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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 20:58


L

'infirmière - qui a reconnu avoir administré par erreur au petit Ilyès le 24 décembre dernier une perfusion de chlorure de magnésium au lieu d'un sérum glucosé destiné à le réhydrater, ce qui a coûté la vie au petit garçon hospitalisé pour une angine - a été mise en examen pour "homicide involontaire", vendredi 26 décembre, par le juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy. A l'issue d'une garde à vue de plus de 36 heures, elle a été remise en liberté et placée sous contrôle judiciaire, avec une interdiction provisoire d'exercer. Fait rarissime, "Constatant d'ores et déjà un dysfonctionnement collectif et sans attendre les conclusions complètes de l'audit, le directeur général, souhaitant que l'AP-HP assume son entière responsabilité, vient de demander au juge d'instruction que l'AP-HP, en qualité de personne morale, soit mise en examen". Une semaine plus tard, c’est cette fois un nourrisson de 6 mois, Louis-Joseph, en attente d’une greffe d’intestin, qui a succombé après une erreur de dosage dans une perfusion, commise par une aide-puéricultrice et validée par une infirmière. À en croire le remuant président de l'Association des médecins urgentistes de France, Patrick Pelloux, qui réclame la démission du ministre de la Santé madame Roselyne Bachelot, le pays va au-devant d'un risque de "catastrophe sanitaire". Dans le cas du terrible accident qui a conduit à la mort du petit Ilyès selon la ministre "sept membres du personnel hospitalier pour onze enfants hospitalisés étaient présents au service de pédiatrie générale" et "une infirmière et une aide soignante s'occupaient de cinq enfants dans l'unité de soins" du garçonnet. Elle conclue donc que "le service était tout à fait doté en personnel". Et elle dénonce avec indignation "certains se sont livrés à une récupération politicienne tout à fait déplorable de ce drame épouvantable". La ministre a sûrement raison de dire qu’il faut traiter dans le calme et avec rigueur l’enquête sur ce cas précis. Elle aurait tort de ne pas voir le malaise grandissant de la profession d’infirmières. Elles ne cherchent pas à nier la responsabilité de leurs deux collègues d’autant que ces infirmières ont reconnu leur erreur. Depuis la mise en place calamiteuse des 35 heures à l’hôpital, les RTT s’accumulent par milliers. Les infirmières, encouragées par leur hiérarchie, prennent leurs jours en fin d’année pour ne pas les perdre, ce qui ajoute une surcharge de travail alors que de plus en plus de voix s’élèvent pour souligner le malaise d’une profession au bord du découragement. "On parle souvent de la fatigue physique, du fait de toujours devoir courir d’un endroit à l’autre. Mais il y a aussi une fatigue nerveuse. En pédiatrie, vous êtes toujours sur la corde raide car, en quelques minutes, l’état d’un enfant peut se dégrader très vite. On n’est jamais tranquille, on est toujours dans l’hypervigilance. Psychologiquement, c’est épuisant", avoue au journal La Croix une infirmière-puéricultrice dans le service de pédiatrie et néonatalogie de l’hôpital de Chalon-sur-Saône. La dépense publique de santé est absorbée tous les ans pour plus de la moitié par l’hôpital. Soit quelque 52 milliards d'euros. Cette somme est, par tête d'habitant, l'une des plus élevées au monde. Il est donc urgent de repenser en profondeur l’usage de ces budgets. Il est vital pour notre système de santé de redonner une dignité au métier d’infirmière, si important dans la chaine des soins. Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale infirmière déclare "il n’y avait pas lieu de les traiter comme des criminelles, comme cela a été le cas avec la garde à vue prolongée de notre collègue de Saint-Vincent-de-Paul". Ce n’est, en tout cas, sûrement pas comme ça que l’on suscitera des vocations pour se dévouer pour 1500 euros par mois en région parisienne.

Patrice Leterrier

6 janvier 2009


 

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