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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 15:01

Terre en fumée 2


L

’affaire, que l’on appelle "climat gate", a démarré à quelques semaines de l’ouverture du sommet de Copenhague avec le vol par de mystérieux hackers d’un millier de courriels échangés par des scientifiques du Climate Research Unit.

Au centre, Phil Jones directeur du CRU, Professeur de la "School of Environmental Science" a l'université de l'East Anglica est actuellement démissionnaire de son poste pour permettre à une commission indépendante de faire toute la clarté sur cette affaire.

Certains, qui comme moi ont déjà largement dépassé le demi-siècle, se souviennent peut-être des prédictions apocalyptiques du Club de Rome en 1972 avec le fameux rapport  "The Limits of Growth" (Les limites de la croissance) commandé au célébrissime Massachusetts Institute of Technology.

Peut-être aussi partagent-ils ma circonspection devant la surenchère médiatique à laquelle se livrent les Al gore, Yann Arthus-Bertrand et autre Nicolas Hulot pour nous prédire des catastrophes écologiques planétaires ?

Les scientifiques qui étudient la terre et en particulier le climat ont une responsabilité énorme de nos jours. Il ne s’agit plus en effet pour eux d’étudier tranquillement l’évolution du climat, des espèces, des océans, des forêts et autres sujets donnant naissance à de volumineux rapports lus par un petit cénacle d’avertis. Il ne s’agit plus non plus de débattre avec passion et conviction de différents scénarios pour le futur en toute tranquillité dans le secret de leurs laboratoires.

Ils doivent maintenant nous alerter des dangers potentiels que court notre planète dans les décennies à venir avec le désir forcément de convaincre et donc de simplifier leurs arguments. Mais dans le même temps ils ont le devoir absolu de rester dans l’objectivité scientifique et donc de ne pas masquer les incertitudes de leurs prévisions. Mission impossible diront certains !

Deux géophysiciens  Erle Ellis de l'Université du Maryland, Baltimore et  Peter Haff, de l'Université Duke, s’inspirant d’une proposition du prix Nobel  de Physique Sir Joseph Roblat, suggèrent dans un article paru dans Eos, de faire signer à tout scientifique étudiant la terre, quelle que soit sa spécialité, une sorte de serment d’Hippocrate(*) pour s’engager à ne pas nuire à son patient… la terre !

La proposition qui est particulièrement pertinente en ce moment ne ferait pas taire les sceptiques mais elle aurait le mérite de recadrer le débat sur l’essentiel.

Concernant la planète le principe de précaution semble trouver une légitimité absolue car, même si les prédictions ne sont pas des certitudes, elles sont trop lourdes de conséquence pour qu’on les néglige.

Au passage il est aussi important de noter depuis l’apparition du rapport du GIEC, les derniers études semblent plutôt plus alarmistes en ce qui concerne le réchauffement climatique.

Ceux qui mettent en cause la responsabilité de l’homme et le rôle des émissions de gaz à effet de serre dans le réchauffement climatique prennent une lourde responsabilité face aux générations futures.

La chose pourrait être risible si elle n’était pas reprise par certains chefs d’états et si on ne pouvait écarter qu’elle participe au fait que les américains soient, selon les sondages, de plus en plus nombreux à douter que les activités humaines soient responsables du réchauffement climatique.

Comme le souligne, dans une interview dans Wired Sciences,  Kari Norgaard Professeur de sociologie au Withman College, nous avons tendance à moins prêter attention aux risques pour lesquels il n’y a pas de solution évidente. En ce sens et paradoxalement, les discours alarmistes de certains en quête d’audience sont les meilleurs alliés des supporters du climat gate.  


Patrice Leterrier

8 décembre 2009

 

Fichier PDF

 

(*) Les scientifiques qui signeraient ce serment s’engagerait à :

· Dénoncer toute intervention qui pourrait nuire à l'humanité, la biosphère, l'atmosphère ou d'autres systèmes de la terre dont dépend notre bien-être.

· Proclamer sans ambigüité que la compréhension scientifique de la planète est limitée et qu’en conséquence toute perturbation de l’équilibre de la Terre est par nature risquée.

· Décrire, au mieux de sa connaissance et  de celle de sa discipline, les risques spécifiques encourus par toute altération intentionnelle d'un système terrestre, y compris les risques pour les humains, d'autres organismes, et les systèmes qui permettent la vie sur Terre.

· Veiller à ce que tous les conseils que je donne, le soient pour le bénéfice de l'humanité, exempte de distorsion intentionnelle ou préjugés personnels et à n’entreprendre aucune action dont le résultat pourrait perturber l’équilibre fragile de la terre malmenée par l’homme.

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