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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 17:00

 

visiteurs-expo-coloniale-1907.jpg


S

i nous regardons 200 ans en arrière, nous sommes atterrés par l’indifférence générale d’hommes et de femmes pourtant porteurs des valeurs du siècle de lumières devant l’horrible exploitation de l’homme par l’homme : l’esclavage.

Le grand Voltaire, qui l’avait cependant dénoncé dans Candide, n’écrivait-il pas en 1755 dans son Essai sur les mœurs : "La race des Nègres est une espèce d’hommes différente de la nôtre [...] on peut dire que si leur intelligence n’est pas d’une autre espèce que notre entendement, elle est très inférieure."

Ne prétendait-il pas aussi dans son dictionnaire philosophique  que les juifs  n’étaient "qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent". 

Si nous observons le début du siècle dernier nous sommes stupéfaits de voir le discours des hommes politiques justifiant les pires horreurs au nom de l’évangélisation et de la mission civilisatrice de l’occident.

Alors que Lilian Thuram se présente comme le gardien de l'histoire des zoos humains au Quai Branly à Paris, se souvient-on que Paul Raynaud, ministre des Colonies, s’exclamait le 2 juillet 1931 : "La colonisation est un phénomène qui s’impose, car il est dans la nature des choses que les peuples arrivés à son niveau supérieur d’évolution se penchent vers ceux qui sont à son niveau inférieur pour les élever jusqu’à eux."

Ces phrases, œuvres d’un grand penseur respecté et d’un homme politique qui n’avait rien d’un extrémiste, nous paraissent aujourd’hui insufférables.

Personne ne pourrait oser les prononcer sans se faire immédiatement traiter de raciste, d’antisémite et de fasciste.

Peut-on espérer que nos descendants trouveront inimaginable la façon dont nous traitons les plus démunis d’entre nous ?

Resteront-ils ébahis, comme nous le sommes devant l’indifférence de nos prédécesseurs envers les "races inférieures", devant notre incapacité à vaincre la faim dans le monde, notre indifférence devant les ravages que nous faisons subir à la terre, le traitement inhumain de nos vieillards, de nos sans-abris, des réfugiés, de la liste trop longue des sacrifiés de la société ?

Peut-on croire que la globalisation des idées, des arts, des sciences, des technologies et de l’économie aujourd’hui possible grace à l’interconnexion mondiale, permettra un jour de passer d’un monde dominé par l’idée de l’autorité à un monde gouverné par l’autorité des idées ?

L’explosion des technologies, la fabuleuse aventure des biotechnologies, le monde encore balbutiant des neurosciences, les progrès incontestables de  la psychologie scientifique, les nanotechnologies,… ne seront des avancés pour la société que si les valeurs humaines reprennent le dessus sur l’insupportable tyrannie de l’économie.   

Le siècle des lumières nous a, malgré tout, laissé en héritage la grande idée des libertés et des droits de l’homme.

Saurons-nous léguer à nos descendants celle de la force de loi des idées de justice et de tolérance qui devraient s’appliquer partout dans le monde ?


 

Patrice Leterrier 

7 décembre 2011

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 20:54

tortue


I 

l suffit d’avoir, un jour au moins, l’occasion de prendre le métro parisien pour s’apercevoir que plus personne ne regarde personne.

Soit le regard  est perdu dans je ne sais quel souci personnel, que personne ne souhaite partager, préoccupé que nous sommes tous par nos propres tracasseries, soit les yeux sont rivés sur de minuscules écrans sur lesquels s’agitent frénétiquement des doigts dont l’agilité peut rappeler parfois celle de virtuoses si ce n’est qu’elle s’applique généralement à de dérisoires messages piteusement insipides ou encore à des jeux qui développent merveilleusement la capacité… de jouer à ces jeux .

Puis les rames se vident, chacun se précipitant vers l’escalator le plus proche où il ne fait pas bon de ne pas tenir sa droite si on n’a pas décidé de l’escalader quatre à quatre.

C’est le règne absolu de l’urgence, de la vitesse, de l’orgie permanente d’informations, d’images, de sons laissant aucune place à la réflexion pour privilégier en permanence l’action.

Victor Hugo faisait dire Hernani (acte III, 4) "je suis une force qui va". Mon professeur de philo en terminale, qui n’avait pourtant pas encore expérimenté les dégâts de notre chronophagie obsessionnelle, s’exclamait déjà : "qui va – certes ! - mais qui va où ?"

