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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 11:17


O

n parle des sondes, on identifie les cadavres, on ratisse le fond de l’océan et on spécule à tout vent….

Les hypothèses vont bon train : problèmes techniques, erreur humaine, attentat ou, tant qu’on y est, choc avec une météorite.

Mais qu’est-ce qui poussent les hommes à vouloir tout comprendre même en l’absence de tout moyen pour ce faire ? En l'absence de preuves confirmant ou infirmant telle out telle thèse, on est porté à la crédulité, à l'indignation, à l'inquiétude mais rarement à la réflexion.

Fabrice Clément, chercheur en sciences cognitives à l'Université de Genève, pose la question fondamentale de la psychologie de la crédulité : "Qu'est-ce qui provoque cet effondrement des capacités de jugement ?"

Il affirme que "devant des affirmations hypothétiques, le cerveau humain est placé face à une affirmation dont il ne peut vérifier rapidement la véracité. Sinon, il faudrait mener une enquête personnelle longue et laborieuse" et quelquefois impossible, comme dans le cas du crash de l’Airbus AF447.

Or, toujours selon lui, "la rapidité de décision est un paramètre essentiel dans la façon dont nous forgeons nos convictions. Qui plus est, l'esprit critique a tendance à s'affaiblir d'autant plus qu'une telle affirmation est reprise par beaucoup de personnes".

L’hypothèse retenue par le chercheur est donc que ce sont les mécanismes mêmes qui ont été sélectionnés pour que nous puissions bénéficier d’une représentation véridique du monde qui, dans certaines conditions, s’enclenchent pour nous faire accepter ce qui devrait faire l’objet d’un filtrage cognitif probablement inhibé par la dimension émotionnelle forte de l’événement.

Peut-on pour autant accuser les médias d’abuser sciemment de cette caractéristique de crédulité de l’homme ?

Si l’on applique le principe en vigueur en criminologie qui veut que l’on recherche d’abord celui ou ceux à qui profite le crime, il n’y a aucun doute sur la culpabilité des médias.

L’attitude de certains d’entre eux que ce soit dans la presse écrite, la radio, la télévision et/ou maintenant l’internet semble clairement dictée par un intérêt économique évident à laisser filtrer les spéculations à petites doses homéopathiques pour ensuite les délayer sans scrupule.

Les tirages s’en portent d’autant mieux que la recette est largement éprouvée par la presse people qui fait son fond de commerce des rumeurs plus ou moins extravagantes. A vrai dire il semble aussi que plus les explications sont énormes, incroyables avec un peu de jugeote, plus elles intriguent le lecteur et donc augmentent les tirages ou l’audience.

Les médias sont d’autant plus crédibles que, dans leur peur de conséquences commerciales désastreuses et en dépit des dénégations (mais qui croire une fois encore ?) du constructeur Airbus, Air France s’empresse de remplacer massivement les sondes de vitesse Pitot dont le dysfonctionnement semble avéré dans l’accident. On remarquera cependant que l’on ne sait pas, dans l’état actuel de l’enquête, déterminer clairement la cause de ce dysfonctionnement.

Certaines voix à contre courant de ce délire collectif s’élèvent pour clamer qu’il faut dans ce domaine, comme dans d’autres, raison garder.

Mais alors elles n’ont donc rien à dire sur l’événement ? Comment cela est-il possible dans ce maelstrom médiatique où il est de bon ton d’avoir un avis sur tout ?

Patrice Leterrier

10 juin 2009

 

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