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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 13:34

Higgs-candidate.png

L

annonce de la découverte d’une 25ème particule élémentaire "compatible" avec le boson de Higgs a fait un fantastique buzz sur internet.

Pour la première fois un événement scientifique a fait l’ouverture des journaux télévisés où on a pu découvrir un vieil octogénaire du nom de Peter Higgs avouant qu’il n’avait jamais rêvé que son boson soit découvert de son vivant.

Pour autant la vie des gens ne va pas être bouleversée par cette annonce.

Je parierai bien que bientôt la plupart aura même oublié le rôle de "colle universelle" joué par le champ de Higgs.

La notion de champ parle encore moins au public que celle de particule même si ces étranges objets dont on ne "voit" jamais que les "traces" restent des concepts abstraits difficile à se représenter et dont la grande majorité de gens n’ont vraiment pas grand-chose à faire.

Michel Lévi sur son blog analyse la perception que nous pouvons avoir entre la certitude annoncée par les physiciens du CERN et les risques et probabilités alarmantes que nous délivrent depuis des années les experts en climatologie.

Nous n’avons pas beaucoup de difficulté à admettre l’existence de cette particule élémentaire pourtant si mystérieuse pour nous.

Et d’ailleurs comme la nouvelle de son existence ne fait ni chaud ni froid à la majorité d’entre nous, pourquoi irions-nous en contester la découverte ?

Tout aussi considérables qu’en soient les effets indirects, ils nous laissent de marbre et ne pèsent pas lourd dans notre existence malgré qu’ils soient justement responsables de notre poids.

Le fait qu’on lui ait donné le nom de "particule de Dieu", alors qu’à vrai dire Dieu n’a pas grand-chose à faire dans le monde de la physique théorique, ne la rend pas plus importante à nos yeux de profane.

Et puis cette "certitude" n’est-elle pas finalement ce qu’on attend de la science ?

Nous aimons, par-dessus tout, les "certitudes" et détestons les "incertitudes", les "à peu prés" parce qu’intuitivement nous avons tendance à confondre statistique avec hasard et parce que nous sommes génétiquement programmés pour donner du sens à tout prix.

Et puis peut-on vraiment en vouloir au public de ne point s’intéresser au réchauffement climatique, alors que les scientifiques semblent, en partie grâce à l’intoxication des climatosceptiques, se déchirer sur ce sujet ?

Est-ce parce que nous sommes foncièrement égoïstes, parce que les possibles ne nous parlent pas comme les certitudes ou parce que nous attendons de la science des réponses tranchées confondant rigueur scientifique et preuve ? 

En retour, il est vrai qu’il est bien difficile de nos jours d’avouer "je ne comprends pas", de demander simplement à un physicien une question aussi simple que "comment marche un aimant" (vous savez ces trucs qui dévient la trajectoire des particules).

Pourtant y-a-t-il de meilleur moyen pour apprendre que de commencer par ne pas accepter qu’on vous assène des "évidences" affirmées péremptoirement ?

Cette méconnaissance idiosyncrasique devrait même être un aiguillon pour que ceux qui sont en charge de nous expliquer se mettent à notre portée sans réclamer de nous de partager leur savoir encyclopédique.

Car tout immense qu’il soit, il ne les distingue pas tant que ça de nous sur la compréhension du monde tant Boileau avait raison d’affirmer "ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement".

Alors nous croyons les scientifiques lorsqu’ils annoncent triomphalement la découverte du boson de Higgs mais nous continuons à faire la moue quand ils nous annoncent les conséquences possiblement dramatiques du réchauffement climatique.

Elles sont pourtant déjà partiellement visibles dans notre vie de tous les jours et risquent d’être encore plus importantes pour les générations futures.

Est-il utopique d’espérer que l’historique nouvelle de cette découverte du boson de Higgs redonne un peu de prestige à la science en général et du crédit à ceux des scientifiques qui n’ont pas la chance de vivre dans le monde des certitudes et qui prêchent désespérément dans le désert  ?


Patrice Leterrier 

8 juillet 2012

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 19:11

HIGGS


L

e CERN vient d’annoncer la découverte d’une particule à l’énergie de 125 Gev avec une signifiance statistique de cinq écarts type (5 s) compatible avec le boson de Higgs!

Une signifiance de 5 s traduit le fait qu'il n'y a pas plus d'une chance sur 3 millions que l’événement prouvant l’existence de cette particule se produise au hasard.

Pour ceux qui douteraient qu’il s’agit bien du fameux boson de Higss, j'ai assisté en direct à la conférence de presse du Cern et l'expression du directeur général du Cern, Rolf Heuer, était tout simplement "We got it!", ce qui ne laisse pas beaucoup de place au doute.

Bien sûr la formulation officielle est qu’il s’agit "d'une particule dont les caractéristiques sont compatibles avec celles du boson de Higgs" et la question est maintenant de savoir si le nouveau né se comportera bien comme prévu dans le modèle ou s'il nous réserve comme l'espèrent les scientifiques des "surprises".