Aujourd’hui où comme l’écrit Jacques Attali dans son billet nous devrions nous tourner "vers l’altruisme et le plaisir de faire plaisir", l’égocentrisme, nourri par les promesses insultantes des politiques d’un toujours plus suicidaire, se conforte dans une course en avant désespérée.

Beaucoup trop de Rastignac en ces temps où nous manquons de Gandhi et de mère Teresa!

Pas de doute que si nous pensions un peu plus aux autres le monde serait "moins pire" pour tous.

La sagesse - qui seule peut conduire au bonheur  - passe par le rappel de quelques fondamentaux à respecter dans la conduite  de nos vies.

Au premier plan certainement le besoin impératif de penser aux autres, non par je ne sais quelle grace divine qui nous frapperait mais parce que l’altérite est la condition même de notre conscience.

Mais aussi la nécessité de ne pas céder à l’obsession du siècle de la vitesse, de prendre le temps de ralentir comme nous y invite Christophe André dans le dernier Pour la Science.

Il nous rappelle que "les périodes d'apparent repos cérébral (sommeil, rêveries diurnes, mais aussi tous les moments de la journée où on laisse son esprit en roue libre) représentent des états précieux, durant lesquels les contenus mentaux se réorganisent".

Arrêtons donc un peu de sursaturer nos pauvres cerveaux de bruit et de fureur dont le sens se perd noyé sous le tas d’immondices recouvrant la vérité du monde.

Laissons à nos neurones le temps de la créativité tranquille.

Dégustons toutes les bonnes choses - qui ne sont pas toutes des plats savamment concoctés - mais quelque fois aussi simples que le spectacle d'un orage d'été ou d'un coucher de soleil flamboyant...

A la nécessité de l’altruisme, de la reconnaissance de l’altérité comme élément essentiel de notre construction j’ajouterai volontiers l’éloge de la lenteur qui n’a rien à voir avec la paresse.


Patrice Leterrier 

1 décembre 2011

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 13:31

Kindle touch


S

i on fait une analogie entre le fonctionnement du cerveau comme un ensemble de neurones communiquant à travers des milliards de synapses et la toile sur internet vue comme un ensemble de publications  de toutes formes (textes, données, images, sons) reliées entre elles par un grand nombre de liens hypertextes, on peut y voir une sorte de metacerveau dont les ramifications ne cessent de se développer à un rythme effréné.

Pour autant la multiplication de ces connexions fait-elle sens et ce metacerveau engendre-t-il aussi une forme de metaintelligence ?

Dans le cerveau en construction d’un bambin des milliers de connexions synaptiques se forment à un rythme encore plus sidérant que sur internet.

Ce foisonnement de croissance ressemble à l’activité d’une forêt vierge.

Mais cette forêt est soumise à un élagage qui atteint le niveau de trois millions de synapses détruits par seconde dès l’âge de trois ans, une sorte de surabondance naturelle régulée par une sélection naturelle que ne renierait pas Charles Darwin.

Si certains synapses de notre cerveau sont éliminés au profit d’un ordre, qui reste un grand mystère pour les neurologues aussi fouineurs soient-ils, les liens hypertextes sur internet n’ont pas à leur disposition cet élagueur évolutionniste universel et le metacerveau de la toile n’engendre pas de lui-même une metaintelligence, un ordre supérieur qui viendrait en quelque sorte superviser l’ensemble des pages du web.

Si la toile rassemble une somme de connaissances en croissance perpétuelle, elle accumule en même temps un amas gigantesque de scories qui rendent parfois la navigation hasardeuse, trompeuse voire nocive.

Le cerveau s’organise dans une infinité de connexions qui permettent non seulement de ressentir mais également de donner du sens à notre environnement si ce n’est à notre vie.

La toile s’étend sans cesse sans qu’on puisse discerner vraiment un sens global.

Certes des réseaux de liens, qui sont l’œuvre de l’homme, apportent une profondeur presque fractale à la connaissance mais ce sont des ilots perdus dans une forêt envahissante et incohérente.

Nicholas Carr s’interroge sur le futur du livre de fiction confronté à l’arrivée de fonctionnalité comme le X-Ray de Kindle permettant de lier les mots d’un texte à une recherche dans un dictionnaire, une vidéo, une musique, une infographie etc.…

La publication par Amazon sur Kindle d’un roman truffé de liens hypertextes sonne-t-elle le glas du codex qui a permis, avec l’invention de l’imprimerie, la formidable aventure du livre permettant à tout un chacun de construire son propre imaginaire à partir d’un récit ?

