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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 11:56

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D

ans sa tribune sur l’Express, Jacques Attali lance un plaidoyer pour l’interdiction du tabac.

Comparant les effets du Médiator à ceux du tabac, il s’étonne que "personne ne se demande pourquoi on ne traite pas avec la même sévérité un produit totalement inutile, à la nocivité aujourd’hui avérée, consommé chaque jour par 1,3 milliards de personnes dans le monde et qui fait chaque année 5 millions de morts, soit plus que le sida et le paludisme réunis".

Jean Yanne dont on connaissait le sens inné pour la formule, avait lancé dans une émission radiophonique du printemps 1968 son fameux "il est interdit d’interdire".

Pour lui il ne s’agissait bien sûr que d’une de ces boutades dont il avait le secret.

Il ne se doutait probablement pas du retentissement que cette phrase allait avoir auprès d’une jeunesse en désespérance.

J’entends les arguments irréfutables développés par Jacques Attali mais, n’en déplaise à ce brillant esprit, je crois tout de même qu’il ne servirait à rien d’interdire le tabac pas plus qu’il ne serait efficace de prohiber la vente d’alcool.

Il s’agit certes de véritables fléaux pour la santé mais en premier lieu de drogues dont ni les fumeurs ni les alcooliques ne seraient malheureusement (d’abord pour eux) se passer.

On voit d’ailleurs ce que provoque la prohibition.

Elle profite avant tout à des organisations mafieuses que ce soit aujourd’hui pour la drogue ou encore dans les années 20 pour l’alcool aux États Unis.

Il est également trivial mais utile de rappeler que l’addiction est une maladie grave qui ne se guérit pas en évoquant une question de volonté.

Il est aussi trivial de relier le tabagisme et l’alcoolisme à la désespérance et à la misère qui sont des maux dont les politiques ne peuvent se dédouaner en pointant du doigt les victimes.

L’efficacité des images chocs sur les paquets de cigarettes est sujette à controverse et de toute façon s’érode dans le temps, l’habituation prenant le pas sur le dégout et la peur putative qu’il entraine.

Elles pourraient même avoir un effet paradoxal : au lieu de dissuader le fumeur par le danger évoqué avec force, elles pourraient renforcer son sentiment de culpabilité, lequel participe à l’état de stress dont le fumeur pense se soulager justement en allumant une cigarette…

Certes l’absurdité économique est flagrante : taxes sur le tabac (qui, lorsqu’elles deviennent trop importantes, favorisent la contrebande), campagne de publicité, coûts énormes des conséquences en santé publique pour la collectivité et par boucle rétroactive justification d’encore plus de taxes et plus de lois pour isoler de plus en plus le fumeur dans le no man’s land des parias de la société…

On peut espérer une société sans Thalidomide, sans sang contaminé ou plus d’actualité sans Mediator.

On doit lutter avec force pour que ces scandales de la collusion de l’argent et des pouvoirs publics ne détruisent pas la santé de victimes doublement innocentes : Innocentes parce qu’elles ignorent le danger et innocentes parce qu’elles croient prendre un traitement en toute confiance.

Peut-on rêver d’une société sans alcoolique, sans fumeur, sans chauffard ?

Un monde sans tabac est malheureusement une utopie même si elle est séduisante…. 

Je crois que c’est Jacques Attali qui a écrit "l'Histoire moderne a montré que l'utopie est mère de toutes les dictatures".


Patrice Leterrier

7 Février 2011

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