Peter Higgs, aujourd’hui âgé de 83 ans, avait imaginé dans les années 60 avec les Belges Robert Brout (décédé en 2011) et François Englert, ce boson scalaire massif qui porte son nom et dont le champ aurait permis aux autres particules d'acquérir une masse, juste après le Big Bang, il y a 13,7 milliards d'années.

Pour prendre l’image de John Ellis, le grand physicien théoricien, le champs de Higgs c’est un peu comme un tapis neigeux dans lequel des particules comme les photons équipées de skis glissent sans effort mais où des particules plus lourdes s’enfoncent et se meuvent plus difficilement comme alourdies par ce champ, ce qui leur confère leur masse.

C’était incroyable de voir Peter Higgs, le col de veste mal arrangé, à côté de son confrère François Englert à Genève au moment de l’annonce de cette fantastique découverte.

Il a déclaré "Je n’aurais jamais pensé assister à cela de mon vivant et je vais demander à ma famille de mettre le champagne au frais" mais s’adressant aussi à ses collègues "nous devons tous être fiers de ces résultats, qui nous ouvrent une porte vers un avenir très radieux". 

Une nouvelle page s’ouvre pour la physique théorique après une traque qui a duré plus de 25 ans et plus d’un demi-siècle après la prévision théorique de son existence. 

Cette pièce "manquante" est la dernière particule qui restait à découvrir pour conforter le modèle standard, la théorie qui éclaire la structure fondamentale de la matière et la formation de l'univers. 

Joé Incandela a déclaré "“We are reaching into the fabric of the universe like we’ve never done before. It’s a key to the structure of the universe" et en tant que scientifique il sait ce que pesait ses mots veut dire.

La dernière particule, prédite par le Modèle Standard, était jusqu’à présent le quark top, découverte au Tevatron du Fermilab (USA) en 1995.

De nombreux physiciens espèrent que certaines propriétés du boson se révéleront différentes de celles prévues dans le cadre du Modèle Standard.

Si tel est le cas, cela pourrait indiquer la présence d'une nouvelle physique avec d’autres particules dites supersymétriques, qui pourraient être produites dans l’avenir par le LHC. 

Le physicien Mark Wise du Caltech a déclaré "Le pire scénario serait que le boson de Higgs se révèle être exactement ce qu'il ya dans la théorie actuelle, et il n'y a aucune trace de quoi que ce soit d'autre".

Le LHC va bientôt s’arrêter pendant 2 ans pour des maintenances en profondeur (il faut refaire 10.000 soudures sur les aimants).

Lorsqu’il redémarrera il aura une puissance encore plus grande et de nombreux scientifiques dévisageront le nouveau né de la physique théorique tandis que d’autres partiront à la recherche de "nouvelles particules" qui pourraient correspondre à la matière noire cette énigmatique chose 5 fois plus nombreuse que la matière qui remplit notre univers sans laisser la moindre trace.


Patrice Leterrier

4 juillet 2012

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 17:59

Einstein.jpg


O 

n se souvient que de Gaulle avait lancé son fameux "Des chercheurs, on en trouve; mais des trouveurs, on en cherche".

Il oubliait, avec sa culture néolibérale du résultat, qu’un trouveur doit d’abord être un chercheur, comme les gagnants du loto sont tous d’abord des joueurs.

Un chercheur prédit un résultat à partir d’une théorie et il construit un dispositif expérimental pour le vérifier.

Il passe souvent des mois voire des années à imaginer puis à réaliser des expériences dont la difficulté de mise en œuvre est parfois tout simplement stupéfiante au point qu’on n’aurait pu imaginer qu’elle fût réalisée.

Commence alors la dure épreuve de l’expérimentation avec parfois une fastidieuse phase d’analyse et de vérification pouvant déboucher sur une absence de résultats probants ou des résultats qui contredisent leurs attentes.

L’absence de résultat est une épreuve décevante mais des résultats incohérents heurtent d’abord naturellement les certitudes du scientifique.

Dans un article intitulé "Accept Defeat: The Neuroscience of Screwing Up", Jonah Lehrer rapporte une étude de Kevin Dunbar montrant que la plupart du temps ces résultats contredisant les attentes sont classifiés comme des erreurs et l’expérience est abandonnée et qualifiée d’échec.

La rigueur scientifique doit bien sûr contraindre le chercheur à vérifier toutes les causes possibles de biais venant entacher le résultat, surtout lorsqu’il est contraire aux prévisions de théories largement consensuelles et ayant fait mainte fois leurs preuves (comme des neutrinos supraluminiques).

Mais cette même rigueur devrait aussi le contraindre à ne pas ignorer un résultat qui s’entête à contredire ses attentes.

Or, même en cas d’incohérence cohérente, la plupart des chercheurs ne donnent pas suite.

Trop souvent une expérience ratée est considérée comme peine perdue alors qu’elle pourrait, du moins quelquefois, s’avérer plus fructueuse qu’une réussite n’apportant, si j’ose dire, que la confirmation d’une hypothèse.