Elle démontre en tout cas que la webification des textes ne concerne pas seulement les journaux, les manuels d’instructions, les ouvrages historiques, scientifiques, les communications des chercheurs… mais qu’elle risque également d’atteindre les œuvres d’imagination non pas seulement pour créer une nouvelle forme de fiction multimédia mais également pour dénaturer en quelque sorte l’univers clos du livre pour l’englober dans l’immense magma d’information de la toile, cette sorte de metacerveau qui n’a rien d’une metaintelligence si ce n’est d’être exactement le contraire.

On peut douter qu’il s’agisse en l’occurrence d’un progrès.  


Patrice Leterrier 

2 Octobre 2011

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 18:25

journaux horloge


N

icholas Rough analyse l’équilibre économique à trouver pour la presse entre l’information gratuite - c'est-à-dire financée par les bandeaux publicitaires - et l’information payante sous différentes formes : à l’unité, abonnement, location à durée déterminée, couplage papier et électronique (PC, Smartphone ou tablette)…

Au cœur des expériences que mènent aujourd’hui les grands acteurs de la presse, il y a bien sûr la question du rapport du coût à la valeur.

La valeur en matière d’information est indissociable à celle du temps éminemment variable selon qu’il s’agit par exemple de celui d’un dirigeant pressé ou de celui d’un retraité plus ou moins nonchalant.

Outre la concurrence acharnée à laquelle se livrent les grands acteurs du paysage journalistique, la presse doit aussi faire face à celle des blogueurs qui proposent, souvent avec une certaine pertinence, des analyses dont certaines sont clairement libres de toute pression "lobbystique" mais qui ne sont par contre astreints à aucune déontologie ni sanctions qui menacent le journaliste peu scrupuleux de vérifier les faits qu’il rapporte.

L’internaute se trouve ainsi face à une surabondance de "gangues d’information".

Il reste à en extraire les pépites par raffinages successifs.

Cet épurement peut être obtenu par des moteurs de recherche comme google et/ou exploration des nombreux liens hypertextes dont sont aujourd’hui truffés les informations, par consultation des "productions" des blogueurs.

Tous ces outils permettent de confronter des opinions souvent très contrastées, parfois contradictoires.

Même si ce foisonnement rend théoriquement possible de se passer de la valeur ajoutée des analyses d’experts reconnus qui monnayent leurs apports, cela suppose que l’on soit à même de faire ce travail de sélection et de digestion c'est-à-dire d’avoir d’abord le temps, une certaine maîtrise des outils internet mais aussi une connaissance suffisante du domaine, ce qui ne peut être le cas pour toutes les nouvelles qui nous assaillent.

Il est à noter que même dans cette hypothèse, la confrontation avec des opinions pertinentes et patentées pourrait encore justifier que l’on sacrifie une certaine somme d’argent pour enrichir sa compréhension des faits.

Au centre du débat entre le gratuit et le payant, il y a donc la question fondamentale de la valeur attribuée à l’information, valeur certes liée au temps nécessaire pour rassembler les informations mais aussi à notre capacité ou non de savoir les relier dans une chaine de causalité pertinente.

Nicholas Rough note très justement qu’à la différence de l’offre de musique ou de vidéo, l’offre journalistique est un produit de consommation qui s’utilise comme un fruit que l’on mange qu’une fois pour le digérer plus ou moins bien…

Mais contrairement à la musique ou au film dont la valeur est directement reliée au plaisir attendu, l’information se mesure rarement, sauf peut-être pour la presse people, à l’aune du plaisir mais plus à celle de la soif de compréhension qu’il s’agisse d’intelligence économique ou de curiosité personnelle.

Le défi pour la presse en ligne semble donc de savoir retenir l’attention de l’internaute par la qualité de sa vitrine, en général gratuite, pour qu’il ait envie d’aller plus loin et de gagner du temps en franchissant le paywall (mur à péage) acceptant ainsi de dépenser un peu d’argent pour lire les analyses qui restent parmi les contributions les plus nobles du journaliste.

La noblesse de la presse n’est-elle pas plus dans la tradition d’un Emile Zola publiant le 13 Janvier 1898 son J’accuse dans l’Aurore que dans la transmission d’informations qui font l’objet d’avalanches d’images et de commentaires sur internet, à la radio ou à la télévision ?


