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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 19:05

 

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C

 

ette phrase qu’aurait murmuré Galilée à l’issue de son procès où il avait officiellement renié toutes ses convictions scientifiques est une illustration symbolique que les croyances et la connaissance ne font pas vraiment bon ménage.

D’aucuns pourraient penser que l’avènement de ce formidable outil d’information qu’est internet sonnerait le glas des croyances pour faire surgir spontanément un monde dominé par les sciences nous permettant de jeter un regard éclairé sur le monde.

Jamais en effet l’homme n’avait disposé d’une telle source directe et instantanée d’informations sur tous les sujets qui peuvent le préoccuper.

On pourra savoir en temps réel l’évolution de la population mondiale, les derniers résultats des recherches scientifiques, la découverte de telle ou telle espèce inconnue, et tous les éléments du plus simple au plus élaboré pour comprendre la théorie de la relativité ou encore les fondements de la mécanique quantique.

Gérald Bronner nous rappelle que "cinq fois plus d’informations ont circulé au début des années 2000 que depuis l’invention de l’imprimerie par Gutenberg".

Et pourtant jamais non plus, dans ce flot d’informations diluvien, les ennemis de la science n’avaient été aussi actifs.

Que ce soit les délires des tenants de complots divers et variés, les longues démonstrations biaisées des climatosceptiques, les énormités défendues par les créationnistes et d’autres se parant d’une pseudo approche scientifique pour défendre des contre-vérités indéfendables, la toile est littéralement infestée de leurs délires.

Et c’est sans compter aussi sur les innombrables écrits des intégristes religieux qui ont parfaitement compris le parti qu’ils pouvaient tirer d’Internet.

Au point qu’il est souvent nécessaire d’aller consulter les dernières pages d’une recherche sur Google pour trouver quelques bribes d’informations sérieuses sur certains sujets volontairement rendus polémiques par les ennemis de la vérité scientifique et les tenants des croyances extrémistes.

Nul doute qu’il y a largement de quoi alimenter notre biais de confirmation qui fait que nous accordons plus d’attention aux écrits qui confortent nos croyances et nos opinions qu’à ceux qui les contredisent.

Cette puissance des écrits négationnistes ou sectaires serait-elle due à l’indifférence des scientifiques peu préoccupés à réfuter des théories farfelues ?

Probablement un peu mais peut-être aussi par le fait que la tâche qui consiste à réfuter un à un les arguments avancés par ces briseurs de vérité est fastidieuse.

De plus elle laisse toujours l’impression désastreuse qu’il n’y a pas de fumée sans feu et que l’acharnement à réfuter ne peut complètement dissiper le doute quand il ne l’augmente pas.

Car bien souvent la conclusion n’est pas une affirmation mais seulement l’absence totale de preuve de ces théories fantaisistes qui frappent l’opinion.

Par exemple il n’existe aucune preuve sérieuse de l’action des antennes relais sur la santé mais on ne peut évidemment pas apporter la preuve que l’on ne pourrait pas en découvrir dans l’avenir.

Les négationnistes savent parfaitement utiliser le doute scientifique en le détournant de son corollaire qui est la preuve pour laisser planer le scepticisme au dessus des têtes de pauvres lecteurs assaillis d’argumentaires fallacieux.

Le marché cognitif fantastique ouvert par internet est largement occupé par les prosélytes de croyances et l’apparente pluralité des opinions est biaisée par le fait que leurs défenseurs sont beaucoup plus prolixes que ceux qui les combattent.

Fort de l’armure de la science, ils ne prennent en général même pas le temps de les contredire autrement qu’en haussant les épaules devant de "telles absurdités".

Le résultat est que ceux qui croient par exemple à l’existence d’un complot à l’origine des événements du 11 septembre 2001 trouveront une myriade de thèses confortant cette légende.

Elles rivaliseront d’imagination pour les convaincre à coup de démonstrations - certes fausses - mais tellement détaillées qu’elles auront l’apparence de la "vérité".

Ils peuvent ainsi en toute quiétude satisfaire leur biais naturel vers la confirmation confondant la quantité à la qualité.

Et pourtant elle tourne disait Galilée…


Patrice Leterrier

20 août 2013

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