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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 20:46

I

l y a face à la crise toutes sortes de postures. La posture de l’altermondialiste ressemble à celle du célèbre commissaire Antoine Bourrel des cinq dernières minutes qui s’écriait avant la fin du mystère qu’il venait d’élucider la célèbre phrase devenue mythique "bon sang mais c’est bien sûr!". En effet, pour ces incorrigibles adeptes de la certitude, nous l’avons enfin cette preuve de la mort du système capitaliste. Ils sont tout frétillants à l’idée de pouvoir enfin sauver les masses laborieuses victimes du libéralisme et du grand capital incarné par ces patrons sans foi ni loi qui se gavent de leurs mirobolantes indemnités reçues en récompense des naufrages qu’ils ont provoqués. Il y a l’attitude du fanatique du libéralisme sauvage qui ne voit dans cette crise que la répétition prévisible des régulations cycliques qui font le charme surprenant des caprices du dieu Economia qui n’a pas son pareil pour assurer le bonheur de tous et la richesse du monde. Il y a les nostalgiques de  Karl Marx, orphelin de l’effondrement du bloc communiste, qui tiennent enfin leur revanche de l’assassinat de leur idéologie par le pragmatisme triomphant qui voyait dans le grand désordre mondial une sorte de salut du monde, comme un destin conduit par une main invisible drapée d’une sagesse presque mystique. Il y a bien sûr les incorrigibles économistes savants qui, refusant de porter enfin le costume de la modestie à défaut d’une dignité perdue dans leur conjectures toutes contredites par les faits, se mettent à nous expliquer que tout ce qui arrivent était écrit, prévisible alors qu’ils se sont faits prendre au coin du bois comme de vulgaires petits chaperons rouges dépités et décrépis.  Il y a enfin les philosophes de tout bord qui n’y vont pas avec le dos de la cuillère dans un indécent bavardage inutile. Ainsi Michel Maffesoli, professeur à la Sorbonne, qui se lance dans le Figaro d’aujourd’hui dans une exégèse du mot crise écrivant ce monument de banalité "De la discussion du Café du commerce aux savantes élucubrations des économistes en mal de prophéties, sans oublier les préoccupations des cabinets ministériels, relayées bien entendu par le tam-tam obsédant de tous les médias, le mot "crise" est devenu un leitmotiv incontournable". Il ose même ce que l’on pourrait prendre pour un mauvais pastiche de Pierre Dac en écrivant "la sagesse des peuples sait, au travers de mythes divers, qu’aucun Capitole n’est loin de la roche Tarpéienne". Il se lâche enfin dans une vision cosmique en nous assommant avec un gigantesque "On ne se lassera jamais de le redire, la crise survient quand on ne sait pas penser. Quand on a oublié de se penser. C’est, pour reprendre une expression de ce grand peintre, ingénieur, penseur et mystique que fut Léonard de Vinci, une cosa mentale. En bref, la crise vient de l’intérieur". Il appelle Heidegger à la rescousse en le citant "le manque provient de la richesse" finissant ainsi de déployer un brouillard confus sur nos esprits. Enfin pour bien nous faire mesurer la distance qu’il existe entre le commun des mortels et sa seigneurie la philosophe, ce monsieur jette en pâture au lecteur, censé émerveillé par sa vision cosmique, les mots du langage courants que sont linéarisme, corsi et recorsi ou encore sotériologie et hédonisme… J’arrête ici mon fiel, mon indignation devant ce manque de pudeur pour les millions de victimes de cette crise, quel que soit le mot que l’on choisi pour qualifier cette étrange période que nous traversons. Je ne peux cependant décolérer devant cette suffisance qui consiste à se gorger de mots pour masquer une faiblesse de la pensée.

Patrice Leterrier


9 janvier 2009

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