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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 22:46

 

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L

 

es analystes prévoient la vente de 3 millions de tablettes d’ici la fin de l’année en France et, selon ABI research, le cap des 100 millions de tablettes devraient être atteint dans le monde en 2012.

Il y a aujourd’hui plus de 5 milliards de téléphones portables, un milliard de smartphones et autant d'utilisateurs de Facebook.

Il n'est pas douteux que le profond bouleversement dans les communications interpersonnelles que nous vivons a déjà et aura de plus en plus d'impacts non seulement sur la forme mais aussi sur la nature même de l'interaction sociale.

Le succès incroyable des réseaux sociaux qui orientent en la formatant la relation, l'engouement, qui n'est pas que l'effet d'un marketing redoutablement efficace de la marque à la pomme, pour les tablettes modifient radicalement à la fois la forme, la distance, la temporalité mais aussi la nature des échanges.

Ceux que Nicolas Auray appelle "les natifs numériques", ces générations qui arrivent et qui n’ont pas connu le monde avant l’explosion communicante, se meuvent avec aisance dans un univers de voisinage sans référence spatiale ni même temporelle.

Le monde passe d’un petit nombre de relations fortes investies de chaleur humaine avec sa famille, ses voisins, ses amis "privés" a un grand nombre de relations faibles désinvesties émotionnellement et construites sur une supposée communauté d’opinions, d’intérêts ou de goût.

Avec l’homme 2.0 qui succède à l’homo faber de Bergson émergent de nouvelles formes de sociabilité dans un déferlement d’informations dont la fiabilité n’est plus garantie par la confiance en l’émetteur.

L’image que ce miroir virtuel renvoie n’est plus celle de notre seule apparence, de nos attitudes, de nos émotions, de notre discours, de nos archétypes socioculturels.

La valeur d’un individu n’a plus grand-chose à voir avec ces vertus morales et ces postures comportementales en accord avec des conventions iconographiques auxquelles s’accrochent encore certains dirigeants.

Elle se mesure aujourd’hui sur la toile à la capacité à être un "mailleur", un faiseur de réseaux.

La conjonction de ces nouveaux outils avec la puissance et la souplesse incroyable d’internet redéfinit la notion même de proximité, d’intimité et même d’identité.

Comme l’écrit le philosophe Jean Michel Besnier "les technologies sont comme les médicaments, à la fois des poisons et des remèdes".

Elles peuvent donner lieu à tous les excès, asservir des utilisateurs compulsifs, favoriser le développement de réseaux terroristes, mafieux ou pédophiles, exposer les plus jeunes à la pornographie, répandre et amplifier des rumeurs et même pousser des êtres fragiles au suicide.

Elles sont aussi porteuses de formidables (mais peut-être utopiques) espoirs notamment pour démultiplier le savoir et l’information vers des populations qui en sont aujourd'hui privées.

Elles ont montré leurs influences dans le vent de liberté qui a soufflé dans le Maghreb et le Proche-Orient.

Mais elles peuvent être à l’origine d’une nouvelle sorte de fracture cognitive entre ceux qui peuvent en disposer et qui la maîtrise et ceux qui en sont privés parce qu’ils n’ont pas les moyens ou les capacités pour l’apprivoiser.

L’hypersollicitation à laquelle elles nous soumettent réclame des capacités cognitives nouvelles pour gérer des stimulations multiples et simultanées.

Elle favorise une attitude réactive répondant dans l’instant aux sollicitations mais aussi une sorte de fractalisation de l’attention qui pousse à la découverte et à l’inattendu au détriment de la planification et de la continuité de l’action qu’il s’agisse par exemple de la lecture séquentielle d’un livre ou de la réalisation d’une tâche.

Ce qu’il y a de vraiment révolutionnaire dans ce nouveau paradigme de communication, ce qui va modifier aussi définitivement que l’invention de Gutenberg le paysage relationnel des humains, c’est cette convergence d’un univers de connaissance sans limite et de la multiplication de ces outils.


Patrice Leterrier

28 novembre 2012

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