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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 12:39

 

Aristote

Nicolas Sarkozy veut "sauver la filière littéraire, aujourd’hui en perdition". Il veut faire de la série L une véritable série internationale.

Certains pourraient voir dans cette déclaration une sorte de revanche des khâgneux sur les matheux, une réhabilitation des élèves n’ayant aucun goût pour les équations différentielles et préférant les exégèses sur les écrits de Platon et les subtilités de l’imparfait du subjonctif, une sorte de rédemption des mots dominés par les nombres depuis l’invention de l’algèbre par le mathématicien d'origine kurde Al-Khawarizmi au IXème siècle.

Depuis la naissance du lycée créé par la loi du 11 floréal an 10 (1er mai 1802) sous le consulat par Napoléon Bonaparte, les sciences ont toujours fait parti de l’enseignement général, même lorsque l’enseignement était largement à dominante littéraire.

Le baccalauréat fût institué par l’empereur Napoléon par décret du 17 mars 1807.

A l’origine il ne comprenait que des épreuves orales portant sur des auteurs grecs et latins, sur la rhétorique, l'histoire, la géographie et la philosophie.

Le premier baccalauréat eut 31 heureux élus (ils étaient 524 000 en 2009 soit 83,4% des inscrits !).

Aujourd’hui où les applications de la science, notamment dans le domaine des communications, bouleversent de plus en plus notre environnement, il semble plus que jamais nécessaire que les futurs citoyens acquièrent un minimum de bagage scientifique et singulièrement des bases solides en mathématiques.

La série S créée en 1993 en même temps que les série L et ES est devenue de fait plus une voie royale pour accéder à des études supérieures qu’une véritable série scientifique préparant de futurs chercheurs.

Elle est le passage obligé pour l’accès aux grandes écoles d’ingénieurs et de ce fait possède une attractivité sans rapport avec son programme plus subi que choisi par goût par les élèves.

Embrigadés dans l’ascèse mathématique et scientifique des classes préparatoires, les esprits les plus agiles dans l’abstraction, sont destinés à intégrer les grandes écoles d’ingénieurs.

Quelques uns seront appelés aux plus hautes responsabilités et devront alors s’acquitter de la rude tâche de diriger des hommes et de comprendre un monde plus systémique qu’analytique.

Ils auront alors à montrer des compétences bien différentes que celles de savoir résoudre des équations complexes. Des tâches auxquelles ils ne sont absolument pas préparés et d’ailleurs pas forcément particulièrement doués.

San nier le rôle capital des sciences abstraites dans la formation des élites, ne devrait-on pas aussi mettre l’accent sur de solides formations en économie, en langue et autres balivernes comme le droit pour se préparer à être des compétiteurs affutés dans l’économie largement mondialisée ?

Loin de moi l’idée de nier qu’il soit nécessaire de réhabiliter le blason de l’enseignement littéraire trop souvent galvaudé de nos jours pas plus que de contester la nécessité d’entretenir et de valoriser des chercheurs trop souvent obligés de s’expatrier pour satisfaire leurs légitimes ambitions.

Le problème aujourd’hui n’est-il pas autant que la série S ne soit qu’à la marge destinée à former des futurs scientifiques, que la série L soit si lointaine des sciences et des mathématiques et qu’il n’existe en fait aucune série prenant en compte la réalité des énormes changements que le monde a connu depuis 1993 ?

Aristote pouvait, comme Platon, ambitionner d’embrasser l'ensemble des objets de savoirs.

Nos jeunes sont obligés de choisir trop tôt dans l’immense étendue du savoir humain un angle d’acquisition des connaissances opposant artificiellement sciences, littérature ou économie. Alors pourquoi pas une série LS, SL pour réconcilier les chiffres et les lettres ou mieux encore une série SLES pour préparer à la modernité ?

Mais je rêve bien sûr ! Nous aurions immédiatement tous les élèves et leurs professeurs arborant des pancartes clamant haut et fort "Touche pas à mon Bac !".

Le monde change à toute vitesse et la France reste prisonnière d’une incroyable et dangereuse pesanteur.


Patrice Leterrier

15 Octobre 2009

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