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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 13:50

Diable-vert


H 

ervé This dont on peut apprécier les livres et les articles dans la revue pour la Science, nous rappelle sur son blog une magistrale étude du professeur Bruce N. Ames datant d’Octobre 1990 sur les dangers des pesticides dans l’alimentation.

Il résulte de cette étude que 99,99 % des pesticides présents dans l'alimentation des américains sont des composés produits "naturellement" par les plantes pour se défendre.

En moyenne  les Américains absorbent environ 1.5 grammes de pesticides naturels par personne et par jour, soit à peu près 10 000 fois plus que de résidus de pesticides synthétiques apportés par l’agriculture.

La date de l’étude pose le problème de la diffusion de l’information scientifique confisquée par des lobbies de toute sorte.

En 1990, le même professeur indiquait que les pesticides d’origine alimentaire (naturel ou synthétique) n’étaient responsables que de 0,1% des cancers c'est-à-dire un nombre dérisoirement faible face au ravage des vraies causes comme le tabagisme, le déséquilibre alimentaire et les infections chroniques comme celles causées par les hépatites B et C.,.

Le problème de la difficulté d'interpréter les études scientifiques pour le grand public se pose une fois de plus.

On retrouve aussi corollairement la question du détournement des résultats au profit de polémiques plus politiques, dogmatiques ou/et religieuses que scientifiques.

Certains ne manqueront pas de s’empresser d’aller rechercher des liens entre l’auteur de l’étude et l’industrie agroalimentaire pour la disqualifier à défaut de pouvoir la combattre sur le terrain scientifique.

En pleine crise politico-sanitaire du Mediator, après le fiasco du vaccin contre la grippe H1N1 qui a encore des répercussions cette année sur la campagne de vaccination, après la polémique sur les origines humaines du réchauffement climatique toujours vivante malgré l’avis des sages de l’Académie des sciences, la défiance du grand public envers les scientifiques reste vivace.

L’énorme pavé dans la mare que jetait cette étude, qui dort depuis 20 ans, risque hélas de rester encore inaperçue parce qu’il s’attaque au dogme du "naturellement" bon pour la santé !

Il est d’ailleurs piquant de relever au passage que, du point de vue de l’ingestion de toxines naturelles, les végétariens sont plus exposés que les autres !

Dans la revue pour la science de Décembre (n° 398), Ivar Ekeland nous livre une intéressante réflexion sur notre insensibilité à l’efficacité économique difficilement appréciable en comparaison avec notre indignation devant l’iniquité supposée beaucoup plus évidente à constater.

Un paradoxe puisque, si on peut se faire une idée assez précise de l’efficacité, il est bien difficile de mesurer l’équité que l’on confond parfois avec l’égalitaire (toutes les parts égales) qui serait un véritable désastre en matière de santé publique par exemple.

Il serait intéressant de comprendre pourquoi nous sommes si sensibles à des risques d’origine humaine même lorsqu’ils sont extrêmement faibles alors que, au nom de la bonté supposée de la nature qui pourtant est au mieux neutre, nous négligeons les risques naturels  qui sont infiniment plus importants.

Serait-ce le spectre du risque zéro qui nous hante ?

Le vert tournerait-il au vert de gris ?


Patrice Leterrier

20 décembre 2010

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 20:05

père noël

 

V

ous connaissez peut-être des adultes péremptoires qui osent prétendre que le père Noël n’existe pas !

C’est faire un peu vite fi des rêves de millions d’enfants qui attendent avec fébrilité son passage dans la nuit de Noël.

La question n’est donc pas de savoir s’il s’agit d’un mythe nécessaire ni de regretter les dérives mercantiles que sa venue nous donnent à subir.

Il s’agit plutôt de l’accueillir avec tout le cérémonial que nécessite incontestablement la venue même furtive d’un hôte d’une telle importance pour les bambins.

Ils n’auront hélas sans doute plus beaucoup l’occasion en grandissant de s’accrocher à leurs rêves enfantins.

Il est symptomatique que le fait de ne plus y croire signe l’entrée dans le monde des adultes et la fin des illusions sur la nature bienveillante de l’homme.

Doit-on à ce sujet plutôt croire Thomas Hobbes qui ne voie dans l’homme à l’état de nature qu’un loup pour l’homme ou au contraire suivre John Locke qui pensait que les hommes à l’état de nature étaient enclins à se porter secours et assistance ou encore croire à  la vision rousseauiste du bon sauvage ?

