur l’hypothèse généralement admise, sur l’opinion drapée des atours de l’évidence, sur la place de la culture occidentale dans le nouvel équilibre mondial ne peut que nous conduire à l’optimisme dans l’avenir. 

J’entends déjà le léger bruissement de l’air provoqué par les haussements d’épaule de certains devant un tel manque de lucidité.

Laissez moi penser qu’il n’est pas totalement impossible que demain ne soit pas pire qu’aujourd’hui voire mieux.

Et d’ailleurs demain existe-t-il sans l’espoir ?


Patrice Leterrier

1 Novembre 2010

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 18:19

MilkyWay-Kepler-cRoberts


J

ohannes Kepler est né en 1571 à Weil der Stadt, ville du Bade-Wurtemberg, non loin de la frontière française.

Il était issu d’une famille protestante luthérienne, fils d’un père mercenaire et d’une mère "petite, maigre, sinistre et querelleuse" qui fut accusée de sorcellerie.

Il contracta à l’âge de 3 ans la petite vérole qui le laissa presqu’aveugle ce qui ne l’empêcha pas de passer sa vie la tête dans les étoiles..

Il est connu pour avoir repris la thèse héliocentrique de Nicolas Copernic et surtout pour ses fameuses lois de Kepler qui décrivent les orbites elliptiques des planètes autour du soleil.

Il méritait de la postérité que la NASA donne son nom à la sonde lancée le 6 Mars 2009 pour scruter un minuscule cône l’univers à la recherche d’une hypothétique mais probable exoterre.

La précision de son puissant récepteur, doté de 95 millions de pixels, lui permet  de détecter l'infime baisse de luminosité provoquée par le passage devant son étoile d'une planète similaire à la Terre.

Hier la Nasa a organisé une conférence internationale pour faire le point sur les apports de la sonde Kepler qui, en quelques mois, a déjà permis de découvrir des phénomènes qui n’avaient jamais été observés auparavant.

Mais cette merveille de technologie ne se contente pas de scruter le ciel de son œil puissant à 42 facettes, elle écoute aussi le chant des étoiles dont la tessiture va de celle du violon pour des astres de la taille du soleil jusqu’à celle de l’octobasse pour la sous-géante KIC11026764 âgée de 6 milliards d’années (2 de plus que le soleil) et qui mesure deux fois la taille de notre astre.

L’ensemble de ces vibrations donne une étonnante symphonie d’une force évocatrice saisissante et qui n’a rien a envier par exemple aux cartes célestes d’Almedia Prado.

Mais cette musique n’a pas qu’un côté artistique. Elle permet aux astronomes de mesurer le rayon d'une étoile à quelques pour cent près.

Kepler a déjà écouté les plus ou moins douces mélodies de plus d'un millier de géantes rouges ayant de quelques à plusieurs dizaines de fois la taille de notre astre.

Les géantes rouges sont le stade final de l'évolution d’une étoile. Dans environ 6 milliards d'années, le soleil se transformera en une géante rouge.

Dans son voyage sidéral la sonde donne aux astronomes une vision du devenir du soleil comme une sorte de retour vers le futur.

Peut-être que dans sa quête d’une planète habitable (ce qui ne veut évidemment pas dire automatiquement habitée) elle nous renverra des vibrations ne devant rien à la conversion de l’hydrogène en hélium mais issues de la composition d’un exoMozart.

En attendant on pourra toujours rêver en regardant le ciel qui continue son expansion même si l’éternité doit avoir des limites.


Patrice Leterrier

27 Octobre 2010

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 19:39

montre-molle-salvador-dali


U 

ne équipe de chercheurs du CNRS a observé la galaxie UDFy-38135539 découverte par le télescope spatial Hubble.

Après deux nuits entières d’observation sur l’un des télescopes du réseau Very Large télescope de l’ESO, ils ont pu déterminer qu’elle se trouvait à 13,1 milliard d’années-lumière de notre planète bleue ce qui en fait le plus vieil objet céleste jamais observé par l’homme.

Elle est apparue seulement 600 millions d’années-lumière après le big-bang !

