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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 20:24


B

arak Obama, s’exprimant à l'université du Caire devant près de 3 000 invités, a déclaré que "le cycle de la méfiance et de la discorde devait s'achever" et que le nouveau départ devait être fondé "sur cette vérité que l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas".

Les analyses fusent. On peut lire par exemple "l’erreur du Caire" sous la plume de Lee Smith(1) et à l’opposé "le pouvoir des idées" selon Jean-Marie Colombani.

Les congratulations des chancelleries sont presqu’unanimes, y compris celle d’Israël qui déclare espérer que ce discours "conduira de facto à une nouvelle réconciliation entre le monde arabo-musulman et Israël".

La France, pour sa part, salue sous la plume du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Eric Chevallier, ce discours en déclarant : "Il montre des Etats-Unis d'Amérique résolument tournés vers le dialogue, la tolérance, le respect mutuel, le refus de toute perspective de tensions entre cultures, entre civilisations".

Il y a donc un consensus pour interpréter ce discours comme la volonté nouvelle affichée par le Président américain d’ouvrir une nouvelle ère entre les musulmans et les Etats-Unis en tournant résolument le dos à la croisade entre les forces du bien et du mal de son prédécesseur.

La formulation est clairement ambigüe (ça c’est un vrai oxymore…) dans la mesure où il est bien difficile d’identifier politiquement le monde musulman sauf à le restreindre de façon caricaturale aux états islamiques ou organisations islamistes. Ce n’est en tout cas sûrement pas une marque de faiblesse face aux tenants du radicalisme anti-américain comme Al Qaïda qui, la veille de l’arrivée de Barak Obama en Arabie Saoudite, dénonçait les "messages de sang" laissés derrière eux par les militaires américains.

Mais au fond, plus que de savoir si Barak Obama a les moyens de ses ambitions diplomatiques, ce qui ressort d’abord et éclate aux visages des commentateurs c’est l’incroyable liberté de ton et la modernité du discours de Barak Obama.

C’est le même homme qui brave sans arrière pensée le puissant lobby juif en tenant tête fermement face à Israël.

C’est le même homme qui ose sans complexe ouvrir le voile sur les pratiques inavouables de son prédécesseur dans le camp de Guantanamo.

C’est aussi celui qui critique qu'un pays occidental (suivez mon regard…) "dicte les vêtements" qu'une musulmane "doit porter", ajoutant en affirmant qu'"on ne doit pas dissimuler l'hostilité envers une religion devant le faux semblant du libéralisme".

Sans tomber dans l’Obamania délirante et un peu romantique qui suivit son élection, on ne peut que se réjouir de la liberté de ton et de l’engagement du président américain pour diminuer les tensions entre l’occident et le monde musulman, si ce mot a un sens depuis la disparition du dernier califat définitivement aboli par Mustafa Kemal Atatürk le 3 mars 1924.

Il n’est d’ailleurs que voir les recherches et réflexions menées par son entourage sur la mise en place des sites présidentiels sur internet. On peut y voir clairement la volonté de s’éloigner du style compassé des communiqués de “relations publiques” et d’adopter un ton plus personnel, plus direct, plus "Web 2.0".


Patrice Leterrier

4 juin 2009

 

(1) Lee Smith est membre du Hudson Institute de Washington.

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