Lorsque ce dernier publia son fameux Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes en 1755, Voltaire lui répliquât avec sa plume qu’il savait rendre fielleuse "On n'a jamais employé tant d'esprit à nous rendre bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage".

Les philosophes continuent de débattre avec force et arguments de cet eternel sujet qu’est la nature dite profonde de l’être humain.

Mais voilà que les scientifiques s’en mêlent pour affirmer, expériences à l’appui, que la bienveillance ou la malveillance ne sont pas des aptitudes naturelles exclusives mais bien présentes toutes les deux.

La découverte par l’équipe de la neuropsychologue Grint Hein de l’université de Zurich de l’implication de deux circuits cérébraux dans les sentiments de compassion et d’antipathie voire de cruauté relance le débat sur la nature fondamentalement bonne ou mauvaise de l'être humain.

Selon la théorie dite des endogroupes développée par ces chercheurs, l'être humain ne serait ni bon ni mauvais mais exprimerait ses tendances compassionnelles ou cruelles selon que la victime affiche ou non la même appartenance identitaire que lui.

Une sorte de sélection naturelle poussant les individus d’un groupe à s’entraider et à marquer leur hostilité vis-à-vis d’autres groupes potentiellement rivaux sur un même territoire.

La compassion universelle comme par exemple celle merveilleusement illustrée par les Restos du cœur serait donc un comportement culturel.

Vive donc la culture qui nous aiderait à sortir de cette tendance naturelle à rejeter l’autre, le différent même quand il n’est pas un potentiel rival.

N’est-il pas nécessaire en cette période d’Avent de rappeler le troisième mot de la devise de la république fraternité pour en faire autre chose qu’un slogan de campagne politique ?

Louis Pasteur disait que "la grandeur des actions humaines se mesure à l'inspiration qui les fait naître".

Joyeux Noël à tous !


Patrice Leterrier

20 décembre 2010

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 20:29

Lac Mono

Lac Mono

F 

elisa Wolfe-Simon, spécialiste en astrobiologie à la NASA et ses collègues ont découvert , dans le très inamical lac Mono en Californie, une bactérie qui a remplacé dans son mode de vie le phosphate par l’arsenic.

C’est d’ailleurs bien parce qu’il peut se faire passer pour du phosphore que l’arsenic est un poison si violent pour l’homme.

La nouvelle – si elle se confirme – est d’importance mais selon André Brack du CNRS elle ne remet pas en cause le modèle des conditions nécessaires pour qu’une forme de vie se soit développée sur une des milliards d’exoplanètes de l’univers.

On ne cesse d’en découvrir à un rythme effréné et d’accumuler sur elles une foule d’informations qu’il était même impensable de réunir il y a seulement une décennie.

Oublions un instant ces putatifs aliens dont on pourrait fantasmer que le modèle de reproduction aboutisse à des "exo" hommes et femmes aussi préoccupés que les humains par le sexe.

Ces imaginaires exo femmes seraient-elles aussi avancées que leurs équivalentes terrestres ?

En effet, la liste des avantages de la gent féminine est longue.

On peut citer par exemple une longévité supérieure, une intelligence émotionnelle plus fine, une résistance immunitaire plus robuste, une capacité à détecter les émotions d’autrui plus fine, une intelligence collective meilleure. Certes mesdames sont moins aptes que nous, les hommes, à résister à un gâteau au chocolat

A fur et à mesure que l’on sonde les mystères de la biologie et du cerveau, le tableau des comparaisons ne cesse de s’alourdir pour l’homme.

La psychologue Kim Janssens nous apprend par exemple que la seule vue d’une minijupe et d’un corsage largement échancré déclenche chez l’homme la mémorisation d’objets de luxe alors que la vue d’une chaste jeune fille en jean et chemisier très sage favorise au contraire le rappel d’objets utilitaires ?

Une sorte de reflexe pavlovien qui serait, toujours selon Kim Janssens, un reste de la nécessité pour l’homme, dans des temps reculés, de prouver sa capacité d’être un bon reproducteur apte à assurer une certaine aisance à sa partenaire…

Se référant aux cadrans solaires qui ornaient la porte d’entrée de masures de nos paysans autrefois, le dicton populaire prétend que chacun voit midi à sa porte, laissant entendre que l’imprécision de l’instrument ne permettait pas d’assurer une vision commune de l’heure qu’il était. Mais du moins il semblait évident que chacun avait la même vision de l’objet lorsqu’il le regardait.

