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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 12:18

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N

ous laissons aujourd’hui des traces en continu de nos déplacements, de nos choix, de nos préférences, de nos achats.

30% des applications sur smartphone enregistrent nos localisations et peuvent donc nous suivre à la trace.

Nos cartes bancaires, cartes de transport comme navigo comportent aussi des données de localisation.

Les données que nous fournissons à travers les réseaux sociaux et les applications sur le web renseignent sur nos comportements, nos goûts, nos préférences, et permettent d’établir un véritable profil de notre personnalité.

Malgré la multiplicité immense des données recueillies dans les "big datas", notre empreinte numérique est aussi unique que notre empreinte digitale.

Les psychologues John, Donahue et Kentle ont développé en 1991 le concept de BFI (Big Five Inventory), une topologie des personnalités en 5 grandes caractéristiques psychologiques (ouverture à l’expérience, concienciosité, extraversion, agréabilité et névrosisme).

Cette topologie est largement utilisée pour déduire un grand nombre de nos caractéristiques sociales comme notre performance au travail ou notre capacité à prendre des décisions d’achat.

Des chercheurs du MIT ont montré que ce profil pouvait être déduit avec une assez grand fidélité de nos traces laissées sur internet.

En dehors du problème éthique que soulèvent ces possibilités de nous suivre à la trace et de nous connaître à notre insu, ne faut-il pas aussi se poser la question de savoir si cette interconnexion de plus en plus généralisée entre l’homme internautique et son environnement ne bouleverse pas aussi les schémas traditionnels de catégorisation sociale des individus.

C’est en tout cas l’opinion d’Alex Pentland, qui réanime à la sauce internet le vieux concept de Physique sociale d’Adolphe Quetelet.

Il pense que, en exploitant les Big Datas, les scientifiques vont pouvoir développer “une théorie causale de la structure sociale” et d’établir “une explication mathématique” de la société.

Pour Alex Pentland, les classes politiques et économiques sont des stéréotypes simplistes auxquels on devrait préférer des groupes de "pairs", définis par des normes communes.

La physique sociale "fonctionne en analysant les modèles de l'expérience humaine et de l'échange d'idée à travers les traces numériques que nous laissons tous derrière nous".

Cet échange incessant, favorisant la circulation des idées, structure le fonctionnement de la société.

D’après Pentland, "ce n'est pas seulement le plus brillant qui a les meilleures idées, c'est celui qui est le meilleur à récolter les idées des autres. Ce n'est pas seulement le plus déterminé qui mène le changement, c'est celui qui est le plus profondément engagé avec des gens qui partagent les mêmes idées que lui. ".

Nous devenons avant tout des "homo imitant" dont les comportements peuvent être déduits des comportements exemplaires d’autres personnes avec lesquels nous communiquons.

Faut-il voir un lien entre ce mimétisme numérique redéfinissant les échelles de valeur et l’évanescence de l’idéal humaniste hérité de la révolution qui plaçait la lutte contre les inégalités et l’intérêt général au-dessus des égoïsmes individuels ?

Thomas Piketty et Emmanuel Saez de l’Université de Californie à Berkeley montre "qu’après une longue période de réduction des inégalités de revenus, des années 1930 à la fin des années 1970, les politiques, fiscales notamment, conduites par les gouvernements ont renversé la tendance".

Est-ce cet emballement de l’enrichissement des plus riches et de l’appauvrissement dramatique des plus pauvres qui disqualifie les discours d’effort et de partage et alimente cette méfiance pour ne pas dire ce rejet de la politique incarnée par des hommes et femmes incapables de réveiller l’espoir ?

Leur plus grande responsabilité n’est-elle pas de laisser s’opérer une véritable décomposition de la vie politique laissant ainsi la place à des joueurs de flûte fustigeant l’autre, l’étranger comme la cause de tous nos malheurs ?

Pour Nicholas Carr "La politique est en désordre parce que la société est en désordre et non l’inverse".


Patrice Leterrier

1 juin 2014

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