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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 16:12

alccol.jpg

N 

ous rentrons de quinze jours de vacances en Guadeloupe où ma consommation de boissons alcooliques à base de distillation de canne à sucre a largement dépassé ma moyenne annuelle ce qui entrainera un écart type considérable.

L’écart type sera en quelque sorte en relation directe avec la distance qui sépare mon domicile habituel de cette île au vent qui vit encore fortement dans le souvenir de l’effroyable répression lors de rétablissement brutal de l’esclavage par les troupes Napoléoniennes commandées par les généraux Antoine Richepance et Jacques Nicolas Gobert en 1802.

Rentrant pour subir un écart thermique de plus de 30°, j’ai résisté à la tentation de compenser cette différence saisissante au sens propre en absorbant du rhum de 50° puisqu’il est maintenant clairement établi que la consommation d’alcool n’est pas un moyen efficace pour se réchauffer le corps mais juste le contraire.

Il est par contre bien connu qu’elle peut entrainer une désinhibition conduisant à un état d’euphorie et d’excitation.

Cela se traduit chez certains par une logorrhée envahissante et un échauffement de la conversation conduisant à une élévation sensible du niveau de décibel sortant de la bouche d’une personne ayant largement dépassée la dose autorisée par la législation française pour conduire une véhicule automobile.

Ce phénomène est constatable sous toutes les latitudes mais il prend une ampleur toute particulière aux Antilles où la conversation sans apport de Rhum génère déjà un niveau sonore qui fait croire aux "métros", que nous sommes, qu’il s’agit de débats enflammés alors même que les impétrants n’en sont encore qu’aux préliminaires de leurs échanges.

A dose plus importante, elle peut également entrainer une démarche hésitante voire sinueuse, des difficultés d’élocution, des propos incohérents puis des nausées et des vomissements avant de provoquer à plus forte dose un état léthargique communément appelé coma éthylique.

Tout cela est bien connu mais ce qui est plus surprenant c’est d’apprendre que selon Andrew Jarosz de l'Université de l'Illinois à Chicago, l’alcool peut entrainer une amélioration sensible dans la résolution de problème mettant en cause l’agilité verbale comme par exemple la recherche d’un mot complétant une série de mots.

Les personnes ayant un taux d’alcoolémie juste en dessous de la limite du taux légal (0,8 g/l aux États unis contre 0,5 en France) étaient plus nombreuses que des personnes sobres à trouver les solutions (9 solutions sur 15 problèmes contre 6 pour les personnes sobres) et, de plus, trouver les solutions en moyenne plus vite (11,5 secondes contre 15,2 secondes pour les personnes sobres).

Le même phénomène est constaté pour des personnes n’ayant pas récupéré leur sommeil.

La raison serait que l’état d’ébriété ou de semi somnolence diminuerait notre capacité de concentrer notre attention vers des associations efficaces sans se laisser polluer par des associations plus hasardeuses.

Mais justement certains de ces problèmes ne sont bien résolus qu’en imaginant des associations improbables ce que l’état d’ébriété légère ou de semi somnolence favoriseraient.

Remarquez tout de même que le niveau d’alcoolémie des participants au test n’est pas considérable, puisqu’il correspond environ à trois verres de l’alcool de votre choix, même si cette dose interdit en France de conduire son véhicule.

Je doute cependant que ces résultats n’entrainent le remboursement par l’éducation nationale d’une rasade avant examen…


