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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 10:27

 

 


A

vec 393 morts, le nombre de décès sur les routes a bondi de 17,7% au mois de septembre 2009 par rapport à septembre 2008 pour le troisième mois consécutif.

Didier Laurens sur slate.fr pense qu’il faut en finir avec le tout répressif et "améliorer l'éducation des conducteurs et leur formation", mais il ajoute "c'est moins simpliste, plus coûteux et les effets ne sont pas immédiats".

Sans contester la pertinence de ces propositions, on pourrait aussi commencer par faire du permis de conduire autre chose qu'une stupide torture de questions plus ou moins tarabiscotées auxquelles on doit répondre une fois dans sa vie et un vague créneau que l'on ne réussit que le jour du permis.

Et si les constructeurs arrêtaient la course à l'énormité en matière de taille ou de puissance?

Et si le langage anthropomorphique associant la bagnole (et encore plus la moto) à la notion de virilité et de séduction était remplacé par une apologie de la sécurité et de l’écologie ?

Georges Pompidou disait le mégot au bec "les français aiment la bagnole" et il oubliait d’ajouter qu’elle rapporte gros à l’état.

Les français ne sont donc pas rancuniers avec ce qu’elle leur coûte et ce qu’elle coûte à la société avec ses milliers de vies brisées condamnées à troquer leur véhicule pour des fauteuils roulants qui n’ont rien de fringant cabriolet ni d’agressive moto.

Aujourd’hui le message dominant est celui de l’évidence "bourrelienne" que l’ennemi absolu, le responsable de tout c’est la vitesse.

Il est certain qu’une voiture à l’arrêt a moins de risque de provoquer des accidents (encore que cela dépende d’où elle est arrêtée…).

L’ennui c’est qu’une voiture ou une moto c’est d’abord fait pour rouler et que dès lors les choses se compliquent.

Conduire n’est un art que pour des pilotes sur circuit. Pour le citoyen c’est d’abord une discipline qui doit s’apprendre hélas sur le tas de bitume, un devoir de respect des autres et de la réglementation, une attention de tous les instants, bref une chose impossible à pratiquer sans faire de faute.

Dès lors devant l’inaccessible, on s’arrange. On s’arrange avec l’alcool, avec la fatigue, avec la vue, avec la réglementation, avec l’autre c.n qui est devant nous et qui se traîne (Il ne travaille pas lui !). Conduire devient ainsi inexorablement synonyme de transgression.

Pour la science se faisant échos d’un article paru dans les "Proceedings of national academy of Science of the United States of America", nous révèle qu’il y a deux façons d’être honnête : ne pas connaître le mensonge et la tricherie ou bien résister à la tentation, en somme la grâce ou la vertu.

Les expériences menées par l’équipe de Joshua D. Greene et Joseph M. Paxton démontrent que plus on cherche à contrôler son comportement et ses pensées plus on a de risques de succomber à la tentation. La tentation doit bien sûr être une promesse de récompense financière dans le cas de l’expérimentation ou autre.

Bien heureux ceux qui sont honnêtes ou respectueux des règles par nature mais pour les autres, il serait assez illusoire de penser que le respect des règles soit l’effet d’une conscience des dangers, des règles mais bien une analyse plus ou moins consciente des gains potentiels d’une telle attitude. Ce qui est en cause c’est donc la gratification sous-jacente liée à la transgression des interdits.

Il s’agirait donc, outre la menace de répression qui vient tempérer les bénéfices potentiels de l’attitude transgressive, de s’attaquer à la représentation de ces bénéfices, aux fondements de la gratification narcissique de ces comportements.

En fait la clé c’est que la vitesse, mais aussi le stationnement interdit, le dépassement sur une ligne jaune, le non respect d’une priorité ne sont pas une affirmation de soi, une preuve de la singularité de chacun mais une sorte de conformisme anticonformiste, au mieux empiétant sur la liberté de l’autre, au pire mettant en jeu sa vie ou sa santé et celles des autres. En fait il s’agit d’en finir mentalement avec les bénéfices illusoires de telles attitudes.

Alors en plus de stages de formation sur la conduite il faudrait aussi introduire une formation psychologique pour combattre ces comportements stéréotypés de toute puissance poussant à considérer "l’autre" comme l’ennemi, le responsable désigné de tous les dangers.


Patrice Leterrier

13 Octobre 2009

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