Samuel Schwarzkopf remet en cause cette fausse évidence. Nous ne voyons pas tous les objets de la même manière en fonction de la taille de notre cortex visuel primaire qui peut varier dans un facteur de 1 à 3 selon les individus.

Cependant, même si cette caractéristique ne paraît pas vraiment se distinguer entre l’homme et la femme, il semble que l’on doive  émettre des doutes concernant certaines parties intimes de l’anatomie masculine.

Il existe en effet un écart type colossal selon les individus, chacun voyant l’objet selon son fantasme à moins qu’il ne s’agisse d’une illusion d’optique….


Patrice Leterrier

6 décembre 2010

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 19:29

  Wikileaks -logo11


W 

ikileaks publie 250 000 télégrammes diplomatiques, c'est-à-dire si on prend l’hypothèse d’un moyenne d’une minute pour les lire, la bagatelle d’une demi-année de lecture ce qui n’est à la portée d’aucun des commentateurs qui s’empressent de rechercher dans cet océan de notes les confidences les plus croustillantes.

Outre la révélation de l’incroyable perméabilité des secrets diplomatiques américains, ce volume démontre pleinement qu’il ne s’agit pas d’’informations au sens  journalistique du terme puisque la déontologie du journaliste réclame à minima qu’il en ait pris connaissance et qu’il ait vérifié ses sources.

D’ailleurs, il est assez symptomatique que le site ait choisi de se faire relayer par des journaux traditionnels pour révéler au monde les dessous plus ou moins intéressants et plus ou moins politiquement corrects de la diplomatie américaine qui ne sort pas vraiment grandie de ce grand déballage.

Amazon argue de ce volume pour chasser wikileaks pour violation de la chartre d’hébergement du site. Ces dirigeants affirment qu’il a été impossible à wikileaks de vérifier que les contenus publiés ne puissent porter tort à des personnes nommément identifiées.

Eric Besson réclame que le site français OVH n’accueille plus wikileaks.

Un mandat d’arrêt international est lancé contre le fondateur du site Julian Assange, un Australien de 39 ans, pour des affaires de "viol, agression sexuelle et coercition" commis sur deux femmes, des faits qui se seraient produits en Suède en août.

On ignore qui a organisé ces fuites ce qui donne lieu à toutes sortes d’hypothèses dont bien sûr celle d’une tentative de déstabilisation de Barak Obama supposé empêcher Israël d’en finir avec la menace iranienne.

La question que pose cette affaire est vieille comme le monde : Faut-il donner raison à Machiavel au nom de l’intérêt supérieur des états ou se draper dans l’illusion d’une morale universelle prônée par Emmanuel Kant ?

Nicolas Machiavel, qui compte toujours autant de disciples dans le monde politique et diplomatique tellement habitué au double voire triple langage, affirmait qu’un "Prince ne peut impunément exercer toutes les vertus, parce que l'intérêt de sa conservation l'oblige à agir contre l'humanité, la charité et la religion […] C'est ce qui oblige un Prince à veiller, avec un soin extrême, à ne rien laisser sortir de sa bouche qui ne paraisse conforme"

Emmanuel Kant, drapé dans ses certitudes moralisatrices, de son côté affirme "Quoique cette proposition : l'honnêteté est la meilleure politique, annonce une théorie, trop souvent hélas ! démentie par la pratique, aucune objection n'attendra jamais celle-ci : l'honnêteté vaut mieux que toute politique et en est même une condition essentielle."

Alors doit-on choisir entre cynisme calculateur et naïveté défendant la transparence comme le garant de la vertu politique ?

Il est certain en tout cas que ces révélations, que certains présentent comme un 11 Septembre diplomatique, ne sont pas de nature à réconcilier les citoyens avec les hommes politiques déjà largement suspects de duplicité.

Comme l’affirme Anne Roumanoff "on ne nous dit pas tout !" mais puis-je ajouter c’est tant mieux car tout ce n’est pas loin de rien.


Patrice Leterrier

5 décembre 2010

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Pour en savoir plus :

Le "cablegate" en 10 questions par Grégoire Fleurot

Avec Wikileaks, la surveillance change de camps par Jean-Marie Colombani

Avec le "cablegate", les médias reprennent la main sur Wikileaks par Dan Israël

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 19:56

295 naissance poulain mini 640

N

’est-il pas étonnant de voir un jeune poulain à peine sorti du ventre de sa mère se mettre, au bout de quelques courts instants, à gambader sans effort ?