Patrice Leterrier 

13 février 2012

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 10:32

puce 

letttrine L’évolution biologique de l’homme a mis des millions d’années pour produire homo sapiens, dont on peut d’ailleurs douter aujourd’hui de la sagesse.
Le premier téléphone portable est apparu  en 1983 (le Motorola DynaTAC 8000X).
A fin 2010, soit moins de 30 ans après son apparition, il y aurait, d’après les estimations de l’UIT, 5,3 milliards d’abonnés à la téléphonie mobile, dont 3,8 milliards dans le monde en développement.
La première page web a été crée le 6 Août 1991.
Aujourd’hui, vingt ans plus tard, il y a plus de deux milliards d’internautes et le nombre de pages web est estimé à plus 1 000 milliards alors que le cerveau comprend environ 100 milliards de neurones.
Certes les pages du web, avec en moyenne 60 liens par page, ont 100 fois moins de "synapses internet" que le cerveau humain mais ce dernier ne double pas ses capacités en quelques années comme le web.
La technologie de base quant à elle double sa puissance tous les deux ans (loi de moore) comme les nénuphars qui, mettant un an à couvrir la moitié d’un lac, le recouvrent complètement en un an et un jour.
Même si certains mettent en doute la poursuite de cette progression, qui se vérifie pourtant depuis le début des années 1970, le fait est que le moindre téléphone portable d’aujourd’hui a une puissance de calcul infiniment supérieure à celle des ordinateurs universels qui demandaient d’énormes systèmes de refroidissement et occupaient d’immenses salles il n’y a pas si longtemps.   
Gary Kasparov a d’abord eu un regard goguenard face aux ridicules performances des premiers jeux d’échecs sur ordinateur mais il a finalement été battu par l’IBM Deep Blue le 11 mai 1997, même s’il a contesté sa défaite.
Que dire de la mine des candidats désappointés du célèbre jeu Jeopardize battus par l’IBM Watson le 21 février 2011.
Au-delà de la performance ludique, il y a en vue de formidables applications futures notamment dans le domaine de la santé.
L’IBM Watson avait une puissance de 80 teraflops soit 80 fois plus que Deep Blue.
Mais l’IBM Watson est un nain à coté du champion du monde, le supercalculateur K de Fujitsu, qui a battu son propre record de puissance en atteignant pour la première fois les 10 pétaflops soit plus de 100 fois la puissance de l’IBM Watson.
IBM a d’ores et déjà annoncé qu’il travaillait sur un superordinateur de 20 pétaflops
Ce qui nous parait aujourd’hui comme la frontière entre l’homme et la machine risque donc fort de non seulement ne plus exister mais même être complètement dépassé par les progrès de la technologie.
Henri Bergson disait qu’il était plus pertinent d’appeler notre espèce homo faber plutôt qu’homo sapiens.
Il avait déjà raison à son époque mais c’est encore plus vrai de nos jours.
Dans un prochain futur, la puissance inexorable des outils que l’homme invente, qui dépasse déjà infiniment ses possibilités de calcul, surpassera probablement ses capacités cognitives.
Si les milliards de lignes de codes, les millions de milliards de mots accumulés dans les bases de données et dans les pages web ne se "stockent" pas dans ce que nous appelons la matière vivante c'est-à-dire la forme la plus évoluée aujourd’hui connue de la complexifi-cation cosmique, ils sont cependant nés de la connaissance et du génie de l’homme et donc une sorte de prolongement de la matière vivante.
Verrons-nous apparaître un jour ce que certains appellent la post-humanité où l’homme, dans l’hypothèse la plus sinistre, ne serait que le chainon "historique" d’une sorte d’"hyperhumanité" ?

 

 
Patrice Leterrier
22 janvier 2012

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 17:27

eaglenebherschel

 

Lettrine-L.jpges astronomes de l’ESA publient de magnifiques images du cœur des Piliers de la création.
Il s’agit d’amas gazeux mesurant la bagatelle d’environ trois années-lumière, immortalisés par le télescope Hubble le 2 Avril 1995.
Ils abritaient, il y a environ 6500 ans,  des zones de formations d’étoiles appelées globules gazeux d'évaporation.
Les données recueillies par ces nouvelles observations suggèrent que l'une des étoiles massives chaudes pourrait avoir explosé en supernova il y a 6000 ans, libérant une onde de choc qui a détruit les piliers.
En raison de la distance, la destruction des piliers ne sera pas visible sur la Terre avant des centaines d'années.
Selon Arnaud Cassan, de l'Institut d'astrophysique de Paris, il y aurait plus de 1000 milliards de planètes dans la seule voie lactée.
Et malgré ce chiffre astronomique (ce qui est en fait sa nature !), rien ne permet de conclure s’il existe des sosies de la terre, aucune trace de planète de masse voisine de celle de notre planète n’ayant été observée.
Devant cette immensité à la fois spatiale et temporelle, nous sommes donc toujours incapables de trancher la question de la place unique ou non de l’homme dans le cosmos.
Partant du scénario hautement probable du passé de l’univers que nous dévoile la théorie du big bang qui fait progresser l’univers de la matière chaotique originelle jusqu’à la forme la plus organisée que nous connaissons aujourd’hui avec l’espèce humaine, Hubert Reeves s’interroge sur cette question, pour conclure qu’"aucune espèce n’a jamais eu d’interaction plus désastreuse avec son environnement naturel" et  qu’"après quelques millions d’années de présence terrestre, notre avenir est aujourd’hui bien incertain".
Il rejoint ainsi les conclusions de la paléontologue Brigitte Senut, qui rappelle qu’"après avoir été un être inféodé à la nature, résultat d’une évolution de plusieurs millions d’années", l’homme est "aujourd’hui, l’espèce la plus invasive et prédatrice de la planète".
Devant la même interrogation, le philosophe Jean-Michel Besnier parle de "conspiration" de la science tendant à dissoudre l’homme dans la nature le réduisant "tantôt à l’animal – un être de pulsion - tantôt au rang de machine – une mécanique bien huilée dont on pourrait expliquer le fonctionnement".
Il conclut que la diversité des réponses démontre, si c’était encore nécessaire, que la question  de la nature même de l’humanité ne peut être élucidée par la science.
Si notre bref séjour dans l’univers ne nous renseigne pas sur le sens de l’aventure humaine, il nous reste cette  conscience de notre "fragilité" dont parle Jean-Michel Besnier qui est le privilège paradoxal de l’homme.
Elle fait de nous des êtres de désir tant que nous restons conscients de nos faiblesses et ouverts sur les autres.
Il ne s’agit pas, pour autant, de réfuter par le doute ou les croyances les modèles scienti-fiques mais bien plutôt de n’attendre de la science que ce qu’elle peut nous donner c'est-à-dire une vision cohérente de la nature dont l’ambition permanente est d’être remplacée ou complétée par une vision encore plus cohérente et explicative.       
Certains diront peut-être "et Dieu dans tout ça ? ".
Laissons donc Dieu là où il doit être, c'est-à-dire dans le domaine des croyances, mais veillons à ce que ces croyances ne se mêlent pas de science pour éviter l’obscurantisme qui avait cours au temps de Galilée…


