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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 14:01

 

 Computer Science and Artificial Intelligence Lab (CSAIL)


 

M

 

ichel Alberganti sur Slate.fr nous fait découvrir un programme de traitement de vidéo mise au point par le MIT permettant de déceler des changements de couleurs ou des mouvements imperceptibles à l’œil nu.

Il passe ensuite en revue les applications médicales, de surveillance pour la sécurité (par exemple observation amplifiée des mouvements d’une grue) mais aussi policières (détecteur de mensonge) qu’un tel outil pourrait permettre.

On est impressionné par les nouvelles possibilités de monitoring médical non invasif de cet outil notamment pour la surveillance de nouveaux nés prématurés mais aussi pour déceler des anomalies comme le risque d’anévrisme.

On peut être plus réservé sur les applications visant à capter les sentiments de prévenus par exemple.

La chose devient carrément terrifiante quand on envisage l’usage que pourrait en faire des employeurs pour déceler des réactions cachées de candidats en entretien d'embauche.

Il y a un véritable problème déontologique à utiliser unilatéralement et à l'insu d'une personne des instruments pouvant révéler des choses de son intimité.

D'une manière plus globale, le problème que pose tous ces outils de "réalité augmentée" c'est celui d'une "fracture technologique" entre ceux qui les maîtriseront et ceux qui, pour des raisons économiques ou d'inégalités face au pouvoir social ou économique, n'en disposeront pas.

La réalité augmentée qui se confond avec le virtuel pose aussi un problème d'adaptation des apprentissages voire même de "câblage" neuronal chez les plus jeunes sujets.

On sait qu’ils sont déjà confrontés de plus en plus jeunes à cet environnement hybride avec les jeux vidéos, les téléphones et les tablettes.

On a déjà constaté que les addictions aux jeux électroniques n’étaient pas sans conséquence sur la « circuiterie » des adolescents avec notamment un risque de désensibilisation à la violence.

Nous passons d’un "Homo télévisuel" qui change déjà considérablement d’un "Homo Gutenbergois" à une sorte d’"Homo cybernétique" de plus en plus dépendant de "prothèses" de toutes sortes et en particulier communicantes et mnésiques et pour lequel la frontière entre le réel et le virtuel devient de plus en plus ténue.

Nous sommes et serons de plus en plus confortés à un bain informationnel inédit dans l’histoire de l’évolution, une sorte d'"exosoi" venant s'ajouter, sans le filtre dont nos sens "naturels" disposent et qui a pris des millénaires à se construire, à notre "appréhension" du monde et des autres.

On voit bien déjà comment les outils de communication modernes qui ont envahi notre vie de tous les jours modifient les comportements dans nos relations avec les autres et dans ce qui n'est aujourd'hui qu'une augmentation à la fois encyclopédique et fractale de nos mémoires.

Mais les applications, aujourd’hui réservées au monde médical et à celui des assurances (ex. IBM Watson) se généraliseront sans aucun doute.

Nous disposerons bientôt de possibilités d'augmentation de nos capacités cognitives, des sortes de béquille de "l'intelligence".

Rien ne pourra empêcher ce couplage de plus en plus important entre nos capacités à la fois sensitives et cognitives issues de la lente et fabuleuse histoire de l’évolution et les outils technologiques qui deviennent nos béquilles d’une réalité augmentée, voire l’invasion du virtuel dans notre vision du monde et des autres.

Certains y voient déjà le signe d’une évolution vers ce qu’ils appellent une "transhumanité".

Ce qu’il semble hélas évident c’est que ces formidables évolutions (on parle aussi un peu rapidement de progrès) ne s’accompagnent pas d’une réflexion collective sur les conséquences éthiques et sociologiques à la hauteur des enjeux qu'elles soulèvent.


Patrice Leterrier

18 mars 2013

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