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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 18:48

 

 

Le groupe shams de musiques traditionelles d'Afghanistan

O

n l’appelait la jungle. Des réfugiés y survivaient dans des conditions déplorables en attendant de pouvoir rejoindre le paradis qu’ils pensaient tous trouver au-delà du bras de mer séparant la terre républicaine française du domaine de sa très gracieuse majesté d’Angleterre.

Ils vivaient dans une véritable jungle puisqu’y régnait la loi du  plus fort, sous l’emprise de passeurs avides, sinistres marchands de rêve.

La république, incarnée par la puissance publique droite comme un I, a voulu en finir avec cette zone de non droit. Fort bien dirons les défenseurs de l’ordre, des lois et de la sécurité des citoyens. La jungle est donc rendue sans violence excessive à la civilisation mais pour autant aucun des  problèmes dont ce chancre social était la souffrance visible n’a été résolu.

Pierre Henry, directeur de France Terre d'asile tout en reconnaissant qu’"on ne peut pas militer pour un terrain vague comme lieu d'hébergement", déclare "les gesticulations nationales ne servent à rien, il faut une solution européenne". Il ajoute "Il faut que cesse le jeu de la patate chaude auquel se livrent la plupart des pays européens." Et cela concerne singulièrement la France et l’Angleterre sur ce dossier délicat de réfugiés, pour la plupart afghans et irakiens, fuyant un pays en guerre pour l’Afghanistan ou en pleine décomposition pour l’Irak sans qu’on puisse d’ailleurs totalement dédouaner les occidentaux de ces désastres. Ils n’ont souvent pas d’autre alternative pour éviter la mort.

      Trop facile sûrement d’opposer l’humanitaire et le droit. Trop facile de s’indigner de la rigueur républicaine du gouvernement. Trop facile probablement de mettre en exergue la cupidité cynique des passeurs. Trop facile même de proposer le droit d’asile à des hommes et femmes qui ne parlent pas un mot de français et qui ne rêvent que de s’échapper pour rejoindre l’Angleterre. Trop facile de montrer du doigt les anglais qui s’appuient sur la convention de Dublin pour nous renvoyer les immigrés.

Interrogé sur le suicide de Gabrielle Russier,  Georges Pompidou disait le 22 Septembre 1969 lors de sa conférence de presse en citant Paul Eluard "comprenne qui voudra - moi mon remord ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts, qui sont morts pour être aimés".

Moi mon regard et mon remord c’est pour Mohamad, 11 ans, réfugié afghan à Paris. Il confesse à Thomas Saintourens dans les colonnes de France-Soir "Cinq jours que je marche dans les rues jour et nuit pour avoir moins froid. La nuit, quand je suis trop fatigué, je m’adosse à un mur du jardin Villemin, à côté de la gare de l’Est, avec les autres Afghans, et j’essaie de dormir". Mohamad a quitté son pays il y a huit mois parce que son grand frère, interprète pour l’armée américaine, a été tué par les talibans et que sa famille craignait pour sa vie. Et lui aussi ne rêve que d’aller "à Calais, puis en Angleterre, étudier et travailler pour gagner de l’argent et en envoyer à ma famille". 

S’il avait été à Calais hier il serait probablement aujourd’hui placé dans un foyer spécialisé, une sorte de prisonnier de la république.

Trop facile ? Peut-être mais quelle honte pour l’Europe que de ne pas être capable de traiter globalement cette "patate chaude" qui pourrit depuis si longtemps !


Patrice Leterrier

23 Septembre 2009

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