Patrice Leterrier
18 janvier 2012

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 17:47

 rechauffe-copie-1.jpg
lettrine-sur son blog passeur de sciences, Pierre Barthélémy, conclut un article au titre légèrement provocateur "notre CO2 reporte la prochaine glaciation"  par "même si la Terre se retrouve bientôt dans une configuration astronomique favorable à une glaciation, cela ne modèrera pas pour autant les effets du réchauffement climatique induit par les activités humaines".
Inévitablement il a ré-ouvert la polémique toujours prête à s’enflammer entre les tenants du RCA (Réchauffement Climatique Anthropogénique) et le clan toujours aussi virulent des climato sceptiques.
Ces derniers, dont on peut s’interroger sur les motivations, font, comme les créationnistes,  semblant d’ignorer qu’une vérité scientifique n’est pas bâtie sur des faits isolés, mais sur une convergence de preuves résultant de multiples approches et que réfuter une théorie scientifique – qui se doit d’être réfutable – ne peut se faire qu’en appliquant une démarche scientifique rigoureuse.
Ils transforment ainsi une question scientifique de la plus haute importance- non pas pour la planète qui en a vu d’autres  ("Un geste + un geste et c'est ma Terre qui va mieux" ???) mais pour les espèces vivantes sur la planète (homme compris) -  en un problème de croyance, voire de religion.
Sans doute sont-ils aidés par certains extrémistes qui, comme Al Gore, Yann Arthus Bertrand ou encore Nicolas Hulot, ont fait de ce débat scientifique un fond de commerce hautement lucratif alimenté par la peur qu’ils répandent sans vergogne.
Ne pourrait-on pas, au nom du principe de précaution dont on nous bassine les oreilles pour un oui ou un non et à tort et à travers, justifier la  nécessité d’agir plutôt que d’alimenter une polémique stérile sur l’origine des gaz à effet de serre et leurs rythmes de croissance (bien que les résultats soient plutôt pires que les prévisions dans ce domaine) ?
Ce n'est pas parce qu'on a délocalisé nos émissions de CO2 que nous pouvons donner la leçon aux  pays émergeants ou émergés sur ce sujet.
Cela devient carrément indécent lorsqu’il s’agit de pays pudiquement appelés "en voie de développement" comme on appelle les paralysés des "personnes à mobilité déduite".
Le site de Wired Sciences  a fait paraître un article fort instructif sur l’échec des méthodes actuelles pour essayer de stopper le massacre des baleines qui continue malgré les quotas que l’on essaie d’imposer aux pêcheurs.
L'économiste de l'environnement Christopher Costello de l'Université de Californie, Santa Barbara  et ses collègues les biologistes Steve Gaines et Leah Gerber, proposent, face à l’échec des méthodes coercitives actuelles, d’instaurer un marché mettant à prix la tête des cétacés et remplaçant ainsi l’injonction inefficace "vous avez tort" par le plus pragmatique "combien valent-elles ?"
On pourrait d’ailleurs appliquer la même méthode pour le massacre des requins sacrifiés à cause de la valeur sur le marché de leurs ailerons qui font vivre des populations n’ayant pas d’autres moyens aussi lucratifs de gagner leur vie.
Ainsi  si des associations écologistes ou même des particuliers achetaient la totalité des parts, toutes les baleines seraient épargnées et les baleiniers indemnisés par les primes versées.
Un tel marché pourrait ainsi satisfaire toutes les parties et permettrait simultanément d'améliorer la conservation des baleines, selon les auteurs de la proposition.
On pourrait avoir la même approche en matière de gaz à effet de serre plutôt que de se présenter comme les bons élèves de la classe avec nos réductions, qui de toute façon ne pèsent pas lourd dans le bilan global, et de montrer comme nous le faisons trop souvent les "autres" comme des coupables. 
Mais Sartre avait peut-être raison lorsqu'il disait "l'enfer c'est les autres" ou du moins notre égocentrisme nous pousse-t-il à le croire ...



