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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 21:56

L

es choses sérieuses ont-elles commencé au Proche-Orient? Après les voyages éclairs, les rencontres à grand renfort de presse et de petites phrases assassines, quel changement de style avec Barack Obama! D'abord, dés sa première journée à la maison Blanche, le nouveau président américain a appelé personnellement tous les leaders de la région (le premier ministre israélien, le président de l'Autorité palestinienne, le président égyptien, le roi de Jordanie, etc.). Il a fixé les lignes pour un apaisement de la tension : arrêt des tirs de roquettes par le Hamas contre Israël, mais aussi fin du blocus de Gaza, avec une réouverture du point de passage de Rafah frontalier de l'Égypte, qui laisserait passer les biens et les personnes, mais qui mettrait fin à la contrebande des armes destinées au mouvement islamiste. Et puis il y a eu la nomination de George Mitchell, "célèbre dans notre pays et à travers le monde pour son talent de négociateur" et "fully empowered at the table" selon les termes du président lui-même c'est-à-dire émissaire plénipotentiaire. Ce fils d'une immigrante chrétienne libanaise, âgé de 75 ans, ancien sénateur démocrate du Maine de 1980 à 1995 avait joué un rôle-clé comme intermédiaire dans le processus de négociations qui a mis fin, en 1998 au conflit centenaire en Irlande du Nord à l’époque de l’administration Clinton. Et l’homme s’est tout de suite distingué par sa discrétion réservant ses propos à ses interlocuteurs pour ne pas créer de dérapage irrémédiable dans ce délicat jeu qui consiste à ne pas attiser un feu que les extrêmes des deux bords ne songent qu’à rallumer. Il a déjà rencontré des responsables israéliens, palestiniens et égyptiens et doit se rendre dimanche à Riyad dans le cadre de ses entretiens destinés à consolider la trêve dans la Bande de Gaza. Il a aussi pris soin – et c’est un fait symbolique fort de la nouvelle orientation de la diplomatie américaine - de rencontrer le diplomate en chef de l'Union européenne (UE), Javier Solana,  qui a confié que M. Mitchell était dans la région "pour entendre ce que nos alliés dans la région ont à dire sur le meilleur moyen de progresser non seulement dans la stabilisation de la situation à Gaza mais aussi dans l'approche à long terme sur une solution à deux Etats", Israël et la Palestine. Certains ont peut-être suivi l’altercation à Davos entre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et le président israélien Shimon Peres. Le dirigeant turc voulait intervenir après un plaidoyer enflammé de M. Peres sur l'intervention israélienne à Gaza. Avant de quitter la salle, en annonçant qu’il ne reviendrait probablement pas, il a reproché au public d'avoir applaudi l'intervention du président israélien. "Je trouve très triste que des gens applaudissent parce que beaucoup de gens sont morts. Je pense qu'ils ont tort d'applaudir des actions qui ont tué des gens" et en s’adressant en ces termes à Shimon Peres "je pense que vous devez vous sentir un peu coupable. C'est pourquoi vous avez parlé si fort". Cet incident est une illustration de plus de l’extrême tension qui règne dans la région. Le temps presse pour entamer des véritables négociations sans déclaration fanfaronne, sans condamnation inutile et contreproductive et avec une véritable volonté d’aboutir. A la suite de nouveaux tirs de roquettes de provocation dans le sud d’Israël par des extrémistes palestiniens qui n’ont pas fait de victime, le Premier ministre israélien Ehud Olmert a prévenu dimanche qu’Israël allait réagir de "façon sévère et disproportionnée". Le terme "de façon disproportionnée" en dit long sur les intentions d’un gouvernement sous la pression d’une échéance électorale. Ces déclarations en tout cas ne laissent rien préjuger de bon pour la suite même si on ne peut que condamner les provocations incendiaires de ceux qui veulent pirater la négociation en tirant des roquettes provocatrices.

Patrice Leterrier

1 février 2009

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