Les psychologues ont depuis longtemps détruit le mythe de l'objectivité et les scientifiques sont d’abord des hommes de chair et d’âme ou du moins pour être plus pragmatique sous l’emprise de leurs émotions et de leurs croyances.

Le fait est que nous modifions soigneusement notre perception de la réalité, à la recherche des preuves qui confirment ce que nous croyons déjà.

Bien que nous prétendions être des empiristes - c'est-à-dire que notre point de vue n’est dicté par rien d'autre que les faits - , nous avons en fait des œillères, en particulier quand il s'agit d'informations qui contredisent nos théories.

Nous ne voyons pas avec nos yeux mais avec nos émotions, nos croyances qu’elles soient fondées sur nos intuitions, nos connaissances ou encore les à-priori culturels et religieux qui nous ont été inculqués.

Quand il s'agit de l'interprétation de nos expériences, nous voyons ce que nous voulons voir et nous ne tenons pas compte du reste.

Et pourtant, lorsque les faits contredisent les théories établies et que toutes les voies ont été explorées pour éliminer des biais dans les résultats, la démarche scientifique impose de revoir les théories et non les faits et de braver l’incrédulité voire l’hostilité de ses confrères et des institutions jalousement assises sur leurs certitudes.

Les découvertes scientifiques sont largement le fait d’originaux qui bravent les vérités largement admises par la communauté scientifique infiniment plus respectée qu’eux.

Ce n’est peut-être pas tout à fait par hasard qu’un modeste commis dans un organisme de brevet à Berne soit l’auteur de la plus grande révolution de la physique depuis Newton.

Il s’appelait Albert Einstein et n’avait pu intégrer une prestigieuse université où il se serait peut-être conformé au moule de l’orthodoxie scientifique de son époque.

Il n’aurait peut-être alors pas remarqué les anomalies qui l’ont conduit à concevoir la théorie de la relativité.

Son génie ne se résume certes pas à ces modestes conditions mais cet anticonformisme, qu’il a affiché toute sa vie, n’est probablement pas étranger à sa fascinante capacité à détricoter les enseignements qu’ils avaient reçus de ses ainés.


Patrice Leterrier 

25 juin 2012

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 18:46

savant fou 2

Y

ves Michaud dans la revue philosophie magazine souligne que l’histoire de la philosophie occidentale est marquée par le triomphe de la raison, de la volonté et par la méfiance du corps, des émotions, des passions refoulées selon Kant dans le pathologique.

On pourrait croire que dans cet environnement culturel, où la science ne cesse d’exprimer sa toute puissance sur le monde qui nous entoure, l’image du scientifique soit le summum de l’accomplissement humain.

Et pourtant, alors que 3 Français sur 4 considèrent que la science et la technologie apportent des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent selon une enquête d’IPSOS, les métiers de scientifiques ne soulèvent guère l’enthousiasme des jeunes français.

Est-ce parce que, malgré cette hégémonie du rationnel, comme l’affirme Matthew Hutson dans une interview sur Wired Science, "la pensée magique est un instinct humain naturel que nous avons tous" ?

Comment vraiment le contredire ? Qui peut affirmer n’avoir jamais touché du bois, évité de passer sous une échelle, vu comme un mauvais présage un chat noir traversant une rue ?

Qui peut également affirmer qu’il n’a jamais pensé qu’il était maudit lorsque le professeur l’avait choisi pour expliquer le sens profond d’une tirade de Racine ?

Comment éviter et à vrai dire pourquoi éviter de penser que les événements qui nous arrivent ont un sens ?

Le destin de l’homme est de chercher un sens aux événements qu’il vit même si la discipline scientifique le dissuade de ce projet insensé.

Ce hiatus entre cette intuition que "ce qui devait arriver arrive" et la rationalisation froide que nous impose la démarche scientifique n’explique-t-il pas une partie du désamour entre le public et la science ?

Est-ce plutôt parce que, comme l’affirme Michael Brooks, l’image du scientifique resterait la plupart du temps associé chez les enfants, à un barbu lunetteux portant une blouse blanche impersonnelle quand ils ne vont pas jusqu’à le représenter "tenant un tube à essai au dessus de sa tête et criant «Avec ça je peux détruire le monde» " ?

L’une des conséquences les plus inquiétantes de cette mauvaise image c’est que plus un seul enfant n’aspire à devenir un scientifique.

Tout le monde connait l’extravagance et le génie d’Albert Einstein, mais quel enfant songerait à un tel destin ?

Ils préfèrent rêver être plus tard une nouvelle star, le successeur de Raphael Nadal ou un trader roulant en Porsche pour se rendre dans son loft situé dans la City de Londres.

Comment ne pas s’inquiéter aussi que nos meilleurs "cerveaux" n’aient que la ressource de s’expatrier pour prétendre à un salaire décent et à des budgets conséquents pour poursuivre sereinement leur recherche ?