Patrice Leterrier
13 janvier 2012

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 09:43

prison.jpg

lettrine-J.jpgerry A. Coyne publie dans les colonnes d’USA Today un article au titre accrocheur "Pourquoi vous n’êtes pas vraiment libre".
La démonstration, convaincante sur le plan intellectuel, s’appuie sur les nombreuses preuves apportées par les neurobiologistes que l’accès à la conscience n’est que l’infime partie terminale d’un processus complexe impliquant différentes aires du cerveau.
Notre décision serait prise bien avant que nous ayons conscience d’elle et donc à notre insu.
La conscience, le libre choix, et l'idée même du "moi" ne seraient que des illusions convaincantes façonnées par la sélection naturelle.
Nous ne serions donc que des sortes d’"ordinateur de viande", pour reprendre l’image de l’auteur, agissant selon les conséquences directement issues des lois physico-chimiques qui gouvernent le monde.
On est loin du point de vue défendu par Saint Augustin que "Dieu a conféré à sa créature, avec le libre arbitre, la capacité de mal agir, et par-là même, la responsabilité du péché".
L’argumentation des neurobiologistes n’est par contre pas très éloignée de celle du philosophe Arthur Schopenhauer qui défendait que le libre arbitre n’était qu’une illusion, que "le choix dans un ordre phénoménal toujours préétabli ne peut exister qu'en apparence".
S’il n’y a pas de libre arbitre, il ne peut y avoir de responsabilité et donc ni coupable ni d’ailleurs d’innocent.
Les lois de la vie en société ne se justifieraient donc pas par une sorte de sens moral universel s’imposant aux hommes "libres et égaux" mais par une nécessité évolutionniste (hasard ou nécessité ?), un pragmatisme culturel visant à la survie de l’espèce.
Même si nous suivions les conclusions de l’auteur et admettions que nous ne sommes que "des marionnettes jouant une pièce écrite par les lois de la physique", il resterait qu’une marionnette peut être libre tant qu’elle est en harmonie avec ses chaines.
Ne sommes-nous pas simplement libre, et en quelque sorte arbitre, tant que rien ni personne n'est assez puissant pour nous faire tenir pour vrai ou juste ce que nous jugeons incertain ou injuste ?
Après tout, les différentes visions scientifiques que nous avons de nous et de notre environnement - qu’elles passent par la biologie, la psychologie, la neurobiologie, la cosmologie ou même la physique et la chimie - ne sont-elles pas d’abord basées sur des axiomes que nous tenons pour vrais tant qu’ils sont cohérents dans les conséquences qu’ils impliquent ?
La fameuse équation  e=mc2 d’Einstein n’est ni vraie ni fausse mais efficace parce que ses conséquences se vérifient et n’aboutissent pas à des contradictions tout au moins tant que les neutrinos s’avèrent finalement ne pas dépasser la vitesse de la lumière.
Seulement le rêve de David Hilbert de démontrer la cohérence des théories mathématiques s’est effondré en septembre 1930, lorsque Kurt Gödel, alors âgé de 24 ans, annonça son théorème d’incomplétude démontrant qu’il existe dans toute théorie un énoncé qu’on ne peut ni démonter ni réfuter dans cette théorie.
Finalement le paradoxe scientifique du libre arbitre n’est-il pas l’énoncé indémontrable des sciences humaines ?


