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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 16:15

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Q

 

uel plaisir de vous revoir ! Vous avez une mine superbe. Comment va votre sœur ?»

Ce type de phrase est typique de ces «rituels interpersonnels» dont parle Goffman faits de compliments, de commentaires sur le lieu d’accueil de notre hôte, d’intérêt pour la santé, pour les goûts, de plaisanteries introductives, etc.

Il s’agit d’affirmer ou de réaffirmer les liens sociaux, de confirmer chaque individu dans sa position de partenaire à part entière de l’interaction à venir.

Ces séquences d’ouverture constituent une prise ou une reprise de contacts caractérisées par des témoignages de considération réciproque, la manifestation du plaisir de faire connaissance ou de se retrouver dont la longueur et l’intensité varient en fonction de l’intervalle entre deux contacts ou de l’intimité recherchée avec son protagoniste.

La sacralisation actuelle de l’efficacité - qui est souvent basée sur le mythe de la séparation des émotions et des cognitions - conduit de plus en plus à négliger ces rituels, à déshumaniser les relations humaines en ne recherchant qu’à dire ce qui est nécessaire, efficace, pertinent avec le sujet et à considérer toute digression comme nuisible à l’efficacité alors que nos rituels sont au contraire une des conditions de la réussite d’un échange.

Pourtant ces lubrifiants dans la communication interpersonnelle sont essentiels.

Aujourd’hui toutes les prothèses communicantes qui nous envahissent ont plutôt tendance à nous pousser à faire l’économie de ces liants sociaux.

L’asynchronisme des relations digitales que nous entretenons pousse à cette déshumanisation des échanges.

Que ce soit les courriels, les SMS, les twitts, les posts sur les réseaux sociaux, l’absence de face à face avec un interlocuteur conduit à faire l’économie de cette convivialité qui est pourtant un besoin inscrit dans l’histoire de notre évolution comme animal social.

Nous en sommes réduits dans nos relations à des échanges basés sur le seul langage désinvesti des expressions, des gestes, des postures qui sont pourtant indissociables de nos discours.

Les grands manitous du monde des réseaux dit sociaux adaptent déjà leurs interactions avec nous à ce qu’ils pensent être nos préférences.

Ils pourront peut-être un jour rêver aussi de s’adapter à nos sentiments pour autant qu’on les exprime par nos expressions et pourquoi pas un jour par la mesure des ondes cérébrales comme certains chercheurs japonais qui prétendent être capable de lire nos rêves.

Réduire les relations humaines au simple échange de phrases c’est une négation du fait que nous vivons sous la double emprise de nos capacités cognitives et de nos émotions.

Mais nier l’importance de rôle des nouveaux outils de communication dans notre relation aux autres serait utopique.

Le roman perpétuel de notre vie que nous écrivons, fait de l’auto narration de nos expériences, se nourrit aussi de ce véritable déluge d’informations qui envahit notre univers personnel.

Aujourd’hui nous avançons insensiblement vers une symbiose intime entre nous et ces outils qui démultiplient nos capacités perceptives.

Ne faut-il pas alors veiller à faire en sorte que le temps libre que nous donneront de plus en plus toutes ces aides soit justement consacré - au moins en partie - à rendre nos relations plus fluides, plus conviviales ?

Nous serons immanquablement en retour plus imaginatifs, plus créatifs, plus libres et certainement aussi plus efficaces.


Patrice Leterrier

9 avril 2013

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