Elle brille, si l’on peut dire, plus d’un milliard de fois moins que la plus pâle étoile visible à l’œil nu.

Peut-être pensez vous que 13,7 milliards d’années c’est finalement peu de chose face à l’infinité du temps qu’il reste à l’univers toujours en expansion sauf que Raphael Busso astrophysicien à l’université de Berkeley en Californie affirme dans une étude que le temps qu’il reste à l’univers n’est peut-être pas infini et qu’il pourrait bien s’arrêter dans 3,7 milliards d’années

Lamartine demandait vainement au temps de suspendre son vol, le philosophe Alain goguenard lui répondant "d’accord mais pour combien de temps ?". Charles Baudelaire pestait contre ce gouffre qui a toujours soif. Henri Bergson nous invite à ne pas confondre l’instant et la durée qui est dans la conscience, qualifiant dans un raccourci saisissant l’homme de "temps à deux pattes". Il reste ainsi dans la tradition du dualisme alors qu’il vivait la grande question de la matérialité ou non de l’espace temps base de la théorie de la relativité d’Einstein.

D’autre philosophes des temps modernes comme Elie During posent la question de savoir si l’espace temps est une intuition de la réalité comme le pensait Hermann Minkowski qui écrivait "dès maintenant, l’espace indépendant du temps, le temps indépendant de l’espace ne sont plus que des ombres vaines" ou une convention mathématique comme semblait le croire le grand mathématicien Henri Poincaré qui fut le premier à relier le temps aux équations spatiales sans y associer une réflexion philosophique.

Il y a aussi le temps biologique, celui qui rythme l’évolution, le temps subjectif des souvenirs et des émotions, le temps culturel, celui des cycles de la nature, celui infiniment petit des ordinateurs. Je n’ai certes pas le temps d’évoquer tous ces temps…

Sa mesure fait l’objet de tel raffinement de nos jours que l’on peut vérifier la dilatation du temps prévue par la théorie de la relativité.

Au fond Pierre Dac n’avait-il pas tout résumé lorsqu’il disait "l’avenir c’est du passé en préparation" ou encore et "qu’est-ce que le passé, si ce n’est du présent qui est en retard ?".

Saint Augustin disait "Qu’est-ce donc que le temps? Si personne ne me le demande, je le sais; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas!".

Il est donc grand temps de cesser de discourir sur ce sujet impalpable, inépuisable et inconstant puisqu’il n’est pas le même dans un embouteillage monstre ou lorsqu’on écoute Arthur Rubinstein caressant son Steinway les yeux fermés pour nous emmener dans l’univers magique de Fréderic Chopin

Mais pour certains, peut être, ce temps là est encore plus long que celui que l’on passe (curieuse expression ?) à attendre un métro dont on se sait pourquoi il ne vient pas…


Patrice Leterrier

25 Octobre 2010

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 21:03

Botox


V 

ous connaissez tous la célébrissime sentence de René Descartes cogito ergo sum qui était selon son auteur "si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques [ne sont] pas capables de l'ébranler."

Il inaugurait le courant de la philosophie française attaché à la clarté des idées, comme Henri Bergson l’écrit "la philosophie des idées «claires et distinctes», celle qui a définitivement délivré la pensée moderne du joug de l’autorité pour ne plus admettre d’autre marque de la vérité que l’évidence".

Descartes était fondamentalement dualiste. Il séparait nettement le corps, l’animal - dont il tentait d’expliquer le fonctionnement mécaniste dans la cinquième partie du discours de la méthode - de l’âme qui était selon lui la particularité unique de l’homme.

De nos jours nous savons à quel point le corps interagit sur nos pensées, combien nos émotions occultent notre vision de la réalité au point de pouvoir nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

J’avais déjà eu l’occasion de citer les travaux d’un chercheur allemand de l’institut Max Planck, Sabine Scheffer, sur les vertus de la marche pour stimuler la pensée qui confirmait que nous pensons aussi avec notre corps.

