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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 13:24

 

 


C

était en plein mois d’Août. Le soleil était encore bien haut dans ce ciel d’un bleu inimitable comme on en voit souvent dans cette belle région du Briançonnais.

Nous étions partis de Fontcouverte où nous avions laissé nos véhicules pour chausser nos chaussures de marche culottées comme de vieilles pipes et enfourcher nos sacs remplis de promesses gastronomiques.

La montée vers le lac Laramon était bien engagée puisque nous avions depuis longtemps dépassé le refuge Ricou et que nous entamions la dernière ascension qui devait nous conduire au pied du lac.

Certains d’entre vous, qui ne passent pas leur temps à cheval sur leurs vélos ou qui ne sont pas des adeptes acharnés des salles de gymnastique, ont probablement vécu comme moi ce moment spécial où les derniers décamètres à grimper paraissent interminables.

La libération est proche, le pastis et les olives se font désirer mais il reste cette foutue dernière bosse à franchir et plus on en approche plus le but paraît inaccessible.

Depuis longtemps les athlètes professionnels prétendent que leurs performances ont une influence sur la perception de leurs objectifs, s’exposant en général au scepticisme des scientifiques.

Jessica Witt, "Professor of Psychological Sciences Cognitive area" à l’université Purdue University (West Lafayette, Indiana USA) nous apprend que notre vision n’est pas qu’une affaire d’optique mais dépend bel et bien de nos performances.

Les expériences qu’elle a menées avec l’aide d’un étudiant ancien joueur de football américain Travis Dorsch ont montré que la perception de l’en-but, que le ballon doit franchir pour réussir une transformation, dépendait bel et bien du résultat obtenu par le joueur. Alors que les prévisions des joueurs ne sont pas vraiment en rapport avec les résultats, par contre la taille et la position perçues de l’en-but est significativement corrélée à la performance obtenue.

En cas de réussite, l’en-but parait plus large et plus bas que la réalité. En cas d’échec, la perception est aussi altérée par la manière dont le joueur a raté son coup de pied (selon qu’il soit trop court ou qu’il rate la cible sur le côté).

Ces travaux ne font que conforter le sentiment bien connu par les coureurs pour qui les derniers mètres de leur exploit paraissent interminables, des cyclistes courageux qui voient comme dans un rêve inaccessible le but de leur ascension.

Ces résultats sont une véritable remise en cause des études traditionnelles sur la perception et en particulier des études dichotomiques qui consistent à demander par exemple au sujet d’appuyer sur un bouton ou sur un autre en fonction de ce qu’il perçoit.

Au fond il est plutôt rassurant de penser que la perception que nous avons du monde à un instant donné dépend de nos intentions, de nos résultats et peut-être aussi de nos désirs.

Nous pouvons ainsi continuer de regarder nos enfants comme les plus beaux du monde et de justifier le regard de l’artiste comme une réalité bien plus importante que les millions de pixels déposés méthodiquement sur notre écran plat.

Magritte disait "ceci n’est pas une pipe" Il avait d’autant plus raison que la perception de l’œuvre dépend autant du regard du spectateur que de l’intention de l’artiste.


Patrice Leterrier

19 Octobre 2009

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