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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 12:42


D

ix ans ont été requis à l’encontre de Véronique Courjault par Philippe Varin, l’avocat général, devant la cour d'assises d'Indre-et-Loire au nom du droit et pour des faits "d'une exceptionnelle gravité".

Dix ans pourquoi ? Pour comprendre ? Pour regretter ? Pour se reconstruire ?

Comment comprendre l’indicible, comment regretter l’inoubliable, l’inimaginable, l’insupportable.

Comment serait-il possible de se reconstruire en Prison, dans un monde ou l'infanticide est considéré comme le pire des crimes ?

Dix ans peut-être simplement pour satisfaire le désir d’en finir avec l’insoutenable image de l’infanticide.

Pour ne pas se poser la question du pourquoi et du comment un être, certes fragile mais qui n’a rien d’un tueur en série ni d’une diablesse, a commis par trois fois des actes horribles, insoutenables, irréparables.

La science a déjà démontré de manière irréfutable combien notre conscience pouvait être inhibée, masquée par nos émotions. Combien des événements que nous avons vécus peuvent être déformés sans que nous en ayons conscience ou combien des images que nos yeux voient se trouvent masquer à notre conscience ou encore le trouble des illusions dont nous pouvons être victimes.

Il suffit pour s’en convaincre de suivre les cours de Pascal Dehaene, Professeur au Collège de France et titulaire de la chaire de Psychologie Cognitive Expérimentale.

Ces travaux, certes partiels, démontrent à ceux qui en douteraient encore combien nos connaissances sur les mécanismes du cerveau sont encore infimes par rapport à l’immense iceberg qui se cache sous la surface du conscient.

Alors pourquoi un magistrat repousse-t-il avec mépris les dimensions cachées de l’esprit humain pour s’en tenir à ce qu’il appelle "le premier degré" ?

Quelle impudente certitude basée sur l’ignorance ou pire les préjugés qui faisaient autrefois bruler les sorcières !

Philippe Varin est donc, imperturbable dans sa raideur intellectuelle, dans le droit fil des juges de l’inquisition qui condamnèrent Galilée parce qu’il remettait en cause les certitudes reconnues par le pouvoir religieux et qui donc ne souffraient aucune contestation.

Il nous dit que Véronique Courjault a bel et bien eu conscience d'être enceinte par trois fois avant de tuer consciemment ceux qui, pour lui, étaient des "bébés".

Fort bien ! Le fait est donc établi par ce pragmatique borné qui raille Freud et Lacan.

Au nom de cette certitude, il escamote le débat sur ce douloureux dossier du déni de grossesse pour choisir une autre forme de déni, celui de justice.

On raille les experts pour leurs hésitations, leurs contradictions, on se souvient du poids insupportable que la justice a essayé de leur faire porter dans l’Affaire d’Outreau. On exorcise ainsi notre profonde gêne devant l’insondable esprit humain.

Dans dix ans (ou avant) une femme vieillie, brisée, démolie probablement à jamais sortira peut-être de prison. N’a-t-elle pas déjà assez de l’insupportable réalité de ses actes comme poids bien lourd à porter ?

L’exemplarité me rétorquera-t-on !

Allons donc ! Soyons sérieux ! Qu’est ce que la peur de la justice a à voir avec ces crimes inexplicables qui nous ramènent à l’immense méconnaissance que nous avons de l’esprit humain et de ses méandres ?

Dix ans pour que la pestiférée ne puisse pas contaminer les femmes ? Quelle absurdité et quelle pitié que cette justice bornée et archaïque.


Patrice Leterrier

18 juin 2009

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