Mais saviez-vous que nous pouvons voir avec notre ouïe puisque selon selon des chercheurs Canadiens, le cerveau est capable de déterminer la forme d'un objet simplement en traitant des sons codés spécialement, sans aucun apport visuel ou tactile.

Plus étonnant encore voici qu’une autre étude semble démontrer combien le renversement de la proposition de René Descartes et la séparation artificielle entre l’esprit et le corps doit définitivement être rangé dans le cimetière des nombreuses évidences qui parsèment le lent chemin de la connaissance pour être contredites par les nouveaux défricheurs de la connaissance.

Une étude menée par David Havas illustre une fois de plus l’extraordinaire complexité de la nature humaine et l’interpénétration intime entre le corps et l’esprit.

Peut-être connaissez-vous la toxine botulique secrétée par Clostridium botulinum, la bactérie responsable du botulisme ?

On lui trouve aujourd’hui des vertus inattendues pour soulager les migraineux mais son usage par les obsédés de l’apparence pour effacer les traces de leurs rires mais aussi de leurs soucis en a fait le remède miracle dans leur quête permanente du lissage obsessionnel de leur face.

David Havas nous révèle que ce lissage ne supprime pas seulement les traces de nos émotions passés mais semble nous empêcher de percevoir pleinement nos sentiments présents.

Il a en effet savamment constaté que des jeunes femmes à qui on avait injecté du botox dans certains muscles du front non seulement mettaient plus de temps à comprendre le sens des textes évoquant des sentiments négatifs mais en plus comprenaient entre cinq et dix pour cent de phrases en moins.

Les mouvements de visage exprimant nos émotions jouent donc aussi un rôle dans leurs expressions dans une rétroaction systémique.

Et puis quelle horrible perspective que celle de ne pouvoir plisser délicatement les commissures des lèvres sans soucis des sillons qui se forment pour admirer l’œuvre d’un Claude Monet, déguster la musique de Mozart ou s’enivrer des sublimes gémissements d’un Charles Baudelaire.



Patrice Leterrier

20 Octobre 2010

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 14:50

Erreur-2-70b1d


L

a revue pour la science reprend un sondage organisé par sa maison mère Scientific American et la revue Nature dont la question centrale est de savoir si les personnes interrogées font confiance à la science.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les résultats ne sont pas un oui franc et massif ! Seuls trois thèmes recueillent un indice de confiance supérieur à la moyenne.

Deux d’entre eux concernent les sciences fondamentales puisqu’il s’agit de l’évolution et de l’origine de l’univers. Le troisième thème est le sujet pourtant controversé des énergies renouvelables.

En queue de classement ont trouve, sans surprise, la pandémie de grippe, les antidépresseurs et les pesticides.

Quant aux sources d’informations seuls les scientifiques, les amis ou la famille et les organisations non gouvernementales ont un certain crédit avec un trio de défiance massive pour les autorités religieuses, les élus et les entreprises.

Il faut dire que l’affaire des courriels censurés de certains climatologues du GIEC, les liens découverts entre les experts de l’OMS et certains laboratoires dans l’affaire de la pandémie déclarée de grippe H1N1 ont largement mis à jour les possibles conflits d’intérêts d’experts soi-disant impartiaux.

On pourrait penser que ces cas retentissants sont des exceptions qui jettent le discrédit sur une communauté scientifique fondamentalement désintéressée et rigoureuse.

Mais un chercheur d’origine grec le professeur John P.A. Ioannidis nous révèle que la plupart des résultats publiés dans les revues biomédicales se sont avérés faux.

Pire encore il affirme que des résultats de recherches notoirement reconnus comme erronés aujourd’hui continuent à être citées par certains chercheurs.

Un cas typique est celui de nouveaux antipsychotiques introduit au début des années 1990.

Ils étaient censés éliminer les effets secondaires néfastes de la génération précédente mais coûtaient la bagatelle de 10 fois plus chers.

Les résultats d’une étude menée par le National Institute of Mental Heath conclut que ces nouvelles drogues n’apportent globalement pas d’amélioration majeure par rapport à la génération précédente.