L’anthropologue John Bock nous rappelle que le combat acharné chez l’homme entre la taille de son cerveau et la largeur du bassin de la mère a conduit à l’évolution d’un cerveau dont le volume va tripler après la naissance.

C’est en fait la lutte pour le développement de la bipédie qui entraine l’accès à l’outil, le développement des capacités cognitives et donc à l’extraordinaire aventure du néocortex qui demande de la place dans la boîte crânienne.

Cette immaturité à la naissance explique pourquoi le nourrisson est totalement incapable de marcher comme un poulain.

Il n’a pas non plus les capacités préhensiles d’un jeune babouin s’agrippant à sa mère qui saute de branche en branche.

L’homme est décidemment un curieux animal bien fragile dont on n’a pas fini de découvrir qu’il se construit au fil du temps.

Il n’est pas donc inutile d’insister sur les dangers de l’exposition à l’image dela violence  qui perturbe le développement de nos adolescents comme nous l’apprend. Maren Strensiok sur le site Oxford Journals.

L’homme est aussi cet animal capable d’agir sur son destin au point de rallonger sans cesse son espérance de vie à une vitesse ahurissante.

Mais il est également capable de construire des armes de destructions massives et de mettre en danger l’équilibre fragile de la biosphère par ses souillures incessantes devenant ainsi l’otage de la technologie qu’il a créé…

Un animal curieux qui se penche constamment sur les mystères de son cerveau si lourd même si certaines études en psychologie expérimentale ont tendance à nous renseigner en fait sur le comportement des étudiants américains en première année de fac de psycho, cobayes volontaires et moins couteux que des panels soigneusement sélectionnés.

Autre illustration de la myopie nord américaine, le site Foreign Policy a la prétention de mesurer et de comparer la qualité de nos penseurs en économie.

Cette focalisation systématiquement dirigée vers des microcosmes de culture majoritairement occidentale, est bien réductrice au regard des milliards d’individus se réclamant d’autres horizons, d’autres cultures, d’autres modes de pensée.

Notre "penseur" Dominique Strauss Khan apparaît dans le classement de Foreign Policy à la deuxième place qu’il partage avec Bill Gates derrière Warren Buffet.

Dans ce classement Barak Obama apparaît sur la troisième marche du podium, Angela Merkel à la 10ème, Christine Lagarde à la 22ème. Le seul autre français accédant à ce top 100 est Jacques Attali en 47ème position.

Que doit-on aussi penser aussi de ce surprenant lien décrit par Yoona Kang qui existerait entre la sensation de chaleur et la confiance que l’on accorderait au propos de nos interlocuteurs qu’ils soient chaleureux ou non ? Une sorte de réaction pavlovienne qui se situerait au niveau de l’insula entre l’effet de la chaleur et la régulation de nos comportements de confiance.

En tout cas si vous lisez telle ou telle étude pseudo-scientifique vous vantant les mérites de tel ou tel régime, ne la croyez pas : ils sont tous inefficaces voire dangereux !


Patrice Leterrier

1 décembre 2010

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 14:50

evolution homme


D

ans l’évolution créatrice Henri Bergson écrit "Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l'histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l'homme et de l'intelligence, nous ne dirions peut-être pas « Homo sapiens », mais « Homo faber »".

Depuis toujours l’homme s’instrumentalise. Aujourd’hui cette instrumentalisation ne vise plus seulement à démultiplier la force physique ou à la remplacer par des machines comme durant la révolution industrielle mais bel et bien à appareiller le cerveau humain, ses apprentissages, son mode de fonctionnement, comme une sorte de prothèse de la mémoire, des connaissances individuelles et même de la créativité.

Alors que, pour la première fois de son histoire, l’espèce humaine a la capacité de se faire disparaître dans une apocalypse nucléaire et/ou écologique, l’homme a-t-il perdu le contrôle de la technologie qu’il a créé ?

Nicholas Carr pose en forme de provocation la question de savoir si Google nous rend idiot.  

Il constate que sa fréquentation quotidienne et prolongée de l'ordinateur a des répercussions sur la marche même de son esprit: "Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. (…). Ce n'est plus que rarement le cas. Désormais, ma concentration commence à s'effilocher au bout de deux ou trois pages".

L’usage des moteurs de recherche conduit l’utilisateur à papillonner de lien en lien sans jamais prendre le temps de lire des pages entières calmement et en se concentrant.

La lecture devient ainsi une sorte de butinage aléatoire.