Une étude récemment publiée par l’Institut Montaigne révèle que«"les meilleurs chercheurs, les plus prolifiques et les mieux intégrés sur le plan international" sont le premiers à s’expatrier et que "le problème se pose de façon plus aiguë dans le domaine des sciences de la vie et des sciences exactes dont les innovations et les découvertes sont riches de retombées économiques".

Faut-il ne compter que sur ceux qui considèrent leurs métiers comme un sacerdoce alors que la science n’a rien à faire les religions et s’y oppose même lorsqu’elles prétendent lui dicter la vérité au nom d’une orthodoxie immuable ?

Alors que le devenir de notre société dépend de plus en plus des progrès scientifiques et techniques, cette désaffection de la carrière scientifique est préoccupante.

L’image de la science passe aussi par l’image des scientifiques elle-même en partie fonction de la reconnaissance de la société qui devrait aller bien au delà de la seule renommée internationale.

Les plus brillants d’entre eux devraient devenir aussi les plus médiatisés, les plus admirés, pourquoi pas les plus riches, pour que l’on souhaite que des bambins nous déclarent les yeux plein de rêves : "je veux devenir un scientifique".


Patrice Leterrier 

18 juin 2012

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 11:26

le doigt de dieu

S

ur son blog Passeur de Science, Pierre Barthélémy s’insurge contre une nouvelle offensive des créationnistes déclenchée en Corée du Sud.

A l’origine de leurs argumentations, les créationnistes jouent sur l’énorme ambigüité dans la compréhension du mot "théorie" par le grand public.

Le sens de théorie est souvent confondu avec celui d’hypothèse lui-même opposé à la compréhension intuitive de "certitude".

Il est vrai que le langage quelquefois abscons des scientifiques ne facilite parfois pas l’accès du grand public à leurs découvertes.

Il est vrai aussi que la notion de certitude en science reste tout de même une notion difficile à appréhender dans la mesure où la règle absolue de la réfutabilité conduit les plus malins des négationnistes à s’engouffrer dedans en confondant volontairement réfutabilité et doute systématique.

Réfuter une théorie, c’est apporter la preuve qu’il existe des expériences mesurables contredisant ou ne pouvant être expliquées par la théorie et non la mettre en doute au nom de croyances aussi respectables qu’elles soient (lorsqu’elles ne se mêlent pas de science).

Il est aussi grotesque de vouloir contredire le darwinisme à partir des textes sacrés que de vouloir attaquer les fondements de la foi religieuse à coup d’arguments scientifiques.

La réfutation d’une théorie comme celle de la gravitation universelle imaginée par Isaac Newton conduit souvent à l’englober dans une vision plus large. Elle reste «vraie» à une certaine échelle de mesure.

Ce n’est pas toujours le cas. Sans faire référence à la théorie de l’évolution qui balayait les conceptions anciennes sur l’origine des espèces (si on exclut la vision transformiste de Jean-Baptiste de Lamarck), Il suffit par exemple de suivre l’histoire de l’explication de la circulation sanguine à travers les âges et les bêtises racontées par Descartes, qui pensait que la chaleur du cœur qui étai t la cause des battements cardiaques, à l’époque où Willian Harvey décrivait la circulation et le rôle du cœur.

Les neutrinos "supraluminiques" annoncés hâtivement et à tort par la coopération OPERA auraient conduit à chercher à minima un complément à la théorie de la relativité.

Cette belle construction mathématique d’Albert Einstein n’a jusqu’à présent jamais été contredite.

Les scientifiques continuent à en explorer les conséquences par les expériences de plus en plus difficiles à appréhender par le grand public comme la récente (Septembre 2011) vérification par des astronomes danois du décalage vers le rouge de la lumière sous l’effet de la gravitation.

Ces digressions sur la notion de théorie pour illustrer qu’une théorie scientifique n’a jamais vraiment le statut de certitude absolue (si tant est que cela existe) mais simplement celui de modèle explicatif de la réalité, s’appuyant sur un ensemble d’hypothèses cohérentes, nécessaires et suffisantes, qui rend fidèlement compte des observations que l’on peut faire et conduisant à des prédictions vérifiables.

C’est une explication détaillée de quelque aspect de la nature, supportée par un vaste corpus de preuve qui n’a rien à voir avec une croyance religieuse s’appuyant sur un à priori indémontrable par nature.

A Napoléon, qui lui faisait remarquer qu’il n’était nulle part fait mention de Dieu dans son ouvrage la "Mécanique Céleste", Laplace répondit "je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse".

Charles Darwin n’en avait pas plus besoin pour écrire "On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life" et n’en déplaise aux créationnistes l’hypothèse de Dieu n’apporte toujours rien à la compréhension scientifique de nos origines.

Paraphrasant Marcel Proust qui disait "les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances", on peut dire que le monde irait mieux si les croyances ne se mêlaient pas du monde où vivent les faits.