Patrice Leterrier
7 janvier 2012

 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 15:11

livrelettrine-stanislas Dehaene nous rappelle qu’avant même d’apprendre à lire, les enfants savent reconnaître des formes, des visages et utiliser le langage parlé.
L’invention extraordinaire de la lecture c’est d’arriver à fabriquer du langage avec de la vision, ce qui n’a rien d’inné chez le primate que nous sommes.
La découverte fondamentale de son équipe de chercheurs c’est que la lecture n’est pas globale mais bien basée sur un mécanisme cérébral qui transforme les lettres en sons.
Il s’installe dans une région interface entre la vision et le langage parlé situé "dans le système visuel spécialisé dans la forme des lettres et des chaines de lettres qui va envoyer vers les régions du langage qui s’intéressent à la sonorité des mots, ce qui nous permet de lire des mots nouveaux et aussi vers les aires du langage qui s’intéressent au sens  des mots".
Tout commence donc par une analyse des lettres, des morphèmes, des préfixes, des phonèmes même si ce mécanisme échappe à notre conscience, après un apprentissage dont nous avons oublié à quel point il a été laborieux.
Son livre "Apprendre à lire, approche des sciences cognitives" enterre, probablement définitivement, les errements de la méthode globale.
Pour autant le fait de savoir lire et de savoir comment on lit ne nous renseigne pas vraiment sur la compréhension ni sur l’imaginaire que déclenche la lecture lorsqu’il s’agit d’une œuvre de fiction.
Or nous savons d’expérience que l’effet de la lecture d’une œuvre littéraire est bien différent de celui de la lecture d’un manuel scolaire, d’un journal, d’un mail, d’un twitt ou encore d’un post sur un blog.
Lorsque nous lisons un roman, nous entrons docilement dans l’imaginaire de l’auteur alors que nous savons que nous ne pourrons pas agir sur les événements qui vont se dérouler contrairement à ceux que nous vivons dont nous avons le sentiment, à tort ou à raison, que nous pourrons, par nos actions, influencer le cours.
Pourquoi cette frustration par rapport à notre expérience de la vie réelle se transforme en miracle de la lecture ?
Peut-être parce que nous nous installons dans un lien fort avec l’auteur, nous nous attachons à "ce semblant de vérité qui permet à ces ombres de l’imagination de suspendre soudain l’incrédulité, ce qui est l’essence de la foi poétique" comme l’écrit en 1817 Samuel Taylor Coleridge dans son livre Biographia Literaria.
Michel de Montaigne écrivait dans le chapitre "de l'institution des enfants" de ses essais : "J'avais traîné languissant après des paroles françaises si exsangues, si décharnées et si vides de matière et de sens que ce n'étaient vraiment, que paroles françaises; au bout d'un long et ennuyeux chemin, je vins à te contrer une pièce haute, riche et élevée jusque aux nues. Si j'eusse trouvé la pente douce et la montée un peu allongée, cela eût été excusable; c'était un précipice si droit et si coupé que, des six premières paroles, je connus que je m'envolais en l'autre monde."
Ce texte démontre que depuis des siècles, la lecture nous transporte dans un état où nous laissons derrière nous l’agitation incessante de notre quotidien.
Et pourtant, comme le fait remarquer Nicholas Carr, "Le sujet central de la littérature est la société, et quand nous nous perdons dans un livre, nous approfondissons notre connaissance  des subtilités et des aléas des relations humaines".
Aujourd’hui avec la montée en puissance des livres électroniques, l’emphase est mise sur les extraordinaires possibilités de mise à jour instantanée, de combinaisons de toutes sortes de médias, d’explorations fractales de liens hypertextes…
Ces nouveaux outils vont probablement changer radicalement le monde de la presse et l’enseignement et nous feraient presqu’oublier que la lecture est une aventure personnelle qui va bien au-delà du simple déchiffrement d’un texte sur un média quel qu’il soit.
Je vous laisse rêver à ces livres qui vont vous passionner en 2012.


Patrice Leterrier
4 janvier 2012

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 18:01

TzolkinLe Calendrier Mayas Tzolkin


L

’astrophysicien Richard Conn Henry et l’économiste Steve H. Hanke, ont l’idée bizarre de vouloir créer un nouveau calendrier immuable de 364 jours par an fait de quatre trimestres comprenant 2 mois de 30 jours et un mois de 31 jours.

 

Ainsi si ce calendrier était mis en œuvre tous les premier de l’an tomberaient un dimanche, les 1er Mai un Mardi, les 14 Juillet un samedi.

Que faire des 1,2422 jours qui sépareraient ce calendrier du temps nécessaire à la terre pour faire sa révolution complète autour du soleil ?

