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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 16:56


P

eut-être certains d’entre vous se souviennent des travaux d’une équipe américaine sur la propagation du sentiment de bonheur dans des réseaux sociaux dont je vous avais parlé le 9 décembre 2008.

La même équipe avait aussi trouvé un caractère contagieux à l’obésité et au tabagisme.

Le psychologue John Cacioppo, de l'université de Chicago, en équipe avec Nicolas Christakis et James H. Fowler auteurs de ces études, a publié dans le "Journal of Personality and Social Psychology" une communication surprenante qui tend à démontrer que la solitude serait aussi contagieuse.

L’étude financée par les fonds fédéraux de l'Institut national du vieillissement a duré dix ans. Les chercheurs ont interrogé 4793 personnes tous les deux ans entre 1991 et 2001. Ils ont mesuré l’évolution du sentiment de solitude avec un test utilisé pour diagnostiquer la dépression.

L’idée que la solitude soit contagieuse comme un rhume ou la grippe apparaît à priori comme un paradoxe puisqu’on ne voit pas comment un ermite, évitant tout contact avec ses proches, pourrait transmettre son appétence à l’isolement à ses prochains qui sont en l’occurrence lointains.

Mais la solitude dans nos sociétés modernes est en général le résultat d’un lent processus de dégradation des relations sociales qui commence par la perte de confiance envers les autres et la mise en place d’attitudes et de discours de méfiance.

C’est pendant cette période d’incubation que le futur solitaire transmet, comme un virus, son sentiment négatif à son entourage avant de s’isoler à la périphérie des réseaux sociaux.

La solitude se propagerait plus facilement chez les femmes (dont on sait qu’elles sont en général plus empathiques que les hommes) et moins dans l’entourage familial qu’auprès d’amis proches et même de voisins.

En fait le sentiment de solitude ne veut pas dire que les relations sociales n’existent plus mais plutôt qu’elles sont de moins en moins satisfaisantes.

Le solitaire ressent d’abord son environnement comme hostile et finit par faire de ce sentiment une prophétie auto-réalisatrice en développant des comportements auto-protecteurs qui le pousse à s’isoler d’un monde hostile.

Bien sûr l’étude ne fait pas l’unanimité dans le monde scientifique. En particulier Jason M. Fletcher de l'Université de Yale, souligne des failles méthodologiques dans l’étude et notamment le fait que l’on ne peut écarter les facteurs d’environnement ou la tendance naturelle de gens semblables à se lier d’amitiés.

Lui et un de ses collègues avaient d’ailleurs montré, en utilisant les données provenant d'une enquête fédérale, que, selon la méthodologie utilisée, l'acné, les maux de tête et même la taille pourraient sembler se propager par les réseaux sociaux.

Cependant malgré ces critiques cette étude souligne l’importance des réseaux sociaux sur la santé physique et mentale des personnes.

Stanley Wasserman, qui étudie les réseaux sociaux à l’université de l’Indiana a déclaré "pendant des années, les médecins et les chercheurs concevaient les patients comme des êtres isolés, nous savons maintenant que l’entourage peut avoir un impact énorme sur leur bien-être".

On sait aussi que la solitude aggrave le risque d’apparition de démence et de la maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées.

Ces résultats soulignent, si c’était nécessaire, l’importance des facteurs environnementaux dans le traitement de ces pathologies.

Après tout les plantes, qui n’ont pourtant pas une organisation mentale aussi sophistiquée que les humains, semblent aussi adapter leur comportement à la présence de congénères de leur espèce alors pourquoi être surpris que les humains soient aussi sensibles à l’état mental de leurs proches ?


Patrice Leterrier

2 décembre 2009

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