Point n’est nécessaire de se creuser les méninges. Il n’est pas plus utile d’aller chercher dans le livre qui se trouve derrière nous une définition, une référence, un texte à lire. Il suffit de quelques mots clés bien choisis pour obtenir pléthore de liens abordant le sujet recherché.

Il est en tout cas clair que nous ne lisons pas sur internet comme nous lisons dans un livre.

Ce nouveau mode d’acquisition de connaissance n’est sûrement pas neutre au niveau du fonctionnement cognitif du cerveau.

Une des découvertes fondamentales des neurosciences est incontestablement l’extraordinaire plasticité du cerveau même à l’âge adulte.

Il n’y a aucune raison que cette merveilleuse capacité d’adaptation reste sourde aux sollicitations permanentes de ces navigations effrénées.

La façon que nous avons de lire n’est pas inscrite dans nos gènes. C’est un apprentissage.

La généralisation de l’usage d’internet et l’apparition des tablettes pourrait bien ne pas être simplement un changement de support mais bien une profonde modification de la manière de lire et par ricochet d’acquérir des connaissances, une sorte de multiplexage plus ou moins voulu des idées.

Le danger est que cette capacité fractale d’exploration, infinie au regard du temps disponible, finisse par engloutir l’homme comme un hyperneurone d’une sorte d’hyper-intelligence globale sans personnalité, sans âme et surtout sans responsabilité.

L’"homo Internautus", dépossédé de son identité, risque de devenir un élément anonyme d’un collectif désincarné.

Mais la crainte que peut susciter cette évolution ne conduit ni à la réflexion ni à l’action.

L’humanisme, s’il se définit comme la recherche avant tout de l’épanouissement personnel de l’homme, suppose que nous ayons la capacité de mettre à distance la technologie.

Non pas pour en négliger les apports mais pour qu’elle s’inscrive à sa place : un moyen, parmi d’autres, au service d’une recherche personnel d’équilibre et de connaissance.

Au fond plus que jamais la question de l’éthique, du sens de nos actions, de la responsabilité ne peut et ne doit se diluer dans l’envahissement technologique.

A cette condition, un nouvel humanisme peut surgir face à ce déferlement.


Patrice Leterrier

25 Novembre 2010

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 20:32

enfants


V

ous avez surement entendu parler du livre "Les hommes viennent de Mars et le femmes de Vénus" de John Gray.

Même si l’astrophysicien Paul S. Wesson affirme qu’il n’est pas impossible que la vie sur terre soit d’origine extraterrestre, Il n’est pas besoin de faire référence à une hypothétique provenance galactique pour constater qu’au moment de l’adolescence les filles sont en général plus matures que les garçons.

Qui peut nier aussi que ces derniers sont infiniment plus turbulents et amateurs de comportement à risque ?

Il n’est pas non plus très contestable que beaucoup des comportements  humains à l’âge adulte semblent influencés par le sexe.

Réfutant la thèse selon laquelle tout se joue dans les trois premières années du développement cérébral (voir zero to three debate), le neuroscientifique américain Jay Giedd montre par ses travaux sur l’adolescence que cette période de la vie est extraordinairement importante pour le développement des capacités cognitives.

Le pic de production de matière grise se situerait au environ de la 11ème année pour les filles et de la 13ème pour les garçons.

Le cortex frontal du cerveau, probablement la masse de matière la plus complexe de l'univers, y est alors le siège d’un combat sans merci qui va voir s’éliminer un grand nombre de neurones et de connexions par élagage et sélection compétitive.

Jay Giedd compare la métamorphose qui s’opère dans le cerveau à l’adolescence au travail d’un Michel Ange qui, partant d’un bloc de marbre brut, va par élagage minutieux et précis nous offrir une extraordinaire œuvre d’art totalement unique et imprévisible avant le dernier coup de ciseau de l’artiste.

Il souligne aussi l’ironie cruelle de la nature qui rend les adolescents si fragiles face aux drogues et à l’alcool au moment où le cerveau est le plus vulnérable.

Durant ces longues années de recherche Jay Giedd a cartographié par IRMf les cerveaux de prés de 300 adolescents âgés de 9 à 22 ans.

L’étude minutieuse de ces milliers de clichés lui a permis d’établir le film du développement cérébral de l’adolescent.

Le résultat de ce travail met en lumière des différences significatives dans le développement et la taille de certaines zones du cortex en fonction du sexe.

En particulier le cortex des filles s'épaissit plus que celui des garçons dans certaines zones clés intervenant dans le langage et le contrôle des émotions.