Patrice Leterrier 

11 juin 2012

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 14:19
la-raison

Q

ue l’on parle du réchauffement climatique, du nucléaire, des OGM, notre société post industriel est confrontée à des problèmes de plus en plus complexes, exigeant des solutions de compromis sur le long terme.

Des spécialistes de multiples disciplines doivent se livrer à des longues analyses rigoureuses fondées sur l’accumulation de preuves et le raisonnement pour dégager des consensus.

Mais pourquoi donc les scientifiques n’arrivent-ils pas à faire partager leurs visions aux populations sur des sujets aussi importants ?

Pourquoi, par exemple, malgré l’accumulation d’évidences, les citoyens américains sont-ils plus divisés que jamais sur la question du réchauffement climatique et de ses conséquences ?

Kant aurait-il eu tort d’affirmer que nous entrions dans le troisième âge de la raison, celui de "l’émancipation de la conscience humaine d’un état immature d’ignorance et d’erreur" ?

Certains scientifiques sont désarmés devant leur incapacité à convaincre à coup de chiffres, de statistiques, de raisonnements rivalisant pourtant de clarté et de rigueur.

Ils attribuent l’entêtement de leurs interlocuteurs à leur incapacité à interpréter les chiffres et à leurs "limites" intellectuelles, ce qui les dispense d’ailleurs de s’interroger sur eux-mêmes.

Pourtant parmi les plus virulents détracteurs du réchauffement climatique on trouve d’authentiques scientifiques dont on ne peut douter des capacités à comprendre et à interpréter des argumentations chiffrées.

Une récente étude parue dans nature.com montre que le facteur le plus explicatif des croyances des américains dans le domaine du réchauffement climatique n’était ni le niveau socioculturel ni leur capacité à interpréter des données chiffrées mais bien leur appartenance à des groupes culturels qualifiés de "communautaristes égalitaires" ou d’"individualistes hiérarchiques", ce qui correspond presque traits pour traits, aux Démocrates et aux Républicains.

Le raisonnement argumentatif servirait plus à renforcer les croyances, à défendre le consensus tribal et l’identité du groupe.

Un consensus externe assorti de toutes ses preuves ne peut ébranler les convictions s’il risque de mettre en cause la cohésion du groupe.

Plus la conviction est forte et participe à l’identification au groupe, plus les faits seront utilisés pour renforcer les croyances quand bien même les évidences seraient en contradiction avec elles.

Le besoin d’appartenir à un groupe partageant sa vision du monde résiste à tous les coups de boutoir que la raison pure peut lui infliger.

Les comportements favorisant la cohésion des groupes ont été sélectionnés par l’évolution parce qu’ils en favorisaient la survie. 

La cognition humaine, qui dicte nos comportements sociaux, fonctionnerait en deux phases : d’abord nous utiliserions inconsciemment pour nous faire une opinion toutes sortes de raccourcis mentaux s’appuyant sur nos croyances et des repères émotionnels, traces de nos expériences et ensuite nous nous servirions méthodiquement de nos capacités de raisonnement, plus lentes parce que conscientes et délibérées, pour rationaliser nos pensées.

Comme l’écrit Ambroise Bierce dans le dictionnaire du diable "le cerveau est seulement l’organe avec lequel nous pensons que nous pensons".

La prise en compte de ces mécanismes ouvrira-t-elle la voie à une communication plus efficace entre la communauté scientifique et les citoyens ?

On peut l’espérer pour peu que les scientifiques, ou du moins les communicateurs, descendent de leur piédestal rationnel.

Il faudrait qu’ils s’efforcent de créer un climat de délibération sereine de sorte que les données scientifiques n’apparaissent plus comme des menaces pour les valeurs fondamentales défendues par les groupes.

Il faudrait aussi que les papes de l’opinion renoncent un peu à l’infaillibilité de leurs croyances.

Vaste programme comme disait Charles de Gaulle !


Patrice Leterrier 

4 juin 2012

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 14:16

 

Magritte--The-Son-of-Man.jpg

Q

uand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu".

Personne n’a peut-être jamais mieux décrit que Jean-Jacques Rousseau, dans son œuvre posthume Les Rêveries du promeneur solitaire, le plaisir de laisser vagabonder sans but son esprit.

Albert Einstein, qui sortait de chez lui en pantoufles, s’imaginait courant le long d’une vague légère – une rêverie qui l’aurait conduit à la théorie de la relativité restreinte.

La légende (ou l’histoire) de la pomme tombant sur le crâne du savant semble accréditer que la loi de la gravitation universelle fut découverte dans un moment de rêverie du grand Isaac Newton.

Archimède eut la révélation de sa fameuse poussée alors qu’il prenait un bain pour se détendre. Il mourût à 75 ans, plongé dans ses pensées, tué par un soldat romain qu’il avait apostrophé parce qu’il dérangeait ses "cercles" dessinés sur le sable.

Les travaux de neuroscientifiques semblent en tout cas confirmer que les moments de rêverie donnent lieu à une intense activité, dans un réseau appelé "le réseau par défaut", comparée par certains à une sorte d’énergie sombre du cerveau.

