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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 12:55

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D 

ans un entretien avec Pierre Barthélémy, Jean-Marc Bonnet-Bidaud, astrophysicien au CEA, nous parle de l’ouvrage "un autre cosmos" qu’il a codirigé avec l'historien et philosophe des sciences Thomas Lepeltier.

L’argument central de leur thèse est d’inciter à se pencher sur des modèles cosmologiques alternatifs à celui du Big Bang.

La légitimité de la démarche n’est pas en cause. L’histoire des sciences est faite de ces ruptures avec les modèles établis : Copernic, Galilée, Newton ou encore Einstein ne sont-ils pas d’abord des grands contestataires des certitudes de leurs contemporains ?

La pertinence de la contestation du modèle dominant du big bang reste cependant conditionnée à ce qu’elle puisse déboucher sur un modèle plus explicatif des phénomènes observés.

Newton n’avait pas vraiment tort et Einstein n’avait pas non plus vraiment raison au sens d’une vérité révélée mais la théorie de la relativité est un modèle qui nous donne une explication des phénomènes plus en accord avec certaines des observations.

L’introuvable boson de Higgs n’existe peut-être pas mais il faudra alors trouver alors un nouveau modèle standard pour décrire la physique des particules rendant compte des observations.

La certitude scientifique n’existe que dans le cadre étroit du référentiel qu’elle considère et des instruments de mesure qu’elle utilise.

Elle prend souvent  la forme d’une équation mathématique qui décrit mais ne se confond pas avec les faits et dont la simplicité déroutante (comme e=mc2) nous fait parfois entrevoir un ordre paisible pour l’univers.

La pomme de Newton continue à tomber selon la loi de la gravitation universelle (h=1/2 gt2) et Einstein n’apporte pas grand-chose à Newton pour décrire ce phénomène même s’il en est tout autrement pour les particules accélérées dans le grand collisionneur de hardons (LHC).

Les mathématiques (à la fois puissantes, belles et même parfois poétiques) ne sont que des outils qui sont utilisés par les scientifiques pour les aider à décrire des modèles qui ne sont eux-mêmes que des représentations conceptuelles de la réalité.

Cette foutue réalité dont nous n’avons que l’intuition qu’elle existe en dehors de nous, comme nous avons l’intuition des autres, ne nous parvient qu’à travers ses manifestations qu’elles passent directement par nos sens ou par le biais d’instruments plus ou moins sophistiqués (comme par exemple le LHC).

Elle ne nous est accessible qu’à travers notre conscience (au sens neurologique et pas moral) dont on sait combien elle est sous le contrôle de l'amygdale c'est-à-dire de nos émotions.

La permanence des perceptions, le partage avec les autres par l’éducation, l’échange, la controverse,… l’existence d’une causalité apparente entre des phénomènes (la pomme tombe…), notre expérience de la vie nous donne cette intuition que nous tenons pour preuve de la réalité de notre univers comme nous avons l’intuition de notre mort certaine.

Dans un article intitulé "The Amygdala Made Me Do It", James Atlas cite Timothy WilsonWe are strangers to ourselves” et il ajoute "strangers who can learn how to be friends".

Sage conseil de devenir son ami plutôt que son ennemi !

Mais alors que par essence même nos croyances sont soumises au filtre de notre subjectivité pourquoi parler d’ânerie lorsqu’il s’agit des propos des autres puisqu’in fine leurs croyances ne peuvent être ni prouvées ni infirmées ?

Probablement parce que nous tenons plus à nos croyances qu’à celles des autres et que notre amygdale nous joue souvent des tours…

Voltaire disait "je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire".

Cela ne l’empêchait pas d’être d’une ironie féroce pour combattre les idées des autres  et notamment celles de son ennemi juré Jean-Jacques Rousseau.

On se souvient de sa fameuse lettre qu’il écrit à ce dernier en réponse aux "Discours sur l’inégalité des hommes" :

On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre Bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens malheureusement qu'il m'est impossible de la reprendre.

Il déformait avec malice les idées de son adversaire peut-être parce qu’il admirait ce qu’il ne savait ni ne pouvait être.


Patrice Leterrier 

17 mai 2012

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