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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 19:55

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E

t il y eut un grand tremblement de terre, le soleil devint noir comme un sac de crin, la lune entière devint comme du sang,  et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme lorsqu'un figuier secoué par un vent violent jette ses figues vertes. Le ciel se retira comme un livre qu'on roule ; et toutes les montagnes et les îles furent remuées de leurs places." Ainsi s’exprime Saint Jean au chapitre 6 de son Apocalypse.

Depuis que l’on a découvert le plus ancien calendrier Maya, dans une habitation excavée sur le site de Xultún au Guatemala, dont les dates permettent de se projeter 7000 ans plus tard, la prédiction d’une fin du monde devant intervenir le 12 décembre 2012 parce que marquant la fin des 5 125 années du calendrier maya, perd un peu de son aura entretenue par les annonciateurs d’une apocalypse imminente.

Mais pourquoi donc le thème de fin du monde est-il toujours aussi puissant ?

Pourquoi plus de 90 films relatant des formes plus ou moins extravagantes de fin du monde sont-ils répertoriés sur le site apocalypticmovies.com, depuis le passage au 21e siècle ?

Peut-être comme le dit Bertrand Gervais, directeur de Figura et du Laboratoire NT2, parce que "si les visions d’apocalypse ont de tout temps fait partie des structures narratives par le biais desquelles l’humanité a pensé ou imaginé le devenir de la vie sur terre, il nous a semblé que nous assistions, en ce moment, surtout depuis le 11 septembre 2001, à une réactivation sans précédent des discours, mythes et métaphores liés, de près ou de loin, à l’idée de catastrophe totale."

On pourrait probablement ajouter que des catastrophes comme celle de Fukushima, le débat sur le réchauffement climatique et son cortège de discours alarmistes distillés par des marchands de peur en quête de notoriété, les crises à répétition qui secouent nos économies, l’inexplicable incohérence de l’action humaine qui laisse en chemin le 1/3 de ses représentants croupir dans la misère, la maladie et la faim, l’envahissement fulgurant des technologies qui menacent de rendre l’humanité contingente à elle et non l’inverse, la violence des conflits sur fond de fanatisme religieux et racial, tout pousse à douter de la sagesse, de la prévoyance et comme corolaire de la pérennité d’une espèce humaine qui ne cesse à la fois de reculer les limites de la science et dans le même temps ne semble pas parvenir à faire face aux défis qui l’attendent ni à faire triompher le droit et la justice.

Certes la fin du monde n’est plus envisagée de nos jours, comme dans l’apocalypse de Saint Jean, sous la forme d’une punition divine à l’impiété de certains et d’une libération éternelle des sages ayant craint la fureur de Dieu.

Il y a la vision traditionnelle de fin du monde comme la collision de la terre avec un astéroïde gigantesque ou encore celle d’un cataclysme sanitaire provoquée par la libération volontaire ou pas d’un virus résistant à toutes les parades humaines.

Il y a aussi ceux qui mettent en scène la fin naturelle d’une absurdité aveugle qui pousse l’humanité à sa propre perte.

Il est vrai que cette vision d’une humanité qui organise elle-même ses futures funérailles dans une schizophrénie sidérante est finalement beaucoup plus inquiétante qu’une fatalité toujours possible mais contre laquelle nous n’avons pas grand moyen d’agir même si certains construisent des scénarii pour dévier la course d’astéroïdes menaçant la terre.

Et on a bien l’intuition que la fin du monde conçue comme la fin de l’humanité est beaucoup plus proche qu’une hypothétique fin glaciale de l’univers que nous prévoit les astronomes bien après que le soleil ne soit devenu une naine blanche dans environ 5 milliards d’années.

Etrange préoccupation en vérité alors que notre fin à nous, qui est incontestablement, la seule dont ne pouvons avoir aucun doute, nous menace infiniment plus qu’une hypothétique apocalypse qu’elle ait ou non la magie poétique du texte de Saint jean.


Patrice Leterrier 

7 mai 2012

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