Benjamin Baird, psychologue à l’université de Columbia, émet l’hypothèse que la capacité de l’homme de rêvasser aurait été sélectionnée par l’évolution pour nous permettre de résoudre des problèmes complexes.

La rêverie, souvent associée à une certaine forme d’excentricité, serait donc au cœur de l’activité créatrice.

Encore faut-il être capable de "saisir" la pensée vagabonde et ne pas se complaire à ressasser à l’excès en se laissant envahir par des mondes imaginaires au point de perdre tout contact avec la réalité.

La rêverie n’est donc pas une forme de pensée «infantile» et d’adonnation à la paresse comme le prétendait Sigmund Freud.

Selon une étude réalisée par Daniel Gilbert et Matthew A. Killingsworth, des psychologues de l’Université d’Harvard nous passons près de la moitié de notre temps à rêvasser.

Des études, menées en 1993 par la psychologue américaine Kathryn Wentzel, de l’Université du Maryland, ont montré que c’est celui qui suit les consignes, reste silencieux et comprend ce qu’on lui enseigne qui est considéré comme l’élève idéal. Cette attitude favorise l’obéissance et le conformisme, mais laisse de côté la curiosité et l’indépendance indispensables au développement de la créativité. Il reste que la personnalité même de l’enseignant joue un rôle primordial dans la transmission.

L’inactivité est combattue dans nos sociétés où l’agitation, la performance sont les critères primordiaux de l’intégration et de la réussite alors même que le destin de nos sociétés de hautes technologies et d’échanges dépend en grand partie de nos capacités d’innovations.

Or les grands découvreurs, les grands créateurs, les grands artistes sont d’abord des grands rêveurs excentriques possédant plus que d’autres la faculté de désinhibition cognitive, permettant à des idées, des associations incongrues situées à l’arrière-plan de surgir à l’avant-scène de la conscience.

On commence heureusement à voir de ces excentriques créatifs trainés sur les campus des sociétés de hautes technologies qui ont compris l’importance de favoriser ces talents "cachés".

On se souvient que le très charismatique Steve Jobs se présentait toujours à ses grands shows d’annonce mal rasé, en jeans et col roulé.

Il aurait pu rester un vieil hippy attardé s’il n’avait croisé sur sa route un certain Stephen Gary Wozniak et fondé avec lui Apple dont le nom n’est pas étranger à la pomme de Newton.

Son génie, source de son incroyable réussite, ne venait pas uniquement de son anticonformisme mais n’y était sûrement pas complètement étranger.

C’est du reste cet anticonformisme qui est peut-être responsable de l’aggravation de sa maladie parce qu’il voulut d’abord se soigner avec des traitements naturels faits d’alimentation végétarienne, d’acupuncture et de plantes.

Toute médaille aurait-elle son revers ? 


Patrice Leterrier 

2 juin 2012

 

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 17:41

obese.jpg


S 

elon le dernier rapport de l’OCDE sur l’obésité, la France reste le pays où le taux d’obésité est le plus bas d’Europe (10% d’obèses et 40% de personnes en surpoids vs 65% aux Etats-Unis).

Il n’en reste pas moins que, par ses conséquences, elle reste un problème majeur de santé publique.

Parmi les facteurs favorisant le surpoids, la famille joue un rôle majeur puisque les enfants dont au moins un des parents est obèse ont 3 fois plus de risques d’être obèse.

Les critères socioéconomiques jouent aussi un rôle déterminant puisque les enfants issus des milieux les plus défavorisés ont deux fois plus de risques d’être obèses que les enfants des milieux les plus riches.

Une étude récente publiée dans PlosOne montre également que la fréquentation des magasins "hard discount" favoriserait une augmentation de l’IMC (indice de masse corporelle) et ce d’autant plus que le niveau de scolarité est le plus faible, dont on sait qu’il est directement lié au niveau socioéconomique.

En somme l’obésité et le surpoids seraient une forme de double peine pour les foyers les plus pauvres.

Non content d’accumuler les soucis économiques liés à la difficulté de trouver un travail, un logement, d’avoir à supporter des temps de transports de plus en plus longs et incertains, d’être confronter à une difficulté grandissante d’accès à l’éducation et à la culture, ils courent des risques plus grands pour leurs santés.

Il y a en prime la pénalisation toujours traumatisante pour des enfants du regard des autres dans un monde où les canons de la beauté mettent en exergue des silhouettes laissant plutôt supposer l’anorexie qu’une alimentation équilibrée.

On peut évidemment trouver des causes multiples aux "mauvaises habitudes" alimentaires.

Il y a bien sûr le stress lié au rythme de la vie moderne qui a réduit en peau de chagrin les périodes d’échange et de convivialité et pousse à "se remplir" pour combler l’angoisse.

Les industriels de l’agroalimentaire ne sont pas en reste eux qui, dans leurs publicités, vantent des sucreries et des plats préparés déséquilibrés tout en glissant un bandeau recommandant hypocritement la modération.