Celui des garçons devient plus épais dans des zones dédiées à la visualisation tridimensionnelle et aux opérations mentales.

Mais le caractère le plus novateur des travaux de Jay Giedd est qu’ils ont permis d'établir que le degré de maturation de ces zones dépend de l'action d’hormones androgènes.

La raison de ces différences ne seraient donc ni d’ordre génétique ni d’ordre environnemental mais d’ordre hormonal c'est-à-dire d’ordre sexuel comme la pilosité, la hauteur du timbre de voix, etc.

Il n’est point donc nécessaire de faire appel à des extraterrestres pour expliquer les différences de comportement entre homme et femme.

S’il insiste pour dire que le surpoids de 10% du cerveau de l’homme par rapport à la femme n’est pas un avantage qualitatif, le professeur ne dit par contre pas si cette différenciation sexuelle du cortex peut expliquer pourquoi les hommes se croient obligés, lorsque les vapeurs d’alcool ont atteint une certaine concentration dans l’air, de raconter des blagues stupides, graveleuses et vaseuses.


Patrice Leterrier

17 Novembre 2010

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 15:35

homme portable


S 

i Barack Obama devait passer ne serait-ce que dix secondes pour prendre connaissance des messages postés sur son mur et répondre au 16 millions de fans qu’il a sur facebook, il devrait y consacrer pas loin de 5 années complètes.

Il est cependant loin du record de Michael Jackson et de Lady Gaga avec chacun 23 millions de fans. 

Le psychologue et anthropologiste Robin Dunbar a mis en évidence chez les primates une relation directe entre la taille du cortex et le nombre de partenaires avec lesquels chaque individu peut maintenir des relations sociales stables.

L’extrapolation de ces résultats à l’homme donne un maximum de 150.

A l’appui de sa thèse, Robin Dunbar a retrouvé cette limite dans beaucoup d’organisations humaines ancestrales comme la taille moyenne des villages recensée dans le Domesday Book ou encore celles de la manipule dans l’armée romaine composée de deux centuries soit de 120 à 200 soldats.

Au-delà de ce nombre il faut disposer d’une organisation bureaucratique, d’une structure, de règles comme par exemple celles qui régissent le fonctionnement d’un état.

Le sociologue en titre chez Facebook Cameron Marlow interrogé par "the Economist" affirme qu’en moyenne les utilisateurs de Facebook ont des relations bilatérales suivies avec 10 "amis" pour les hommes et 16 pour les femmes. En moyenne également les hommes laissent des commentaires sur les murs de 17 facebookers et les femmes sur ceux de 26…

Personne n’écoute vraiment le murmure continu des 500 millions de pratiquants sur une muraille virtuelle qui dépasse largement celle de Chine ?

Ce qui est sûr c’est que les millions de commentaires, photos, vidéos, liens, pokes etc… déposés tout les jours sur Facebook ont fait la fortune de Mark Zuckerberg son fondateur.

Il fût consacré comme le plus jeune milliardaire en dollars du monde il y a trois ans et qui possède aujourd’hui, à 26 ans, la 36ème fortune américaine avec prés 7 milliards de dollars. Il est plus riche que le mythique patron d’Apple Steve Jobs.

Doit-on comme la romancière américaine Zadie Smith penser que Facebook réduit nos personnalités à un ensemble de données ou encore suivre Luis Murando qui pense que ce qui s’y joue c’est "la volonté de formes vivantes de trouver un analogue, un double, une structure qui résonnerait, vibrerait selon la même fréquence" ?

Sartre écrivait déjà dans l’être et le néant "Nous ne sommes nous qu'aux yeux des autres et c'est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes".

Nina Testut affirme qu’être sur Facebook conduit à choisir une stratégie pour notre mise en scène. Elle écrit "Facebook nous parle de notre identité, de nos identités, schizophrènes ou réconciliées".

Affirmer que l’usage de Facebook appauvrit les relations humaines n’est-ce pas comme prétendre que le téléphone les a dégradées ?

Il reste que, même si on veut croire Philippe Ribeau-Gésippe lorsqu’il affirme que discuter en ligne est bon pour la socialisation des adolescents, le véritable déluge de posts insipides, d’intrusions plus ou moins volontaires dans la vie privée, d’exhibitionnismes, de violences ou de provocations ne peut être considéré comme sans effet sur la façon dont les nouvelles générations, les "web 2.0 people" comme les appelle Zadie Smith, construisent leur réseau relationnel dans ce brouhaha permanent.

