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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 17:57

 

L

e nom Iran vient d’Aryanam-vaejo, le pays des Aryens.

Au passage, quel incroyable clin d’œil de l’histoire que cette référence aux ariens pour un pays dont le président Mahmoud Ahmadinejad, qui aime à citer Goebbels, est le seul dirigeant d’un pays membre de l’ONU qui soit à la fois négationniste et appelle à la destruction d’un autre membre de l’ONU, l’état d’Israël.

Sa réélection fait l’objet aujourd’hui de nombreuses interrogations y compris en Iran puisque le guide suprême, l'ayatollah Khamenei, exige que le Conseil des gardiens de la Constitution examine les accusations de fraude lancées par Mir Hossein Moussavi.

Ahmadinejad est fidèle à son image quand il déclare que les élections en Iran sont "les plus propres" du monde par rapport à celles des "démocraties libérales" qui "inclus les voleurs, les homosexuels et autre personnes impures dans l'électorat pour gagner des voix".

Mais au fond cette réélection est d’abord une affaire interne à ce pays.

Il faut éviter de calquer notre schéma européen voire franco-français pour comprendre les institutions de la république théocratique islamique.

À la tête du pays se trouve le "Guide Suprême", autorité religieuse dominante et véritable maître du pays. Sous sa responsabilité, le pouvoir exécutif est détenu par le président de la république, chef du gouvernement, qui dispose d'un cabinet composé de 20 ministres. Le pouvoir législatif appartient à un parlement supervisé par un "Conseil des Gardiens de la Constitution" qui approuve ou s'oppose aux résolutions de l'assemblée et qui peut aussi opposer son véto à toute candidature aux élections.

Il est donc clair dans ce pays "semi-démocratique" que le président n'a qu'une influence limitée. Mais il est clair aussi que sous le mandat de Mohammed Ahmadinejad, le régime s’est radicalisé sans doute avec l’assentiment pour ne pas dire la main occulte du "guide suprême". Outre les multiples déclarations antisémites, anti-Israël, et provocatrices, il y a cette volonté affichée de créer un front islamique chiite avec le Hamas, qui tient le pouvoir dans la bande de Gaza, et le Hezbollah, mouvement chiite surtout présent au Liban et en Syrie, front qui proclame ouvertement son objectif de détruire Israël.

Ensuite, on ne peut pas comprendre ce pays, qui depuis Cyrus le Grand, s’est toujours appelé l’Iran et non la Perse(*), sans revenir un instant sur son histoire.

"Quand on a dompté le conquérant grec, triomphé des armées romaines, assimilé la puissance arabe, survécu aux Mongols, contenu l’Empire ottoman, puis les hordes afghanes et indiennes... et desserré l’étreinte de l’Armée rouge, que peut-on craindre de l’avenir ? " se demandait le dernier Shah Mohammad Réza Pahlavi, initiateur du programme nucléaire iranien.

La question posée par l’ancien souverain donne une assez bonne image de ce qu’est la fierté des iraniens mais aussi de leur véritable obsession de sanctuariser leur territoire.

L’élection de l’adversaire malheureux d’Ahmadinejad n’aurait pas changé grand-chose sur le sujet du nucléaire qui agite toutes les chancelleries occidentales et qui est dans les mains du guide suprême.

Personne de sérieux ne doute que ce pays a pour objectif ultime de se doter de l’arme nucléaire. La politique nucléaire de ce pays, qui d’ailleurs avait démarré sous le règne du Shah, répond au souci constant de ce pays pour sa sécurité face à la menace de l’arme nucléaire israélienne.

Il est d’ailleurs assez cocasse de se souvenir qu’en 1977 les États-Unis décidèrent d’en finir avec le Shah car il craignait que l’Iran ne devienne une puissance nucléaire… comme le rappelle Houchang Nahavandi, ancien ministre du Shah.

Au fond on pourrait presque dire de façon paradoxale que les rodomontades et les provocations du président Ahmadinejad donnent plus de raisons aux israéliens et aux occidentaux de s’inquiéter d’un programme qui autrement relèverait de la même logique que l’arme nucléaire israélienne avec ni plus ni moins de justifications.

Si ce n’était que l’Iran reste la clé géographique du Moyen-Orient et que ce qu’il y a de plus inquiétant dans la politique iranienne, ce n'est pas son désir plus au moins légitime de posséder des armes atomiques, mais plutôt sa campagne pour l'hégémonie régionale sous bannière religieuse et la destruction d’Israël, enhardie par son développement nucléaire.   


Patrice Leterrier

15 juin 2009

(*) La Perse est en fait une des provinces de l’Iran.

Voir aussi :

L'iran et sa stratégie sur canal U

Un témoin de la revoltion iranienne : Houchanf Nahavandi sur Canal Académie

 

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