Le professeur Ioannidis analyse en détail les erreurs, omissions, dissimulations et autres biais qui conduisent les chercheurs à publier des résultats qui s’avèrent faux.

Un trait commun à tous les domaines d’études c’est la nécessité pour les chercheurs de publier des résultats positifs sous peine de perdre les crédits leur permettant de poursuivre leurs recherches.

Au fond, conclut-il, il est de la nature même de la recherche scientifique de faire des erreurs. Ces erreurs nourrissent le progrès scientifique. On se souvient tous de la négligence du professeur Alexander Fleming qui lui permit de découvrir la pénicilline.

Le problème semble être que de nos jours, en recherche comme dans tous les domaines et par exemple en politique, reconnaître ses erreurs n’est pas seulement difficile (le déni est la stratégie la plus confortable pour régler une dissonance cognitive) mais c’est surtout le meilleur moyen d’arrêter une carrière ce qui ne tente évidemment personne après des années d’investissement personnel.

Il faudrait peut-être un jour récompenser par une sorte d’anti-Nobel les chercheurs (et peut-être aussi les hommes politiques) ayant le courage de clamer haut et fort leurs erreurs et d’en analyser les causes comme l’a fait Alexander Fleming qui aurait du jeter à la poubelle ses cultures corrompues par un champignon. 

Ils y trouveraient la force de se remettre courageusement en cause et de continuer à accepter l’idée que, malgré tous leurs efforts incessants, ils pourront encore et encore se tromper…


Patrice Leterrier

17 Octobre 2010

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 20:15

roulette


O 

n avait déjà eu l’occasion de dénoncer le manque total de fiabilité des œnologues qui s’accoutrent souvent de tenue surannée pour mieux masquer leur incapacité chronique à faire de leur palais un instrument de mesure fiable de la qualité ou de l’origine d’un vin au point de pouvoir couronner un vin tout à fait commun comme un grand cru…

On sait également ce qu’on doit penser de tous ces grands prêtres de la finance dont la plus grande spécialité est de prévoir ce qui s’est déjà passé puisqu’ils sont bien incapables de prédire l’avenir.

Ils remplacent l‘ésotérisme du langage et les tenues pittoresques des œnologues par des commentaires bourrés de références abscondes sur les résultats obtenus par des programmes d’une sophistication ahurissante.

Ils pensent ainsi masquer leur impuissance dans une apparence pseudo scientifique.

L’Oracle de ces Pythies modernes sort sur les écrans impersonnels de calculateurs qui rivalisent en puissance exprimée en gigaflops

Je n’ose même pas vous parler de ces millions de lignes écrites en vain pour décrire les qualités de telle ou telle équipe de football, de tel ou tel trotteur de génie, de tel ou tel cycliste stupéfiant et de la constance des pronostiqueurs à se tromper.

La parade connue est de multiplier les experts qui se contredisent avec l’espoir que l’un d’eux, par pur hasard, fera un pronostic juste.

Comme chez la cartomancière on ne retiendra bien sûr que cette prédiction, preuve incontestable de ses qualités de voyant et le journal titrera fier qu’il avait donné le tiercé dans l’ordre oubliant instantanément le foule de prédictions erronées.

Seulement ces experts en tout genre n’ont pas le bon sens que nous croyons posséder.

Vous étiez probablement persuadé, comme j’avais tendance à le penser aussi, qu’un choix est d’autant meilleur qu’il a fait l’objet d’une longue et méthodique analyse et que l’œil d’un expert ne peut que le rendre encore plus pertinent.

Comment ne pas penser que l’accumulation d’expériences et de connaissances ne multiplie les chances d’un jugement adéquat et ce d’autant plus que le nombre de critères de choix est important.

Las, il va vous falloir, sous peine d’un fort risque de dissonance cognitive, renoncer à cette idée dont l’évidente logique cache en fait une des complexités mystérieuses de l’esprit humain.

Le psychologue social Ap. Dijksterhuis vient ébranler preuve à l’appui cette conviction pourtant bien rassurante.

