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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 09:37

 

 

Place-Castellane.JPG


 

L

 

e parfait alignement entre la porte d’Aix et la porte de Rome dans les anciens remparts voulus par Louis XIV imposait la création de la rue de Rome qui s’arrêtait à l’époque à la hauteur de l’actuelle préfecture(1).

Le percement du Grand chemin de Rome qui prolongea la rue de Rome jusqu’à Castellane intervint en 1774, la même année où le marquis de Castellane-Majastre, propriétaire du domaine rural à l’extrémité de cet axe, offrit à la Ville son terrain pour la construction d’une place(1).

Il proposa aussi de prendre en charge les frais de son aménagement et c’est donc tout naturellement que l’endroit s’appela Place Castellane.

À l’origine elle n’était équipée en son centre que par un petit lavoir où l’on imagine que les marseillaises des environs venaient cancaner en battant leurs linges.

À la période sombre de la terreur, Etienne-Christope Maignet, le fidèle représentant de Robespierre dans la cité phocéenne, y fit célébrer la fête du déisme officiel le même jour qu’à Paris c'est-à-dire le 20 prairial (8 juin 1794)(3), ce "jour à jamais fortuné que le peuple français consacre à l'Être suprême", selon l’expression de Robespierre lui-même.

Un autel circulaire fut installé sur la place. "Ce furent les mêmes cortèges de jeunes filles fleuries, de nourrices portant des enfants nouveau-nés, de groupes allégoriques et de fonctionnaires en service commandé"(3).

Le zélé représentant de ce nouveau culte "y prononça un long discours sur le créateur, le vice, la vertu et l’immortalité de l’âme"(3) dont on peut imaginer l’emphase soporifique.

En 1809, le baron d’Anthoine, maire de Marseille, voulut donner à la place une grande fontaine avec un obélisque. Le monument érigé en 1811 fut dédié au roi de Rome qui venait de naître.

A l’autre bout de cet alignement se trouve la Porte d’Aix.

On pourrait penser que Marseille a voulu copier la capitale avec son Arc de triomphe de l’Etoile et l’obélisque de la Concorde.

Mais, pour tout dire, la rue de Rome prolongée par le Cours Saint Louis, le cours Belsunce et la rue d’Aix ne peut guère rivaliser avec les champs Elysées (même si la longueur est à peu près la même).

La place devint un carrefour encore plus vivant après le percement du Prado en 1839.

Le 22 Juin 1848, les ouvriers marseillais se révoltèrent, à l’origine pour obtenir que les journées de travail soient de dix heures comme dans la capitale.

La révolte n’eut rien de comparable avec l’insurrection parisienne sévèrement réprimée par le général Cavaignac mais "cet ouragan, effet déplorable de nos discordes civiles", marquât durablement l’esprit des marseillais.

Si la résistance la plus tenace, racontée par Emile Zola dans les mystères de Marseille, eu lieu sur la place aux œufs (place jean Guin), située à l’emplacement de l’actuel Centre Bourse, les derniers sursauts de cette révolte eurent pour théâtre la place Castellane où "s'élevaient cinq barricades, la plupart solidement construites".

 En 1857 puis en 1861, la ville achète les terrains pour ouvrir le boulevard Baille(1) qui va s’étendre sur 1300 m du Jarret, où se trouvait depuis 1844 l’asile d’aliénés, à la place Castellane renforçant ainsi son caractère névralgique.

Cette place n’avait pas finie de faire parler d’elle car en 1908 le richissime marbrier Jules Cantini souhaite y faire construire une fontaine monumentale en marbre de Carrare.

L’obélisque est donc déplacé au rond point de Mazargues.

Le sculpteur André Allar réalisa le programme décidé par Cantini lui-même.

Une allégorie de Marseille, tournée vers le port, couronne une colonne monumentale dont le socle est décoré de quatre groupes sculptés évoquant "la source ou l’Huveaune", "Le torrent ou la Durance", "Le fleuve ou le Rhône", et "La mer ou Amphitrite".

Le 12 novembre 1911, devant une foule immense, le maire Bernard Cadenat inaugure en grande pompe le monument et, pris par un lyrisme tout provençal, il compare Cantini à Crinas, qui "avait légué sa fortune pour la remise en état des fortifications et des remparts de la cité".

Lorsque Monsieur Giraud, directeur du Canal, fit jaillir l’eau des 500 jets de la couronne circulaire, la violence du Mistral rabattit les grandes eaux sur l’orchestre qui avait ouvert l’événement sur la Marseillaise et l’ouverture de Guillaume Tell obligeant les "75 malheureux musiciens à déguerpir en vitesse en protégeant leurs instruments"(2).

La fontaine fut longtemps cachée aux yeux des marseillais par les travaux interminables du métro.

Aujourd’hui les passants ne risquent guère de se faire arroser tant il est périlleux de vouloir s’approcher de la fontaine en slalomant dans le flot continu de la circulation.


Patrice Leterrier

31 janvier 2014

 

(1) Evocation du vieux Marseille André Bouyala d’Arnaud

(2) Marseille zig zag dans le passé Pierre Gallocher

(3) Histoire de Marseille Raoul Busquet

(4) Un exemplaire de ce chef d’œuvre est disponible à la Bibliothèque de France et à celle de Clermont université.

 

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