Patrice Leterrier 

16 Septembre 2011

 

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 18:33

incandescence


D 

ieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres."

On peut aussi tout aussi mystérieusement évoquer le Big Bang, cette formidable explosion de lumière, donnant naissance, il y a 13,73 milliards d’années, à l’espace, au temps, à la matière, un chaos brulant d’une chaleur inimaginable qui ne cesse depuis de se dilater et de se refroidir tout doucement.

Depuis que la terre existe, le soleil nous envoie tous les jours sa chaleur et sa lumière indissociablement liées à l’origine de la vie sur terre.

Il y a environ 400 000 ans notre ancêtre homo erectus domestiquât  pour la première fois le feu.

Il venait ainsi de créer, en se débarrassant de sa peur naturelle du feu, le premier foyer qui chauffait sa tribu ainsi réunie dans un partage à la fois magique et protecteur.

Il permettait de s’affranchir un peu de l’obscurité de la nuit, de tempérer la rigueur des saisons froides, de cuire les aliments qui exhalaient ainsi des goûts inconnus pour nos ancêtres ainsi devenus gourmets, de prolonger l’espace explorable à l’intérieur de cavernes plus profondes.

Ces torches primitives resteront longtemps le seul moyen de transporter le feu et la lumière.

La lampe à huile apparaitra ensuite générant plus d’odeur et de fumée que de lumière.

La chandelle, dont les bouts constituent l’archétype des petites économies, fait son apparition au moyen âge pour devenir bougie dans une ordonnance de Philippe le Bel en 1315.

L’invention du gaz d’éclairage par Philippe Lebon et le dépôt du brevet de sa thermolampe le 21 Septembre 1799 va ouvrir l’ère du bec de gaz qui illuminera les grandes capitales européennes.

La lampe à incandescence inventée en 1878 par Joseph Wilson Swan fera aussi la fortune de Thomas Edison qui eut l’idée d’enfermer un filament de bambou du Japon sous vide préservant (bien brièvement au début) le filament porté à incandescence de la combustion.

130 ans après, le 8 décembre 2008, les états de la communauté européenne ont approuvé l’interdiction progressive des lampes à incandescence.

Si l’homme n’a cessé d’améliorer les techniques pour obtenir de la lumière, elle reste inséparablement liée à la production de chaleur.

Même si les puissances consommées sont considérablement réduites dans les tubes fluorescents et encore un peu plus dans les LED par rapport aux lampes à incandescence y compris les lampes halogènes, on ne sait toujours pas émettre des photons sans agiter un peu la matière et donc produire de la chaleur.

Si on peut toucher sans risque une LED ou une lampe fluorescente de basse consommation, il est fortement imprudent d’approcher de trop prés ses doigts d’une lampe halogène ou d’une lampe traditionnelle au risque couru par tant de bambins de s’y brûler les quenottes.

Les lampes traditionnelles devraient être interdites à la vente l’année prochaine.

On commence à en trouver sur les étals de certains vide-greniers.

Elles seront probablement des objets de collection pour les aficionados de la lumière incomparable du tungstène plus chaude que la lumière bleutée des LED.

Il reste le culot des lampes qui reste inchangé depuis Edison mais qui aurait le culot de le changer ?


 

Patrice Leterrier 

12 Septembre 2011

 

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 14:49

dsk.reuters

T

he economist nous apprend que, depuis 1992, l’association caritative the Innocence Project a disculpé sur la base de tests ADN, 271 condamnés pour crime ayant fait en moyenne 12 années de prison et plus étonnant encore que le quart de ces personnes avait plaidé coupable.

Saul Kassin et Jennifer Perillo du John Jay College of Criminal Justice à New York ont mené une étude auprès de  71 étudiants qui confirme cette tendance incroyable que nous avons à avouer des actes que nous n’avons pas commis spécialement mais pas uniquement lorsque nous sommes soumis à la pression d’une autorité.

On sait pourtant qu’en droit français l’aveu réalisé devant une instance de justice a une force probante absolue et irrévocable sauf erreur de fait.

En 1965, le chanteur Guy Mardel avait représenté la France au concours de l’eurovision avec la chanson n’avoue jamais pour terminer 3ème.

Son conseil, comme celui de ne rien dire, semble avoir été suivi à la lettre par Dominique Strauss-Kahn malgré l’énorme pression médiatique et policière dont il a été l’objet.