Les expériences qu’il a menées démontrent sans ambigüité que trop de paramètres encombrent en fait les cerveaux les mieux faits et que nous sommes assez incapables de faire des choix rationnels qu'il ne faut pas confondre avec des choix rationalisés.

Il semble que l’intuition c'est-à-dire une forme de choix inconscient soit dans le cas de choix complexe plus efficace qu’une analyse détaillée de tous les paramètres.

Mais au fond n’est-ce pas ce que nous faisons un peu, comme le bourgeois gentilhomme de Molière faisait de la prose sans le savoir, chaque fois qu’après avoir mûrement réfléchi nous choisissons de nous fier à notre intime conviction qui échappe à toute tentative de rationalisation exhaustive ?

Et comme pour un peu plus ébranler nos certitudes, voilà que d’autres chercheurs se penchant sur les mœurs de nos cousins bonobos découvrent que les femelles de ces pacifiques primates sont beaucoup plus doués que les mâles dans la découverte d’outils susceptibles de leur faciliter la vie.

De là à extrapoler à l’homme et, après la supériorité affirmée de la gente féminine en matière d’intelligence émotionnelle, y ajouter l’esprit créatif…

Il est déjà assez anachronique de parler du sexe faible mais nous devrons bientôt admettre qu’il existe et qu’il est…masculin !


Patrice Leterrier

14 Octobre 2010

 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 19:19

armageddon

 

 

M 

arion Keech, qui tenait l’information d’extra-terrestres de la planète Clarion avec lesquels elle était en contact depuis plusieurs années, avait prévu qu’un gigantesque raz de marée allait détruire l’humanité dans la nuit du 20 Décembre 1954.

De nos jours Patrick Geryl fait construire, dans la Sierra Nevada, dans le sud de l’Espagne, des refuges en béton capables de résister au cataclysme qui détruira la planète le 21 décembre 2012.

Le fantasme d’Armageddon reste toujours aussi puissant à l’heure où les astronomes sondent les origines de l’univers.

Peu importe qu’Il s’appuie sur la prophétie que la Terre serait détruite par le retour de la planète Nibiru, sur le fait que le calendrier des Mayas s’arrête au 21 décembre 2012, sur les exégètes de Nostradamus ou encore sur les prédictions d’experts en bizarreries géologiques et astronomiques.

Marion avait réussi à convaincre ses adeptes qu’ils seraient sauvés par une soucoupe volante.

La nuit du 20 Décembre 1954, le groupe se réunit pour attendre en vain le sauvetage annoncé. Plusieurs d’entre eux avaient démissionné et vendu leur maison dans la perspective de ce salut miraculeux.

Léon Festinger (1957), un psychologue social, avait été intrigué par la prophétie de Marion Keech. Il avait donc décidé d’infiltrer le groupe pour comprendre les motivations des adeptes et surtout voir leurs réactions et celle de Marion Keech lorsque la date fatidique serait dépassée sans qu’il ne se passe rien.

Le 20 Décembre à minuit rien ne se passe, Une heure après non plus, pas plus au bout de deux heures !

Certains des adeptes commencent à montrer des signes de scepticisme, d’autres pensent que les extraterrestres les ont abandonnés.

Au bout de cinq heures, Marion annonce qu’elle vient de recevoir un nouveau message : le groupe, avec le pouvoir de sa foi, a répandu tant de lumière que Dieu a décidé d’épargner la terre de la catastrophe annoncée. Les adeptes réagissent avec enthousiasme. Ils ont trouvé un moyen de se convaincre que, finalement, la prophétie était juste.

A partir de cette expérience inoubliable Léon Fustiger développa le  concept de dissonance cognitive (A theory of cognitive dissonance) qui veut que nous avons une tendance naturelle à éliminer nos pensées ou nos comportements lorsqu’ils sont rationnellement contradictoires.

Il existe quatre moyens pour éliminer cet état insupportable pour la raison humaine :

°    le déni qui consiste à refuser l’évidence,

°    l’étayage qui permet de renforcer sa croyance troublée,

°    le rééquilibrage qui vise à diminuer voire à annuler l’importance de la contradiction,

°    le changement radical de croyance, un étayage inversé qui permet de mettre ses convictions en accord avec les faits.