Les deux protagonistes de cette facétieuse proposition suggèrent de rajouter une semaine entière (ce qui ne changerait pas le jour de la semaine pour le début de l’année) à intervalle de 5 ou 6 ans soit en 2015, 2020, 2026 etc…

Selon Richard Conn Henry, l’idée lui serait venue en s’interrogeant sur l’utilité du temps qu’il passait chaque année à régler les horaires de ses cours qui devaient évidemment changer de date pour tenir compte des décalages des jours dans la semaine d’une année sur l’autre.

Notre calendrier grégorien a été instauré en 1582 par décret du pape Grégoire XIII modifiant le calendrier julien créé 1628 années plus tôt par un certain Jules César. 

Leur tentative de le modifier n’est pas la première de l’histoire.

Comme le père du positivisme, Auguste Comte, George Eastman, fondateur de la société Eastman Kodak en 1892, voulait instaurer un calendrier de 13 mois de 4 semaines, conçu par Moses B.Cotsworth, dans l'intérêt des entreprises et du commerce.

L’économiste Steve Hanke reprend la même idée et met en avant la simplification apportée dans les opérations financières (notamment dans les conventions de calcul d’intérêt) et la fin de la période de léthargie économique entre noël et le jour de l’an.

Ont-ils vraiment mesuré l’impact  de leur proposition qui conduirait à la refonte d’un nombre astronomique de programmes informatiques qui se sont évertués à traduire toutes les règles parfois complexes nées des bizarreries du calendrier grégorien ?

Le bug de l’an 2000 - pourtant si redouté - et même celui annoncé pour le 19 Janvier 2038 à 3 h 14 min 7 s sont de véritables jeux d’enfant comparés à la complexité des algorithmes savants liés au calendrier.  

Mais les deux savants, peut-être en manque de notoriété, ne se contentent pas de promouvoir cet asservissement du calendrier à la reine économie régnant en maître absolu sur notre monde.

Ils proposent également la mise en place d’un temps universel unique applicable partout dans le monde.

On se demande qu’elle sera l’origine choisie car on voit mal les financiers de New York abandonner leur tradition et accepter que la cloche de Wall Street sonne à 4h30 ni même nos amis chinois, dont on connaît la susceptibilité, condescendre à déjeuner à 20 heures au nom d’une harmonisation mondiale dont ils ne seraient pas le centre de gravité.

Plus prosaïquement et au modeste niveau personnel, que dire de la monotonie d’un jour de Noël tombant immuablement un dimanche ?

En terme de complications de calcul, je ne vois pas bien la simplification apportée par des années tantôt à 364 jours et tantôt à 371 jours ?

Et puis la terre tourne et si midi signifie le milieu de la journée il ne peut pas être midi au même moment pour l’habitant de Paris et celui de Tokyo....

Au demeurant, il me semble que nous devons avoir d'autres ambitions en matière d’harmonisation mondiale comme par exemple celle d'éradiquer la faim dans le monde, de déclarer le droit universel d’accès à internet ou encore de se mettre d’accord pour arrêter le massacre de la planète terre...

Vive le Dimanche 1 janvier 2012 mais aussi le mardi 1 janvier 2013, etc..


et Bonne année!

Patrice Leterrier

31 décembre 2011

 

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 14:11

degustation-perception-vin


N

’est-il pas d’occasion mieux choisie que celle d’évoquer, en cette veille de fêtes, la relation complexe que nous avons avec le plaisir de la dégustation ?

Jonah Lehrer, sur son blog au nom évocateur Frontal cortex, commente deux études portant l’une sur la contemplation d’œuvres d’art et l’autre sur la dégustation de vins.

Il ressort de ces travaux que notre cerveau n’a pas la même réaction lorsque nous admirons l’œuvre d’un grand peintre (en l’occurrence Rembrandt) et une copie si parfaite soit-elle.

Alors que les aires visuelles ont la même activité devant un véritable Rembrandt ou l’œuvre d’un élève de son école, l’observation de faux Rembrandt génère une forte activité dans la région du cortex fronto-polaire et du précunéus.

Tout se passe comme si, devant une œuvre réputée fausse, le cerveau cherchait à détecter des différences lui permettant de mettre en cohérence une sensation visuelle indifférenciée avec la connaissance supposée d’une différence, alors même que l’on peut faire passer l’œuvre du maître pour une copie et vice versa. 

Un phénomène similaire a été constaté lorsque nous sommes censés déguster un grand cru ou un vin de moins bonne réputation, que la bouteille que nous dégustons soit d’ailleurs celle d’un nectar réputé ou pas.

Voilà de quoi justifier notre conformisme social qui semble nous pousser à n’apprécier qu’en fonction de la réputation de l’œuvre ou du vin.