Mais ce monde où les prothèses communicantes continueront à croître et se multiplier est aussi celui qui permet à tout un chacun d’avoir une vision plus large sur le monde depuis les plus infimes particules élémentaires jusqu’au fin fond de l’univers.


Patrice Leterrier

14 Novembre 2010

 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 17:50

ibmpc

IBM PC de 1981


P

eut-être saviez-vous que l’on doit le premier microordinateur au français François Gernelle ?

Il s’agissait du Micral de la société R2E apparue en 1973. Il était basé sur le microprocesseur Intel 8008 et destiné à mesurer et calculer l’évapotranspiration des sols.

En 1975 Bill Gates, alors âgé de 20 ans, et Paul Allen qui est son ainé de 2 ans fondent Microsoft à Albuquerque dans un motel du Nouveau-Mexique pour commercialiser Altair BASIC, le premier langage de programmation pour microordinateur.

En 1980, IBM cherche un système d’exploitation pour son futur PC.

Les dirigeants d’IBM sont persuadés que l’ordinateur personnel sera un échec commercial.

Ils ne veulent donc pas détourner les trop précieux architectes systèmes de Poughkeepsie de la noble tache de développer les futurs systèmes d’exploitation de leurs "mainframes", sacrosaintes vaches à lait de la firme.

Ils se tournent d’abord vers le système CP/M de Digital Research, le plus répandu à l’époque.

Les discussions entre Gary Kildall, le créateur du système, font l’objet de différentes versions dont la plus probable est qu’elles ont tourné au vinaigre devant les exigences unilatérales de confidentialité d’IBM.

Dépités mais encore complètement pétris de leur position dominante, les négociateurs d’IBM se rabattent sur Microsoft qui n’a pourtant pas à priori d’offre à fournir dans ce domaine.

Paul Allen et Bill Gates voient tout de suite la fantastique opportunité.

Ils font le dos rond et signent le contrat qui va changer l’histoire de l’informatique.

Pour honorer ce contrat, Paul Allen et Bill Gates rachètent un ersatz de CP/M, QDOS (Quick & Dirty Opérating System en français "système d’exploitation vite fait mal fait") à Seattle Computer Products.

Ils emploient son créateur Tim Paterson le temps de l’adaptation et le renomme MS-DOS pour Microsoft DOS (on remarque la persistance du D de Dirty…).

On connaît la suite de l’aventure, la victoire du David Microsoft sur le Goliath IBM avec l’hégémonie encore aujourd’hui presque totale dans le monde du PC de Windows.

Ray Ozzie, le créateur de Lotus Note racheté par IBM en 1994, occupait le poste stratégique de Chief Software Architect chez Microsoft depuis le retrait de Bill Gate.

Il vient d’annoncer qu’il quittait la prestigieuse firme.

Dans un long et passionnant exposé Ray Ozzie livre son testament en forme d’avertissement pour Microsoft.

Selon Ray Ozzie "It’s the dawn of a new day – the sun having now arisen on a world ofcontinuous services andconnected devices".

Il prévoit un changement profond pour les utilisateurs avec la généralisation de la prédominance des applications sur les outils informatiques comme les traitements de texte et les tableurs.

Les retentissants succès de Google , Facebook, Yahoo, eBay, Wikipedia, Youtube etc. sont de cinglantes illustrations de cette évolution.

L’autre changement dont nous voyons aujourd’hui que les prémices avec les smartphones et les tablettes comme l’Ipad c’est la multiplication des vecteurs de diffusion de l’information que Ray Ozzie appelle des "connected companions".

Ils rendront probablement le triptyque écran, clavier, souris du PC aussi ringard que celui-ci a, en son temps, relégué les gros ordinateurs au rang de diplodocus de l’informatique.

Il y a quelque chose de fascinant dans cette défection et ces prémonitions de Ray Ozzie.

Aujourd’hui Microsoft semble se trouver dans une position semblable à celle qu’avait IBM au début des années 80.

Autre signe inquiétant pour son avenir : son PDG Steve Ballmer a vendu 1,3 milliard de dollars d'actions Microsoft tout en affirmant rester optimiste…Qui aurait la naïveté de le croire ?

Microsoft semble atteint du même sentiment de supériorité et de la même paralysie face à l’évolution de l’informatique que son illustre ancêtre.

L’histoire serait-elle en train une fois de plus de bégayer ?


