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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 14:02

 

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C

 

ommentant le livre "Le théâtre quantique" que vient de publier un collectif scientifique emmené par Alain Connes, professeur au Collège de France, Michel Alberganti écrit "même lorsque l’on ne comprend pas un traitre mot de ce qu’il raconte, la magie opère".

Il donne ainsi à ce scientifique une certaine stature messianique confirmée par la citation de Richard Feynman: "Si vous croyez avoir compris la mécanique quantique, c’est que vous n’avez rien compris."

La question pose le problème du rapport de plus en plus difficile entre le monde tel que nous le percevons et celui que les physiciens nous décrivent à coup d’équations mathématiques inaccessibles sauf à une infime catégorie de savants à l’aise dans l’univers mathématisé inventé par des génies comme Niels Bohr, Albert Einstein, Werner Heisenberg, Paul Adrien Dirac et John Von Neumann.

L’ambition folle des auteurs du livre est de nous faire comprendre que "c’est l’effervescence quantique qui engendre le passage du temps" à travers un ouvrage qui "associe la physique quantique, le temps, la non-commutativité, les anagrammes, le CERN, leLHC, le boson de Higgs, la structure du cerveau, l’informatique, la vie, la jalousie entre collègues, la mort et même l’amour".

A écouter ce mathématicien, médaille Fiels en 1982, merveilleusement mis en valeur par Étienne Klein et Carlo Rovelli on en vient à partager l’admiration de Michel Alberganti parce qu’il se dégage de leurs discours une beauté conceptuelle dont on ne saisit pas tous les arcanes mais qui nous laisse pantois d’admiration comme lorsqu’on contemple une œuvre magistrale d’un grand artiste (je pense ici à Guernica de Picasso).

L'obsession d’Etienne Klein pour le temps (pas l'exécrable que nous avons aujourd'hui mais celui dont on saurait dire s'il passe, s'il s'écoule ou comme nous laisse entendre Carlo Rovelli s'il émerge de la physique quantique) donne lieu à des formules dont la musicalité vaut presqu’autant que la profondeur du sens qu’ils essaient de nous faire partager.

Lorsque par exemple Etienne Klein affirme, "cantonner le temps dans le sujet, ou vouloir que le temps n’ait de réalité que subjective, n’est-ce pas s’interdire d’expliquer l’apparition du sujet dans le temps ?". On ne sait plus très bien si le physicien parle de science ou de philosophie.

Il est clair que ces "gens là" naviguent dans un univers dont nous ne percevons que par moment les concepts, un univers, où les certitudes n’ont pas de place puisque le quantique est "une source d’aléatoire irréductible" comme nous le dit Alain Connes, où l’on peut être à la fois vivant et mort comme le chat de Schrödinger.

Il est bien difficile de nous séparer de "notre obsession chronologique" qui fait que fait que "dès qu’un instant présent se présente, un autre instant présent apparaît, qui demande au précédent de bien vouloir aller se faire voir ailleurs et prend aussitôt sa place, avant qu’un autre instant présent l’envoie lui-même se promener dans le passé, prenne sa place dans le présent, et ainsi de suite".

Comment accéder à l'étrangeté d'un monde qui bouscule toutes nos intuitions sur la réalité qui nous entoure sans livrer ses mystères ?

En attendant que ce fameux moteur du temps, comme en parle si bien Etienne Klein, ne nous soit révélé et que le temps perde peut-être un jour son statut d'être primitif, comment ne pas contempler admiratif cette idée que le "moteur du temps serait produit de façon souterraine par une sorte d’inframonde physique".

On atteint le sommet de ce vertige cognitif lorsque avec une calme désemparant Carlo Rovelli nous rappelle qu'il a fallut des siècles pour que la révolution copernicienne devienne une évidence pour nous et qu'il n'y a donc rien de surprenant que nous ayons tant de mal à imaginer un univers où le temps ne serait que la manifestation d'un univers quantique peut-être alors réconcilié avec la relativité générale.


Patrice Leterrier

28 mai 2013

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