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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 12:35

 

 


A

près notre température, notre pression artérielle, notre taux de cholestérol (bon ou mauvais), notre glycémie, notre taille, notre poids, et autres indicateurs chiffrés, voilà que des sages (dont 5 prix Nobel) se sont penchés, à la demande de Nicolas Sarkozy, sur la mesure de notre bonheur ou plus prosaïquement de notre bien être.

Il est vrai que le bonheur est un sentiment diffus, passager, presque furtif qui intègre bien d’autres critères non mesurables que les seuls chiffres censés mesurer notre confort.

Comme le rappelle le philosophe Michel Onfray  "le bonheur n'existe pas: il existe des situations heureuses. Le bonheur d'un jeune n'est pas celui d'un vieux; celui d'un philosophe, celui d'un trader. Le bonheur n'est pas un état permanent: on n'est pas heureux comme on est homme ou femme".

A la tête de ces penseurs pensifs devant l’ampleur de la tâche, deux prix Nobel d’économie : l’iconoclaste américain Joseph Stiglitz et l’indien Amartya Sen connu pour ses travaux sur la famine et les mécanismes fondamentaux de la pauvreté.

Ils n’ont pas grande difficulté à nous convaincre que le Produit Intérieur Brut " est une mesure de la production marchande, mais n'est pas une mesure fiable du bien-être".  

La chose se corse quand il s’agit de définir  comment définir "la mesure des performances économiques et du progrès social"  pour en finir avec la tyrannie supposée du PIB inventé en 1934 par l’américain d’origine russe Simon Kuznets afin de mesurer l'effet de la Grande Dépression sur l'économie.

Qui pourrait contester pourtant la nécessité de "la prise en compte de nouveaux critères, ou une pondération différente, évaluant les inégalités sociales, la qualité de la vie et le développement durable, ainsi qu'une idée plus complète de la richesse d’un pays que le simple calcul de la production" ?

Il paraît cependant à l’évidence que l’ambition de vouloir quantifier notre bonheur et même sa forme réductrice que l’on pourrait qualifier de bien-être est probablement une tâche impossible.

Car dès lors qu’il s’agit de norme, encore faut-il s’entendre sur les critères, sur les échelles de mesure et plus délicat sur la pondération des différentes valeurs.

Et quand bien même, dans une suprême surprise, nous arriverions à définir ces critères et leurs pondérations, il semble bien difficile de les faire partager aux Papouasiens ou aux Pygmées de la tribu Mbuti vivant dans la forêt d'Ituri en République démocratique du Congo dont le bien être relatif dépend probablement d’autres critères que par exemple "l’épargne nette ajustée".

On ne peut qu’applaudir à l’idée qu’il faille évaluer autre chose que la production marchande pour mesurer la véritable santé économico-socialo-écologiste d’un pays comme il serait stupide de s’en référer à la seule température pour évaluer la santé d’un patient.

Le rapport remis par les sages au Président de la République préconise  de "se référer aux revenus et à la consommation plutôt qu’à la production dans le cadre de l’évaluation du bien-être matériel", de "prendre en compte le patrimoine" et de "mesurer les services en nature fournis par l’État" aux ménages, de trouver des "outils solides et fiables de mesure des relations sociales, de la participation à la vie politique et de l’insécurité", ou enfin de prendre en compte la soutenabilité (ou durabilité) qui "exige la préservation ou l’augmentation simultanées de plusieurs «stocks» : les quantités et qualités non seulement des ressources naturelles mais aussi du capital humain, social et physique".

Il suscite déjà moult commentaires et critiques dont celles de Jean-Marie Harribey sur ce qu’il appelle le "trou noir de la théorie économique dominante : confusion entre la valeur économique et l’utilité".

Il reste que quels que soient les critères et indicateurs choisis,  quelles que soient les vertus de cette tentative de rationalisation de l’impalpable complexité du sentiment de bien-être, "la différence entre les statistiques toujours insatisfaisantes et la réalité telle qu'elle est et telle qu'elle devrait être...hé bien cela s'appelle la politique" et que nos dirigeants ne peuvent pas demander aux économistes ni aux statisticiens de faire leur travail à la recherche du bien commun.


Patrice Leterrier

18 Septembre 2009

 

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