Bien qu’il soit aujourd’hui libre et donc innocent des faits gravissimes qui lui étaient reprochés, il reste qu’il a perdu en moins de deux mois son poste, son honneur et ses espérances présidentielles alors qu’il était le grand favori des sondages.

D’aucuns se réjouissent à droite comme à gauche de cette disqualification de DSK dans la course à l’investiture socialiste, étape nécessaire mais pas suffisante pour être élu n’en déplaise à ceux qui oublient un peu vite la bérézina Jospinienne et la mauvaise surprise réservée par Jean-Marie Le Pen au premier tour de la présidentielle du 21 Avril 2002.

Pour revenir sur l’incroyable dégringolade de Dominique Strauss-Kahn, il n’y aurait rien de choquant au contraire qu'on ne sache jamais  ce qui s'est passé dans la suite 2806 du Sofitel.

Attendons donc qu’il parle mais ce serait étonnant que ce soit pour nous raconter en détail le déroulé des faits.

Les mœurs sexuelles (pour autant qu’elles soient licites) de tel ou tel homme ou femme publics sont du domaine de la vie privée et ne regardent qu’eux.

Il est assez choquant de voir Michel Rocard parler de maladie mentale pour qualifier ce qui pourrait être une addiction au sexe si commune dans le monde politique!

En quoi les appétits sexuels monnayés ou pas de DSK sont-ils un motif de disqualification ?

Au nom de quelle morale "catholo-bourgeoise" doit-on imposer une normalité sexuelle aux candidats aux élections ?

Et puisqu’on est dans le registre des troubles mentaux doit-on aussi se préoccuper des tendances paranoïaques si fréquentes dans le landernau politique ?

Malgré la règle sacrée de présomption d’innocence, il reste l’affaire Banon, la poursuite au civil aux États Unis et peut-être d’autres casseroles qu’on voudrait bien accrocher à cet ancien champion des sondages déjà terrassé par Lionel Jospin dans l’affaire de la MNEF en novembre 1999 dont il est sorti blanchi en 2001.

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer comment Martine Aubry cherche à se démarquer de son ancien champion en mêlant curieusement politique et moral pour dire, en parfaite démagogue, qu’elle "pense la même chose que beaucoup de femmes sur l'attitude de Dominique Strauss-Kahn vis-à-vis des femmes".

La note que paie DSK est en tout cas sévère et j’imagine le scandale d’un possible candidat à l’élection américaine menotté par des policiers français parce qu’il serait accusé (à tort bien sûr !) par une femme de ménage, par exemple d’origine magrébine, à l’hôtel Georges V !


Patrice Leterrier 

8 septembre 2011

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 12:12

steve jobs


L

a presse se déchaine pour faire de Steven Paul Jobs, démissionnaire de son poste de CEO d’Apple Inc., une idole portée aux nues, LE visionnaire mythique pour ne pas dire mystique de notre futur numérique.

Steve Jobs n'est ni un Dieu ni un extraterrestre même s’il fut incontestablement un des principaux pionniers de la révolution internet qui a commencé avec l’apparition des ordinateurs personnels.

C’est à seulement 21 ans le 1er Avril 1976 qu’il fonde avec Steve Wozniak et Ronald Wayne, Apple Computer Inc.

Moins d’un an plus tôt, son rival de toujours Bill Gates, alors âgé de 20 ans, avait fondé avec Paul Allen, Microcomputer Software devenu universellement connu sous le nom de Microsoft.

Steve Jobs fut probablement un de ceux qui a pressenti avant tout le monde le rôle capital des interfaces graphiques et compris, en visitant en 1979 le laboratoire Parc de Rank Xerox, que l’interface conçu par Douglas Engelbart en 1963 et implémenté sur leur prototype Alto allait révolutionner le monde naissant de la micro-informatique.

Aujourd’hui les objets d'Apple sont réputés beaux, toujours chèrs, souvent dépassés technologiquement, soigneusement verrouillés quelquefois jusqu’à la paranoïa mais ils sont aussi incroyablement conviviaux et simples à utiliser.

On ne peut nier le génie (ou la malice ?) marketing de Steve Jobs qui a su imposer sa marque en jouant d’abord le rôle de David dans sa rivalité avec Bill Gates-Goliath pour transformer la confrontation PC/Mac en une guerre de religion.