Ne trouvons-nous pas, dans notre incapacité à changer radicalement nos comportements face aux dangers putatifs et non avérés que représentent les changements annoncés du climat, une parfaite illustration de ces stratégies d’évitement ou de prise de conscience ?

Que dire aussi de la dissonance politique sur l’avenir des retraites, qui met aujourd’hui des milliers de personnes dans les rues, même si Daniel Gilbert, professeur à l’université Harvard, affirme que nous donnons toujours aux événements à venir une importance beaucoup plus grande que celle qu’ils auront quand ils se produiront (s’ils se produisent) ?


Patrice Leterrier

12 Octobre 2010

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 19:52

worldwarcraft


M

a tendance naturelle à la procrastination m’aurait sans doute conduit à céder à la facilité.

J’aurais pu par exemple m’esbaudir en apprenant le salaire mirobolant du fils de Yannick Noah, m’étonner de l’ahurissante somme réclamée à Jérôme Kerviel sans commune mesure avec les gains qu’il aurait pu obtenir si ses martingales illicites et audacieuses avaient fonctionnées, ou alors m’attendrir avec nostalgie sur la disparition de Colette Renard qui n’hésitait pas à parler crûment de ses attributs les plus intimes dans ses chansons.

Je n’irai pas jusqu’à l’extrême solution mise en place par Victor Hugo qui demandait à son valet de chambre de cacher ses vêtements lorsqu’il écrivait nu de sorte à ce qu’il ne pouvait se détourner de son travail…

Il est d’usage de se lamenter, avec un certain fatalisme et un abattement feint, de l’effet décrété désastreux sur nos bambins de la télévision, des jeux vidéo, de l’internet, des réseaux sociaux et autres Ipad.

Mais un article publié par Daphné Bavelier, C. Shawn Green, and Matthew W.G. Dye dans la revue Neuron du 9 Septembre 2010 intitulé "Children Wired : For better and for Worse" remet sérieusement en cause les idées reçues sur l’impact des nouvelles technologies sur nos cerveaux et sur ceux de nos gamins.

Ils soulignent d’abord que la question n’est pas de savoir comment la technologie en général interagit sur nous mais bien de savoir quelle technologie nous "consommons" et aussi en quelle quantité ?

Il ne viendrait à personne l’idée de dire que la nourriture est mauvaise pour la santé mais il est assez évident que certains modes de consommation favorisent l’obésité qui ne cesse de grossir…

Il n’est pas non plus inutile de rappeler qu’une addiction n’est pas caractérisée par un nombre d’heures de pratique mais bien de l’incapacité à continuer à avoir une vie sociale équilibrée.

Il faut également se méfier dans des conclusions trop hâtives sur les effets bénéfiques ou néfastes des nouvelles technologies.

Rappelons nous de l’effet Mozart qui faisait attribuer à sa musique les améliorations constatées lors de passage de test de QI alors que des études ultérieures ont démontré que Mozart n’y était pour rien puisque la cause était simplement le plaisir éprouvé à écouter sa musique…

N’en déplaise aux grognons en tout genre, le suivi de certaines émissions de télévision comme la célébrissime Dora a des effets positifs prouvés sur l’apprentissage de la lecture.

Le plus croustillant semble être que celles qui sont spécifiquement conçues pour eux tels que Baby Einstein and Brainy Baby semblent au contraire être au mieux neutres voire néfastes…

Il est intéressant aussi de prendre acte que des jeux vidéos où des avatars se liguent pour conquérir des territoires et rivalisent d’agilité pour éviter les pièges qu’on leur tend améliorent la vision, l’attention, certaines fonctions cognitives et les reflexes moteurs. Ils ont aussi un impact positif sur la mémoire visuelle à court terme.

Bref, ce qui est censé être bon peut s’avérer mauvais et ce qui est réputé pour mauvais peut être bénéfique.

La technologie est, de nos jours, omniprésente dans notre vie.

Il est incontestable que son usage a une influence sur la façon dont le cerveau - dont Boris Cyrulnik nous a largement démontré la plasticité – se modèle.