Que dire des stratégies cyniques des restaurateurs "rapides" qui poussent à consommer de plus en plus de produits trop sucrés, trop salés, trop caloriques.

La télévision et les jeux vidéo entrainent les plus jeunes à consommer en permanence.

Il y a aussi l’irréalisme des campagnes des autorités qui parlent d’une diversité inaccessible à la plupart des foyers modestes pour des raisons économiques mais aussi de temps à consacrer à la préparation.

On assiste également à une culpabilisation de plus en plus présente des "gros" pris dans le cercle infernal des régimes, définitivement et structurellement indissociables des effets rebonds et donc d’une spirale infernale vers le surpoids.

L’obésité est une vraie maladie et ce n’est pas une question de volonté mais bien d’abord un problème d’"offre" avant d’être un problème de discipline, de prévoyance, de suivi médical, d’accompagnement et d’éducation.

Les industriels ont beau jeu d’évoquer les "lois du marché", l’offre et la demande alors qu’ils façonnent sans scrupule la demande à l’offre.

C’est cette "offre" qui est aujourd’hui la cause de la malbouffe généralisée.

C’est bien sûr l’affaire de tous mais à commencer des pouvoirs publics qui devraient imposer des règles plus rigoureuses aux industriels, voire interdire certains produits qui sont de véritables "bombes à retardements" pour les plus jeunes.

L’offre pourrait aussi être adaptée pour gommer les disparités de ressources et permettre aux foyers les plus modestes d’accéder à ces fameux "fruits et légumes" et autres produits de la mer dont on nous rabâche les bienfaits mais qui sont terriblement absents des étals des "hard discounters" bradant des tonnes de hamburgers surgelés trop gras et des monceaux de frites tout autant surgelées aux qualités diététiques plus que discutables.


Patrice Leterrier 

22 mai 2012

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 12:55

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D 

ans un entretien avec Pierre Barthélémy, Jean-Marc Bonnet-Bidaud, astrophysicien au CEA, nous parle de l’ouvrage "un autre cosmos" qu’il a codirigé avec l'historien et philosophe des sciences Thomas Lepeltier.

L’argument central de leur thèse est d’inciter à se pencher sur des modèles cosmologiques alternatifs à celui du Big Bang.

La légitimité de la démarche n’est pas en cause. L’histoire des sciences est faite de ces ruptures avec les modèles établis : Copernic, Galilée, Newton ou encore Einstein ne sont-ils pas d’abord des grands contestataires des certitudes de leurs contemporains ?

La pertinence de la contestation du modèle dominant du big bang reste cependant conditionnée à ce qu’elle puisse déboucher sur un modèle plus explicatif des phénomènes observés.

Newton n’avait pas vraiment tort et Einstein n’avait pas non plus vraiment raison au sens d’une vérité révélée mais la théorie de la relativité est un modèle qui nous donne une explication des phénomènes plus en accord avec certaines des observations.

L’introuvable boson de Higgs n’existe peut-être pas mais il faudra alors trouver alors un nouveau modèle standard pour décrire la physique des particules rendant compte des observations.

La certitude scientifique n’existe que dans le cadre étroit du référentiel qu’elle considère et des instruments de mesure qu’elle utilise.

Elle prend souvent  la forme d’une équation mathématique qui décrit mais ne se confond pas avec les faits et dont la simplicité déroutante (comme e=mc2) nous fait parfois entrevoir un ordre paisible pour l’univers.

La pomme de Newton continue à tomber selon la loi de la gravitation universelle (h=1/2 gt2) et Einstein n’apporte pas grand-chose à Newton pour décrire ce phénomène même s’il en est tout autrement pour les particules accélérées dans le grand collisionneur de hardons (LHC).

Les mathématiques (à la fois puissantes, belles et même parfois poétiques) ne sont que des outils qui sont utilisés par les scientifiques pour les aider à décrire des modèles qui ne sont eux-mêmes que des représentations conceptuelles de la réalité.

Cette foutue réalité dont nous n’avons que l’intuition qu’elle existe en dehors de nous, comme nous avons l’intuition des autres, ne nous parvient qu’à travers ses manifestations qu’elles passent directement par nos sens ou par le biais d’instruments plus ou moins sophistiqués (comme par exemple le LHC).

Elle ne nous est accessible qu’à travers notre conscience (au sens neurologique et pas moral) dont on sait combien elle est sous le contrôle de l'amygdale c'est-à-dire de nos émotions.

La permanence des perceptions, le partage avec les autres par l’éducation, l’échange, la controverse,… l’existence d’une causalité apparente entre des phénomènes (la pomme tombe…), notre expérience de la vie nous donne cette intuition que nous tenons pour preuve de la réalité de notre univers comme nous avons l’intuition de notre mort certaine.

Dans un article intitulé "The Amygdala Made Me Do It", James Atlas cite Timothy WilsonWe are strangers to ourselves” et il ajoute "strangers who can learn how to be friends".