Patrice Leterrier

11 Novembre 2010

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 11:32

Publicité Coca cola

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e ne peux résister à l’envie de vous faire partager le savoureux article publié sur Sciencedirect.com qui démontre que le palais de nos amis d’outre-Atlantique est totalement incapable de distinguer s’il ingurgite un Coca-cola® ou un Pepsi-Cola®.

Bien sûr vous allez me dire que des boissons aussi rustiques et gorgées de sucre que ces breuvages – dont on doit l’origine au pharmacien américain John Pemberton – assomme tellement nos papilles qu’il est parfaitement impossible de faire la moindre distinction gustative entre ces deux sodas massacreurs du goût.

Bien sûr, on est à peine étonné d’apprendre que la seule vue de l’inimitable bouteille de Coca-Cola® suffise à justifier tous les superlatifs sur son contenu de la part des fanatiques de la marque qui se souviennent peut-être inconsciemment qu’elle est à l’origine de l’image actuelle du père-Noël.

Bien sûr enfin, nul rapport possible entre ces "Attilas" des papilles auxquels aucun fumet raffiné ne résiste et la délicate et subtile harmonie de nos grands crus, héritages de siècles de savoir-faire jalousement gardé et portant souvent des noms évocateurs de l’histoire de France dans une nostalgie ambiguë du temps des nobles et de leurs Châteaux.

Nous voilà donc rassurés, nous n’avons rien à voir avec ces rustiques pithécanthropes dotés de palais néolithiques.

L’affaire est entendue et le savoir faire de nos maîtres de chai est d’ailleurs universellement reconnu par ces esthètes du goût que l’on appelle œnologues.

Ces dégustateurs raffinés, dont le palais est le fonds de commerce, nous rappellent avec leur vocabulaire un peu abscond la distance qu’il convient de maintenir entre leurs talents immenses et nos vulgaires et misérables capacités gustatives.

D’ailleurs qui peut vraiment nier d’avoir un jour, par lassitude ou tout simplement timidité, fait l’expérience de s’extasier devant un délicat breuvage en se fiant d’abord (et peut-être uniquement) au prestige d’une étiquette, à la hauteur du prix d’une bouteille, ou simplement en cédant de bonne grâce à une pression sociale d’origine professionnelle ou amicale, quand ce n’était pas devant la terrorisante logorrhée truffée de superlatifs d’un dithyrambique ayatollah gastronomique ?

Les finesses de nos grands crus ne peuvent flatter que des goûts affutés par une longue et savante pratique.

Mais il s’avère que même ces grands censeurs qui distribuent allègrement compliments et réprobations ne sont, ne semble-t-il, pas si infaillibles qu’ils ne voudraient nous le faire croire.

Quand certains scientifiques malicieux, comme le Français Gil Morrot ou l’américain Robert T. Hodgson, s’aventurent à vouloir démasquer leurs supercheries, ils tombent de leurs piédestaux pour étaler piteusement le caractère hautement aléatoire de leurs jugements.

La plupart de ces messieurs sont en effet parfaitement incapables de reconnaître en aveugle deux fois de suite le même breuvage et peuvent même prendre un vin blanc coloré pour un excellent rouge…

Mais Gil Morrot, traqueur inlassable du goût, et Samuel M. McClure, auteur de l’étude sur les cocas, ne se contentent pas de faire goûter l’un du vin l’autre le breuvage si souvent associé à ce non-sens gastronomique surnommé hamburger, grands coresponsables de la vague de diabètes de type II et d’obésités aux États Unis.

Ils étudient minutieusement les zones du cerveau mobilisées durant ces dégustations à travers des images issues d’IRMf.

Et au fond toutes ces savantes illustrations cérébrales, que maîtrisent avec tant de brio nos chercheurs en neuroscience, confirment notre intuition que le goût n’est pas qu’affaire de papilles qu’elles soient caliciformes, fongiformes, filiformes ou même foliées.

Pas plus qu’on ne voit pas qu’avec ses yeux, on ne goûte pas qu’avec sa langue et son nez.

C’est finalement un assez subtil mélange de sensations gustatives, olfactives, visuelles et même auditives parfois, d’histoire personnelle (la fameuse madeleine de Proust), de culture, de tradition, d’humeur, de sentiment, de convivialité, de conformisme social et je sais quoi d’autre agitant certains de nos neurones…

En somme il n’y a rien de plus humain que le goût : une sorte de signature instantanée du sentiment d’exister.

A votre santé !


Patrice Leterrier

8 Novembre 2010

 

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