Il a compris le premier (parce que le multimédia et la facilité d’utilisation ont toujours été les points forts du Mac) tout le parti qu’il pouvait tirer de la déclinaison depuis l’ipod jusqu’à l’Ipad en passant par l’Iphone du savoir faire d’Apple en matière d’interface ce qui est d’abord un immense investissement logiciel avant d’être de la quincaillerie aussi reluisante qu’elle soit.

Les produits d’Apple sont d’ailleurs fabriqués, pour l’essentiel, dans des conditions parfois plus que discutables, par des sous-traitants en particulier chinois.

Steve Jobs fut un patron sans conteste adulé, celui qui a su faire un extraordinaire come-back après s’être fait virer par le champion du marketing John Sculley qu’il avait lui-même débauché de Pepsi Cola, un homme qui a fait d’un challenger sans avenir face au tsunami Microsoft une des premières capitalisations boursière au monde.

Mais il fut aussi un véritable dictateur redouté pour ses colères et ses condamnations sans appel et un capitaliste qui a eu à faire aux gendarmes boursiers dans une affaire d’anti-datage de stock-options.

Le monde selon Jobs est avant tout celui des applications payantes, de l’Icloud qui enferme un peu plus l’utilisateur dans une tour d’Ivoire jalousement gardée, un monde organisé pour le plus grand profit d’Apple.

L’avenir dira si le combat qui l’opposait aux défenseurs d’un monde ouvert comme Tim Berners-Lee pourra être gagné sans l’extraordinaire charisme de Steve Jobs.

Il s’agit avant tout d’une lutte sans merci, déjà perdue pour le monde des systèmes d’exploitation des Smartphones maintenant dominé par Androïd, pour une domination du marché des assistants personnels actuels et à venir.

Cela n’a pas vraiment grand-chose à voir, n’en déplaise au grand visionnaire Jacques Attali, avec "un monde rassemblé, où la règle de droit s’appliquerait partout, et où les jeunes l’emporteraient".

Steve Jobs, comme Bill Gates, a marqué son temps de son empreinte mais l’après Jobs est une toute autre histoire.

Saluons le courage d’un homme qui sait se retirer avant que la maladie ne le terrasse mais ne tombons pas dans une jobsmania faisant de lui le visionnaire du monde numérique.


Patrice Leterrier 

29 Août 2011

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 12:36

Indgnados 

L

a révolte des grecs massés sur la place Syntagma, les indignados espagnols, les émeutiers anglais démontrent à la fois la défiance irréconciliable des citoyens envers la démocratie représentative, le refus révolté de la main mise de la finance internationale sur notre destin et le profond décalage qui existe aujourd’hui entre la lenteur de l’action politique et le rythme effréné des profonds bouleversements engendrés par le rôle primordial des technologies et de la science dans la vie quotidienne de tout un chacun.

Peut-on ignorer le cinquième pouvoir que représente aujourd’hui Internet en permettant l’expression instantanée, libre, désordonnée, protéiforme et fractale d’opinions qui se dégagent dans le vacarme assourdissant et plein de bruits de la toile ?

S’il ne constitue certes pas une alternative à l’expression démocratique, il remet tout de même fondamentalement en cause non pas la légitimité des principes même de démocratie représentative tels qu’ils ont été développés par Emmanuel-joseph Sieyès et Nicolas de Condorcet mais certainement la forme par laquelle elle s’exprime encore comme si rien n’avait changé depuis l’institution du suffrage universel.

On ne peut non plus contester que la question de la complexité croissante de l’impact de la technologie, des sciences de la vie en général et le poids énorme de l’action humaine sur les questions d’éthique et d’environnement dépassent très largement le seul horizon des échéances électorales qui ne cessent de polluer le vrai débat politique.

Avec la complicité du quatrième (la presse) et du cinquième pouvoir (l’internet) le discours politique atteint ce que Daniel Cohn-Bendit qualifie de triple zéro.

La démocratie devient une sorte de médiacratie dominée par la toute puissance de l’apparence, de la langue de bois et investie par des apprentis sorciers qui prétendent en toute impunité apporter des solutions miraculeuses à nos difficultés.

Nos dirigeants se montrent incapables de contenir la toute puissance de la sphère financière internationale.

Les discours des politiciens de tout bord aussi bien sur les problèmes quotidiens de nos concitoyens (logement, éducation, pouvoir d’achat,.) que sur les grands problèmes du monde (la faim dans le monde, la question de l’énergie, le réchauffement climatique, les nanotechnologies, l’égalité numérique, les biotechnologies, etc..) ne se traduisent trop souvent que par des actions quelquefois aussi spectaculaires qu’inutiles voire contreproductives quand elle ne sont pas purement symboliques.

