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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 13:15


L

es irrégularités qui entachent les résultats de l’élection présidentielle iranienne ont amené des foules considérables à manifester dans les rues de Téhéran et d’autres grandes villes de ce pays. Le slogan en vogue dans ces manifestations est "Where is my vote  ?".

Thierry Coville, chercheur associé à l'Iris, nous rappelle que la candidature de Mir Hossein Moussavi n’était que le "plan B" du Guide Suprême, Ali Khamenei qui soutenait indirectement, mais très clairement, la candidature de Mahmoud Ahmadinejad. Il ne faut pas oublier que le président iranien n’est même pas le chef des armées, ce rôle étant dévolu au guide suprême qui peut démettre le président.

Et donc, même si l’élection de Mir Hossein Moussavi qui servait d’alibi démocratique aux mollahs, n’aurait rien changé fondamentalement à la ligne politique de l’Iran sur le plan international et notamment sa position sur l’épineux dossier du nucléaire, elle aurait été tout de même un signe d’ouverture et un espoir pour les iraniens d’un possible desserrement de l’étau que le régime fait subir à sa population.

Seul un renversement du régime théocratique qui règne en réalité sous des mascarades pseudo démocratiques depuis 30 ans en Iran pourrait apporter un véritable déblocage politique de la situation et un espoir de réintégration de l’Iran dans le concert des nations.

Au passage un tel événement, tout à fait improbable aujourd’hui compte tenu de la main de fer qu’impose le régime sur sa population (rappelons qu’il y a eu 30 exécutions capitales en Iran l’année dernière), serait une bien mauvaise nouvelle pour le régime d’extrême droite actuellement au pouvoir en Israël qui use et abuse de la menace iranienne pour justifier son intransigeance vis-à-vis des palestiniens.

Aujourd’hui le régime iranien, dont le bilan économique est catastrophique, est largement discrédité auprès d’une jeunesse instruite et ouverte sur le monde qui représente la majorité de la population iranienne (prés de la moitié des iraniens ont moins de 25 ans et 60% des étudiants iraniens sont des étudiantes…) et qui n’a jamais connu d’autre régime que la pseudo démocratie aux mains des ayatollahs.

Thierry Coville insiste sur le fait que "les Iraniens sont à 70% urbains. La modernisation de la société concerne l'ensemble du pays, pas uniquement les grandes villes".

Comme l’explique par ailleurs, Julien Pain, responsable du site participatif des observateurs sur France 24, "L'Iran a des infrastructures de qualité, ainsi que des fournisseurs d'accès privés. La population a un bon niveau d'éducation".

Peut-être se souvient-on du rôle joué en 1979 par la radio, la télévision et les hauts parleurs des mosquées dans le mouvement populaire qui renversa le shah pour établir le régime des Mollahs ?

A l’instar du rôle joué par la radio et la télévision il y a 30 ans, ce qui se passe actuellement en Iran est probablement la première manifestation du rôle considérable que peuvent jouer internet et le téléphone portable comme supports d’un mouvement de protestation populaire massif.

La blogosphère iranienne, que le pouvoir en place cherche à bloquer en fermant l’accès aux sites réformateurs, est la troisième au monde et ne compte pas moins de 700 000 sites dont 100 000 sont actifs. Selon internet sans frontières "Iranian blogs are the true voice of the next generation".

Julien Pain souligne à ce sujet que "l'Iran est un des pays les plus connectés dans la région. Il y a près de 21 millions d'internautes pour 72 millions d'habitants". La première plateforme de blogs du pays, Blogfa, compte deux millions d'inscrits.

Internet ratisse donc plus large que ce que l'on pourrait penser et malgré ses efforts constants, le pouvoir en place a des difficultés immenses à museler une opinion d’autant que l’usage de twitter complique énormément la tâche des censeurs, même s’il est exagéré comme le titre Libération de parler de révolution twitter.

Nul ne peut prédire si cette crise aboutira à de nouvelles élections, à un changement de régime improbable ou sera étouffé dans le sang des manifestants qui a déjà coulé.

Ce qui est sûr c’est que tous les dictateurs du monde devront à l’avenir compter avec la puissance de la toile qui rend bien difficile la mystification des populations dans des pays où l’infrastructure des télécoms ouvre les vannes à une information sans filtre.

Les chinois ne s’y sont pas trompés en fermant des sites à la veille de la commémoration des événements de Tienanmen !

Patrice Leterrier

16 juin 2009

 

 

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