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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 21:32


L

e mot reste à la mode. Le Petit Larousse nous propose pour définition le chef d'une entreprise industrielle, l’employeur, le Saint dont on porte le nom ou enfin le commandant d'un bateau de pêche.

Il symbolise encore dans l’imaginaire collectif la toute puissance des dirigeants qu’ils soient des hommes politiques, des industriels, des chirurgiens renommés, etc…

Que le patron désigne celui qui possède son entreprise ou son commerce ou comme plus fréquemment aujourd’hui le gestionnaire qui répond à des actionnaires, il n’y a aucune chance que ses intérêts personnels coïncident avec ceux des salariés, avec l’intérêt général ni même avec ceux des propriétaires lorsqu’il n’est que gestionnaire.

Dans l’obsession actuelle de ce que les anglo-saxons appellent la bottom line, la dernière ligne du bilan qui enregistre les profits (ou les pertes..) réalisées dans l’exercice, les dirigeants se préoccupent avant toute chose de gagner de plus en plus d’argent au risque d’en perdre beaucoup en prenant des risques inconsidérés et de détruire des milliers d’emplois. Tous les discours pour prouver le contraire sont de la cosmétique à usage des gouvernements, des salariés ou des citoyens. Au demeurant peu importe les risques pris puisque les dirigeants malchanceux sont remerciés avec de respectables parachutes dorés !

Pourtant comme le souligne le prix Nobel d’économie l’indien Amartya Sen(1) la crise que nous avons vécue démontre plus que jamais combien l’économie et l’éthique sont intrinsèquement liées.

Malgré cette évidence et paradoxalement, comme le souligne Ivar Ekerland professeur d’économie dans la revue Pour la Science, on parle de plus en plus de mettre des patrons à la tête d’entreprises publiques comme des hôpitaux ou des universités alors qu’il est absolument évident que les objectifs sociaux et économiques de ces organisations sont parfaitement incompatibles c'est-à-dire doivent être arbitrés au profit des citoyens.

Pour illustrer son propos, le professeur souligne par exemple que si on veut optimiser l’enseignement à l’université, il suffit de faire une croix sur la recherche. De même si on veut faire des économies à l’hôpital, il suffit de fermer les services de réanimation et d’arrêter de soigner les maladies chroniques.

Dans le domaine public on ne peut se contenter du bilan financier mais il faut aussi se préoccuper du bilan social et de l’impact d’une activité sur la planète, c'est-à-dire de l’intérêt à court et à long terme que les citoyens tirent de l’activité des entreprises publiques.

Ivar Ekeland, doutant qu’il existe des anges omniscients et bienveillants à qui on pourrait jouer le rôle de Patron, suggère que l’on confie le soin de gouverner ces institutions par des conseils où sont représentées toutes les parties prenantes.

Mais au fond cette constatation d’évidence et de sagesse s’appliquerait avec bonheur aussi bien à la conduite d’un pays n’en déplaise à notre Président ou même à celle des entreprises privées qui devraient aussi se préoccuper de ses salariés et de l’environnement, toutes ces choses qui ne se résument pas dans un bilan financier.

En ces périodes où la cupidité des hommes a conduit aux excès que l’on a connus dans le domaine de la finance, on redécouvre la vertu de l’état pour imposer les contraintes légales et réglementaires, pour moraliser l’économie. Il n’empêche que les conditions sont inégales d’un pays à l’autre et que les règlements sont toujours en retard sur la malice des hommes à les contourner pour faire de plus en plus de profit.

Aucun patron ne pouvant être un ange, il faudrait se décider un jour à tordre le cou à ce mythe de toute puissance qui conduit le monde à sa perte. Mais le chemin risque d’être long et douloureux avant que l’on abandonne cette idée du pilote dans l’avion alors que l’avion lui ne poursuit qu’un objectif bien limité et identifiable.


Patrice Leterrier

29 juin 2009

 

(1) Amartya Sen est connu pour être l'inventeur en 1990 de l'Indice de développement humain (IDH), cet instrument de mesure un temps très à la mode, croisant le revenu par habitant, avec des données de santé et d'éducation

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