En matière de goût artistique, de dégustation ou dans toute activité visant à donner du plaisir, le temps passé doit être le "juste temps" adapté à notre attente faite de fantasme, de souvenir, du plaisir de la découverte, du partage avec des êtres chéris, de notre culture, de la réputation de l’œuvre et aussi, nous en déplaise, du prix au sens propre comme au sens figuré que l’on est prêt à mettre pour l’obtenir.

D'ailleurs le plaisir n'est-il pas souvent dans l'attente, la préparation autant que dans la jouissance ?

L’attente est souvent un moment de vrai plaisir alors que la jouissance peut s’avérer très décevante…

C'est peut-être pour cela qu’avant de déguster une bouteille de grande réputation, il n’est pas sans intérêt d’écouter patiemment et religieusement les explications du maître de chais, du sommelier ou de l’œnologue distingué, de sentir les délicates effluves de son bouquet et de deviner la variété de ses arômes, d’apprécier sa couleur, son intensité et ses nuances, d’admirer la brillance, la limpidité et la transparence de sa robe…

Ces préliminaires, comme d’autres, attisent notre désir et nous préparent au plaisir de la dégustation avant même que la première goute ne caresse notre palais.

On pourrait facilement continuer la démonstration en parlant du rôle de la décoration d’une table de fête, de la présentation d’un plat raffiné dans une assiette, de la mise en scène d’un dessert délicat et de bien d’autres exemples que certains esprits coquins ne manqueraient pas d’évoquer en matière de plaisir…

Rien d'étonnant donc que nous soyons si mauvais juge en dégustation aveugle puisqu'on nous prive ainsi d'une grand partie du plaisir…


 

Joyeux Noël à tous !

Patrice Leterrier 

24 décembre 2011

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 13:09

gosse-africain.jpg

Francis Pisani, sur son blog Winch5, regrette que le gagnant du concours "Competition Startup" beintoo.com s’inscrive dans une logique de rentabilité à cours terme.

Retournant l’expression de Steve Jobs, déjà canonisé par l’église des adorateurs de la pomme, il ajoute "L'univers n'est pas une pomme dans laquelle il faut laisser la marque de ses dents".

De son voyage africain il revient avec la conviction "qu'innover c'est résoudre un vieux problème avec des solutions nouvelles" sans les soumettre à la logique implacable du ROI (Return On Investment).

Mohammed Yunus, prix Nobel de la Paix, avait lancé il y a plus de trente ans, avec la Grameen Bank, l'idée de microcrédit pour les pauvres.

Microworld.com  poursuit cette initiative avec sa plateforme en ligne. C’est certainement ce genre de projets qui peut changer, en particulier en Afrique, la logique des investissements de la recherche du profit le plus important et le plus rapide vers celle d'un développement durable dont l’équilibre économique se juge en décennie et non en trimestre.

Mais l’initiative de Microworld est-elle à la hauteur des enjeux ?

Yunus clamait déjà que la pauvreté dans le monde ne pourrait être vaincue par les bons sentiments et les dons.

Certes les initiatives comme celle de Bill Gates et l'action des ONG dans le domaine de la faim et de la santé sont indispensables pour éviter de plus grands malheurs mais elles ne conduisent pas à un nouvel ordre économique et social en Afrique en particulier.

Le développement de cet immense continent a, en quelque sorte, la chance de ne pas être contraint de passer par le stade de la société industrielle pour entrer résolument dans l’ère des services et des TICs.

Il a besoin d'un modèle économique adapté à ce paradigme qui n'est certainement pas celui du capitalisme purement libéral obsédé par le profit à tout prix et surtout pas celui des multinationales tentaculaires en particulier dans le domaine agricole.

Le printemps Arabe a largement montré le rôle essentiel des nouvelles technologies dans la prise de conscience des populations mais les derniers développements montrent également que nous n'avons pas valeur de modèle pour ces pays qui sont à la recherche d’une nouvelle voie combinant le respect de leurs traditions, de leurs cultures, de leurs religions aux valeurs de liberté héritées du siècle des lumières même si les risques d’un islamisme dogmatique ne sont pas complètement écartés.

Au moment où l'exposition sur les zoos humains du musée du Quai Branly nous rappelle les terrifiantes erreurs de nos prédécesseurs persuadés d'être porteurs de missions "civilisatrice" et "évangélisatrice" auprès des populations indigènes, il est grand temps que nous concevions nos relations avec les populations africaines autrement qu’en terme de censeurs porteurs de je ne sais quels modèles culturel, démocratique et économique universels que nous pourrions imposer à ces pays.