Entre le bruit incessant des médias et de l’internet, les bavardages des politiciens, les avis contestables et contestés des experts et des scientifiques, dont on a trop vite oublié qu’ils étaient d’abord des hommes et des femmes susceptibles d’arrière-pensées et d’intérêts, le citoyen se retrouve face à des enjeux qu’on évite de lui demander de trancher devant l’impossibilité de l’éclairer objectivement, ce qui est tout de même la condition fondamentale de l’expression démocratique.

On préfère l’amuser avec des grandes phrases, des solutions miracles, des anathèmes sur les autres, une conception guerrière des relations humaines, des apparences qui cachent la réalité.

A moins de laisser définitivement la place à la toute puissance financière internationale, il serait plus que temps qu’un débat s’ouvre sur les moyens et institutions à mettre en place pour réconcilier les citoyens du monde avec leurs élites (politiciens, scientifiques, philosophes, économistes, sociologues, psychologues,…) censées éclairer les décisions à prendre et défendre leurs intérêts qui ne se réduisent pas à la satisfaction des besoins à court terme mais englobent bien les conséquences prévisibles à moyen et long terme des décisions prises.

Il y va du futur de la démocratie confrontée à la montée en puissance des intolérances ethniques et religieuses et de la définition même de l’identité de citoyen du monde qui ne peut se définir ni par l’origine, ni par les coutumes, religions et traditions ni même par la culture seule.


Patrice Leterrier 

22 Août 2011

 

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 18:44

www


L 

e cap des 7 milliards d’humains est sur le point d’être franchi.

Il y a plus de 5 milliards de téléphones portables dans le monde dont prés de 80% dans les pays en voie de développement.

Les 140 millions d’ouvrages de bibliothèque du congrès à Washington (la plus grande du monde) ne pèsent pas lourd face au volume astronomique des informations contenues sur internet qui, transcrites en pages papiers, représenterait une pile dont la hauteur dépasserait dix fois la distance de la Terre à Pluton, la plus éloignée ex-planète du système solaire.

Il y a à peine 20 ans, le 6 août 1991, Tim Berners-Lee publiait la première page Web de l’histoire, donnant ainsi naissance au World Wide Web qu’il venait de lancer.

Le nombre de sites Web s'élève aujourd'hui à quelque 463 millions dans le monde et la filière internet pèse déjà plus de 3% du PIB mondial.

Le taux de pénétration des liseuses électroniques a presque doublé en six mois aux Etats-Unis atteignant douze pour cent de la population.

Les outils de communication et d’acquisition des connaissances ont plus changé en 20 ans que depuis l’invention de l’imprimerie par Johannes Gutenberg en 1440 ou même depuis celle de la radio en 1895 par l’italien Guglielmo Marconiou encore celle de la télévision en 1926 par l’anglais John Baird.

N’est-il pas grand temps d’en finir avec cette question sans fondement de savoir si internet est bon ou mauvais pour les gamins et plutôt de se demander quel enseignement et quels outils doit-on leur offrir pour les préparer à un futur tellement différent du monde dans lequel nous vivons ?

Comment par exemple peut-on continuer à favoriser autant la forme linéaire de la communication alors qu’elle est aujourd’hui kaléidoscopique et multidimensionnelle ?

Beaucoup de nos jeunes poussins feront des métiers qui n’existent pas aujourd’hui.

Tous vivront dans un monde submergé par un gigantesque tsunami d’informations et de connaissances.

Peut-on continuer d’ignorer les remarquables nouvelles compétences cognitives qu'ils sont en train d’acquérir en manipulant leur console, leur ordinateur ou encore leur téléphone portable parfois depuis l’âge de 2 ans ?

Ce n’est pas parce que certains sont dépassés par les prouesses numériques de nos bambins que l’on doit transformer leurs frustrations en dénigrement systématique des conséquences du bain numérique dans lequel nous vivons.

L’alphabétisation numérique est déjà aussi nécessaire que le traditionnel apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Il est aussi stupide de nier la place de la lecture linéaire, qui est irremplaçable pour accéder aux univers passionnants des auteurs, que de nier les apports de l’hypertextualisation ouvrant la voie à une acquisition multimédiatique, interactive et fractale des connaissances et de l’information.

