Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 14:40

L’Astrolabe

F

aut-il attendre le 21ème siècle et une splendide exposition, qui s’est tenue à l’Institut du Monde Arabe à Paris en 2006, en partie reprise actuellement aux archives et bibliothèques départementales Gaston Defferre à Marseille pour en finir avec l’incroyable autisme historique qui domine en France sur l’épopée Arabe qui se déroula du VIIème au XIème siècle!

Les livres d’histoire nous apprennent que le grand-père de Charlemagne, Charles Martel, duc d'Austrasie, maire du palais et souverain de facto du royaume des Francs arrêta l’invasion des armées omeyyades de l’Emir d'Al-Andalus Abd el Rahman à Poitiers le 25 Octobre 732 !

Rien sur l’extraordinaire conquête des musulmans qui s’emparèrent de 632 à 750 d’un immense territoire qui allait de la frontière chinoise à l’Espagne.

Rien sur les dizaines de foyers scientifiques qui permirent à la science arabe de faire la synthèse des connaissances notamment hellénistiques, mésopotamiennes et indiennes à travers un incroyable travail de traductions et d’interprétations fructueuses.

Rien sur le rôle de l’Islam dans cette soif de connaissance. Pour preuve, parmi d’autres, cette phrase que l’on trouve dans l’Hadith du prophète : "l’encre du savant est plus sacré que le sang des martyrs". Quel contraste avec le procès fait à Galilée en 1633 par l’inquisition pour avoir osé reprendre les thèses de Nicolas Copernic qui, ayant à sa disposition les connaissances des arabes issues de l'observation à Bagdad, en Égypte et en Espagne, eut l’intuition géniale de la conception héliocentrique du monde.

Rien non plus sur les apports de scientifiques arabophones de toutes origines qui prospéraient dans les foyers entretenus par les califes où l’on pouvait trouver des hôpitaux, des bibliothèques, des établissements d’enseignement. On leur doit en particulier l’algèbre, la trigonométrie et la science du temps.

Tout le monde (ou presque) connait Ptolémée, mais qui se souvient du théologien chiite iranien Nasir al-Din al-Tusi, fondateur au 13ème siècle de la trigonométrie et auteur de tables extrêmement précises du mouvement des planètes qui furent reprises en 1652 à Londres par Greaves pour publier la Table des longitudes et des latitudes.

Qui n’a pas appris le théorème de Pythagore, mais qui parle encore de Muhammad Al-Khwârîzmî, ce mulsuman arabophone d’origine perse du 9ème siècle, à qui nous devons rien de moins que notre système décimal de numération, et deux mots fondamentaux dans le vocabulaire des mathématiques, celui d'algorithme et celui d'algèbre ?

Rien que la célébration d’un héros Charles Martel arrêtant des envahisseurs détruisant tout sur leurs passages à Poitiers.

Mais quoi d’étonnant alors qu’on apprenait encore il n’y a pas si longtemps (et en particulier de mon temps…) aux petits français mais aussi aux petits africains, aux antillais, aux guadeloupéens et autres réunionnais que "nos ancêtres les gaulois" n’avaient peur que d’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête… On occultait ainsi à des générations de bambins un peu incrédules le rôle capital des romains, des saxons, des Wisigoths, des arabes et d’autres civilisations et cultures dans notre héritage.

La Renaissance en Europe s’inscrivit dans un continuum avec l’extraordinaire aventure scientifique de la culture arabe et non comme une révolution ex nihilo. Elle apporta un renouveau extraordinaire en art et en science malgré les efforts de l’inquisition. Elle ne fut rendue possible, comme l’aventure de la science arabe, que par le soutien de princes éclairés qui favorisèrent ce renouveau et le financèrent.

En ce deux-centième anniversaire de la naissance de Charles Darwin, on pourrait peut-être un peu plus célébrer ce que notre civilisation et notre culture doivent à la diversité.

On pourrait aussi investir et espérer d’avantage de cette diversité culturelle, ethnique et religieuse qui peut nous apporter tant pour notre avenir, celui de nos enfants et pour certains de nos petits-enfants.

On y gagnerait à coup sûr plus de tolérance et de compréhension des différences qui font la richesse de notre patrimoine.


Patrice Leterrier

7 juin 2009

Partager cet article
Repost0

commentaires