Plus que jamais les initiatives doivent venir des africains eux-mêmes et notre véritable intérêt est aussi de favoriser l’éclosion des talents et des projets.

Selon les Nations Unies, la population africaine représentera plus d’un tiers de la population mondiale d’ici 2100 alors qu’elle ne représentait même pas 10% en 1950. Sur la même période l’Europe sera passée de 22% de la population mondiale à moins de 7%.

Il est urgent de comprendre et d’accompagner l’évolution de l’Afrique.

Il est de notre intérêt de reconnaître son rôle dans un nouvel équilibre mondial à construire.

Il est capital de changer radicalement notre vision de ce continent aujourd’hui encore trop marquée par un paternalisme néocolonialiste.


Patrice Leterrier 

13 décembre 2011

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 13:06

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P

ratik Dholakiya, écrit que les adeptes des réseaux sociaux en "sont devenus dépendants pour leurs relations sociales comme ils le sont de la nourriture, de l'eau ou de l'oxygène pour leur survie".

Il est vrai que l’on voit mal les accros de Facebook se priver de leur séance quotidienne de bavardage sur le site.

Certains verront l’évolution positive de la multiplication des contacts, de cette désynchronisation de la relation qui permet à tout un chacun d’entrer sans effraction en contact avec l’autre indépendamment de sa disponibilité au moment présent.

D’autres feront valoir aussi la suppression des distances qui permet de discuter en ligne et en même temps avec un "ami" japonais, un "pote" californien et son cousin de Toulouse.

Mais compareriez-vous l’émotion ressentie lorsqu’un de vos proches vous souhaite un joyeux anniversaire en vous prenant dans ses bras à celle des vœux qui viennent de vos "amis" sur Facebook alors que vous savez qu’ils n’ont rien de spontanés?

Un LOL ou  un Smiley reçu a-t-il la même force émotionnelle qu’un éclat de rire ou un sourire en tête à tête ?

L’impudeur internet auquel nous poussent les réseaux sociaux est souvent une imposture puisqu’elle concerne l’avatar que nous voulons bien faire connaître à nos "amis".

Sur internet chacun a la possibilité d’être lui-même (ce qui est déjà une entreprise bien difficile vu l’impossibilité de se connaître soi-même n’en déplaise à Socrate) ou d’être l’image de quelqu’un d’autre qu’il invente.

Certes on passe son temps à inventer la fable de sa vie, à paraître, mais il est difficile de se faire passer pour beaucoup plus jeune (ou plus vieux) que l’on est ou de mentir effrontément sur son aspect physique par exemple.

Difficile dans la vie réelle de se faire passer pour un tradder de 40 ans, vivant à Londres, roulant en Porsche Cayenne, mesurant 1,80 m, aimant Brahms et Mike Jagger, lisant Sagan et Kierkegaard quand on a 14 ans et qu’on vit dans les quartiers nord de Marseille par exemple.

Et que dire de l’appauvrissement des échanges qui, privés de la confrontation à la réaction de l’autre, se réduisent à des monologues juxtaposés ?

Car la conversation est en réalité une interaction subtile qui comprend bien sûr les mots, le sens des phrases mais aussi les silences, les hésitations, le ton de la voix, l’émotion ressentie, le regard, l’expression du visage, la gestuelle du partenaire…

La réaction de l’autre participe à notre propre réponse pour construire un échange qui ne se réduit pas à des phrases partagées mais bien à une relation interpersonnelle riche de tous ses aspects.

Il y a un paradoxe entre cette extraordinaire ouverture sur le monde et l’isolement physique auquel conduit l’utilisation d’Internet.

La facilitation apparente des relations qu’apportent les réseaux sociaux ne contribue-t-elle pas en réalité à un renforcement de l’isolement de l’internaute qui peut être un facteur anxiogène voire conduire à la dépression ?

La phobie sociale que les réseaux sociaux pourraient en apparence combattre n’est-elle pas en réalité renforcée par cette possibilité de contact sans confrontation physique ?

Comme il n’est pas neutre de se libérer de la lecture séquentielle d’un roman en batifolant sur son ebook de la lecture à la vision d’un film, à l’écoute d’une musique ou à l’exploration d’une référence, il n’est pas plus sans conséquence que le temps partagé, synchrone et localisé, mal assis devant un café plus ou moins chaud, dans le brouhaha ambiant soit remplacé par quelques minutes de frappe, seule derrière son clavier. 


Patrice Leterrier 

12 décembre 2011

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