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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 22:39


A

u moment où Barak Obama se heurte à la difficile tâche de dépasser le stade de discours novateurs, au moment où il doit négocier des dossiers aussi difficiles que ceux de la réforme du système de santé américain ou encore ceux brûlants du Proche-Orient, de l’Afghanistan, de l’Irak ou encore celui hautement sensible du nucléaire iranien, était-il vraiment nécessaire ni même utile ni encore opportun d’ajouter le poids d’une icône à porter à sa difficile tâche ?

Il a, jusqu’à présent il est vrai, beaucoup et bien parlé comme au Caire. Mais n’attend-on de Barak Obama plus, à savoir  qu’il fasse enfin de la politique au sens noble c'est-à-dire qu’il transforme ses idées nouvelles, généreuses et porteuses d’espoir en actes ?

Le monde n’espère-t-il pas comme un espoir fou qu’il ajoute une pierre décisive à la paix dans le monde en faisant aboutir des négociations qui s’annoncent longues, difficiles et risquées ?

L’académie suédoise, en couronnant l’ancien président Jimmy E. Carter ou l’ancien vice-président Albert A. Al Gore ou encore Mohammed el-Baradei, avait montré sa réprobation envers la vision manichéiste de Georges Bush.

Si on s’en tient au testament d’Alfred Nobel, le prix Nobel de la paix doit en principe récompenser  "la personnalité ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix".

La récompense attribuée à Barak Obama ne répond pas à cette définition mais sonne plutôt comme un pari, une marque de confiance, un espoir peut-être aussi fou que celui qui prévalut à la distinction du trio Yaser Arafat- Itzhak Rabin et Shimon Pérès, en 1994 alors que quinze ans après la violence, la haine et l’incompréhension continuent de gangréner cette région qui ne cesse de souffrir de la folie des hommes.

Itzhak Rabin a payé de sa vie son courage politique, assassiné par un extrémiste israélien le 4 Novembre 1995, Yasser Arafat s’est éteint le 11 novembre 2004 à l’hôpital militaire de Percy à Clamart. Le seul survivant du trio, le président Shimon Pérès a déclaré à l’annonce de cette récompense frappant de surprise Barak Obama "Vous avez apporté à l'humanité toute entière un nouvel espoir [...]. Sous votre leadership, la paix est devenue une vraie priorité".

Fort bien ! Si on ajoute la consécration que salue Nicolas Sarkozy du "retour de l'Amérique dans le cœur de tous les peuples du monde", les chancelleries rivalisent en qualificatifs flatteurs pour saluer cet événement.

Mais en couronnant si hâtivement Barak Obama, l’académie Nobel ne le gêne-t-elle pas potentiellement ?

N’est-il pas ainsi condamner à rester une icône alors qu’il doit gérer de bien difficiles dossiers avec ce qu’il faut de pragmatisme, de fermeté, potentiellement de démonstration de force et même parfois d’un certain cynisme pour parvenir à ses fins ?

On peut déjà voir l’utilisation boomerang qui peut être faite de cette distinction avec la réaction d’Ali Akbar Javanfekr, conseiller du président Mahmoud Ahmadinejad  qui déclare : "Nous espérons que cela (la récompense) l'incitera à emprunter la voie qui apportera la justice dans le monde. (…) Nous ne sommes pas contrariés et nous espérons qu'en recevant ce prix, il commencera à entreprendre des démarches concrètes en vue de mettre fin à l'injustice dans le monde."

Barak Obama a bouleversé le langage de la diplomatie américaine empêtrée dans la vision du bien et du mal de son prédécesseur. Il n’a pour l’instant pas obtenu grand-chose en retour de cette ouverture, si ce n’est ce prix.

Pour autant ce n’est pas une raison de renoncer à l’espoir d’un vrai changement et au fond c’est le message de l’académie Nobel au monde.


Patrice Leterrier

10 Octobre 2009

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