Sage conseil de devenir son ami plutôt que son ennemi !

Mais alors que par essence même nos croyances sont soumises au filtre de notre subjectivité pourquoi parler d’ânerie lorsqu’il s’agit des propos des autres puisqu’in fine leurs croyances ne peuvent être ni prouvées ni infirmées ?

Probablement parce que nous tenons plus à nos croyances qu’à celles des autres et que notre amygdale nous joue souvent des tours…

Voltaire disait "je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire".

Cela ne l’empêchait pas d’être d’une ironie féroce pour combattre les idées des autres  et notamment celles de son ennemi juré Jean-Jacques Rousseau.

On se souvient de sa fameuse lettre qu’il écrit à ce dernier en réponse aux "Discours sur l’inégalité des hommes" :

On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre Bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens malheureusement qu'il m'est impossible de la reprendre.

Il déformait avec malice les idées de son adversaire peut-être parce qu’il admirait ce qu’il ne savait ni ne pouvait être.


Patrice Leterrier 

17 mai 2012

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 19:55

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E

t il y eut un grand tremblement de terre, le soleil devint noir comme un sac de crin, la lune entière devint comme du sang,  et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme lorsqu'un figuier secoué par un vent violent jette ses figues vertes. Le ciel se retira comme un livre qu'on roule ; et toutes les montagnes et les îles furent remuées de leurs places." Ainsi s’exprime Saint Jean au chapitre 6 de son Apocalypse.

Depuis que l’on a découvert le plus ancien calendrier Maya, dans une habitation excavée sur le site de Xultún au Guatemala, dont les dates permettent de se projeter 7000 ans plus tard, la prédiction d’une fin du monde devant intervenir le 12 décembre 2012 parce que marquant la fin des 5 125 années du calendrier maya, perd un peu de son aura entretenue par les annonciateurs d’une apocalypse imminente.

Mais pourquoi donc le thème de fin du monde est-il toujours aussi puissant ?

Pourquoi plus de 90 films relatant des formes plus ou moins extravagantes de fin du monde sont-ils répertoriés sur le site apocalypticmovies.com, depuis le passage au 21e siècle ?

Peut-être comme le dit Bertrand Gervais, directeur de Figura et du Laboratoire NT2, parce que "si les visions d’apocalypse ont de tout temps fait partie des structures narratives par le biais desquelles l’humanité a pensé ou imaginé le devenir de la vie sur terre, il nous a semblé que nous assistions, en ce moment, surtout depuis le 11 septembre 2001, à une réactivation sans précédent des discours, mythes et métaphores liés, de près ou de loin, à l’idée de catastrophe totale."

On pourrait probablement ajouter que des catastrophes comme celle de Fukushima, le débat sur le réchauffement climatique et son cortège de discours alarmistes distillés par des marchands de peur en quête de notoriété, les crises à répétition qui secouent nos économies, l’inexplicable incohérence de l’action humaine qui laisse en chemin le 1/3 de ses représentants croupir dans la misère, la maladie et la faim, l’envahissement fulgurant des technologies qui menacent de rendre l’humanité contingente à elle et non l’inverse, la violence des conflits sur fond de fanatisme religieux et racial, tout pousse à douter de la sagesse, de la prévoyance et comme corolaire de la pérennité d’une espèce humaine qui ne cesse à la fois de reculer les limites de la science et dans le même temps ne semble pas parvenir à faire face aux défis qui l’attendent ni à faire triompher le droit et la justice.

Certes la fin du monde n’est plus envisagée de nos jours, comme dans l’apocalypse de Saint Jean, sous la forme d’une punition divine à l’impiété de certains et d’une libération éternelle des sages ayant craint la fureur de Dieu.

Il y a la vision traditionnelle de fin du monde comme la collision de la terre avec un astéroïde gigantesque ou encore celle d’un cataclysme sanitaire provoquée par la libération volontaire ou pas d’un virus résistant à toutes les parades humaines.

Il y a aussi ceux qui mettent en scène la fin naturelle d’une absurdité aveugle qui pousse l’humanité à sa propre perte.

Il est vrai que cette vision d’une humanité qui organise elle-même ses futures funérailles dans une schizophrénie sidérante est finalement beaucoup plus inquiétante qu’une fatalité toujours possible mais contre laquelle nous n’avons pas grand moyen d’agir même si certains construisent des scénarii pour dévier la course d’astéroïdes menaçant la terre.

Et on a bien l’intuition que la fin du monde conçue comme la fin de l’humanité est beaucoup plus proche qu’une hypothétique fin glaciale de l’univers que nous prévoit les astronomes bien après que le soleil ne soit devenu une naine blanche dans environ 5 milliards d’années.

Etrange préoccupation en vérité alors que notre fin à nous, qui est incontestablement, la seule dont ne pouvons avoir aucun doute, nous menace infiniment plus qu’une hypothétique apocalypse qu’elle ait ou non la magie poétique du texte de Saint jean.


Patrice Leterrier 

7 mai 2012

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