Son influence sur l’apprentissage, le développement et le comportement des futurs "homo cybernitus" est considérable mais n’est pas forcément expliqué par des schémas simplistes basés sur les caractéristiques apparentes mais plus sérieusement sur les zones du cerveau qu’elle met en jeu.

Il est certain que l’apport des neurosciences est capital pour mieux comprendre – sans parti-pris - la façon dont la technologie interagit avec nos cerveaux et plus particulièrement ceux de nos têtes blondes (ou noirs, châtains, rousses peu importe…).


Patrice Leterrier

6 Octobre 2010

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 09:22

GJ581g


L

a découverte de Gliese 581g, une planète possiblement habitable même si elle était prévisible fait l’objet de commentaires enthousiastes et souvent un peu exagérés alors même que l’on ne connaît que la masse approximative de cette planète et sa distance à son soleil, une naine rouge.

Elle se trouve à quelques 200 billions de kilomètres de la terre, c'est-à-dire à l’échelle de l’univers une distance minuscule.

La galaxie d’Andromède qui est la plus proche de nous se trouve à 2,5 millions d’années-lumière de la terre et la galaxie la plus lointaine jamais observée, nommée Abell 1835 IR1916, est située à près de 13 milliards d'années-lumière de la Terre soit 750 millions d'années après le Big Bang, quand l'Univers était âgé d'à peine 5 % de son âge actuel.

Cela laisse supposer comme nous l’explique avec brio Phil Plait sur son blog qu’il y a probablement des millions de planètes présentant des caractéristiques habitables, ce qui ne veut évidemment pas dire corollairement qu’elles le soient.

Nous ne sommes donc pas seuls dans l’univers, ce qui a vrai dire ne fait pas un grand changement puisque les distances nous séparant de possibles petits hommes verts ou plus simplement blancs, rose, noirs ou jaunes nous laissent peu de chance de leur serrer un jour une main avec un nombre de doigts indéterminé pour autant qu’ils aient des mains…

Et avant même de vivre cette très improbable rencontre, si nous revenons à la minuscule échelle de notre planète - doit-on vraiment s’étonner d’apprendre que la capacité d’un groupe de personnes à résoudre des problèmes- ce qu’on pourrait dans un raccourci rapide qualifier d’intelligence collective - n’est absolument pas liée aux capacités intellectuelles plus ou moins grandes de ses membres mais à leurs sensibilités sociales, c'est-à-dire à leurs aptitudes à réagir et à apprécier les sentiments et les opinions des autres.

Alors que notre société machiste continue de promouvoir massivement et sans état d’âme les hommes aux plus hautes responsabilités, il est intéressant de noter que la performance globale des groupes est d’autant plus élevée qu’ils comportent plus de femmes apparemment plus dotées d’intelligence émotionnelle que les hommes.

Dans la société des bonobos, plutôt matriarcale et pacifiste, lorsque deux groupes se rencontrent les mâles ne pensent qu’à montrer leur supériorité toujours prêts à se battre alors que les femelles, finaudes, se liguent pour éviter ces affrontements en partageant de la nourriture pour finalement calmer les grands benêts de mâles qui finissent par se joindre à leurs agapes joyeuses.

Dans notre culture élitiste jusqu’à la parodie, l’exercice du pouvoir est concentré comme il ne l’a jamais été dans les mains d’hommes ou de femmes qui se pensent au dessus du lot et par conséquent s’imaginent capables de discerner et de prendre seuls les bonnes décisions.

Comment ne pas observer avec un clin d’œil goguenard ce que la psychologue Karen Pine appelle le syndrome du kit main libre ?

Il illustre parfaitement que le gestuel accompagnant nos discours vise plus à nous représenter ce que l’on dit qu’à communiquer avec l’autre, comme si finalement les gesticulations permettaient de se convaincre soi-même de la justesse de ses convictions, comme si le regard des autres n’avait aucune importance alors même qu’il est souvent la source de nos progrès vers la sagesse…


Patrice Leterrier

3 Octobre 2010

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