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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 22:11

O

n a eu droit aux cris de triomphe d’un Bernard Thibault qui joue les matamores devant les caméras de télévision. On assiste encore une fois au ridicule combat, rituel et désespérant, des chiffres entre les pouvoirs publics et les syndicats. Comme si l’exercice de compter des manifestants relevait de la quadrature du cercle alors que l’on nous inonde de statistiques sur n’importe quel sujet comme la longueur moyenne du sexe masculin ou les dimensions idéales de la femme parfaite.  Et,  si l’on en croit les résultats des tests effectués par l’éducation nationale auprès des élèves de CM2,  les choses ne vont pas s’arranger dans ce domaine puisque nos bambins - non contents de ne plus savoir écrire à force de SMS, de jeux vidéo et d’émissions télévisuelles débilitantes - ne savent non plus compter. Martine Aubry demande à Nicolas Sarkozy de céder aux français. La formule est intéressante constitutionnellement. Car enfin,  sans négliger l’importance des manifestations d’hier, on ne peut pas dire que les messages entendus soient d’une clarté évidente même si l’inquiétude domine le paysage. Il y avait les revendications catégorielles des fonctionnaires, sans risque pour leurs emplois,  enseignants en tête qui contestent les orientations de la politique du gouvernement. Il y avait aussi - et c’est nouveau pour les travailleurs du secteur de la haute technologie que l’on n’avait pas l’habitude de voir à de telles manifestations - l’expression d’inquiétudes sérieuses pour les emplois. Il y avait bien sûr les retraités, qui ne perdent pas une journée de travail en manifestant,  étranglés par l’érosion de leur "impuissance" d’achat puisqu’à partir d’un certain niveau il est indécent de parler de "pouvoir" en ce domaine. Alors que veut dire Martine Aubry quand elle demande à Nicolas Sarkozy de céder ? Sans doute de déverser du pouvoir d’achat par des hausses massives de salaire. On se frotte les yeux en regardant désespérément le calendrier pour voir si nous ne sommes pas revenus en 1981 ! Et puis dans les manifestants d’hier, dans ce cortège, somme toute assez représentatif de la situation de crise que nous subissons, des jeunes nous parlaient dignement de   leur immense désespoir.  Je ne parle pas de la jeunesse des banlieues en errance fustigée pour ses violences mais de ceux qui ont fait péniblement des études dans des conditions qui se dégradent  et qui se retrouvent sans perspective. Ces jeunes sont aujourd’hui directement confronter à la concurrence à bas salaire de jeunes hongrois, tchèques, polonais (il n’y pas que des plombiers en Pologne…) quand il ne s’agit pas d’indiens ou de jeunes chinois qui ont reçu des formations au moins équivalentes. Ils sont trop souvent obligés d’accepter n’importe quel travail sans rapport avec les études faites ce qui ajoute encore l’humiliation à la difficulté d’entrer dans la vie professionnelle.  Impossible d’obtenir un logement avec les salaires de misère et le statut précaire qu’ils ont. D’un côté on jette des vieux jeunes sexagénaires en pleine forme et bourrés d’expériences et à l’autre bout on rejette une jeunesse qui est – pléonasme insolent - l’avenir de notre pays. Alors, sans sous-estimer le désarroi et les difficultés des travailleurs menacés de licenciement, sans négliger les inquiétudes de certains fonctionnaires, une société qui ne saurait plus accueillir ses jeunes et garder ses talents est en grand danger de sombrer dans la cohorte des pays à la traine du progrès. L’honneur d’un pouvoir politique n’est pas de "céder" mais bien de se focaliser sur l’intérêt commun, sur la res publica.

Patrice Leterrier

30 janvier 2009


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