La pratique de cette nouvelle manière d’hyperlire n’est pas sans conséquence sur la façon dont nous mobilisons nos capacités cognitives et notre attention.

Elle doit être étudiée et enseignée pour éviter que la surabondance d’informations visuelles ne conduise à une dégradation de l’efficacité et à un papillonnage stérile alors qu’elle offre potentiellement de formidables opportunités d’approfondissement des connaissances acquises.

Le web n’a que vingt ans mais nous n’avons pas vingt ans pour adapter l’enseignement à ce nouveau paradigme informationnel.


Patrice Leterrier 

10 Août 2011

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 10:59

cerveau 2


L

orsque François Rabelais écrivait "science sans conscience n’est que ruine de l’âme", la science de l’époque était loin d’avoir atteint la place prédominante qu’elle a maintenant.

René Descartes avec son fameux "je pense donc je suis" avait posé le dogme que seuls les êtres humains étaient doués de conscience sans pour autant utiliser le mot qui avait pour lui le sens que lui donnait Rabelais.

Aujourd’hui le dogme de Descartes a volé en éclats depuis des lustres et les chercheurs n’ont aujourd’hui pas grand chose à nous dire sur cette capacité supposée que nous aurions de distinguer le bien du mal.

Ils s’intéressent par contre a ce qui fait que nous allons réagir différemment selon qu’on croise un ami ou un inconnu, que l’on distingue le rouge du vert, la douleur de la joie,..

Partant de l’hypothèse que la conscience serait une propriété émergente des propriétés neuronales du cerveau, les neuroscientifiques se préoccupent de rechercher les relations (les corrélats) qui pourraient exister entre la conscience et des processus neuronaux empiriquement constatés.

Ils utilisent pour cela des techniques non intrusives comme l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) qui permettent de visualiser de manière indirecte l’activité cérébrale.

Mais peut-on parler de façon univoque de la conscience ?

Le petit Larousse la définit comme "Perception, connaissance plus ou moins claire que chacun peut avoir du monde extérieur et de soi-même".

S’agit-il de la simple propriété d’être éveillé commune à la majorité des espèces vivantes ou de cette capacité probablement unique de l’homme d’inspecter délibérément le cours de ses pensées que l’on appelle conscience réflexive ?

S’agit-il encore de la conscience phénoménale, définie par Ned Block comme l’état mental qui nous permet de décrire les sensations que provoque le fait de ressentir ce que nous ressentons ?

Les travaux de Stanislas Dehaene et de Jean-Pierre Changeux ont permis une avancée considérable dans la compréhension des diverses étapes de la vigilance et de la conscience d’accès qui fait que certains stimulus sensoriels sont rendus disponibles à la pensée alors que d’autres restent totalement inconscients.

Mais la capacité ou non de la science d’apporter un jour la réponse à la nature  des niveaux supérieurs de la conscience constitue la question centrale du rapport entre le corps et l’esprit que les philosophes ont essayé de comprendre depuis la nuit des temps.

Certains nous rappellent que la méthode scientifique ne s’écarte pas de la vision de Gaston Bachelard c'est-à-dire du paradigme "connaître c’est mesurer".

L’approche consiste à supprimer toute subjectivité, ce qui rend bien difficile - voire impossible comme le soutient Raymond Tallis- l’étude des niveaux supérieurs de la conscience qui sont intrinsèquement de nature subjectifs.

D’autres voient au contraire dans la conscience phénoménale une forme de conscience d’accès à la conscience d’accès, une espèce de métareprésentation utilisant le langage pour s’exprimer.

Selon Michel Imbert, elle pourrait être "une sorte de liage massif de réseaux neuronaux dans laquelle l’aspect spatial de la conscience d’accès disparaitrait au profit d’un aspect purement temporel", une sorte de flash cérébral mobilisant massivement le cerveau.

Derrière ces deux visions de l’avenir des neurosciences se cache la question philosophique de savoir si les représentations si fécondes de la science moderne pourront franchir la barre apparemment inaccessible de la compréhension des mécanismes les plus subtils de l’esprit.

On peut en douter tout en espérant de nouvelles découvertes - que l’on imagine fascinantes - sur le fonctionnement du cerveau.

Sommes-nous bien conscients que la recherche scientifique ouvre plus de portes qu’elle n’en ferme ?

A moins qu’il ne s’agisse plus d’une intuition dont on peut aussi se demander par quel mécanisme elle surgit soudain à la conscience…


Patrice Leterrier 

30 juillet 2011

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