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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 14:11

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A

ristote écrivait dans l’Ethique à Nicomaque "on ne délibère jamais des choses qui ne peuvent être autrement qu’elles ne sont", légitimant ainsi la toute puissance d’une science s’imposant à tout le monde comme vérité révélée, une sorte d’aristocratie du savoir.

De nos jours, dans de nombreux domaines où les applications de la science modifient notre environnement le discours scientifique n’est plus cette vérité intangible mais est souvent construit selon une stratégie d'exposition qui n’exclut pas la dimension polémique ou dialogique. 

Dans ce contexte quel peut être le rôle de la vulgarisation scientifique ?

Selon Dominique Wolton "La vulgarisation scientifique consiste aujourd'hui à faire cohabiter quatre logiques plus ou moins concurrentes et conflictuelles : celles de la science, de la politique, des médias et du public".

Le discours vulgarisateur ne remplace pas le discours scientifique mais il le met en scène à grand renfort d’analogies, de comparaisons de métaphores, de paroxysmes, d’exagérations et d’hyperboles.

Il le dénature, le court-circuite sans pour autant le remplacer.

Dans un billet du blog SCILOGS, Hervé This s’interroge sur la capacité du public de "décider raisonnablement de l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés".

A cet effet il tente d’expliquer, en des termes de vulgarisateur, "ce qu'est l'ADN, afin que les décisions prises collectivement le soient en connaissance de cause".

Mais est-ce vraiment nécessaire pour un débat démocratique que de comprendre le rôle de l’ADN et par conséquent le fonctionnement des OGM ?

La question politique qu’ils posent n’est-elle pas celle de savoir si nous maitrisons tous les effets des transformations génétiques que mettent en œuvre les OGM, les risques de contaminations, de la coexistence de culture OGM avec des cultures traditionnelles, les dangers monopolistiques liés à la possibilité de les breveter et l’interdiction d’utiliser les semences autres que celles fournies par le fabricant (Monsento par exemple) mais aussi bien sûr en regard les bénéfices en termes nutritionnels (le riz doré par exemple) et en terme d’environnement (diminution voire disparition de l’usage de produits chimiques), etc.

Certains objecteront que pour justifier l’innocuité ou au contraire le danger des modifications génétiques, il faut bien en décrire le mécanisme et donc en revenir à ce fameux ADN autoreproducteur dont parle Hervé This.

Mais comment éviter qu’une telle explication ne tourne selon celui qui l’a fournie à un plaidoyer pour ou contre les OGM ?

Autrement dit comment éviter que la vulgarisation scientifique ne soit un discours au service d’un à priori, en quelque sorte un argument d’autorité ?

La vulgarisation scientifique ne serait-elle "qu’un leurre destiné à masquer la rétention du savoir et à légitimer (sous couvert démocratique) le pouvoir de certains?

Sujet vaste et complexe que celui du "troisième homme" entre les scientifiques et un public dont on ne peut pas dire qu’il soit homogène dans ses attentes face à la science.

D’autant que sa tâche devient de plus en plus ardue au fur et à mesure que les concepts scientifiques s’éloignent de notre monde de perceptions naturelles.

Allez donc essayer d'expliquer l'"intrication quantique" ou la supersymétrie ou encore l'existence putative de l’énergie sombre et de la matière noire.

Belle image que le fond diffus cosmologique mais lorsqu'il faut l’expliquer c'est une autre paire de manches.

Il est vrai que ces sujets ne semblent pas devoir avoir d’applications concrètes dans notre vie de tous les jours.

Ils peuvent donc plus légitimement rester l’apanage de spécialistes avertis.

Mais je ne suis pas vraiment sûr que concernant les OGM, les énergies renouvelables, le nucléaire ou encore le réchauffement climatique les polémiques qui font rage puissent être véritablement éclairées par un discours vulgarisateur impartial.


Patrice Leterrier

30 août 2014

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